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Samaëlle Sorcière

Nombre de messages: 266 Age: 27 Localisation: Londres Emploi: Biologiste Date d'inscription: 21/10/2006
 | Sujet: Interlude Dim 11 Mai - 13:31 | |
| Une vache paissait tranquillement, sa queue fouettait l’air mollement, les quelques mouches qui s’étaient attardées là ne tarderaient pas à partir. Le soleil couchant à l’horizon disséminait des paillettes d’or, d’une beauté sans égale. Samaëlle étendit ses jambes et bailla sans retenue. Ses muscles avaient été sollicités toute la journée, ils réclamaient désormais un peu de repos. La jeune femme tourna la tête vers l’homme allongé à ses côtés, à même le sol, et sourit. Avec ses cheveux et ses habits en vrac, il ressemblait à un manant plus qu’à un ouvrier maçon. Elle ne devait guère donner meilleure impression mais peu leur importait. Ils étaient ici chez eux et personne n’aurait rien à redire. Talib et elle avaient travaillé toute la journée sur la remise en état de l’ancienne maison des Keynes. Samaëlle avait remercié les villageois en leur interdisant d’en faire plus qu’ils n’avaient déjà fait, ils avaient toujours femmes et enfants à nourrir et ne pouvaient se permettre de ne faire autre chose que l’aider sans rien attendre en retour. - Demain on creusera une nouvelle fosse septique, il est temps que ce village connaisse un minimum de confort.- Bien chef, c’est noté chef. Il mima un salut militaire avec son sourire malicieux. En réponse elle lui balança son chiffon en pleine figure. - Nigaud ! Elle ria. Cela faisait déjà trois mois qu’ils s’étaient retrouvés à Brasilia et ne se quittaient plus. La vie coulait tranquillement, le jour ils rénovaient la maison familial, la nuit ils fêtaient, sans jamais s’attarder sur des connaissances louches. Samaëlle aidait son ami à se sortir de la situation difficile dans laquelle il s’était mis les huit dernières années, et elle devait avouer que ses notions en magie l’aidait beaucoup. Même dans un pays reculé et sans contact avec les conflits qui faisaient rage en Occident, elle continuait à s’entraîner, disparaissait deux heures par jour dans un abri anti-nucléaire où la vigilance des gardes était fluctuante, et surtout inoffensives face à un imperium. Elle était alors maîtresse des lieux et révisait sans répit l’éventail des sorts qu’elle connaissait, du plus bénin au plus mortel. Au début, elle était épuisée au bout d’un quart d’heure, comme si le flux de sa magie s’asséchait. Puis, petit à petit, à force d’entraînements et de détermination, elle réussit à tenir une demi-heure, puis une heure. Bien sûr, elle alternait sorts ménagers et sorts d’attaques, ne comptant pas faire de duel pendant deux heures non-stop. Elle avait gagné en endurance et se félicitait pour cela, sans toutefois en être totalement satisfaite. Elle lançait ses sorts dans le vide, ou sur des objets, qu’en serait-il face à un humain particulièrement adroit de sa baguette ? Du fait de leur rythme de vie effréné, les deux jeunes gens étaient souvent extenués, et il leur arrivait de s’endormir dehors l’un contre l’autre à dix neuf heures, sans avoir rien avalé. Talib était toujours dépendant de la cocaïne mais avait arrêté d’en dealer. Il avait été surpris de la réaction de son patron lorsqu’il lui avait « remis sa démission », en le voyant hocher la tête, pensif, le laissant partir sans dégât, lui qui s’était attendu à une rouste formidable. Évidemment, il n’avait pas vu la malicieuse Samaëlle derrière la fenêtre remuant ses lèvres et sa baguette en un sortilège de confusion. Il s’était donc détaché de son réseau de drogue sans accrochage, le cœur léger. Seule ombre restante au tableau, sa dépendance aiguë à la coke. Ils auraient pu tenter l’expérience du sevrage complet et direct sur le jeune homme, mais celui-ci était tellement accroc qu’il redoutait l’immense douleur physique que cela procurerait. Sentant ces peurs inavoués, Samaëlle lui avait proposé de gérer elle-même ses doses, les diminuant un peu plus chaque jour. Une technique douce mais avec un taux de réussite beaucoup moins élevé. Ils avaient décidés tout deux de chasser de leur vie tout ce qui les empoisonnait, la jeune fille, elle, avait oublié son proche passé qui lui causait des cauchemars. La chute de la fsm, le pillage de la ville, le mal s’insinuant partout, les nombreux disparus… Et Jean. Cet homme, cette ombre, qui avait bouleversé sa vie un si court instant. Elle ne regrettait rien, avait juste de la peine que son bonheur soit mort dans l’œuf, qu’il ait perdu la vie de cette manière. Peut-être était-ce ce qui lui convenait le mieux, lui qui avait toujours l’air de se soucier des autres avant soi. Une fin héroïque qu’elle aurait pourtant voulu autre. Elle s’imaginait venant habiter ici avec lui, le présentant à Talib, fondant une famille… Mais rien de tout cela n’était plus possible maintenant, et elle essayait de ne pas s’attarder sur le passé. Elle avait commencé une vie nouvelle ici, elle s’y sentait bien, mais elle savait que quelque chose