Renouveau

Le temps n'est plus aux larmes [L'histoire se déroule en Janvier 2000]
 
AccueilAccueil  ­PortailPortail  ­CalendrierCalendrier  ­FAQFAQ  ­RechercherRechercher  ­S'enregistrerS'enregistrer  ­MembresMembres  ­GroupesGroupes  ­ConnexionConnexion  
Poster un nouveau sujet   Ce sujet est verrouillé, vous ne pouvez pas éditer les messages ou faire de réponses.Partager | 
 

 Cogito [10]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Utilitaire



Nombre de messages: 98
Date d'inscription: 18/05/2007

MessageSujet: Cogito [10]   Sam 26 Mai - 15:56



Vaan -

Phalange II : The Great Father


Février 1999


Le soleil brillait de mille éclats, dans le ciel pas un nuage ne venait gâcher cette éphémère journée d’hiver. Les rayons illuminaient les rues de la ville et en réchauffaient légèrement l’atmosphère. Une brise légère, à peine remarquable, soufflait, soulevant quelques papiers qui traînassaient sur le sol. Oui, c’était une fort belle journée pour la saison. Surtout en ces lieux où la moyenne de la température n’excédait pas les moins dix degrés. Or il en faisait moitié moins et cela lui mettait du baume au cœur.
Marchant à grands pas dans les ruelles marchandes, se frayant un chemin parmi les petites gens qui descendaient faire leur marché, il s’arrêtait parfois devant une vitrine ou un étalage, flânant de-ci de-là pour profiter au maximum de cette magnifique matinée ensoleillée. Il n’était pas pressé, oh non, certes pas. Il avait toute la vie devant lui et tout le temps nécessaire pour accomplir son rêve.
Il traversa un passage clouté se retrouva devant un bar miteux que personne ne semblait remarqué. L’insigne accrochée au-dessus de la porte représentait un chaudron ailé poursuivi par un sorcier à califourchon sur son balai. Il entra donc dans le bouge et s’assit à une table, attendant qu’un serveur vienne prendre sa commande. En attendant il ôta son manteau et sa grosse écharpe de laine, retira ses mitaines et, avec un soupir de soulagement, étira ses pieds sous la table. Qu’il était bon de sentir l’odeur du feu crépitant où un sanglier cuit à la broche tournait lentement, faisant goutté son jus sur les braises encore ardentes.

Enfin un homme habillé en serveur s’approcha de lui. Assurément il était laid : à peu près trentenaire il était déjà atteint de calvitie, louchait et par-dessus le marché sa figure disgracieuse de ganache était infestée de pustules. Il frissonna. Il avait vu mieux comme serveur. Où étaient donc les mignonnes soubrettes en minijupe ? Pas dans un endroit comme celui-là en tout cas. Il soupira. Malheureusement c’était à cet endroit qu’il avait rendez-vous et d’aventure, même s’il avait eu à se présenter dans un bar sorcier plus convenable que celui si présent, la mode n’était pas la même chez les moldus et chez les sorciers et il n’aurait trouvé qu’une simple sorcière engoncée dans leur robe austère qui ne laissait rien voir de leur forme. Les sorciers pouvaient être si ennuyant parfois !
« Monsieur ? » demanda le serveur en penchant son horrible visage vers lui. Il lui décocha un coup d’œil dédaigneux avant de commander du jus de citrouille – la seule chose qu’il soupçonnait être de bonne qualité ici, et encore ce n’était pas certain. Le serveur partit, il tirailla sur son gant noir qu’il portait sous sa mitaine mais sans l’enlever. Le gant était si serré qu’on aurait dit qu’il lui tenait lieu de peau. C’était en partie vrai, mais pas tout à fait non plus.

