Une odeur de sang et de chair brûlée s’insinua dans ses narines, lui soulevant l'estomac. Elle entrouvrit difficilement ses lèvres gercées et risqua une profonde inspiration qui enflamma sa trachée. Elle toussa de longues secondes, peinant à reprendre sa respiration, ses doigts griffant le sol froid sur lequel elle était étendue. Chaque parcelle de son corps lui semblait rouée de coups, mais cela était anodin comparé à l'état d'ahurissement dans lequel elle demeurait. Ses seuls repères étaient le poids qui pesait sur elle, accompagné de l’odeur nocive qui étourdissait ses sens. Son bras droit inerte, elle tendit sa main valide pour tâtonner maladroitement dans les ténèbres ; ses doigts effleurèrent une peau rugueuse et glacée. Elle su soudain où elle se trouvait. Étendue au sol, recouverte par des corps devenus cadavres par sa faute. Sa main gauche trouva immédiatement le contact rassurant de sa baguette ; trois corps sans vie furent projetés à l’opposé de ce qui était encore, la veille, son appartement. Ses yeux balayèrent l'endroit qui n’était plus que ruines. Le plafond s’était effondré, causant de nombreux dommages, aussi bien matériels qu’humains. Une seconde brèche perçait l’unique mur donnant sur l’extérieur, offrant une vue plongeante de sept étages sur la Capitale.
Juliette se redressa lentement en position assise ; les larmes lui brûlèrent les yeux sous la terreur, le désespoir et la haine qui affluaient en elle. Sa vue était trouble, et la souffrance l'empêchait de se concentrer sur sa situation. Son bras droit pendait lamentablement le long de son corps, alors qu'une large tâche écarlate teintait son jean, à l'emplacement de son genoux gauche. Sa respiration elle-même était effroyablement douloureuse. Elle raffermit davantage sa prise sur sa baguette, et s’aida de sa jambe valide pour se lever. Chancelante, la jeune femme fut prise de vertige, et se maintint à l’unique commode pour demeurer sur ses pieds. Son regard balaya la pièce, et y repéra sept hommes. Après un court examen, trois s’avérèrent sans vie, et quatre avaient reçu un simple sortilège de stupéfixion ; ils n’allaient plus tarder à revenir à la réalité. Était-ce elle qui avait commis cette atrocité ? Les bribes de souvenirs lui échappaient comme glisse l’eau entre les doigts. Le dernier évènement qui avait marqué sa vie était son conflit avec Cuthbert Sawyer, plus d’un mois auparavant. Depuis, elle n’avait plus que souvenir de nuits blanches et d’alcool. Pourtant, aujourd’hui, son appartement était dévasté.
Ce qui venait d’avoir lieu l’effrayait ; elle devait fuir. Sans réfléchir davantage, elle s’empara d’un unique sac à dos et se dirigea dans son étroite salle de bain. Là, elle se pencha sur une dalle semblable aux autres et la décolla délicatement du sol. La jeune femme plongea sa main dans l’ouverture et en retira une partie de ses économies qu’elle avait préféré ne pas placer à Gringotts, ainsi qu’une imposante mallette noire. L'objet s'ouvrit d'un coup de baguette, et révéla plusieurs étages que ne pourrait contenir une mallette moldue. Juliette caressa délicatement du doigt une rangée de fioles émeraudes, avant de s'emparer de la plus fine d'entre elles. Elle ouvrit le flacon à l'aide de ses dents, et le vida en une unique gorgée. La douleur s'apaisa instantanément, et sa vue se fit plus nette ; ne restait plus maintenant que l'éreintement, et deux membres invalides. La sorcière rangea la mallette dans son sac, priant pour que des gallions et des potions suffisent à ses besoins.
En quittant la pièce, son pied heurta une bouteille de verre. L'objet roula sur toute la longueur du salon, pour finalement se loger contre l'un des cadavres. Juliette enjamba laborieusement les corps stupéfixiés, et s’agenouilla près du sorcier. Avec précaution, elle souleva la manche gauche de l’homme, et découvrit ce qu’elle savait déjà ; le crâne humain ornait son avant-bras, marquant son appartenance au Seigneur des Ténèbres. Elle était persuadée qu'ils ne s'étaient pas introduis chez elle simplement à cause de son statut de Sang-Mêlé ; tout semblait avoir été préparé, et bien trop de Mangemorts avaient été envoyé pour une simple sorcière.
La jeune femme effleura doucement la surface froide de la bouteille ; il n’en restait plus qu’un fond. Il n'était à présent guère difficile de conclure ce qu'il s'était déroulé durant les dernières heures. Des Mangemorts, certainement renseignés sur ses habitudes de vie, avaient attendu que ses facultés soient altérées par l'alcool pour l'attaquer. Juliette ressentit un dégoût infini envers cette attirante bouteille de whisky, et à l'égard d'elle-même. Elle se redressa brusquement, révulsée, et tint plus fermement son sac. D’autres Mangemorts allaient arriver, et elle était trop vulnérable pour leur faire face. Elle désirait partir loin, et oublier qui elle était. Fuir ses peurs et ses faiblesses.
En quittant l’appartement, elle s’immobilisa devant la commode. Le cadre était brisé, mais la photographie restait intacte. Prise d’une ultime vague de peur et de nostalgie, elle revêtit un manteau, et plaça délicatement la photo, dont le bord supérieur droit avait été brûlé, dans la poche intérieure. Elle détacha ses cheveux qui lui tombèrent sur le visage, et dissimula son bras invalide en boutonnant son habit.
La jeune femme sortit de l’appartement d'une démarche oscillante, décidée à fuir vers l'inconnu.
_________________
La pluie inspire le plus grand bonheur, telle la vie qui déferle sur terre.