d’indescriptible l’appelait encore dans la capitale Anglaise. Comme pour expier leurs fautes passées, et surtout par plaisir et charité, les deux jeunes repentis passaient une journée par semaine dans une baraque de missionnaires qui regroupait un large centre d’activités censé aider la population miséreuse. Ils avaient été affectés à l’éducation des enfants des rues. Bien que d’abord réticents – ils auraient préférés quelque chose de plus calme comme répertorier la nourritures des dons humanitaires – ils avaient vite été séduit par les faces éblouis de ces gamins à qui la chance n’avait pas sourit. Il y avait toujours deux ou trois rebelles qui n’avaient pas envies d’être là et y restait par obligation en mettant un souk monstre, mais en général ils étaient attentifs et intéressés, n’hésitant pas à poser des questions avec l’insolence coutumière des enfants qui ont appris à survivre seuls. Ca n’était pas des cours au sens propre, une fois que ces chers bambins avaient appris l’essentiel de la langue et de l’écriture, Talib et Samaëlle étaient libre de leur enseigner ce qu’ils voulaient, ce dont ils avaient envie. La jeune fille leur parlait des plantes avec amour, bien que la faune passionnait plus ces petites canailles qui s’ingéniaient à la ramener à ce sujet. Talib quant à lui avait fait des études de lettres avant de tout abandonner, il était intarissable sur les auteurs, brésilien ou étrangers. Il s’étonnait lui-même lorsqu’il citait ses écrivains préférés au mot près, ne se souvenant pas de l’avoir appris, et surtout de ne pas l’oublier avec le temps. Des amitiés s’étaient formées et Samaëlle prenait plaisir à voir certains de ses petits écoliers en dehors de la mission. _________________ Le meilleur moyen pour apprendre à se connaître, c'est de chercher à comprendre autrui. |
|  | | Samaëlle Sorcière

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 | Sujet: Re: Interlude Dim 11 Mai - 17:26 | |
| Un jour qu’elle aidait à ranger des portions de riz dans la réserve, Samaëlle entendit des éclats de voix à l’extérieur. Intriguée, elle sortit le bout de son nez pour voir deux hommes se chamailler violemment, l’un plaquant l’autre contre le mur de tôles. Elle allait se détourner, reconnaissant la pâle figure d’un ancien collègue de Talib lorsqu’elle entendit un bout de leur conversation qui lui fit tendre l’oreille. - Je te le jure, c’est vrai ! On a perdu l’argent là-bas.- Menteur ! Dis plutôt que vous avez tout joué et que vous avez perdu ! Quand le boss saura ça, il vous fera une drôle de tête, pour sûr !- N…Non ! Des hommes bizarres parlaient de duels, on a voulu jeter un coup d’œil, rien d’autre !- Vous avez parié sur le mauvais animal ?- C’était des humains, vrai comme je te le dis. Des fous, oui ! Ils s’amusaient à tournoyer des bouts de bois comme des tarés, et ça les faisait rire, ces idiots. J’comprendrai jamais ces anglais, ils sont carrément cons !- Ensuite ? Grouille-toi de me dire où est passé le fric.- Ca devenait dangereux, ils étaient tous comme des excités à hurler. On est sorti, c’est à ce moment là qu’un gamin nous est rentré dedans. Sans s’excuser, il a pris dans nos vestes les billets et a disparu.- Vous ne lui avez pas couru après ?- Puisque je te dis qu’il avait disparu !Samaëlle n’en écouta pas davantage. Elle rentra dans le bâtiment, pensive. Une idée, encore confuse, germait dans sa tête. La jeune fille rangea distraitement les dernières boîtes de conserves qu’on lui avait confié et se dépêcha de rentrer sans faire de détour dans la ville. Talib était allé faire quelques courses, il ne reviendrait pas avant plusieurs heures. Ainsi donc, l’anarchie londonienne était telle que des moldus pouvaient assistés à des duels illégaux. Mais qu’est-ce qui était encore illégal là-bas ? Donner son bras à une grand-mère qui veut traverser la rue, ou bien enseigner la morale à l’école ? La curiosité commençait sérieusement à se faire sentir, surtout que la nouvelle des duels pouvait résoudre son problème d’entraînements. Elle ne voulait pas arrêter sa progression magique mais de là à risquer sa vie ? Il fallait voir. Elle n’avait pas besoin de s’en servir pour sauver sa peau ici. Mais au fond d’elle, Samaëlle savait que le bonheur qu’elle goûtait en ce moment ne serait pas éternel. La jeune femme, ne pouvant se résoudre à rester les bras croisés, rassembla quelques affaires et laissa un mot à Talib. C’était la première fois qu’elle lui mentait. Pour lui, elle serait juste partie faire un tour en forêt. Avec un peu de chance elle serait rentrée avant lui et sa conscience n’en souffrirait pas. Elle ne s’était jamais décidée à lui dévoiler ses capacités particulières en magie. La seconde difficulté était, pourrait-elle retransplanner sur une si longue distance en un si court laps de temps ? Elle n’en était pas certaine, et si elle voulait y aller ce soir, ce serait un risque à prendre. Elle arriva dans une ruelle sombre et fraîche des faubourgs de Londres. La zone serait vaste à couvrir car elle ne savait pas du tout où pouvait