Revenant du comptoir le serveur lui plaça son verre sur la table et alla s’occuper d’autres clients qui venaient d’entrer. Il commença à siroter à petite lampée son jus pour ne pas le gâcher, juste assez doucement pour en savourer chaque instant. Puis il coula un œil vers la vieille horloge. Si elle était à l’heure, – ce dont il doutait – l’autre ne tarderait pas à arriver. Il n’avait qu’à attendre et à siroter tranquillement son verre.
Au bout de quelques minutes quelqu’un poussa la porte faisant carillonner les clochettes de l’entrée. C’était une femme. Belle, grande et blonde ce qui attirait néanmoins l’attention pardessus tout était la manche pendante qui battait à son flanc gauche. Elle jeta un regard circulaire dans la salle avant de l’apercevoir. Son regard s’alluma de petites flammèches de bonheur et un sourire révéla ses longues dents blanches. Elle s’approcha de lui, d’une démarche féline et s’assit à côté de lui.
La manchote avait le teint pâle et ses cheveux tiraient légèrement sur la platine et abondaient en bouclette sur ses épaules et le long de son dos. Elle avait presque les mêmes yeux que lui : ils étaient plus foncer que les siens, moins pur et pourtant si beau. Vêtue d’une simple robe de laine sombre qui laissait deviner ses formes plus que généreuses, elle était à croquer.
Elle courba l’échine en signe de respect mais de sa main gantée il lui prit le menton pour lui faire relever la tête : « Quelles sont donc les nouvelles, mon enfant, pour que tu m’aies demandé de venir céans ?
- Noires ailes, noires nouvelles. Répondit-elle en guise de préambule. Comme vous le pensiez les Frères sont passés à l’acte. Ils ont tué par malice une famille de sorcier avant de signer leur œuvre au nom du Dark Lord. Cependant ils ont commis un acte encore plus préoccupant. En plein jour et en pleine rue ils ont attaqué et blessé un auror pendant l’exercice de ses fonctions. »
Il leva un sourcil. Tiens donc. Voilà une chose qu’il n’avait pu prévoir de la part de ces déchets. Mais pouvait-on véritablement savoir comment va agir un déchet ? Si toutefois la nouvelle l’avait surpris elle n’était néanmoins pas plus alarmante que cela. Elle ne lui avait pas donné rendez-vous juste pour cette petite anicroche dans ses prévisions. Non, il y avait autre chose. Il attendit en silence qu’elle voulût bien continuer son exposé. « Mais l’auror était en fait un SangDragon. Raguel a été mordu alors qu’il tentait de la déchiqueter. »
Ennuyeux. Outrageusement ennuyeux. La colère commença à monter en lui contre ces déchets qui n’étaient pas foutus de faire leur besogne correctement mais il se ressaisit très vite. Ce n’était pas la peine de s’énerver, ils n’en valaient pas la peine. « Donc ma petite Lilith s’est réveillée.
- Hélas oui. J’ai pu moi-même le vérifier et je l’ai mise en garde contre ces quatre là.»
A la réflexion ça ne changeait strictement rien à son plan d’origine. Le hic étant qu’il devait maintenant prévoir si sa petite Lilith, la jeune Joanne, sa propre fille de chair et de sang allait interférer dans le déroulement de son jeu. Il fallait la reprendre en main rapidement pour transformer la carte en atout. Juste un peu de patience. Juste un peu. Il faudrait néanmoins envoyer quelqu’un la surveiller le plus rapidement possible…
Il se leva et récupéra son manteau et ses mitaines. Il laissa trois mornilles, la monnaie sorcière, sur la table à l’intention de l’horrible serveur et sortit, la femme sur ses talons. Il marcha en silence, ruminant son plan et cherchant quelle intervention de qui et de quand serait la plus bénéfique pour réparer les pots cassés.
Jamais il n’aurait pensé que Joanne ait pu se réveillé. Elle aurait pu devenir tellement puissante, si pure qu’elle en aurait presque touchée la perfection. Et pourtant il avait fallut qu’elle devienne stérile à cause d’un stupide accident qui avait presque bien faillit ruiner tous ses plans prévus alors. Presque. Il fallait toujours avoir une solution de secours. Cependant la pauvre petite avait gâché son talent. C’était véritablement un miracle que son sang ait réagi à la stimulation de la morsure de Raguel. Oui… Mais elle restait encore guère plus qu’un rebut. Une expérience ratée. Un Sang de Dragon inutile mais potentiellement dangereuse pour lui.
Cependant sa petite Lilith l’avait toujours admiré. Il serait peut-être plus aisé de la manipuler que son frère. Quel dommage que se ne soit pas lui l’inutile ! Il secoua la tête, impuissant. Pour le moment il avait surtout envie de profiter de cette belle journée.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Utilitaire



Nombre de messages: 98
Date d'inscription: 18/05/2007

MessageSujet: Re: Cogito [10]   Sam 26 Mai - 22:19

Vaan -



Le lendemain


Il trouva son lit anormalement chaud en se réveillant. Il se souvenait qu’après être sorti du Vif Chaudron il était allé boire un coup dans un vrai bar moldu, avec de vraies boissons alcoolisée et non pas un de ces mélanges bizarres et nauséabond que les bistrots sorciers avaient pour habitude de servir à leur client. Et puis il était rentré dans sa chambre d’hôtel. Il fronça les sourcils. Oui, il était avait bu et puis était rentré mais ça il l’avait fait avec quelqu’un. Avec qui, ça il ne s’en souvenait plus trop bien. Il ouvrit un œil un scruta l’obscurité dans laquelle sa petite chambre était plongée. Il y avait une forme juste devant lui, cachée entièrement sous la couverture. Il avait un bras coincé sous elle et l’autre posé au-dessus dans le creux des reins.
- Ne me dis pas que j’ai accepté de coucher avec toi.
La forme bougea et il entendit un petit gloussement. Sa tête émergea de sous les draps en une cascade de longs cheveux blonds dont les bouclettes tombaient comme une avalanche sur son visage la cachant à moitié. Elle gloussa encore avant de se serrer un peu plus contre lui. « Vous n’avez pas été bien difficile à convaincre. » dit-elle avec un sourire enjôleur.
- Tu sais bien que je ne tiens pas l’alcool. Tu m’as pris en état de faiblesse.
Elle éclata de rire. « Faible ? Hum je ne dirais pas ça après une nuit comme ça. » Il grommela mais ne la repoussa pas. Le contact de son corps contre le sien lui procurait un état tranquillité qu’il se rapprochait presque de la béatitude. « Gabrielle…
- Oui, mon seigneur et maître ?
- Enlève ta main de là. »
Elle rit de bon cœur et se replongea à nouveau sous la couette. La nuit n’était pas encore tout à fait terminée.

