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Nombre de messages: 97 Date d'inscription: 18/05/2007
 | Sujet: Re: Sui Generis [17] Sam 22 Aoû - 18:04 | |
|  Anselme Delacroix - 1755 Presque toute la famille s’était réunie pour l’évènement. Quelques visages affichaient un recueillement distingué mais la plupart ne s’embarrassaient même plus de ce simulacre de tristesse. Car si le patriarche de la plus célèbre famille de sorciers de France se mourait à l’instant même dans la chambre principale de la demeure familiale, la question qui occupait tous les esprits était : qui le vieil homme aigri choisirait pour lui succéder à la tête des Delacroix ? Il était de tradition depuis un âge obscur et oublié que la famille fût sous le commandement d’un seul et unique chef, désigné à titre perpétuel au moment de la mort du patriarche précédent par celui-ci et uniquement celui-ci. Cette règle ne pouvait être transgressée que sous des prétextes exceptionnels ou si le patriarche décédait avant d’avoir désigné son héritier légitime. Chaque fils, neveu, oncle et cousin plus ou moins éloigné espérait donc se voir accorder la grâce de cette haute fonction, attendant goulûment que le vieil homme eut expiré son dernier souffle en prononçant le fatidique nom. Ce nom aurait pour conséquence un rééquilibrage du pouvoir pour toutes les branches de la famille, même les plus éloignées. Une branche pouvait ainsi passer du jour au lendemain de paria à celle de la plus choyée, la plus admirée, la plus courtisée. Seul dans cette morbide agitation, Anselme patientait à l’écart. Toute cette agitation retenue faisait remonter à la surface les lointains souvenirs qu’il avait de son frère disparu. Basile qui aurait, sans nul doute, remplacé Grand-père s’il n’avait eu la sottise de mourir. Il était toujours plongé dans ses pensées quand une ombre et un raclement de gorge le tirèrent de cet amas grouillant de souvenirs brisés. Il leva les yeux et reconnut Oncle François-Xavier. - Lève-toi. Il t’a demandé.Nul besoin de préciser qui était ce : Il. Anselme était néanmoins surpris que Grand-père daigne accepter sa présence lors de ses derniers mots. Le vieillard ne s’était jamais vraiment remis de la mort de son petit-fils préféré et il avait toujours tenu Anselme pour responsable. Non sans appréhension, il suivi son oncle sous les regards inquisiteurs de sa famille dont la plupart avait les traits de parfaits inconnus. Ils passèrent dans la grande chambre où, sur un lit à baldaquin somptueusement décoré gisait le corps flasque de Grand-père. Dans la pièce il n’y avait que six personnes en plus de lui et du mourant. Parmi elles se trouvaient Oncle François-Xavier, Oncle Archibald, son fils Louis-René, Père, et deux autres personnes dont il ignorait tout jusqu’au nom et qui devaient sûrement être des cousins éloignés, probablement allemands à en juger par leurs étranges costumes. Tous tournèrent la tête dans la direction d’Anselme lorsqu’il pénétra dans la pièce. Un silence glacial envahi l’atmosphère. Le jeune homme se dit qu’il devait avoir une raison précise à sa présence dans cet inquiétant huis clos mais il était inimaginable que Grand-père ait pu le choisir lui, comme successeur. S’eût été aberrant, d’autant qu’Anselme n’avait aucune envie d’endosser toutes ces responsabilités. Mais ignorer pourquoi il avait été appelé était pire. Il s’approcha du gisant dont le râle était le seul bruit audible. Lorsqu’il fut assez proche il aperçut enfin la tête chétive et ravinée qui dépassait misérablement des couvertures si épaisses qu’on ne pouvait deviner que cette tête grisâtre était rattachée à un corps caché en dessous. Le vieil homme semblait à peine humain à présent. Mais si Grand-père lui paraissait plus minuscule que jamais devant toute cette démesure, ses yeux eux, n’avaient pas changé d’un iota. Identiques à son souvenir, le jeune homme eut l’impression que ceux-ci le traversaient de part en part, mettant son âme à nue et à la vue de tous. - Anselme, mon garçon, commença alors l’humain postiche d’une voix caverneuse, tu es là !Silence. Au moment où le silence commençait à s’éterniser et que le vieillard ne semblait pas vouloir reprendre la parole, Anselme se mit à chercher furieusement quoi répondre à cet accueil plutôt curieux. Il aurait pensé que Grand-père avait perdu la boule s’il n’y avait pas eut les yeux si durs et perçants d’autrefois. - Euh, oui. Bonjour, Grand-père. finit-il par balbutier au moment où le silence devenait critique. Grand-père ferma les yeux et inspira profondément. Ce qui eut pour effet d’émettre un son qui s’apparentait plus au râle qu’à une respiration. Anselme sentit les poils de sa nuque se hérisser. - Vous sept, reprit enfin le mourant, êtes ici pour apprendre la vérité sur un passage sombre de notre histoire dont nos ancêtres ont tout fait pour effacer les traces…Soudain l’attention des autres personnes présentes se fit plus attentive aux paroles du vieillard. Dans la bouche de Grand-père, une telle déclaration relevait presque du secret d’état. - Il y a de cela plusieurs siècles – et comme vous le savez tous – régna sur le monde des sorciers celui qu’on appelle Maulkin, le Souverain Noir.Anselme connaissait l’histoire de Maulkin par cœur. Sorcier de grand talent et parent des Delacroix, Maulkin était devenu à la toute fin du XIV siècle le chef de la famille à l’âge record de treize ans. Malgré son âge, il gagna vite en renommée mais il commença à se faire vraiment connaître qu’à dix-sept ans lorsqu’il remporta le Tournoi des Trois Sorciers au nez et à la barbe de la vieille famille anglaise des Black. Plus tard, alors que son pouvoir et son influence grandissait chaque jour, il entreprit d’unifier le monde sorcier. Les choses étant ce qu’elles sont, les différentes autorités sorcières se déclarèrent la guerre, certaines s’alliant à la cause de Maulkin, d’autres contre lui. Le génie qu’était Maulkin se pencha alors vers la