se dérouler les combats. Certainement pas dans le chemin de traverse car aucun moldu ne pouvait y aller. Il lui restait tout les sous-sol, les arrières salles de bar ou de cabaret, les lieux facilement dissimulable et peu fréquentés des hommes que ce business ne concernait pas. Elle alla cependant tout d’abord dans un bar du chemin de traverse pour essayer d’obtenir quelques noms et ne pas chercher en vain. Elle ne chercha pas à taire son identité ou ses traits, cela ne la rendrait que plus suspecte aux yeux des clients. Poussant la porte d’une main, elle fut assaillie par une odeur rance d’alcool et de tabac froid. Fronçant le nez, elle s’avança néanmoins. Samaëlle se dirigea immédiatement vers le bar auquel elle commanda un vin chaud. Le barman leva un sourcil si haut que la jeune femme dut se retenir pour ne pas rire. Il la servit néanmoins et elle paya sa consommation, se penchant vers lui pour lui souffler à l’oreille. - Mon brave, un nom pour les duels organisés ? Elle lui glissa un gallion d’or dans la main et lui hocha négativement la tête en prenant l’argent, imperturbable. Elle se rassit donc normalement et sirota sa consommation, pensive, sans voir le coup d’œil appuyé du gérant de l’établissement à un groupe de joueurs attablés. Justement, deux d’entre eux se levèrent et la rejoignirent en souriant ? Elle les regarda s’approcher, un peu méfiante. Ils auraient peut-être les informations qu’elle cherchait, elle prit donc une mine aimable et accepta la tournée qu’ils lui offrirent. La conversation s’engagea et dura longtemps, on parlait du passé, du futur, de ce qui était bien ou non, de ce qu’il faudrait changer, le tout bien arrosé. A chaque verre, Samaëlle tendait la main pour dire non, mais ils insistaient si bien qu’elle ne pouvait refuser. Elle finit ronde comme il fallait, riant à tout, la tête qui lui tournait. Elle avait eu envie de dormir. Puis plus rien. Elle perdit le contrôle. L’ex-équipière n°6 se réveillait lentement, une douleur lancinante à la tête et le corps meurtri. Tout autour d’elle était sombre et humide, elle ne savait pas où elle était mais l’odeur de renfermé lui indiquait que peu de monde venait ici. La soirée d’hier lui apparaissait par bribes avec plus de passages manquants que de souvenirs. Elle s’examina minutieusement et remarqua qu’on l’avait fouillé. Tout ce que contenait ses poches était étalé un peu plus loin, il lui manquait seulement son argent sorcier et sa baguette magique. Les brûlures à son poignet ainsi que les plaies encore ouverte montrait que ses agresseurs avaient essayés de lui voler son bracelet par diverses moyen sans y parvenir. Elle embrasse le pendentif avec soulagement. Cependant une pensée d’effroi lui saisit le cœur. Ce n’était pas sa situation qui l’inquiétait le plus, bien qu’elle ait perdu sa baguette, mais la réaction de Talib ne la voyant pas revenir, qui pourrait partir à sa recherche dans la dangereuse forêt. Elle allait transplanner lorsqu’une autre idée effroyable lui vint à l’esprit. Sans son arme, elle n’était plus rien, elle ne pourrait même pas aider Talib en le retrouvant s’il s’était perdu dans la jungle amazonienne. Elle ne pouvait vraiment pas quitter Londres sans sa baguette magique. Justement, elle entendit un bruit de serrure et une porte qu’elle n’avait pas deviné s’ouvrit. Sautant sur ses pieds, elle était prête à sauter à la gorge de son kidnappeur. Elle devinait sa silhouette grâce au rayon de lumière provenant de l’escalier dans le dos de l’homme. Elle ne pouvait pas voir ses traits, juste qu’il était très grand et mince et que son coude relevé pointait sûrement une baguette sur elle. Elle fut soudain inquiète. Elle était en son pouvoir, il pouvait faire d’elle ce qu’il voulait. Un sentiment d’impuissance la découragea immédiatement et elle s’assit par terre, abandonnant toute idée de fuite. Elle n’avait plus qu’à prier pour qu’elle ne soit pas tombée sur un grand malade. Lui sembla satisfait, il hochait lentement la tête. Il fit simplement demi-tour et s’en alla, refermant d’un coup de baguette la porte derrière lui. Lorsque l’effet du sortilège qu’il lui avait lancé s’estompa, Samaëlle se prit la tête entre les mains et essaya de mettre les choses au clair. Elle ne pouvait pas sortir d’ici en transplannant car elle laisserait son âme sœur de bois à un de ces immondes personnages. Il était de notoriété publique que plus aucun véritable fabricant de baguette n’exerçait leur métier. D’un autre côté elle ne pouvait pas rester ici éternellement à subir des sortilèges de confusion ou pire à chaque intrusion de l’homme jusqu’à ce qu’il la tue. Elle était dans une impasse. Il lui fallait renoncer à son état de sorcière ou subir les sévices certains d’hommes sans scrupules jusqu’à ce qu’elle trouve une solution. Le choix était vite fait. La seule chose qui avait illuminé ses journées lorsqu’elle était adolescente, c’était la magie. Sa curiosité et son attrait pour la chose avait fait battre son cœur de nombreuses fois. La jeune femme se résolut donc à attendre. _________________ Le meilleur moyen pour apprendre à se connaître, c'est de chercher à comprendre autrui. |