Il se rhabilla rapidement après une courte douche froide, peigna ses longs cheveux blancs et se lava trois minutes les dents de tous les côtés, vérifia qu’aucune tâche ne venait contrasté avec leur blancheur et sortit.
Dehors la température s’était refroidie. Durant la nuit il avait neigé à verse et le trottoir était couvert d’une bonne épaisseur de neige. A six heures du matin, il n’y avait âme qui vive. Il prit sa voiture personnelle, une BM noire achetée pour moitié moins son prix sur un quelconque site de la toile. Vraiment l’une des meilleures inventions que les humains sans pouvoir magique ait jamais imaginé. L’Internet était bien plus efficace que les chouettes sorcière qui mettaient un temps fou à vous livrer les lettres.
Enclenchant le contact il démarra. Le trajet jusqu’à son lieu de travail n’était pas bien loin de son hôtel, c’était d’ailleurs pour ça qu’il avait choisi cette chambre. Sa maison était trop loin pour qu’il ait envie de faire l’allée retour tous les jours et il n’avait guère l’utilité de s’en acheter une plus proche. En général sa vie ici se résumait à l’adage : boulot, auto, dodo. Mais cela n’était valable que lorsqu’il n’était pas en déplacement, ce qui soit dit en passant arrivait bien plus souvent ces derniers temps avec toute cette agitation grotesque dans le monde magique.
Les laboratoires bourdonnaient d’activité 24 heures sur 24. Avec un peu de chance il pourrait jeter un œil sur les rapports d’avancement des travaux du clonage, s’il ne devait pas encore crouler sous les papiers administratifs ou les factures. Il y avait toujours des factures. Peut-être qu’il les refilerait à son secrétaire.

Heureusement pour lui, celui-ci s’en était déjà occupé et il passa sa journée à lire ces passionnants fichiers sur les derniers progrès des recherches, ce qui fit passer les heures à une incroyable vitesse.
Enfin quand le soir arriva, il laissa tout en plan – au bon soin des femmes de ménages – et regagna sa chambre d’hôtel. Gabrielle était absente. Il n’en attendait pas moins d’elle. Il lui avait permis de partager sa couche, elle ne pouvait s’attendre à plus grande récompense et elle savait qu’il désirerait rester seul. Un moment il laissa son esprit vagabonder sur les courbes de son corps et les traits de son visage. Il était toutefois dommage qu’elle soit manchote, cela gâchait tellement sa beauté. C’était aussi arrivé durant un accident imprévu. Elle pouvait parfois se montrer si têtue que s’en était navrant, autant pour elle que pour les autres. Le résultat avait été un désastre.
Son attention fut attirée par une enveloppe cachetée qui avait été déposée sur son lit, ce qui chassa rapidement la femme de ses pensées. Il retrouva la chouette noire qui lui avait apporté le courrier trônant sur les WC, hululant doucement. « Noires ailes, noires nouvelles, hein ? » La chouette de Maugrey poussa un cri aigu avant de déployer ses ailes et de s’envoler par la fenêtre ouverte, probablement pour aller chasser.
- Noires nouvelles… Enfin, tout dépend pour qui.
Evidemment l’ancien auror donnait des informations sur l’agression de Joanne. Les chouettes ne pouvaient pas non plus rivaliser avec la spontanéité de Gabrielle. Il était déjà honorable que la vieille hulotte de Maugrey ait réussi à faire le trajet avec moins de deux jours d’écart mais c’était là l’ultime limite de celle-ci.
Il se remit à la lecture de la lettre. L’auror le pressait également de lui renvoyer Jean afin qu’il puisse disposer d’une nouvelle paire de bras. Le pauvre idiot. C’était à lui de décider si Jean reviendrait un jour, en fonction de se que son fils deviendrait… ou pas. Plus cet humain vieillissait, plus il devenait arrogant. Mais malgré tout, il pouvait presque dire qu’il l’aimait bien. Il l’avait connu très jeune. A cette époque Maugrey n’avait pas encore sa figure bariolée de cicatrices et cet œil grossier et moche. Il avait été presque avenant à une époque, mais cela faisait fort longtemps désormais. Dommage, mais chez lui plus que tout autre les ravages du temps l’avait défigurés. Il l’aurait bien croqué cinquante ans plus tôt…
Il déposa soigneusement la lettre sur le lit et s’étira en baillant. Par la fenêtre les derniers rayons du soleil s’éclipsaient au profit de la nuit. Bientôt Gabrielle reviendrait et il serait temps de se mettre en chasse.