magie noire et sur ses différentes utilisations afin de « doper » les pouvoirs de ses sorciers. D’aucun raconte qu’il sombra peu à peu dans la folie jusqu’à devenir incontrôlable, poussant l’utilisation de la magie noire dans ses retranchements les moins connus. La guerre noire comme on la qualifiait aujourd’hui aurait pu durer des années et détruire l’équilibre qui existait alors dans le monde sorcier si la famille Delacroix n’avait finalement destitué Maulkin de sa position de patriarche de la famille. C’était une situation sans précédent mais Maulkin devait être arrêté avant de faire sombrer des siècles de civilisation dans le chaos et l’anarchie. Le sorcier fou finit ses jours dans les geôles de la Bastille. - Mon arrière-grand-père m’a raconté cette histoire le jour de sa mort, comme je suis entrain de le faire en ce moment avec vous. Lorsqu’on arrêta Maulkin, celui-ci n’était plus que l’ombre de lui-même. Il avait perdu son fils, Simon, quelques temps plus tôt et je crois que cet événement le déséquilibra mentalement de manière définitive. Il fut donc emprisonné à la Bastille comme les textes le disent. Grand-père mit une longue seconde à reprendre son souffle. - Mais là où ces mêmes textes disent que Maulkin périt en prison, il n’en fut rien en réalité. Par on ne sait quel sortilège il réussit à s’enfuir et il disparut complètement.Nouveau silence. Cette fois Père, qui était resté muet comme tous les autres depuis le début, éleva la voix : - Et alors ? Cette histoire remonte à plus de trois cents ans. Maulkin est mort depuis longtemps qu’il se soit enfui ou non.- Non… Ce n’est pas fini. Il faut savoir que…Grand-père s’interrompit, une toux violente le submergeant pendant plus d’une minute. - Il faut savoir, reprit-il lorsque sa toux fut calmée, que le fils de Maulkin était fragile et chétif lorsqu’il vint au monde. Cet enfant ne connut jamais que la maladie et la souffrance. Voyant l’état de son fils empirer, et ne pouvant se résoudre à le voir continuer à dépérir de la sorte, Maulkin entreprit de chercher un élixir permettant la guérison de tous les maux – c'est-à-dire la jeunesse et la vie éternelle.- C’est impossible ! s’indigna l’un des deux allemands. Personne n’a jamais réussi à créer une telle chose depuis Flamel. - Evidemment on ne sait pas s’il réussit ou non. Mais ses recherches aboutirent néanmoins lorsqu’il créa une race de loin supérieur à l’humain moyen.- Comment ça ? Un super sorcier ?- Non… Non… Pour parvenir à la vie éternelle, il lui fallait des créatures dont la durée de vie était largement supérieure à celle des sorciers.- Quoi ? Les vampyres ?- Oui, les vampires mais pas seulement. Loup-garous, elfes, dragons et que sais-je encore ? En tout cas les créatures monstrueuses qui sont issues des expériences de Maulkin existent encore et c’est pour cela que je vous ai réunis ici. Leur existence seule est un déshonneur pour la famille. C’est pour cela que depuis plus de trois siècles à chaque renouveau patriarcal des chasseurs sont nommés afin de les débusquer et de les exterminer jusqu’à la dernière de ces abominations. Une fois et une fois seulement cette tâche accomplie, l’honneur de la famille sera lavé.Un vague sentiment de compréhension illumina soudain l’esprit d’Anselme et cette pensée lui glaça les sangs. Il croisa les yeux de Grand-père et ce qu’il y lut confirma ses pires craintes. Il n’était ici que pour une seule et unique raison. De tous les Delacroix qui s’étaient déjà frottés à ce genre de créature, il était le seul en à avoir réchappé. Ces mêmes créatures qui avaient enlevé la vie à Basile, ces êtres qui se nommaient SangDragon. _________________ Je suis celui-ci ou celui-là. Il n'y a point de différence. |
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 | Sujet: Re: Sui Generis [17] Dim 23 Aoû - 18:52 | |
|  Anselme Delacroix - 1758 Le serviteur se pencha pour chuchoter quelques mots à l’oreille d’Oncle Archibald. Ayant délivré son message, le serviteur s’éclipsa discrètement par une porte dérobée du bureau dans lequel le patriarche, Anselme et les autres chasseurs se tenaient pour leur réunion. - Que se passe-t-il ? demanda l’un deux qui avait remarqué le visage soucieux d’Oncle Archibald. - Il semblerait que l’un d’entre eux soit à notre porte.Un calme olympien s’installa dans la salle. Tout le monde ne semblait pas avoir saisi. - Qui ?- Un certain Vaan désirerait s’entretenir avec Basile Delacroix. Et ce Vaan se présenterait comme le porte-parole des SangDragons.En une fraction de seconde, le calme qui avait régné une seconde avant l’annonce d’Oncle Archibald fut ensevelie sous une avalanche d’exclamations indignées ou surprises dont la retranscription serait longue et fastidieuse. A l’entente du nom de son frère, Anselme sentit son ventre se contracter. Vaan ne lui disait rien, ce nom n’était pas apparu sur la carte du champ de bataille. Si cela avait été le cas, il s’en serait souvenu. - Que fait-on ? questionna Père. - On l’arrête, bien sûr ! déclara un des chasseurs, prudent. - On le tabasse ! dit un autre plus bagarreur. - On le décapite et on exhibe sa tête sur un piquer ! clama un exhibitionniste. - On pourrait l’interroger pour voir ce qu’il veut d’abord ? glissa Anselme mine de rien. Et personne ne fit mine de l’entendre. - On lui coupe la bistouquette et on la donne à manger aux chèvres ! compléta un gros dégueulasse. Fort heureusement la discussion tourna court à ce moment là. Oncle Archibald leva ses mains en signe d’apaisement et le calme revint instantanément. Oncle Archibald était un géant de pas moins de deux mètres dix, aussi fin qu’un fil de fer et à la ganache de cheval qui lui donnait un air autoritaire. - On devrait d’abord lui demander ce qu’il vient faire ici. Peut être nous révélera-t-il des informations utiles. On pourra enfin découvrir où ces monstres se planquent depuis le début.Anselme se mordit la lèvre inférieure mais ne fit aucune objection. De