|  | | Samaëlle Sorcière

Nombre de messages: 266 Age: 27 Localisation: Londres Emploi: Biologiste Date d'inscription: 21/10/2006
 | Sujet: Re: Interlude Lun 12 Mai - 11:13 | |
| Elle passa les trois pires journées de son existence. La faim la pliait en deux, son ventre la brûlait, faisait des gargouillis bizarre, lui troublait la vue. Elle ne pouvait pas dormir tellement la douleur était insupportable. Mais pire que tout, la soif lui écorchait les lèvres, rendait sa langue pâteuse, elle n’arrivait plus à penser à rien et comme fait exprès, la température ne cessait d’augmenter, la faisant suer à grosses gouttes, elle perdait son eau beaucoup plus rapidement. De larges cernes agrandissaient ses yeux qui ne cessaient de fixer le vide, elle n’arrivait plus qu’à gémir pour quémander de l’eau qui ne venait pas. Le soir du quatrième jour, la porte s’ouvrit enfin. Un lumos éclaira tout les recoins de la pièce, y comprit celui où se tapissait Samaëlle. L’homme qui venait la voir était trapu, sa respiration forte emplissait la salle comme le souffle du bâtiment lui-même. Elle n’eut pas le courage de se lever, elle resta là, affalée par terre. Il la retourna du bout du pieds avant de secouer négativement la tête. Il regarda prudemment derrière lui avant de sortir sa baguette et de lui lancer un revigor. Il espérait qu’ainsi, personne ne s’apercevrait qu’il n’était pas venu donner à boire à la jeune femme. Le grand Al n’aurait pas été content. Il la dévisagea avec dégoût. De toute façon, elle allait mourir. Pourquoi donner à boire à une bête que l’on sacrifierait ? Samaëlle sentit le sort comme un choc électrique dans toutes les cellules de son corps. Une partie de sa douleur s’était ainsi apaisée, elle put se redresser sur les coudes. Elle fusilla du regard l’homme qui l’avait aidé. Sa petite tête de fouine ne lui plaisait pas du tout. Ce dernier ricana. - Debout ma jolie, c’est l’heure de la promenade.La jeune femme savait qu’il était inutile de s’opposer. Elle était trop faible pour un corps à corps avec ce lourdaud et il avait une baguette magique. Elle se leva tant bien que mal et le goujat lui empoigna le coude pour la guider à travers la maison. Après les escaliers, un couloir les mena dans un petit salon meublé à l’anglaise. Elle avait donc été enfermé dans l’habitat d’un particulier. Elle remarqua tout de suite les balises anti-transplannage qui brillaient d’un halo bleuté. Il n’y en avait que deux, les autres devaient être réparties dans le reste de la maison. La lumière l’éblouissait, elle clignait des yeux, ce qui en plus de son air fatigué, affamé et assoiffé lui donnait l’air complètement idiote. On la fit asseoir sur un sofa, un deuxième homme étant venu les rejoindre. Elle reconnaissait l’un des sorciers du bar qui l’avait accosté. - Tu t’es occupé d’elle comme on te l’a demandé ?- Oui oui, bien sûr. Je n’ai rien oublié ! Il bombait le torse, fier comme un petit coq. - Alors ?- Il n’y avait pas grand chose, ce n’est pas une personne digne d’un très grand intérêt. Samaëlle Keynes, 25 ans, employée au ministère des affaires étrangères, n’est pas venue travailler depuis trois mois. Aucun signe particulier. Travaille aussi dans un laboratoire moldu. A été déclaré détentrice de dons magiques l’année de ses quinze ans. Née à Brasilia, au Brésil. Il récitait la leçon comme un parfait petit soldat. - D’accord pour la partie officielle. Et qu’a-t-elle fait durant ces trois derniers mois ?- Il est possible qu’elle se soit cachée pour échapper à Vous-savez-qui et aux mangemorts. Les employés du ministre qui en plus flirtent avec les moldus ne sont pas très bien vus. De plus, c’est une sang-de-bourbe.- Comme beaucoup d’entre nous, Jerry.- C’est certain, c’est certain. Il eut un regard méprisant pour son interlocuteur. Au teint halé qu’elle avait avant d’entrer dans la cave, je pense qu’elle est retournée dans son pays, en Afrique.- Jerry, dégage. Tu fais bien ton boulot mais limite toi à ça. Algernon te fera parvenir ta récompense comme d’habitude.- Prends bien ton pieds avec la demoiselle, Kief. Il ricana en sortant. Le prénommé Kief pinça les lèvres et fronça le nez. Il n’aimait pas ce débile de Jerry. Il le provoquait mais se roulait à ses pieds dès qu’il le menaçait. Ce n’était qu’un minable qui ne serait jamais rien d’autre qu’un raté. Issu d’une famille de sorciers au sang pur, il croyait devoir le rappeler à tout bout de champ, ce qui lui avait d’ailleurs valu plusieurs ennuis. Le jeune homme, la mine avenante, se tourna vers la jeune femme échouée sur le canapé. Son regard vide le fit rire intérieurement. Ils ne risquaient pas grand chose d’elle. Il avait un peu pitié, elle qui lui avait paru belle et inoffensive dès le début. Mais il avait des ordres à respecter, une curiosité à punir. - Allons, Mademoiselle, savez-vous ce que vous faîtes ici ?Elle hocha négativement la tête. - Vous souvenez-vous de moi ? Je suis venu avec quelques « amis » vous offrir un verre au Dragon Farceur. Vous aviez l’air très intéressé par des… quoi déjà ? Ah oui, des duels. Voyez-vous, c’est un business comme un autre, il suffit de trouver de bons parieurs, d’avoir le sens des affaires et surtout de bons tuyaux. Mais lorsque des fouineuses viennent fourrer leur nez dans notre marché, plus rien ne va. Ce n’est pas tellement que nos soirées soient interdites, au contraire on retrouve souvent quelques mangemorts saouls au milieu de l’arène, mais l’accès n’y est pas autorisé à tous. On ne sait jamais sur qui on peut tomber, n’est-ce pas ? Il lui fit un sourire condescendant. Samaëlle n’avait pas le courage de lui répondre, les mots glissaient sur elle comme de l’eau. De l’eau, c’était justement ce dont elle avait besoin. Il la leva avec beaucoup de délicatesse. Comparé au précédent, il avait de vraies allures de gentleman. Il prit avec elle un portoloin et dut presque la porter pour qu’elle reste debout. Ils arrivèrent dans ce qui ressemblaient à des vestiaires. Il la poussa par une porte, lui glissant sa baguette dans la main et chuchota à son oreille : - Vous cherchiez des combats de sorciers ma dame, vous y êtes._________________ Le meilleur moyen pour apprendre à se connaître, c'est de chercher à comprendre autrui. |
|  | | Samaëlle Sorcière

Nombre de messages: 266 Age: 27 Localisation: Londres Emploi: Biologiste Date d'inscription: 21/10/2006
 | Sujet: Re: Interlude Dim 18 Mai - 21:50 | |
| La lumière forte des néons l’aveuglait, des mains la poussaient dans le dos, elle titubait vers quelque chose qui ressemblait à un immense ring entouré d’un filin vert. Un trou s’ouvrit lorsqu’elle s’y présenta, et elle s’engouffra à l’intérieur. Tout de suite, il se referma sur elle, il n’y avait plus aucune issue. Elle se doutait qu’il était magique et qu’il l’empêcherait de fuir. Quelques cris retentirent mais ne retinrent pas l’attention de Samaëlle. En face d’elle, un molosse tenait sa baguette brandie et faisait des signes au public assis dans des gradins suspendus par magie tout autour du ring. L’homme se décida enfin à se tourner vers son opposant – Samaëlle en l’occurrence- et éclata de rire. Il fit encore des signes au public, des gestes parfaitement compréhensible pour tous. « Ils se sont trompés d’adversaire ! » La jeune femme restait hébétée, sans vouloir comprendre. Puis sans crier garde, il lui lança un sortilège de jambe en coton. Pour quelqu’un qui clamait que sa victoire était assurée, il était bien prompt à se l’approprier. Elle sembla s’éveiller d’un long sommeil et regarda un bref instant le sortilège voler vers elle. Elle eut tout juste le temps de se protéger d’un bouclier magique sous les regards attentifs du public. Mais l’homme en face n’était pas un habitué, il avait envie de se faire remarquer, il constatait l’effet de son sort avant d’en lancer un autre sous les encouragements de la foule. Samaëlle profita de cette grossière erreur pour lui envoyer un expelliarmus en pleine face, qui lui fit perdre sa baguette et son équilibre. Une voix de stentor retentit immédiatement: « La règle du niveau 1 stipule que lorsque l’un des participants est désarmé, il perd le combat. La victoire est pour Mlle Keynes ». Celle-ci s’écroula, totalement à bout, alors que la maigre foule s’était levée pour applaudir et rire du perdant. Samaëlle s’éveilla lentement et resta allongée sans bouger le temps qu’elle retrouve totalement ses esprits. Elle porta alors sa main à son bras gauche où une bande de tissu était censé empêcher la plaie de saigner. Elle aurait pu aller à Ste Mangouste et cela aurait été réglé très vite, mais on le lui avait fortement déconseillé. Elle attendait le retour de Kief qui devait revenir avec un ami qui avait étudié la médecine. Elle se méfiait un peu des amis de Kief, ils n’étaient pas tous très clair et beaucoup mentaient. La jeune femme restait immobile, elle avait déjà essayé la veille de se redresser mais la douleur de son pieds gauche était insupportable. On ne l’avait pas bandé car même l’effleurer était une torture. Le petit orteil manquant laissait un trou noir de sang séché sur le pieds de Samaëlle. Le coussin où reposait sa tête avait l’odeur masculine de Kief, elle l’écarta d’elle. Des pas sur le porche l’avertirent que son bienfaiteur et peut-être son sauveur était arrivé. Une clé dans la serrure tourna pour laisser place à un homme mince, les cheveux châtains et de fines lunettes sur le nez. Kief avait revêtu une veste grise sur sa chemise passée, ce qui lui donnait un petit air d’aristocrate des faubourgs. Il laissa la place à un homme de haute stature dont la chevelure blonde était retenue en catogan. Ses yeux bleus fixait la jeune femme alitée d’un regard doux. Un peu rassurée, Samaëlle soupira. Il s’agenouilla près d’elle et commença à inspecter les dégâts en lui posant diverses questions. Kief pour sa part s’était éclipsé dans la cuisine boire une goutte d’eau-de-vie pour se rasséréner. Il ne supportait pas la vue du sang. - Est-ce le même sort qui vous a infligé les deux blessures ?