_________________
Je suis celui-ci ou celui-là.
Il n'y a point de différence.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Utilitaire



Nombre de messages: 98
Date d'inscription: 18/05/2007

MessageSujet: Re: Cogito [10]   Dim 27 Mai - 16:57

Vaan -



Sur la couche refroidie par la nuit, il la jeta violement en prenant toutefois garde à ne pas lui cogner la tête contre le mur. Une froide lueur dans les yeux il commença à délacer ses chausses de fourrure pendant qu’elle se redressait sur son séant dans une cascade de cheveux blonds pour lui ôter son lourd manteau d’hiver.
Leur chasse c’était merveilleusement bien déroulée. Gabrielle et lui étaient partis tous les deux aux orées de la nuit pour se rendre dans la forêt non loin de la ville et y avaient traqué un lycanthrope, un des ces hommes qui se transformait en hideuse bête à poil lors des pleines lunes. L’immonde bête gisait maintenant dans une vallée boisée, le ventre béant et couvert de mouches fétides qui y pondaient leurs oeufs.
Bref, au bout de plusieurs heures de traque, ils avaient acculé le loup, lui en le prenant au nord et Gabrielle au sud pour le coincer contre un contrefort rocheux où, après une brève bataille, la bête s’était docilement inclinée en pissant le sang de tous les côtés et couinant comme un chiot. Gabrielle avait écopé d’une écorchure au ventre mais elle ne se serait certainement pas blessée si elle avait encore eu ses deux bras. Il lui avait ensuite sauté dessus et l’avait tailladé à coups de crocs jusqu’à ce que le poil de la bête ne soit plus qu’une épaisse fourrure rouge de sang coagulé. Enfin le lycanthrope était tombé sur le côté, haletant avant de mourir dans un dernier râle plaintif.
Lui bien sûr n’avait rien, pas même une égratignure. Il n’aurait pas permis à ce monstre hideux de le toucher ne serait que d’un cil. Aucune envie que sa beauté ne soit souillée par un si immonde déchet. A la fin ils étaient rentrés à l’hôtel dans la petite chambre douillette et se trouvaient maintenant sous les couettes, nus comme des vers, à l’exception de son gant noir de fauconnier, celui de Serdaigle. « Pourquoi ne l’enlevez-vous donc jamais ? Ce gant ? » Il se tritura nerveusement les doigts de sa main gantée. Parfois la douleur était si intense… « Parce qu’il me permet de rester intouchable par rapport au Dark Lord pour le moment. Même s’il n’est sûrement pas content que j’ai tué un de ses serviteurs empiétant sur mon territoire.
- Qu’est-ce donc alors pour qu’il soit si spécial ?
- Qui es-tu pour me poser ces questions, mon enfant ? Tu n’y comprends goutte en matière de magie. »
Elle s’étira d’un long sourire qui lui fendit la face. Ses yeux pétillants de malice elle déplaça sa main déjà posée sur le nombril de son seigneur encore plus bas. « Dois-je vous soumettre à la torture pour que vous me soyez plus condescendant ?
- Soit. »

Il se réveilla hébété et écrasa son poing sur le sommet du réveil pour le faire enfin taire. Il n’avait dormi que deux heures tout au plus mais déjà la brume du sommeil se dissipait à mesure que sa vue se réaccoutumait aux ténèbres environnantes de la chambre. Il se redressa au bout de quelques instants et aperçut la forme roulée dans les draps à côté de lui.
Et bien. Il avait passé une fin de nuit d’enfer. Quand elle était là il ne pouvait s’empêcher de la désirer et pourtant il savait à quel point cela pouvait se révéler dangereux. Le comble serait qu’il la mette enceinte or il avait trop besoin d’elle pour d’autres choses plus importante que des ébats nocturnes. Plus tard peut-être. Quand tout ceci serait terminé ils pourraient enfin se poser et regarder son monde évoluer. Mais pour l’instant il devait déjà le bâtir.
Il se leva, se doucha, s’habilla et se prépara. Il dû la réveiller en enfilant son manteau car elle se retourna et demanda d’une voix pâteuse : « Allez où ?
- Dors. Tu n’as point besoin de le savoir, Gabrielle. » Et elle se rendormit.