toute façon il était habitué à passer plus ou moins pour l’homme invisible depuis qu’il était petit. Aucun doute que ses confrères chasseurs ne tiendraient aucun compte de ses conseils et informations. Il était le seul à avoir vu un SangDragon en pleine action. Il savait de quoi ils étaient capables. Cela faisait trois ans qu’ils cherchaient infructueusement la trace de ces créatures légendaires même si certaines rumeurs faisaient état de leur présence en Transylvanie, en Allemagne et même en France. Les chasseurs s’étaient vu courir après tel mythe, ou tel légende pour la revenir la plupart du temps bredouille de leur chasse. Anselme savait à quel point tout cela était vain. Les SangDragons étaient des prédateurs. C’était eux les véritables chasseurs et les Delacroix ne pourraient les débusquer que s’ils y consentaient. Aujourd’hui l’un d’eux était à leur porte et la méfiance était de mise. Se pouvait-il que les SangDragons aient finalement eut écho de leur pérégrinations dans le but de les retrouver ?  Vaan Draculea Bélial - 1758 On referma la porte derrière lui et il se retrouva plongé dans l’obscurité. Drôle d’accueil se dit-il en se massant la tempe pour faire passer le mal de crâne que le sortilège qu’il avait pris en pleine poire lui avait causé. Il cligna des yeux, s’habituant déjà au manque de lumière. Comme il devait s’y attendre la cellule ne semblait pas des plus confortables. Les murs étaient humides, le sol recouvert d’une épaisse couche de poussière, de terre et ce qui semblait être d’excréments vu l’odeur qui empuantissait l’atmosphère. Dans un coin, une paillasse rapetassée faisait aussi de lit. Il s’y dirigea bien qu’il doutait que ce fut l’endroit le plus hygiénique et s’effondra dessus, dos au mur. Il se mit à réfléchir aux derniers événements de la journée. Il ne s’était pas du tout attendu à ça lorsque ce matin, il avait débarqué sur les vertes contrées de France dans l’espoir d’y retrouver le sorcier Basile Delacroix. La guerre faisait rage avec une violence rare entre l’Albinos et le Conseil. Le premier gagnant de plus en plus de terrain sur son rival, Vaan avait finalement décidé de venir réclamer l’aide des sorciers. Bien sûr, il n’en avait soufflé mot à Jean le Bienheureux qui ne voyait pas d’un très bon œil acoquinement avec ces gens là. Parti dans le plus grand secret, presque personne n’était au courant de sa destination et du but de son voyage. Après avoir posé le pied sur le sol français, il s’était dirigé vers Paris. Il n’avait ensuite pas été très difficile de trouver le lieu où résidaient les Delacroix. Mais à peine s’était-il présenté qu’une tripoté de sorciers lui étaient tombés dessus et l’avaient assommé à grand coup d’éclairs magiques. Et maintenant il se retrouvait ici tout seul dans cet endroit immonde et mouillé avec pour seul compagnon la lumière diffuse qui filtrait de dessous l’épaisse porte en bois qui le retenait prisonnier. Comme il n’avait pas grand-chose à faire et que ses paupières étaient lourdes, il finit par s’endormir assis sur sa paille dégoutante et froide. Il ne dormit pas bien. Son sommeil était agité. Il rêva plusieurs fois qu’il était poursuivi par une immense paire d’yeux et que tel Caïn, il ne parvenait pas à s’en débarrasser même après s’être enseveli sous des dizaines de mètres de terre. Lorsque ses yeux s’ouvrirent enfin pour lui épargner davantage cette pénible épreuve, il se retrouva face à face avec une nouvelle paire d’yeux verts qui l’épiaient. Sous le choc il sursauta. Se reprenant vite, il remarqua que ces yeux là ne flottaient pas tout seul au dessus du sol mais appartenaient bel et bien à un visage humain. Cela le rassura un instant mais il se demanda alors ce que cette tête faisait dans cette cellule avec lui. - Bonsoir, Articulèrent les lèvres de la tête. - Bonsoir, répondit Vaan après une seconde d’hésitation, ne sachant pas s'il faisait toujours jour dehors ou s'il faisait effectivement nuit. Impossible de savoir. Qui êtes-vous ? La tête se mit à rire. - Ca alors ! Vous savez parler !- Bien sûr que je sais parler. A quoi vous attendiez-vous ? Que j’aboie ?Nouveau rire. - Allons, ne le prenez pas mal. C’est la première fois que je rencontre une autre personne comme moi.- Je ne voie pas ce que nous pouvons avoir en commun, trancha Vaan en détaillant le visage de son mystérieux interlocuteur aux yeux verts. Et vous n’avez toujours pas répondu à ma question.- Oh ! Pardon, c’est vrai. Je manque à tous mes devoirs. Je m’appelle… Samaël Draculea. Surpris, Vaan battit des paupières. Il savait qu’il existait d’autres SangDragons dans d’autres pays – il avait lui-même vécu son enfance en Transylvanie – mais en trouver un dans les cachots de la Bastille était la dernière chose à laquelle il se serait attendu. - Vous êtes un SangDragon ! De quelle branche ? Bélial, Shaitan ou Lucifer ?Samaël secoua la tête. - Lucifer ? Je ne sais pas de quoi vous parlez. Je vous ai dit que c’est la première fois que je rencontre un être semblable à moi. Pourtant nous ne sommes pas non plus tout à fait identiques. Vos yeux ont une couleur inhabituelle.- C’est normal que mes pupilles soient rouges. Elles le deviennent lorsqu’on passe ce qu’il s’appelle l’Eveil.L’intéressé prit un air étonné. - Mais je suis déjà Eveillé !Vaan ouvrit la bouche. Puis la referma. La rouvrit encore mais ne dit rien. Samaël ne devait pas comprendre de quoi il s’agissait. S’il n’avait jamais connu un autre SangDragon comme il semblait l’affirmer, les concepts et considérations sur leur race devaient lui passer à trois kilomètres au dessus de la tête. Il changea de sujet. - Comment se fait-il que vous soyez enfermé avec moi ? Vous n’étiez pas là lorsque je suis arrivé dans ce lieu si charmant.Les yeux verts de Samaël pétillèrent. - Je suis arrivé en même temps que vous, gloussa-t-il. - Non, c’est impossible ! Je vous aurais vu.L’autre haussa un sourcil. Il lança sur un ton de défi : - Vraiment ? - Parfaitement.