- Oui, je l’ai reçu alors que je me jetais au sol, d’où la blessure verticale du bras et l’orteil sectionné.- Etait-ce un sort ménager détourné ? Samaëlle n’en savait rien, elle avait agit instinctivement en voyant l’éclair orange filer vers elle, une étincelle de malveillance dans le regard de son ennemi. Ce n’était plus un adversaire mais réellement un ennemi qui voulait sa peau, un homme qu’il fallait tuer si on ne voulait pas mourir. Telle était la règle du niveau trois des duels de Londres. Alors, comment savoir quel sort il avait bien pu utiliser ? C’était le dernier de ses soucis, lorsqu’elle franchissait le seuil du ring, elle n’était que réflexe et anticipation, ses muscles préparés en attente du combat. Il lui avait fallu passer par de nombreuses étapes avant d’en arriver à ce stade là. Des jours entiers seule dans cette cave à attendre le soir et son lot d’actions. Après sa première victoire, elle avait trouvé à ses côtés un pichet d’eau et un plat de nourriture sur lesquels elle s’était jetée avidement. On ne lui avait pas rendu sa baguette qu’on gardait précieusement cachée et qu’on lui confiait uniquement pour les combats. Plus le temps avait passé, plus on avait oublié pourquoi elle était là. On ne voulait plus la supprimer parce qu’elle était trop curieuse, certains commençaient même à parier sur elle. Lorsque Algernon avait senti un profit possible, il avait accepté de l’opposer à des gens plus forts, et la règle avait changé en même temps que le niveau. Il fallait désormais immobiliser son adversaire, ce qui demandait plus de temps et d’ingéniosité que seulement le désarmer. Samaëlle n’avait pas toujours gagné, mais son taux de réussite était si important que l’on en oubliait ses quelques défaites. Dans un même temps, Kief s’était proposé pour la surveiller chez lui car disait-il, « il faut chouchouter les vainqueurs pour qu’il ne leur prennent pas l’envie un jour de perdre ». Il était son garant et si quelque chose arrivait à Samaëlle où si elle leur faussait compagnie, ce serait Kief qui trinquerait. Elle avait donc été logée chez ce mystérieux homme qui s’absentait le soir et toute la nuit, rentrait à l’aube et dormait jusqu’à midi. Il ne venait pas voir les prouesses de Samaëlle qui restait indécise quant aux activités de son hôte. Tout les matins elle recevait un billet sur lequel était indiqué le lieu et l’heure du rendez-vous nocturne. Elle s’y rendait seule et à pieds et de là on lui donnait un portoloin menant à un des lieux prévus pour son niveau de combat. Ils n’avaient jamais manqué de vigilance voir même de méfiance envers tout participants et gérait ainsi leurs poulains. - Bien, ça devrait aller maintenant. Votre bras cicatrisera très vite mais évitez de trop tirer dessus pendant quelques semaines. Vous boiterez sûrement un mois ou deux, la douleur de ce genre d’accident s’efface difficilement. Si vraiment ça ne vas pas, venez me voir. Il lui glissa un petit bout de papier dans le creux de la main qu’elle referma immédiatement. Kief arrivait, il s’assit sur le lit près de sa tête et lui sourit. Il joua un instant avec une mèche de cheveux implanté près du front de Samaëlle. Elle chassa sa main et l’homme se leva pour raccompagner son ami à la porte. Lorsqu’il revint, il lui sourit de nouveau et elle le lui rendit. La jeune femme lui devait beaucoup. Il lui avait transmis son art, un art dans lequel il excellait. Pendant des mois il avait eu la patience de lui expliquer les sortilèges informulés, et lorsqu’elle eut saisi le principe, ils s’étaient entraînés tout les deux. Kief était un adversaire redoutable mais valeureux et Samaëlle aurait souhaité qu’ils soient tous comme lui en duel. Malheureusement le nombre de lâches ou de fourbes était bien plus important. Certains n’hésitaient pas à tirer dans le dos ou à ne pas respecter l’annonce de fin de combat pour s’acharner. Comme un remerciement, Samaëlle avait succombé aux attraits physique de son protecteur et il partageait un même lit dans la petite maison londonienne. Quelques jours passèrent, les blessures de Samaëlle devenait moins importantes et Kief parlait déjà de retenter l’expérience d’un petit duel. Samaëlle l’éconduisait à chaque fois, elle ne se sentait pas prête à recommencer tout de suite. Elle n’avait fait qu’une seule fois un combat de niveau 3 et elle n’avait pas l’intention de mourir pour satisfaire un amant qui ne venait même pas l’encourager. Alors que Kief dormait, un hibou déposa une lettre par la fente de la porte qui glissa jusqu’au lit. Samaëlle la ramassa, intriguée et l’ouvrit. Elle la relut plusieurs fois, les mains tremblantes et les fourcils haussés. Il ne lui fallut qu’une minute pour prendre sa décision. Elle se leva doucement en veillant à ne pas faire de bruit, subtilisa la baguette de l’homme allongé, la pointa vers la lettre qui devint bleue, reposa la baguette et prit le papier dans ses mains. Elle se retrouva, seule, boitante et sans baguette dans une Venise en plein carnaval. _________________ Le meilleur moyen pour apprendre à se connaître, c'est de chercher à comprendre autrui. |