Dehors un fort vent froid soufflait sur la ville et il noua son écharpe un peu plus fort autour de son coup et avança à pas consommé face au vent. Heureusement il ne marcha pas longtemps car à peine trois de pâtés de maison plus loin il rentra dans un vieux bâtiment désaffecté. Cependant, faut de chauffage le froid était toujours aussi mordant. Mais cet ici qu’avait lieu son rendez-vous et s’est donc ici qu’il se les gèlerait. Il alluma un cigare et se calla contre un mur.
Tout autour de lui les lumières clignotaient, le plongeant par intermittence dans le noir avant de se rallumer subitement. Le petit jeu dura encore quelques instants avant de claquer des doigts. « Ca fait cinq minutes que ton odeur flotte dans l'air. Tu es toujours aussi pitoyable en camouflage. Je suis fortement déçu.
- Kkkk… Pardonnez, Maître. Je zuis oh combien désolé de vous désappointé de la zorte.
- Cesse tes sottises et montre toi dans la lumière. »
Aussitôt un homme de grande taille sorti de nulle part se dressa devant lui. Le teint halé, les cheveux noir d’ébène et une cicatrice lui couturant le front il n’avait aucun point commun avec lui si ce n’était ses yeux. De belles prunelles d’un rouge éclatant qui luisait. Son nez était légèrement tordu sur le côté droit et lorsqu’il étira ses lèvres pour sourire il révéla une rangée de dents aussi pointues et affûtées que des lames de rasoir. L’homme s’avança vers lui et fit une sorte de rapide courbette avant de se redresser et de son nez cassé huma l’air. « Vous zempeztez la roze, Maître. Ze zuppose donc que Gabrielle doit être dans les parages.
- Ta diction ne c’est pas améliorée Raphaël. Je suis fortement déçu.
- M’en fous, Maître. Ze zait que Gabrielle, z’est pas mes zonions de toute fazon. Ze ne me permettrai jamais de marcher zur vos plates bandes. Mais puis-ze vous demander la raison de ma convocazion ?
- Je voudrais te confier un message à faire parvenir à tous tes frères et sœurs de notre sang. Il y a là-dedans tous les consignes que vous devrez appliquer quel qu’en soit le prix ou les circonstances.
- Maître ? Je ne comprends pas.
- C’est un ordre, tu sais que je n’aime point être désobéi.»
Un léger sourire flotta sur son visage lorsqu’il vit la figure de Raphaël pâlir jusqu’à n’être plus qu’un blanc
bonhomme de neige. Son serviteur se garda tout nouveau commentaire acerbe et pris presque religieusement le parchemin qu’il lui tendit du bout des doigts. L’homme à la cicatrice le rangea dans une poche de sa veste et leva les yeux vers lui. Il n’y avait plus qu’une froide détermination qui brillait dans les prunelles de Raphaël.
Lui se contenta de sourire intérieurement. Malgré tous ses défauts Raphaël était fidèle et il accomplirait son devoir lui eusse-t-il ordonné de se tuer sur le champ.
- Bien. Demain je rejoins nous au château. Je vais te présenter à quelqu'un.
Raphaël leva un sourcil mais il ne répondit pas. Il attendit que l’homme pose la question : « Qui zela ?
- Mon fils.
- Ah. Lequel ?
- Celui de sang et de chair. »
Raphaël renifla et sa mine s’assombrit. Il était au courant des débâcles de Jean. C’était lui qui avait prévu Vaan que sa… faim s’était réveillée et c’était encore lui qui avait étouffé l’affaire du corps de femme retrouvé dans la maison de Jean après son réveil et sa fuite.
- Je vais donc être enfin présenté à votre véritable enfant, n’est-ze pas, papa ?
- Allons, ne soit pas jaloux. Il est certes mon unique fils biologique mais cela ne veut point dire que je le préfère à vous autres, mes enfants de sang.
Raphaël allait répliquer mais Vaan leva sa main gantée. Il s’arrêta dans son élan et referma la bouche avant de la rouvrir puis de la refermer. Finalement il se détourna, cramoisi.
- Fort bien, je préfère cela. Demain nous irons voir ce qu’il est finalement devenu… Et s’il me sera utile.
Il se détourna de Raphaël et descendit les escaliers.