- Très bien.Et subitement Samaël ne fut plus là. Vaan se redressa d’un bond sur sa paillasse et regarda tout autour de lui. Quel était encore ce nouveau tour de passe-passe ? - Où êtes-vous ? Comment avez-vous fait ?Pas de réponse. - Je vous croie. S’il vous plait montrez-vous.- A votre guise.Et Samaël réapparut comme il avait disparu. Vaan tendit la main pour le toucher. Ses doigts rencontrèrent la peau d’une joue. Il était là, indéniablement. Ce n’était donc pas un fantôme. - Nom de dieu, qu’est-ce que c’est que cette diablerie ?- Ne blasphémez pas, je vous prie. C’est grâce au sang de vélane qui coule dans mes veines. Les vélanes arrivent à attirer toute l’attention sur elles mais moi j’arrive aussi à faire le contraire. C’est très pratique pour se cacher. Si je ne veux pas que vous me voyez, vous ne me verrez pas. D’ailleurs vous n’avez toujours pas remarqué n’est-ce pas ?- Remarquer quoi ? demanda stupidement le pauvre Vaan qui ne comprenait qu’un mot sur deux de ce charabia. Et comme pour répondre à sa question, il vit soudain ce qui aurait dû le frapper dès le début. Des détails du visage lui apparurent comme si auparavant il n’avait pu le voir qu’à travers un voile épais. Des joues rebondies où se battaient quelques tâche de son, des cheveux roux en bataille et un sourire goguenard et enfantin fiché sur les lèvres qui juraient avec son regard dépourvu d'innocence. Accompagnant cette charmante tête et ces yeux verts, se trouvait également un corps. Mais un corps anormalement petit et fluet, comme celui d’un enfant d’une dizaine d’année. Car c’était bien ce qui se trouvait sous les yeux du SangDragon : un simple enfant de dix ans aux yeux de vieillard qui se prétendait appartenir à son espèce et qui pouvait disparaître à volonté. Cet enfant était dangereux, il le sentait rien que par l'éclat de ses yeux. Il n'était pas ce qu'il semblait être. Ses capacités, son jeune âge apparent, tout l’incitait à se montrer prudent. Il n’y a de pire ennemi que le loup déguisé en agneau. Et l’enfant était sans aucun doute un loup, tapi dans les ténèbres attendant son heure. Pire, cet enfant n'était pas le loup mais les Ténèbres personnifiées. Vaan se ferait aspiré sans laisser une trace s’il n’y prenait pas garde. - Mais qui êtes-vous ? s’entendit-il répéter d’une voix horrifiée. Les pupilles de Samaëlle s'éclairèrent d'une inquiétante lueur. - Je l'ai dit, je suis Samaël Draculea… - Lucifer ou je ne sais quoi si ça vous fait plaisir. Il fit une pause d'une seconde, Vaan retenait son souffle. Mais il y a maintenant fort fort longtemps on m’appelait Simon. Simon Delacroix-Lang, fils d'Helga Lang et Maulkin Delacroix._________________ Je suis celui-ci ou celui-là. Il n'y a point de différence. |
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 | Sujet: Re: Sui Generis [17] Mar 25 Aoû - 15:47 | |
|  Sariel Draculea Lucifer, l'Aigle (le Borgne) - 1759 Assis sur une roche maculée, Sariel cracha le sang qui avait envahi sa bouche. Une dent alla rejoindre le crachat rougeâtre sur le sol. Sa mâchoire lui faisait un mal de chien mais il n’osa pas la toucher de peur de perdre une autre dent branlante. Le coup qu’il avait reçu en pleine face l’avait assommé durant un laps de temps indéterminé. Lorsqu’il avait repris connaissance, la bataille était déjà terminée C’était un miracle s’il était toujours en vie pour voir l’étendue des dégâts. Il se trouvait en plein milieu d’une tapisserie de cadavres, de membres amputés, d’éclaboussures sanguinolentes et d’une horde de corbeaux qui avaient trouvé en ces lieux un véritable festin, leur plumage noir luisait sous les rayons que dardait le soleil. Les piaillements des bêtes qui se disputaient tel ou tel morceau de chair humaine ne parvenait néanmoins pas à couvrir les gémissements des malheureux moribonds qui n’avaient pas eut la chance de mourir proprement. Des soi-disant médecins et guérisseurs revêtus de robe noire sillonnaient les alentours à la recherche d’une pauvre âme à sauver dans ce tas de cadavres nauséabonds. Mais le plus souvent, c’était pour abréger les souffrances des malheureux que les hommes de science se penchaient sur leur cas. Ils transportaient ensuite les malheureux jusqu’à de gigantesques bûchers et les y envoyaient rôtir. L’une des robes noires s’approcha de Sariel, un marteau dans une main, un piquet ensanglanté dans l’autre. - Est-ce que vous allez bien, messire ?Sariel fit craquer les articulations de son cou. - J’ai connu mieux, mais je m’en remettrais, je crois.L’homme s’éloigna pour continuer son carnage salvateur. Tu ne tueras point, le sixième commandement de Dieu. Une belle saloperie de bonze chevelu n’ayant jamais connu l’horreur du champ après la bataille. Sariel se leva de son rocher et se mit à déambuler parmi les cadavres, observant avec attention les visages parfois défigurés des morts. N’y avait-il pas spectacle plus magnifique que ces regards vides qui fixaient le ciel, une expression de terreur figeant leurs traits pour l’éternité ? Alors qu’il continuait sa petite promenade revigorante, il sentit une légère pression au niveau de son mollet. Il regarda par terre et vit qu’une main s’était agrippée à sa cuirasse. Il suivit du regard le prolongement de cette main, y découvrit un poignet puis un avant-bras, un coude puis une épaule, un cou et enfin la tête tout à fait réjouissante de son père, Gargamel. - Aide-moi ! lui souffla le blessé d’une voix affaiblie. Derrière Sariel, l’ombre rassurante tressaillit de plaisir. Le SangDragon se pencha vers le visage déshydraté de son père. Sariel détailla plus en profondeur les blessures qui zébraient le corps de son père. De ses yeux d’expert, il savait que le vieux survivrait s’il était soigné immédiatement. Aucune des blessures ne semblaient être assez grave ni avoir touché un organe vital. - Pourquoi te sauverai-je ? demanda-t-il avec un sourire poli. - P… Pourquoi ? Espèce de sale larve ! Je suis ton