|  | | Samaëlle Sorcière

Nombre de messages: 266 Age: 27 Localisation: Londres Emploi: Biologiste Date d'inscription: 21/10/2006
 | Sujet: Re: Interlude Dim 16 Nov - 0:50 | |
| Elle caressa du bout des doigts la rampe en bois verni de l’escalier. Elle était polie par les âges et par la succession de clients s’en étant servi pour ne pas tomber dans les marches du pub au charme atypique. Samaëlle sourit pour elle-même, et ce sourire reflétait toute la tristesse de ses yeux. Pouvait-on encore s’émerveiller devant de si petites choses dans le monde où ils vivaient à présent ? Tout élément qui a un vécu mérite la reconnaissance. Elle posa délicatement son pied sur le sol du rez-de-chaussée, touchant jusqu’au dernier instant la rampe. Elle n’attendait rien, elle se promenait juste et tout avait une nouvelle saveur, son corps n’était que capteurs à émotions et à sensations. La lumière donnait un sens particulier aux choses qu’elle éclairait, l’ambiance était douce, apaisée. Les chaises étaient désordonnées du départ récent des derniers consommateurs. Ça sentait la vie, ça sentait le vide. Samaëlle était troublée, elle ne savait que faire, elle continua son chemin à travers le bar. Il n’y avait personne, Bill devait être dans l’arrière salle et les autres étaient montés se reposer ou faire elle ne savait quoi. Sawyer était revenu, plus aucune inquiétude immédiate ne pouvait plus gâcher leur sommeil bien mérité. Elle s’excusa en pensée pour les rêves de l’homme sur lesquels elle ne pourrait veiller ce jour. La jeune femme s’assit sur un des hauts tabourets et s’accouda au comptoir. Le silence avait changé de tonalité, il n’était plus envoûtant, il lui donnait l’impression d’être exclue, de ne pas appartenir à ce monde. Samaëlle prit sa baguette dans sa main et la fit tourner entre ses doigts. Elle la connaissait par cœur, elle aurait pu dessiner ses courbes les yeux fermés. C’était sa troisième main, c’était son âme. Elle plissa les yeux et la fixa intensément. On aurait presque pu croire, de près, que ce n’était qu’une branche sans importance. Après tout, c’était le sens qu’elle lui donnait qui la rendait indispensable. Samaëlle leva la tête et regarda l’heure à la pendule murale. Elle rêvassa un instant puis se remit sur ses pieds d’un bond. Elle avait prit sa décision. Elle rentrerait cette nuit à Brasilia pour revoir Talib, le rassurer lui et les autres. Sa venue soudaine, elle devrait probablement la justifier. Était-ce enfin l’heure des révélations ? Elle avait toujours tout partagé avec lui et ce secret devenait de plus en plus lourd, elle voulait qu’il sache, qu’il la soutienne, comme il savait si bien le faire. Il la prendrait dans ses bras et lui dirait une phrase qui le ferait rire contre son gré. C’était l’insouciance de Talib qui faisait sa force, et en ce moment, elle en avait besoin. Elle avait pensé pouvoir être forte et avancer dans la vie comme on nage dans une piscine, par étape en soufflant dans l’eau et en sortant la tête, de temps en temps. Mais la vie ne se résumait pas à ça, elle l’avait toujours su mais avait refusé l’évidence. Elle avait besoin de quelqu’un pour l’épauler, quelqu’un qui la connaissait et qui ne serait intéressé par rien d’autre qu’être à côté d’elle. Samaëlle se surprit à vouloir aller voir ses parents. Cela faisait bien six ans que ça ne lui était pas arrivé. Ils lui manquait, elle aurait aimé qu’ils soient toujours là, jouer à la petite famille unie en allant boire le thé chez eux le dimanche après-midi. Elle voulait retrouver l’odeur du parfum de sa mère qui sentait comme le Lilas au printemps, et frissonner sous le regard perçant de son père. Elle voulait les serrer tout les deux dans ses bras comme s’il ne s’était rien passé dix ans auparavant. Elle avait été bête de les oublier, comment avait-elle pu, d’ailleurs ? Ils étaient si importants ! La gorge nouée et au bord des larmes, Samaëlle fit apparaître un bout de papier et une plume pour écrire un mot à ses collègues. Je serai de retour demain au lever du jour. Sam
Etait-ce l’ambiance ? Etait-ce sa longue période sans baguette ? Samaëlle se sentait faible et perdue comme une pauvre petite chose. Elle sentit une présence puis l’odeur d’un café fumant. Elle se retourna et vit Bill, à sa place derrière le comptoir, poussant la tasse de liquide noirâtre jusqu’à elle. - Faut pas faire cette tête là. Buvez ça, et allez vous coucher, ça ira mieux. Son regard fut attiré par la bande de parchemin. Samaëlle le cacha vivement puis rougit. C’était stupide, elle faisait ce qu’elle voulait et il ne l’en empêcherait pas. Mais après le geste qu’il avait eu envers elle, elle avait l’impression de les abandonner, même si ce n’était que pour vingt-quatre heures. Il haussa les sourcils et elle baissa les yeux. Elle écarta son bras qui cachait son mot et lui se détourna, lui faisant comprendre qu’il ne posait pas de question, ce n’était pas son rôle. Elle fit un faible sourire et s’éclipsa