Les robots détestent les miroirs.
Le tableau de bord activa de lui-même le pilote automatique. Roger inclina son siège en derrière et croisa ses mains derrière sa tête. Le regard perdu devant l’immensité de l’univers, il lâcha un soupir.
La porte coulissante située derrière lui s’ouvrit.
- Qu’est-ce qu’on a ? demanda Jean-Claude en observant les données fournies par l’ordinateur.
Levant les bras au ciel, Roger lui signifia qu’il n’en savait rien.
- Le vaisseau a changé de direction de sa propre initiative. Apparemment il a reçu un ordre de niveau 2.
Jean-Claude ne dit rien mais fouilla dans sa poche. Il en sortit sa carte magnétique qu’il glissa dans l’ordinateur.
- Identification confirmée, dit une voix robotique. Soumettez votre demande.
- Demande d’identification du dernier ordre donné au vaisseau G-4-58B.
Sur l’écran de l’ordinateur, une boule lumineuse circula dans un huit dans un mouvement infini, symbolisant le chargement de la demande. L’ordinateur émit une série de petits bruits, puis reprit la parole.
- Ordre de niveau 2. Demande d’aide reçue d’un vaisseau de catégorie G-4. Obligation de porter assistance.
Roger et Jean-Claude se regardèrent, étonnés.
- Ça par exemple ! s’écria Roger. Je ne savais pas qu’un autre G-4 avait reçu une mission dans ce secteur.
- Pas à ma connaissance. Jean-Claude récupéra sa carte magnétique de l’ordinateur. Je vais prévenir les autres. Reste ici en attendant.
Roger fit un simulacre de salut militaire et Jean-Claude s’en fut.
- Incroyable, murmura Jean-Claude, les yeux grands ouvert.
Roger venait lui aussi d’apercevoir le vaisseau. Il semblait ancien, venu d’une autre époque. Sur son flanc, on pouvait distinctement lire : G-4-01A.
- Le tout premier, dit Roger en se passant la main dans les cheveux. Il doit remonter d’au moins…
- Quarante ans. Trente-neuf pour être précis. La toute première expédition. Que savons-nous la dessus, Richard ? demanda Jean-Claude au Robot qui se tenait comme eux, debout, face au tableau de bord.
- Je fais une recherche, maître.
Richard posa sa main sur son menton, dans un geste tout à fait humain quoi qu’un peu mécanique. Ses deux yeux jaunes, semblables à de minuscules ampoules clignotaient légèrement.
- Le vaisseau G-4-01A fut le premier de la catégorie des G-4, ainsi que le prototype de sa sous-catégorie A. Il a été piloté par les colonels Berkins et Bourgs. Leur expédition a été un échec, et le rapport conclu par une perte de contact et une mort probable à 99,87 %.
- C’est bien ce que je pensais. Ils ont dû envoyer à l’époque un appel de détresse que l’ordinateur de bord continue de reproduire depuis des années.
- Dans ce cas comment se fait-il que la base ne l’ai jamais reçu ? s’interrogea Roger en fronçant les sourcils. Même à l’époque, les ondes utilisées devaient pouvoir traverser les quelques milliers d’années lumières qui les séparaient.
- Nous n’avons reçu l’SOS qu’une fois le champ magnétique de Gercas passé, n’est-ce pas ? Roger hocha la tête. Leur émetteur doit avoir un disfonctionnement.
Le vaisseau G-4-58B plaqua délicatement son flanc contre celui du vaisseau G-4-01A. Y saisit appuya sur le bouton d’haut-parleur.
- Roger et moi allons voir ce qu’il en est. Sa voix se répercuta dans toutes les pièces du vaisseau.
Le sas se referma derrière eux. Tandis que Jean-Claude observait sur l’écran les données transmises par le vaisseau adjacent, Roger commença à enfiler sa combinaison.
- Pas besoin, l’avertit Jean-Claude. Il y a encore de l’oxygène.
- Leur générateur n’est pas endommagé ? s’étonna Roger.
- Non. Tout semble en état.
Jean-Claude arrêta d’appuyer sur l’écran et la porte du sas de l’autre vaisseau s’ouvrit. L’intérieur de celui-ci ressemblait beaucoup à celui du Colonel. La couleur des murs semblait à peine défraichie et le matériel gardé en état. Il leur parvenait une douce musique depuis l’autre bout.