père.Son sourire s’élargit. - Mon père m’a toujours appris à me débrouiller seul, auquel cas la nature me le ferait payer. Je crois que sa leçon est tellement bien ancrée en moi qu’elle y a ses traces sur ma peau et dans mon esprit.Sur ces bonnes paroles, Sariel décocha un violent coup de pied à son géniteur qui eut pour effet de lui casser la mâchoire et de l’envoyer dans les pommes durant quelques instants. Il traîna ensuite le corps sur plusieurs mètres, profitant que son père soit momentanément indisponible. Il passa près d’un des médecins qui supervisait l’avancée des soins et le dénombrement des cadavres. - Celui-ci est mort. Lança Sariel à son adresse. Le médecin hocha vaguement la tête sans même jeter un regard au corps que le SangDragon emportait sur son sillage. Sariel continua son bonhomme de chemin sans autre encombre. Lorsqu’il fut arrivé à destination, il patienta, attendant le réveil de son père. Au bout d’une dizaine de minutes, Gargamel revint enfin à lui. Il cligna des paupières, affolé. - Par tous les Dieux, qu’est-ce que tu fais ?Sariel lui adressa un nouveau sourire. - Tu m’as toujours dit que seuls les plus forts survivaient. Aujourd’hui de nous deux, le plus fort c’est moi.Et sans plus attendre, Sariel balança son gentil papounet dans les flammes du brasier près duquel il l’avait conduit. Le hurlement de Gargamel fut couvert par le crépitement ardent des flammes gigantesques. L’ombre ailée dans le dos de Sariel émit un raclement de gorge moqueur. Il resta à observer le corps de son père se consumer bien longtemps après que celui-ci eut arrêté de gigoter pour se soustraire à l’étouffante fournaise. Puis, lorsque tout ne fut plus que cendres et poussières, Sariel se détourna sans un regard en arrière. Il se mit à siffloter innocemment. _________________ Je suis celui-ci ou celui-là. Il n'y a point de différence. |
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 | Sujet: Re: Sui Generis [17] Jeu 27 Aoû - 19:19 | |
|  Valéria Draculea Bélial, l'Aiguille - 1760 Tout en faisant mine de continuer à touiller la soupe qui bouillonnait dans l’épaisse marmite, Valéria observait du coin de l’œil le grand gamin de bientôt vingt-et-un ans qui, n’osant s’approcher, restait à l’abri derrière la toile d’une tente. Elle porta la louche à sa bouche et goûta la soupe. Excellente. Elle était aromatisée de sang humain provenant des prisonniers que les multiples rafles et escarmouches de l’Albinos avaient rapporté. Bien sûr, malgré de vagues rumeurs, le contingent de soldats humains n’était au courant de rien. De toute façon, ils restaient suffisamment éloignés des SangDragons et de leurs compagnons pour que le risque de propagation des rumeurs sur les habitudes de leur leader et de ses proches collaborateurs soit quasiment nul. Tout en continuant à feindre l’ignorance, elle vit son fils se décider finalement à s’approcher d’elle et du délicieux fumet qui s’échappait de la grosse marmite bouillonnante. Lorsqu’Azraël se trouvât n’être plus qu’à quelques mètres d’elle, elle se tourna pour lui faire face. - Tiens tu es là toi ! feignit-elle de découvrir. Tu tombes bien, goûte-moi ça.Elle lui tendit la louche pleine de liquide. Azraël prit un air gêné, devinant que sa mère avait deviné sa présence bien avant que celui-ci ne se décider à l’approcher. - Alors, continua-t-elle à jacasser comme si de rien était. Comment était-ce de massacrer nos Frères pour le compte de ton bien aimé Grand Oncle ?- Mère…- Ta, ta, ta, bois d’abord ta soupe. Tu me raconteras après.Le jeune homme s’exécuta. D’une lampée il vida la louche et la rendit à sa mère. - Très bon. Mais il manque un peu de sel peut être.- Ouais. C’est bien ce qu’il me semblait. Alors, et ce mois passé loin de moi ?Nouvel air contrit. - Nous avons réussi à reprendre une place forte dans la vallée au nord, à trois kilomètres de la côte.Azraël ne s’étendit pas sur le sujet. Il savait que malgré les questions de sa mère à ce sujet, celle-ci n’appréciait pas particulièrement que son garçon aille guerroyer contre ceux qu’elle considérait comme sa famille. De même Valéria connaissait assez son rejeton pour savoir que celui-ci ne rêvait que de batailles et de gloire. C’était sa faute, elle aussi avait été comme ça. Et puis avec le sang de l’homme qui coulait dans les veines du petit, il ne pouvait en être autrement. Il lui semblait seulement dommage de ne pas pouvoir lui expliquer. Elle était tiraillée entre son instinct maternel visant à préserver l’intégrité de son enfant et sa loyauté envers Vaan, son jeune frère qu’elle n’avait pas revu depuis plus de quarante ans et qui la croyait sans doute morte depuis belle lurette. L’Albinos faisait bien attention à ne laisser filtrer aucune information à son sujet pour être sûr que les rumeurs sur la mort présumée de sa fille naturelle ne soient remises en cause. Bien sûr il y avait eu l’affaire Gargamel mais celui-ci était un affilié du Conseil. Jean le Bienheureux n’aurait aucun intérêt à révéler à Vaan la vérité. Au contraire, ce dernier pourrait décider d’arrêter le combat pour venir se joindre à l’Albinos. En revanche, ce qu’elle ne comprenait pas, c’était la raison pour laquelle l’Albinos gardait sa survie jalousement secrète. Il lui avait maintes fois expliqué que Jean était la personne responsable de tous leurs malheurs et qu’il craignait que Vaan ne soit tombé sous sa coupe. Valéria savait qu’il n’en était rien. Le vieux SangDragon manchot les avait peut être élevés elle et ses deux cadets mais son frère était bien trop malin pour se laisser abuser si facilement et se laisser marcher impunément sur les pieds. Bref, comme elle n’avait aucun moyen de recevoir ni de donner de nouvelles à Maria et Vaan, elle devait se contenter d’imaginer ce qu’était leur vie de « l’autre côté. » Elle rajouta du sel dans la soupe. Puis elle se remit à touiller machinalement. - Tu repars quand ? demanda-t-elle d’une voix qui se voulait insoucieuse mais elle sentit néanmoins son coeur se serrer dans sa poitrine. - Dans deux semaines. Si nous parvenons à prendre le guet Walder, leurs forces seront divisées et nous pourrons avancer plus vite. Oncle Albi espère arriver aux portes de la forteresse du Conseil l’été prochain.Valéria hocha la tête. C’était un plan excellent. Elle espérait simplement que son fils tout comme personne de sa famille de « l’autre côté » ne mourrait à cause de lui. Elle porta à nouveau la louche à sa bouche et goûta la mixture. Parfaite. _________________ Je suis celui-ci ou celui-là. Il n'y a point de différence. |
