Gringotts était la plus célèbre banque de sorcier au monde. Qu'elle se trouva sur le chemin de Traverse n'avait rien d'étonnant mais lorsqu'on voyait son état comparé à l'ensemble de la rue il y avait de quoi en restait sur le cul.
A l’inverse des boutiques dévalisées, brûlées ou fermées, la banque resplendissait toujours de mille feux.
Un noeud se dénoua dans l'estomac de Jean. Ca aussi ça n'avait pas changé ! C'était une bonne nouvelle. Le désespoir n'avait pas autant gagné le monde magique pour que même les Gobelins se mettent eux aussi à avoir peur d'afficher leur opulence.
D'ailleurs il était étrange que le Seigneur des Ténèbres ne fit jamais attaquer la banque...
Enfin, il avait bien tenté une escarmouche mais elle avait échoué quand toutes les autres actions du Seigneur des Ténèbres avait réussie. Ca sentait presque la mascarade. Bizarrement les mangemorts n'avaient pas tenté de combattre lorsque les Aurors étaitent arrivés - afin c'était d'après ce que Maugrey avait dit lors d'une de leur conversation.
Peut-être que dans le dédale de coffre-fort qui constituait les sous terrains se trouvaient des choses plus noirs encore que la nuit et qu'il ne valait mieux ne jamais réveillé et que le Seigneur noir voulait décourager toute personne d'essayer en montrant que même lui n'avait pas réussi à forcer la banque.
Ou bien... Ou bien Voldemort avait-il laissé des objets personnels à l'intérieur même de la banque ? N'était-ce pas sensé être l'endroit le plus sécurisé au monde ? La prison d'Azkaban à côté ne ferait qu'une petite prison locale si la banque devait un jour se reconvertir.
Delacroix chassa ces idées de sa tête. Il n'était pas là pour réfléchir sur des possibilités subjectives mais pour récupérer un objet qui avait dormit à la banque pendant plus de cinquante ans.
A l'intérieur le bâtiment n'avait presque pas changé. La seule chose qui sauta aux yeux d'Osten fut l'affairement et l'empressement redoublés des Gobelins tout autour de lui.
En effet, par ces temps durs les sorciers préféraient mettre à l'abri tout ce qui pouvait avoir un peu de valeur. Et bien sûr Gringotts était l'endroit tout indiqué pour cela.
De l'histoire des sorciers, Gringotts n'avait été violée qu'une fois il y avait sept ou huit ans. Mais comme rien n'avait été volé, la confiance des magiciens était restée et la banque n'avait pas souffert de cette infraction. Jean se souvenait d'avoir travaillé là-dessus mais faute de preuve et de trace l'enquête avait été suspendue. C'était une affaire qui lui était restée au travers de la gorge car c'était aussi la première fois qu'il avait échouée dans une mission que le ministère lui avait confié.
Il patienta une heure à faire la queue devant un guichet bondé de sorciers tous plus pressés les uns que les autres à mettre leurs affaires en lieu sûr. Enfin quand se fut son tour Jean-Osten présenta la petite croix en bois qu'il conservait toujours à son poignet.
Le Gobelin le regarda d'un œil morne - il devait être surpris de voir quelqu'un faire un retrait par les temps qui courraient. Il hocha finalement la tête et appela un autre Gobelin qui conduisit l’ex Auror vers les wagonnets qui menaient aux coffres.
La descente fut longue mais le coeur de Jean-Osten était bien accroché dans sa poitrine. Le wagon tournait et retournait à une allure monstre allant parfois presque jusqu'à faire un looping mais trop rapidement pour que les fesses de Delacroix ne se décroche du siège sur lequel il était assis.
Enfin le bolide ralentit et s'arrêta devant une rangée de porte. Le gobelin resta assis à attendre. Jean-Osten connaissait le chemin.
Il plaça sa clé en forme de croix dans une encoche et il entendit des cliquetis et des vis qui roulaient sur eux-mêmes. Mais rien d’autre ne se passa. Il appliqua sa main sur une encoche prévue à cet effet. Il y eut une petite lumière et d’autres cliquetis et la porte s’effaça.
A l'intérieur des montagnes d'or s'entassait dans tous les coins. Tout cet or n'était pas à lui. C'était le coffre de la famille et il ne savait que trop bien comment les Delacroix avait réussi à amasser tout cet argent.
Malheureusement pour eux, il ne restait du clan Delacroix plus que Jean, sa soeur et leur mère pour se partager le trésor des longues années de services qu'avaient fourni ses pairs pour le gouvernement magique anglais. Ses ancêtres immigrés qui appartenaient à la grande noblesse de France jusqu'au soulèvement du peuple moldu contre la royauté après 1789 avaient disparu aujourd’hui.