- Vous portez l’odeur de Raphaël. Dois-je déduire qu’il viendra avec nous demain ?
Il resta silencieux et se contenta de plaquer ses lèvres contre les siennes tout en lui pressant les seins de sa main. Leur étreinte sembla durer une éternité, puis, elle décolla doucement de lui et chuchota à son oreille : « Maître, je crois que je suis enceinte. » Il faillit s’évanouir.

_________________
Je suis celui-ci ou celui-là.
Il n'y a point de différence.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Utilitaire



Nombre de messages: 98
Date d'inscription: 18/05/2007

MessageSujet: Re: Cogito [10]   Dim 27 Mai - 21:50

Vaan -



Il la regardait, incrédule, ne sachant que dire. Elle plongea ses grands yeux rouges dans les siens et sourit timidement. Impossible se disait-il. Cela ne pouvait pas être vrai, comment cela pourrait être réel ?
Il se redressa sur le lit et éjecta d’un geste les draps qui couvraient leur peau nue. Il appliqua ses mains sur le ventre de la femme et caressa la peau velouté et blanche du bassin. Il y avait vraiment un être qui grandissait là-dedans ? Un petit enfant, une fille ou un garçon, fruit de son union avec Gabrielle. Il la dévisagea plus intensément encore, cherchant sur son visage une quelconque trace de malice. Mais elle avait l’air on ne peut plus sérieuse.
- Cela ne se peut. Il ne peut en avoir quatre.
Elle se redressa sur les coudes en fronçant les sourcils : « Et pourquoi pas ? A une époque nous avions déjà essayé.
- C’était il y a longtemps déjà. Il se passa la main sur le visage.
Toute envie de dormir l’avait déserté. Il se leva et commença à s’habiller fébrilement. Il réfléchissait furieusement à un moyen de se sortir de là. Quatre ? Quatre ! Il n’avait jamais prévu ce cas de figure. Que pouvait-il donc faire avec un quatrième enfant ?
Il reporta son regard sur le ventre de Gabrielle. Pour l’instant il était encore lisse et plat. Mais bientôt, il le savait, il serait rond et distendu. Comment supporter la vue d’une telle chose ? Il essaya de conserver une expression neutre et réprima avec mal un rictus de dégoût.
Il avait été rarement désemparé dans sa longue vie, pour lui c’était une nouveauté de se voir dépasser par les évènements. Lui qui calculait la moindre des actions, le moindre petit geste à l’avance. L’apparition subite de ce quatrième enfant de chair et de sang chamboulait totalement ses plans.
Pendant ce temps là, Gabrielle le regardait toujours avec une effronterie et une joie non dissimulée. Elle ne semblait pas s’être aperçu de son désarroi. C’était tant mieux, il n’avait aucune envie de montrer à cette femme son instant de faiblesse.
Il se détourna. Il ne pouvait plus supporter de poser les yeux sur elle. Elle l’avait trahi à tel point, qu’elle ne pouvait même pas l’imaginer. Lui faire ça, à lui, son maître, son mentor, son père.
- Tu en es sûr ? Il prit garde à bien canaliser l’intonation de sa voix.
- Evidemment ! S’écria-t-elle avec enthousiasme. Je le sens là, grandir en moi. Comment l’appèlerez vous ?
Il avait envie de lui répondre qu’il ne l’appellerait pas du tout. Qu’il ne serait personne. Et pourtant il avait malgré tout besoin de la loyauté de la femme qu’il venait bêtement d’engrosser. Il se maudit intérieurement mais répliqua le plus doucement que sa voix lui permettait : « Tu lui donneras le nom que tu voudras. C’est toi qui vas le porter pendant neuf mois après tout. Tant que tu ne l’appelles ni comme moi, ni Adam, ni Lilith, ni Eve. »
Il la sentit sourire dans son dos. Elle pensait qu’il lui faisait là un grand honneur en lui permettant de choisir elle-même le nom de l’enfant. Il respira profondément et se calma. Gabrielle avait encore neuf mois avant de mettre bât le petit. Il pouvait encore y avoir une fausse couche voire un enfant mort-né. Il n’avait pas encore de raison de s’affoler. Cela pouvait juste être une anomalie. Il l’espérait de tout son cœur.
- Vlad.
- Pardon ?
- Si c’est un garçon, je lui donnerai le nom de Vlad.
Malgré la gravité de la situation il ne put s’empêcher de sourire.
- En hommage à Vlad D. Tepes L’Empaleur, le premier d’entre nous ?
Vlad était une anomalie lui aussi. Mais une anomalie de l’espère humaine. Un humain pas tout a fait humain qui possédait de grands pouvoirs. C’était Vlad de Valachie le père universel de l’ordre des Frères de Sang. Il ne le savait pas même il était le premier d’une espèce plus forte à mi chemin entre les humains et les vampires du monde magique mais aucun des deux non plus. Nul ne savait d’où l’anomalie génétique était venue mais toujours est il que les enfants de Vlad étaient eux aussi porteur du génome et peu à peu les descendant c’étaient dispersés dans le monde. C’était Vaan qui les avait tous retrouvé et réunit pour fonder à nouveau une famille unie.
Il espérait que ce Vlad qui allait naître ne serait pas la pierre tombale de l’ordre. Il se rappela de la prophétie :

Lorsque viendra le jour où le dernier Dragon contre sa raison à la folie succombera, de la main même de sa propre chair et de son propre sang il périra. Ainsi les familles ennemies du Dragon et de la Croix cesseront leur combat car plus d’héritier il n’y aura.

Se pouvait-il qu’il l’ait mal interprété ? Le Dragon était bien le symbole de la famille de Vlad D. Tepes, et la Croix le symbole des familles catholiques qui longtemps avait fait la chasse aux vampires comme le clan Hellsing-Delacroix.
En effet, Van Hellsing avait longtemps cru poursuivre des vampires alors qu’il ne donnait en réalité la chasse qu’aux Frères de Sang. C’est pour cela qu’ils étaient si peu nombreux à présent. Peu d’entre eux avaient survécu à la purge qu’avaient entrepris les humains normaux. On pouvait donc en déduire que les deux familles D. et Delacroix étaient des adversaires séculaires dont la lutte ne cesserait sans qu’une des deux maisons ne soient complètement exterminé.
Il avait pourtant bien tenté de préserver les deux familles de l’extinction en mêlant son sang à celui des Delacroix pour parvenir à l’équilibre. Vlad risquait-il de compromettre cet équilibre ?
Un enfant de deux SangDragon, ça ne s’était plus vu depuis sa propre naissance. L’ordre ne se composait actuellement que de treize membres et seulement trois étaient des femmes : ses deux filles, dont l’une était stérile, l’autre encore trop jeune pour donner naissance à un enfant. Seule restait Gabrielle apte à enfanter.
Un SangDragon qui risquait d’être aussi ou même plus puissant que lui… « Le dernier Dragon contre sa raison à la folie succombera, de la main même de sa propre chair et de son propre sang il périra. »
Serait-ce de Vlad et non pas de Jean et d’Eve dont elle parle ? Serait-ce Vlad qui deviendrait fou et non pas Jean ? Serait-ce Vlad qui détruirait en même temps que les héritiers Delacroix tout espoir de survie de notre espèce ?
D’un point de vue objectif, Vlad était un véritable SangDragon de ses deux parents comme lui. Il était parfaitement pur. Jean, Joanne, Eve n’étaient que des hybrides au même titre que les autres Frère de Sang. Cela faisait-il de lui le dernier Dragon ?
Pour la première fois de sa vie il douta de son jugement. S’il s’était fourvoyé à ce point là… Tout son monde s’écroulerait. La vieille qui lui avait fait la prédiction lui avait dit qu’on ne pouvait lutter contre son destin. Il s’était arrangé pour annuler la prophétie et il réalisait maintenant qu’il s’était peut-être trompé de personne.
Il hurla. Il hurla de rage et de douleur comme il n’avait jamais hurlé. Son cri tinta longtemps à ses propres oreilles. Gabrielle, apeurée, s’était recroquevillée dans un coin.
Enfin apaisé, il se rapprocha. Il la tira gentiment contre lui et se laissa aller à la serrer fort dans ses bras. Il ferait tout pour empêcher l’extinction de son espèce.