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 | Sujet: Re: Sui Generis [17] Dim 30 Aoû - 19:44 | |
| La bataille du guet Walder (1761-1765)1765 Les genoux plantés dans la neige rougie, il enlaça le corps glacé dont la poitrine ne se soulevait plus. Tandis que de ses propres yeux se mirent à couler des larmes de glace, il observait ceux de son ami, son frère, tournés vers l’infini du ciel azuré. Montant alors du plus profond de sa poitrine, un cri déchirant venant du cœur, inonda la clairière telle la foudre s’abattant sur la terre. 1761 Cris et hurlements barbare retentissaient sur les rivages du grand fleuve en une cacophonie discordante de cordes vocales tranchées, de souffles coupés, de victoire et de défaite. Le guet Walder tenait bon. Situé sur la moitié nord du domaine des SangDragons, le long fleuve tumultueux qui serpentait de part en part du territoire n’était pratiquement navigable qu’en ce seul point où s’érigeaient les tours jumelles du guet. Si l’Albinos voulait remporter une victoire écrasante et sans concession, il lui fallait à tout prix prendre le guet Walder, plaque tournante du territoire. L’ironie de l’histoire voulait que le seigneur – ou plutôt la régente – qui gouvernât ces lieux ne fût autre que Galatëa, la Gitane. L’une des plus hautes instances du Conseil mais aussi et surtout la sœur de feu-Arlyn, le Lévrier que Remiel avait passé des mois à découper en morceaux dans la plus grande des joies puis à les faire envoyer à sa sœur à ce même guet. Qu’il commandât l’attaque sur celui-ci, Remiel ne pouvait qu’en éprouver une certaine sorte d’excitation. C’était bien le destin qui tentait de lui jouer un mauvais coup. Et le destin verrait bien comment le Chevalier Rouge lui donnerait son pied au cul pour l’envoyer bouler au loin. A son côté, fidèle à lui-même, Ariel affichait mine grave. Là où le premier voyait une joyeuse facétie du destin, le dernier y voyait la main de Dieu et s’inquiétait quant à leur avenir. Les traitements subis par Arlyn étaient pour le prêtre guerrier la pire des avanies. Dieu avait ainsi trouvé le moyen de les punir pour ces pêchés impardonnables. - Ne t’inquiète donc pas. C’est moi qui tenais le hachoir quand j’ai séparé les jambes du corps. Tu ne risques donc rien.Ariel secoua gravement la tête. - Je n’ai rien fait pour arrêter cette folie. Je suis autant coupable que si j’avais moi-même tenu le couteau. Le mal ne progresse que par l’inaction des gens de bien.- Ah ! Et maintenant tu me compares au mal personnifié ? rigola Remiel amusé par la montée philosophique de son ami. Son compagnon se contenta de fixer l’horizon où se dressait fièrement sur les berges est et ouest les tours jumelles. Par son refus de réponse, il signifiait à Remiel le fond de sa pensée bien plus franchement que ne l’eusse fait les mots. Le SangDragon cessa de rire et se concentra à son tour sur l’horizon. La nuit commençait à tomber. Bientôt les combats cesseraient et le calme reviendrait jusqu’au petit matin. S’il était véritablement le mal, autant profiter le plus possible avant de rejoindre l’Enfer sous ses pieds. * Rage tapota l’encolure de sa monture pour la calmer. Nerveuse, la jument ne cessait de se cabrer. Elle était jeune, elle n’avait pas encore connu de bataille et l’odeur du sang qui s’annonçait déjà la mettait dans cet état de transe incontrôlable. - Tu devrais en changer, lui proposa Benjamin. Le blondinet hocha négativement la tête. - Je me débrouille. Ce n’est pas comme si elle me faisait le coup en pleine bataille.- Méfie-toi que cela ne t’arrive pas un jour. Tu auras l’air malin si tu te fais desseller et piétiner par ton propre cheval. Rage éclata de rire. La jument apaisée, les deux cousins continuèrent leur chemin. Au loin, pointait déjà les deux tourelles de Walder. * Raphaël se plaça au côté de sa mère qui observait l’horizon du haut de la tour nord. Par les feux de camp qui illuminaient peu à peu la nuit ça et là, on pouvait facilement identifier la position des troupes de l’Albinos et l’étendue de son armée. Elle paraissait gigantesque par rapport aux effectifs du Conseil et de Vaan présents sur les tours du guet. Pourtant, comme leurs adversaires venaient fraichement de le constater, il n’en faudrait pas moins pour déloger les vaillants combattants des tours. Ils avaient l’avantage du terrain, du ravitaillement fourni par le fleuve dont le lit tourmenté se jetait contre la façade arrière de la tour, des munitions, d’arcs et de flèches et d’arbalètes à n’en plus finir, et enfin – et surtout – un moral d’acier inébranlable. La carte du nombre était donc la seule entre les mains de l’Albinos mais c’était une carte de poids. Bien utilisée, elle pourrait se révéler dangereuse pour la faible garnison qui habitait les tours. Les renforts ne tarderaient pas arriver mais d’ici là, il faudrait tenir seul face à cent. - Le messager est arrivé ? demanda Merle sans jeter un œil à son fils. - Le guetteur de la tour nord vient de m’avertir que deux cavaliers zont en approches.- De Sire Vaan ou un pantin du Conseil ?Le SangDragon haussa les épaules. - On ne zait pas encore. Tu es inquiète à propos du maître ?