Les Delacroix avait été en quelque sorte les médiateurs entre les rois de France et les chefs du monde magique d'Europe (à l'époque seul l'Angleterre possédait un gouvernement magique autre que celui qui régissait l'Europe).
Mais lors de la Révolution les peuples moldus se soulevèrent et la démocratie s'instaura en France puis peu à peu partout en Europe. C'est en fait depuis cette date que les sorciers vivent replier sur eux-mêmes sans révéler leur existence au public moldu.
Les derniers magiciens de la cour s'exilèrent en Angleterre où une deuxième chance leur fut accordée par le ministère de la magie.
Les Delacroix avait pu emporté une partie de leur fortune et la loyauté qu'ils vouèrent au gouvernement anglais leur fit rapidement récupérer ce qu'ils avaient perdu.
Cependant cette loyauté aveugle leur coûta cher. Très cher. Durant l'été 1945 à Little Hangleton le couple moldu Jedusor se retrouvèrent assassinés mystérieusement. Le gouvernement envoya un groupe d'Auror enquêter. Parmi eux se trouvait Evangelina et Olga Delacroix. Les rumeurs disent qu'elles avaient trouvé une piste concernant le "meurtre" des Jedusor mais leurs conclusions ne virent jamais le jour car la famille Delacroix fut massacrée peu après. Seule la petite dernière de huit ans qui se trouvait ailleurs se soir là survécut.
Helena, de son nom, fut envoyée en Allemagne vers une lointaine branche de sa famille où elle y fut élevée et choyée jusqu'à ce qu'elle se marie. Jean et sa soeur étaient les rejetons qui avaient suivi cette union.
Pendant cette tragédie l'or était resté là et n'avait pas bougé. Mais ce n'était pas pour l'or que Jean-Osten Delacroix était venu à Gringotts. Non, en tant qu'ex-auror son coffre personnel regorgeait lui aussi d'assez d'or pour lui permettre de vivre décemment.
Il se dirigea vers un coin de la pièce. Là, trônait un énorme paquet enveloppé de draps et bien ficelé. La forme de l'objet évoquait fortement une croix. Le symbole des Delacroix.
Aujourd'hui la famille déchue allait relever la tête et se battre ouvertement contre celui qui l'avait détruite. Voldemort ! Jean n'en avait aucun doute. Trop d'éléments bizarres coordonnaient. La façon dont les Delacroix avait été sauvagement assassinés par Avada Kedavra et la manière dont les corps avaient été négligemment laissés en plan comme si leur mort n’avait aucune importance.
Certes il n'y avait pas eu de Morsmorde se soir là. Elle était apparue pour la première fois 25 ans plus tard en 1970 lors du massacre de la famille Dawson, sorciers dont les origines moldus étaient encore fraîches. Mais les conditions de mort avaient été similaires : un Avada Kedavra d'une phénoménale puissance et les corps délaissés sans qu’on cherchât à cacher leur meurtre.
Le seul élément complètement inexpliqué était le lien qui pouvait exister entre Voldemort et les Jedusor. Pourquoi aurait-il assassiné cette famille et tout fait pour que le secret reste gardé alors qu’il avait laissé trace de sa présence pour tous ces autres meurtres ? Peut-être n’y avait il tout simplement pas d’explication. Qui sait jusqu’où pouvait aller la folie meurtrière du Seigneur des Ténèbres ?
Mais peu importait désormais. Jean-Osten avait pour mission de rétablir l’emblème de sa famille sur la scène magique. Lorsqu'il referma la porte en emportant le lourd objet qui ornait autrefois le blason familial, il savait que sa guerre allait durer plusieurs années, la chance que lui offrait Maugrey en l'invitant à se joindre à lui ne serait pas inutilement gaspillée. Maintenant il lui fallait une couverture. Son nom et son passé lui donnerait accès à un statut rapidement élevé au sein du ministère de la magie pour espionner leurs efforts à contrecarrer les actions du Seigneur des Ténèbres. Ainsi il pourrait informer Maugrey des derniers mouvements connus de Voldemort par l’élite des sorciers (Tout auror savait que les informations confidentielles qu’ils recevaient étaient d’abord filtrée par les politiques avant de leur être délivrée.) et ainsi la censure et les fausses rumeurs ne toucheraient pas le groupe.
Le clan Delacroix était enfin de retour !
Phalange I : Retour...