_________________
Je suis celui-ci ou celui-là.
Il n'y a point de différence.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Utilitaire



Nombre de messages: 98
Date d'inscription: 18/05/2007

MessageSujet: Re: Cogito [10]   Lun 28 Mai - 16:43

Vaan -





Il retira sa langue de sa bouche et s’humecta les lèvres. Les rayons du soleil pointaient à l’horizon par la fenêtre de la petite chambre d’hôtel. Ils n’avaient pas dormi de la nuit une fois de plus. C’était l’heure d’y aller.
Il s’assit sur le lit et commença à chercher ses affaires. Par la fenêtre il vit qu’il avait neigé pendant la nuit. Ils devraient donc se couvrir chaudement. Au-dehors la neige resplendissait comme des milliers de petits cristaux blancs.
Il mit ses lunettes sur son nez et se leva enfin. Gabrielle, sans un mot, enfila ses vêtements recouvrant ainsi sa nudité par les tissus de sa chemise puis de son manteau. Il la lorgnait du coin de l’œil, attentif à chacun de ses gestes. Il s’attendait encore à la voir exploser de rire à tout moment et lui avouer qu’elle lui avait fait une vilaine farce. Mais non. Quand son regard croisa le sien elle se contenta de sourire et de lui faire les yeux doux.
Les femmes… Désespérantes.
Ils prirent la voiture et quittèrent la ville pour s’enfoncer sur les routes du paysage montagneux qui s’étendait devant eux, à perte de vue. Ils roulèrent ainsi durant une bonne partie de la matinée, puis, Vaan arrêta s’arrêta sur un bas côté et ils coupèrent par un chemin caillouteux à travers la vallée que formaient deux montagnes aux versants abrupts.
Le soleil pointait midi lorsqu’il l’aperçut enfin. Le château se dressait là, au sommet d’une montagne sinistre et noir, tombant lentement en ruine. Normalement Raphaël devait déjà les attendre. Pourvu qu’il n’ait pas fait de bêtises.
La route serpentait à travers monts et vallées ce qui faisait que le château était difficilement accessible et que personne n’y venait jamais. Lui-même n’aurait jamais trouvé l’emplacement de la pace forte s’il n’avait pas su qu’elle se trouvait bel et bien là. Il soupçonnait une très ancienne magie d’être encore à l’œuvre pour camoufler aux gens ordinaires certains noirs secrets qu’elle contenait.
Gabrielle le suivait de quelques pas en arrière. Il força alors l’allure. Ils n’allaient pas non plus passer toute la journée à traînailler sur le chemin. Ses longues foulées avalaient les distances à une vitesse ahurissante, si bien qu’en à peine une heure ils étaient arrivés aux abords de la citadelle.
Raphaël les attendait, adossé un pan de mur branlant couvert de lierre. Il décocha un simple coup d’œil ennuyé à Vaan avant de faire une gracieuse courbette devant Gabrielle. Il était tellement puéril mais si attachant d’un autre côté avec ses manières de gamin.
Le trio s’avança à l’intérieur de l’enceinte jusqu’à une petite cours à ciel ouvert – qui n’était d’ailleurs plus vraiment une cours puisque seulement un des quatre murs tenait encore à peu prêt debout comme le dernier témoin des vestiges d’un lointain passé.
- Michel doit nous attendre maintenant.
- Ah ? Il est pas mort zelui-là ?
- Non. Je l’ai puni à rester en bas pour le prochain siècle à venir.
- Pas cool…
Vaan s’avança jusqu’au mur et toucha la surface de celui-ci avant de revenir se placer entre Gabrielle et Raphaël. Au bout de quelques instants des grincements se firent entendre et un passage se libéra lentement. Le trou révélait un escalier vieux et sale qui semblait s’enfoncer loin sous la surface de la terre.
- Ah ouais. Z’est bien zon odeur ! Quoique qu’il arrive même à puer pluz qu’avant.
Emergeant du néant comme une ombre que projettent les flammes sur un mur deux yeux rouges se dessinèrent dans l’obscurité et Michel apparut.
- Touzours auzi petit.
- Permet moi de te dire que tu as l’air toujours aussi con, mon très cher Raph.
Michel du haut de ses un mètre vingt toisa son frère de sang d’un regard mauvais. Le nain était encore plus moche que la dernière fois qu’il l’avait vu – si encore c’était possible. Petit comme trois pomme et rondouillet il arborait un visage disgracieux avec son nez de travers et épaté comme une tomate qu’on aurait écrasée sur sa figure. Des cheveux filasse ornaient de-ci de-là son crâne qui semblait disproportionné par rapport au reste de son corps. Ses jambes courtaudes et torses ainsi que ses petits doigts potelés contrastait fortement avec l’éminente grosseur de sa tête. Raphaël allait répliquer quand il intervint : « Paix vous deux. Nous ne sommes point là pour nous disputer mais pour savoir si Jean, enfin, Adam – à croire que j’ai pris l’habitude de son satané nom d’humain – est prêt à entrer dans le cercle des Frère de Sang. Montre moi ce qu’il est devenu Michel. »
Le petit homme s’inclina très bas et un sourire mauvais se peignit sur ses lèvres : « Il est devenu considérablement plus fort que lorsque vous l’avez déposé ici, monseigneur. Cependant la haine qu’il semble vous vouer n’a pas faiblit. Je pense néanmoins qu’il est assez mentalement stable pour ne pas être dangereux pour lui-même et pour nous. Il a intégré que sa faim de chair faisait désormais partie intégrante de lui-même et il semble même avoir accepter ce fait. En toute bonne foi je dirais qu’il est prêt pour son baptême. »
Vaan hocha la tête. Un lourd poids venait de s’envoler. Au moins cela se déroulait comme il l’avait prévu. Il fit signe à Michel et le nain retourna dans son trou à reculons.
- A la revoyure, nabot. On est zenzé faire quoi maintenant ?
- Te taire pour commencer. Il va le chercher. Nous allons donc attendre. Il y en aura pour un moment.
Vaan s’assit sur le rebord du trou, ses pieds balançant dans le vide au-dessus de l’escalier. L’attente risquait d’être longue. L'escalier menait si profondément dans le sous-sol...