- Il sait très bien se débrouiller tout seul. Et sa dernière lettre était claire : arrêter la progression de l’Albinos. Je ne fais qu’accomplir sa volonté en me présentant ici. - Zertes. Mais Za volonté est-elle la meilleure à suivre ?Pour la première fois, Merle lança un regard agacé à son rejeton. Elle le réprimanda d’un ton sec : - J’ai prêté serment à sa mère et maintenant c’est à lui que je dois allégeance. Savoir s’il a raison ou tord n’apportera rien de bon. Souviens-toi bien, fils, ma loyauté envers Sire Vaan est absolue. M’ordonnerait-il d’aller me jeter du haut d’une falaise, je considèrerais cela comme le plus grand des honneurs. Pour la énième fois Raphaël se heurtait à la foi inébranlable de sa mère. Sire Vaan était-il l’élu de Dieu ? Il l’ignorait, et, en toute bonne foi, il n’en avait cure. Mais si sa mère avait une confiance aveugle envers cet être qui semblait si exceptionnel, alors Raphaël se devait de lui accorder une dévotion toute aussi exclusive et inconditionnelle que celle accordée par sa mère. * Le son du cor le réveilla. Il ouvrit les yeux et se redressa sur sa couchette. L’appel était clair et fort, il résonnait en lui comme un tambour. C’était un appel à la guerre, au sang et au meurtre. Sariel adorait ça. Il passa une main dans la bassine d’eau et l’appliqua sur son visage, puis il s’habilla rapidement sans omettre de prendre son épée avant de sortir. Aujourd’hui il y aurait de l’action et il serait en première ligne. * Les têtes volaient au rythme du sifflement de sa lame. Ils devaient absolument prendre la tour avant la tombée de la nuit. Passé ce délai, il serait sûrement trop tard. Les renforts arriveraient et prendre cette place-force deviendrait quasiment impossible. A cette pensée, il redoubla d’effort et trancha plus de têtes encore. A son côté, Azraël couvrait son flanc droit. De l’autre, Ariel. Il ne savait pas où était passé Remiel, il l’avait perdu en cours de route lors de la percée qu’il avait effectué avec ses meilleurs hommes. Il n’avait malheureusement pas le temps de se soucier du sort de son meilleur guerrier. Le soleil ne devait pas se coucher. Il continua donc à trancher dans le vif du sujet, ne gardant que ce seul objectif en tête. Ce ne fut qu’après un temps indéterminé qu’il se rendit compte qu’Azraël avait lui aussi disparu. Son flanc était à découvert et le nombre de têtes non encore tranchées ne semblaient pas vouloir diminuer malgré tous les efforts déployés. Soudain anxieux, il chercha des yeux la tête de son petit-fils dans la masse grouillante de chair à canon. Nulle trace de la chevelure argentée dans cet embrouillamini de chair et d’acier. Il se rendit compte qu’il perdait à nouveau du terrain. Il tenta de faire avancer à nouveau son cheval. Celui-ci semblait être bloqué en marche arrière. La pression exercée devenait trop forte, pourtant il ne pouvait se résoudre à abandonner. Ce ne fut que lorsqu’il vit qu’Ariel allait être débordé qu’il comprit qu’il était trop tard. Avec un cri de rage, l’Albinos fit battre la retraite. _________________ Je suis celui-ci ou celui-là. Il n'y a point de différence. |
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 | Sujet: Re: Sui Generis [17] Jeu 3 Sep - 20:54 | |
|  Erael Draculea Bélial, le Silure - 1761 Un genou à terre, les yeux baissés vers le sol, Erael attendait que son seigneur ordonne. Le seigneur, loin de se soucier de sa présence, sortit de la grande baignoire en marbre, ruisselant de l’eau savonneuse du bain. Aussitôt un serviteur s’empressa de lui éponger le torse et les jambes. Malgré ses yeux baissés, Erael pouvait voir le reflet de son seigneur dans les petites flaques d’eau savonneuse étalées sur le périmètre tout autour de la baignoire. Le corps du suzerain était littéralement tapissé de symboles étranges, incrustés en noir à même la peau. Partant des chevilles, les motifs énigmatiques qui formaient des cercles et de longues courbes acérées, remontaient le long des jambes graciles du seigneur, s’enroulaient sur l’articulation des genoux, puis escaladaient bravement son ventre lisse et son dos avant de finir leur course en haut du torse imberbe, juste à la limite des épaules. Seuls les bras et la tête du seigneur étaient épargnés par ces fougères gravées à même la peau. Ce n’était définitivement pas de simples tatouages mais véritablement une galerie d’art qu’exhibait de la sorte le suzerain d’Erael. Ce dernier avait bien trop de respect pour lui pour oser lui en demander la signification. Ce n’était pas les affaires d’un vassal. La noblesse avait ses propres mœurs. Les tatouages lui furent cependant retirés à la vue lorsque le serviteur passa une robe en soie par-dessus la tête du seigneur, drapant son corps jusqu’à ses chevilles et cachant parfaitement les emblèmes dont il était marqué. Après avoir ignoré Erael durant un temps d’attente suffisamment long pour paraître un affront envers n’importe qui d’autre, il baissa enfin les yeux vers son fidèle vassal. Le serviteur, quant à lui, s’acharnait cette fois à fixer une main d’or sur le moignon du bras droit du seigneur. - Quelles sont les nouvelles, mon brave ?Erael redressa la tête et posa un poing sur le sol. - Les tours tiennent, seigneur. Mais Dame Galatëa vous mande avec insistance à ses côtés. Les Sires Brandon et Daniel sont arrivés hier matin par la route ouest. Il n’y a plus que vous pour que le Conseil soit réuni dans son ensemble.Le seigneur hocha distraitement la tête. Sur ses traits tirés on voyait clairement tout le souci que ce long voyage vers le guet Walder lui procurait. - Bien. Dit à l’aubergiste que nous dormirons ici ce soir et que demain nous partirons au petit jour. Il n’y a plus un instant à perdre, il ne faudrait pas faire attendre le Conseil.Derrière ces paroles, perçait une ironie à peine dissimulée. Rarement Erael avait vu son seigneur aussi soucieux – si ce n’était lors d’une des nombreuses disputes qu’il avait régulièrement avec le seigneur Vaan. Erael s’était toujours demandé pourquoi un homme si puissant tolérait qu’un insecte aussi insignifiant que ce petit coq de Vaan lui parlât sur ce ton. Jamais Erael ne