dans sa chambre. La jeune fille se changea, eut l’usage d’un portoloin et atterrit au cœur étouffant d’une Brasilia grouillante de monde. - Coucou. Samaëlle était appuyée contre le mur bordant la porte, en contre-jour, son ombre sur le sol en terre était immense. Talib lui, cligna des yeux un instant avant de la reconnaître. Une ombre passa dans ses yeux mais échappa à la jeune fille. Il sourit mais cessa de la regarder pour continuer son ouvrage, il était entrain de coudre. - Excusez-moi mademoiselle mais je ne reçois pas de visite durant mon travail. Il ne cessait pas de sourire mais Samaëlle fronça les sourcils, il se passait quelque chose. - Eh bien soit, monsieur, je saurais attendre. Et elle s’assit contre le mur à l’extérieur, de sorte qu’ils puissent tout de même converser sans hurler. Je suis désolée d’être partie.- Oh il n’y a pas de quoi. Cette fois-ci j’ai eu de tes nouvelles et tu es revenue avant neuf ans. Oh bien sûr, tu vas encore repartir, en t’évanouissant dans l’air, comme d’habitude. Mais bon. Son ton sarcastique blessa Samaëlle mais elle ne pouvait se mettre en colère ni lui en vouloir, tout était de sa faute. - Je suis désolée… Je…- Pas la peine de t’excuser, tu ne me dois rien. Sa voix avait perdu de sa hargne, il était juste déçu et résigné. Les larmes coulaient silencieusement sur les joues de Samaëlle. Son sentiment de solitude éprouvée dans le bar, elle le retrouvait ici. Elle renifla. De son côté, Talib leva les yeux, étonné, mais reprit vite son ouvrage. - Tu as changé. Il soupira. La première fois que tu es partie, tes parents étaient morts. Pourquoi es-tu partie, cette fois-ci ? Tu n’as perdu personne ici, j’étais là, j’étais avec toi ! Pourquoi faut-il toujours que tu fuis ? Comment je pourrais avoir confiance en toi ? Le son de sa voix augmentait, tremblante et désespérée. Je ne vais pas jouer à cache-cache avec toi toute ma vie. J’oublierais tout, je ne poserai même pas de questions si tu me promettais de rester avec moi, ici, dans le pays qui t’as vu naître et où tout le monde t’aime. La vie n’y est pas toujours facile, mais accompagné, tout est surmontable. Samaëlle pleurait à chaudes larmes. Elle n’avait pas vraiment trouvé ce qu’elle cherchait en venant ici. Tu ne peux pas me demander ça, Talib, je ne peux pas ! Oh, j’aimerais, si tu savais, mais c’est impossible ! Ne brise pas tout, je t’en supplie ! Elle était à moitié allongée devant la porte et le regardait de ses yeux mouillés. Il prit un air sévère qui ne lui ressemblait pas et sa voix était comparable à celle d’une machine froide et sans sentiment. - C’est toi qui a tout brisé. Et avant de te dire adieu, pourrais-je savoir ce qui t’empêches de rester parmi les tiens ? Samaëlle ouvrit la bouche, puis la ferma lentement. A quoi bon lui expliquer maintenant ? S’il ne la détestait pas encore, ça arriverait sûrement devant l’ampleur de son omission. Il risquait aussi de s’inquiéter si elle lui parlait de ses activités. Puisque même la magie de Londres arrivait jusqu’ici, elle ne pouvait rien lui dire au risque de le mettre en danger. Lui qui avait vécu son enfance entre la rue et un délire psychotique dû à la drogue, il ne méritait pas d’être menacé par une bande sorciers psychopathes. Elle fit non de la tête, non il ne pourrait pas savoir pourquoi. Elle se leva avec difficulté et trébucha sur quelques pas puis se stabilisa enfin. Elle titubait, le coup qu’elle venait de prendre au moral était si puissant qu’elle était à moitié assommée. Elle fixa l’obscurité où il était tapi, elle ne voyait que des ombres floues. Elle articula avec peine un adieu et reparti dans l’autre sens. Soudain quelqu’un l’étreignit, le torse collé à son dos. Elle s’arrêta de stupeur, les yeux écarquillés et finit par se retourner lentement. Elle prit Talib à bras le corps, enfouit sa tête dans son épaule et pleura tout son saoul. Il caressait ses cheveux, elle sentait ses larmes couler dans son cou. Elle ferma les yeux forts et quand elle les rouvrit, elle aurait souhaité que tout ses problèmes aient disparus. Il lui murmurait des mots à l’oreille, c’était la chanson qu’il avait écrite pour elle quand ils étaient jeune. Cette litanie la berça, et lui parlait de moins en moins fort. Le silence finit par se faire et ils restèrent ainsi, dans cette position, des minutes durant, aucun des deux ne voulant briser le charme de ce moment. - Je ne veux pas te perdre. Samaëlle serrait dans ses poings le tee-shirt du jeune homme, comme si elle avait peur qu’il s’enfuisse. Talib desserra lentement son étreinte. Il la regarda dans les yeux un instant et lui sourit. Il déposa un baiser sur son front, doux comme le vol d’un papillon. - Adieu, Sam. Elle sentit qu’il glissait quelque chose dans sa poche et immédiatement la sensation de partir la saisit au nombril. Il lui dit quelque chose mais elle ne parvint pas à lire sur ses lèvres. _________________ Le meilleur moyen pour apprendre à se connaître, c'est de chercher à comprendre autrui. |
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