Il se redressa soudainement. Combien de temps avait-il dormi ? Le ciel était rempli d’étoile. Au moins cinq bonnes heures. Il resserra son manteau sur ses épaules. La température avait beaucoup baissée. Il se leva pour se dégourdir les jambes et regarda autour de lui. Gabrielle dormait dans un coin et Raphaël semblait avoir disparu. Enfin il scruta le trou noir sous ses pieds et plissa les yeux.
- Te voilà.
- Hello, dear father ! Nice to see you again. Désolé de t’avoir réveillé, mais je ne me suis pas lavé depuis deux mois, j’avoue que mon odeur ne doit pas être plaisante à tes délicates narines.
Jean se dressa devant lui. Il avait changé, incontestablement. Une expression indéchiffrable dans le regard il sourit néanmoins à son père. « Tu ne me poses pas la question ?
- Si. Me jures-tu allégeance et de servir la cause de notre espèce ? »
Son sourire s’étira encore et il ploya le genou, tête basse. Vaan s’approcha de lui et lui posa la main sur la tête. Ce qui se passa ensuite arriva en un éclair. Il vit son fils se redresser soudainement en tirant quelque chose de l’une de ses bottes en lambeaux et un éclair argenté passa devant ses yeux.
Il ouvrit grand les yeux et tenta de dégluttir. Le visage de son fils était si prêt du sien qu'il voyait parfaitement son reflet dans ses yeux. Il ne comprit pas ce qui lui donnait cette vague impression de froid dans le corps.
Puis, il se sentit basculer en arrière, inexorablement. Il chercha à crier mais aucun son ne parvint à sortir de sa gorge tranchée. Sa tête percuta durement le sol et il faillit perdre connaissance. Il voulut appeler à l’aide mais seul un jet de sang sortit de sa bouche pour empoisser son menton et se mélanger au sang de sa gorge, coulant tout autour de lui et imprégnant ses vêtements.
Ses doigts se crispèrent sur sa gorge comme pour tenter de stopper l’hémorragie. Il allait mourir étouffer dans son propre sang ! Il tourna la tête vers Gabrielle. Il voulait lui dire de venir le sauver mais il ne pouvait pas parler. Elle était là, juste à quelques pas de lui… Avec le bébé. Son bébé ! Il tendit la main en désespoir de cause mais elle tremblait tellement, elle était si lourde… Elle retomba sur le sol agitée de soubresauts incontrolables.
Il reporta son attention vers son fils, le suppliant du regard. Jean souriait encore.
Soudain il vit la silhouette de Michel émerger du tunnel. Il se sentit soulager, il allait l'aider ! Michel tourna le tête vers eux. Ses petits yeux rouges brillaient comme ceux d'un rat.
- Oh, je vois que tu n'a même pas eu besoin de moi.
Vaan ne comprit d'abord pas le sens de sa déclaration. Puis, lentement, il pesa l'implication de ses paroles. Il sentit ses boyaux se crisper de rage. Trahi ! Trahi par ce misérable qu'il avait tiré de la poussière du monde ! Il émit un vague gargouillis rageur avant de reporter ses yeux sur son fils.
Jean le regardait, indifférent. Le silex tâché de sang toujours dans sa main. L'homme sourit d’un sourire terrible et dévora son père du regard, une étincelle de folie y brillait.
- La réponse est… non.

Phalange II : End

_________________
Je suis celui-ci ou celui-là.
Il n'y a point de différence.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
 

Cogito [10]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Renouveau :: Divers :: In the World-
Poster un nouveau sujet   Ce sujet est verrouillé, vous ne pouvez pas éditer les messages ou faire de réponses.