se permettrait de mettre en doute la parole de son seigneur. Le serviteur, ne parvenant pas à fixer les sangles de la main en or, le seigneur le chassa d’un geste. Il sortit de la pièce à reculons et ferma la porte derrière lui. Le seigneur soupira et attacha lui-même la main à son poignet en à peine cinq secondes, une prouesse pour un infirme. - Où en étais-je ? demanda-t-il tout haut, ne s’adressant à personne. - De ne pas faire attendre le Conseil, crut bon de préciser son vassal. - Ah, oui. C’est cela. Retourne donc au guet annoncer mon arrivée pour demain soir. Le Conseil tiendra une réunion urgente et il est fort probable que nous devions convoquer tout le ban.Convoquer le ban dans son ensemble ? s’étonna Erael. Cela ne pouvait signifier qu’une chose. Le seigneur projetait de conclure cette interminable guerre contre ce chien d’Albinos le plus rapidement possible. La défaite de l’Albinos se déroulerait au pied des tours Walder. Le seigneur ayant terminé son entretien, il se désintéressa d’Erael et agit comme s’il n’existait plus. Le vassal sortit à son tour de la pièce, à reculons. En bas des escaliers, le tavernier vint à sa rencontre : - Alors comme ça vous partez, m’ssire. Erael ne poussa pas l’audace à lui demander comment il avait obtenu cette information alors qu’il venait à peine de recevoir ses ordres. - En effet, répondit-il d’un ton glacé. Loin de se laisser démonter le tavernier continua : - Vous v’lez que je vous scelle un ch’val ?- Ce ne sera pas la peine, répliqua Erael se retenant de rire devant un tel manque de finesse. Il se dirigea vers la porte et sortit. Le tavernier – qu’il était donc agaçant – le suivit à la trace. - Pourquoi cela m’ssire ? C’est du bon ch’val, mes ch’vaux. Le guet est à sept lieues d’ici, ça fait une sacrée trotte.- Ecoutez, je vous suis gréé de vous préoccuper de l’état de mes bottes mais je ne vois pas l’intérêt de m’encombrer d’un cheval quand j’irai plus vite à pied. A voir la tête que fit le tavernier, Erael sut qu’il ne s’attendait pas du tout à cette réponse. Il fouilla quelques instants dans l’une de ses poches et en sortit une livre et la jeta à son interlocuteur abasourdi. - Tenez mon brave, c’est l’intention qui compte.Et sans attendre de réponse, il commença à courir. Fendant l’air comme une lame, il disparut en moins d’une dizaine de secondes. Le tavernier, livre en main, resta un moment sur le seuil de son auberge à regarder l’horizon où nulle âme ne se détachait. Il rentra en se grattant le crâne. _________________ Je suis celui-ci ou celui-là. Il n'y a point de différence. |
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 | Sujet: Re: Sui Generis [17] Sam 5 Sep - 11:30 | |
|  Sariel Draculea Lucifer, l'Aigle - 1761 Une fois n’est pas coutume, Sariel prit place sur les bancs réservés au ban de Jean le Bienheureux. Il avait plutôt l’habitude d’espionner les réunions du Conseil par l’une des meurtrières en escaladant le mur de la tour mais être assis le long de la grande table avec les autres était quand même plus confortable que suspendu dans le vide. Cependant, la teneur de la discussion qu’il allait devoir se farcir risquait d’être d’un ennui ! Bien évidemment, avant de faire appel à tous leurs vassaux pour cette réunion extraordinaire, le Conseil avait tergiversé des jours et des jours quant aux décisions à prendre et à comment l’annoncer à toute la congrégation réunie. Perché sur sa tour, Sariel se souvenait encore précisément de certaines des discussions – souvent violentes – du Conseil : Jean le Bienheureux était entré en dernier, faisant pivoter les têtes des trois autres conseillers vers la grande porte. Après les salutations d’usage, il s’était assis à la table avec eux. - Qu’allons-nous faire ? avait demandé Daniel le Rossignol à la tablée. - Comment ça ce que nous allons faire ? avait répliqué Galatëa la Gitane avec humeur. Nous allons broyer ce traître et ses acolytes jusqu’au dernier. C’est tout ce qu’ils méritent.- Nous ne pouvons nous leurrer plus longtemps. Une telle victoire nous coûterait trop de vies.- Et une défaite nous la coûterait à tous !- Pas si nous pouvons trouver un arrangement. Peut être en laissant les territoires annexés par l’Albinos sous son contrôle.- C’est hors de question ! avait hurlé la furie. Moi vivante, je ne le permettrai jamais.- Est-ce pour la vengeance de votre frère ou pour notre bien à tous que vous êtes venues nous rejoindre ce matin ?Cette fois ci, s’en était trop pour Galatëa qui s’était levée d’un bond. Elle avait ensuite pointé un doigt fourchu et menaçant sur le Rossignol : - Comment osez-vous m’insulter ? Remettre en doute mon intégrité au sein du Conseil est pire que si vous me crachiez à la figure !Jean le Bienheureux avait levé les bras en signe d’apaisement. Galatëa avait ouvert la bouche en signe de protestation mais s’était finalement tut. Elle s’était rassis, le visage encore rouge de colère. - Il est clair que vu l’ampleur qu’à pris ce conflit, nous ne pouvons plus espérer une victoire pleine et entière. Il ne sert à rien de discuter ce point. Notre seul avantage est le terrain. Tant que nous tiendrons les tours, la progression de l’Albinos en sera stoppée. - Vous aussi vous voulez négocier ! l’avait accusé à son tour la conseillère. Brandon le Fort qui avait gardé le silence depuis le début de l’entretien avait émit un petit ricanement de mépris. - Si je me souviens bien, celui qui a embroché l’Albinos c’était Jean. Croire que ce petit paysan laiteux ne lui en tiendra pas rigueur c’est se jeter de la poudre aux yeux. Non, l’Albinos ne se bat ni pour la conquête, ni pour la gloire mais bien pour la vengeance.- Tu penses donc qu’il faut continuer la guerre ? questionna Jean, péremptoire. Brandon avait braqué son regard aveugle vers le Bienheureux et avait fait un large sourire en hochant négativement la tête : - Ce que je voulais dire, c’était que si nous voulons en finir avec cette guerre, nous devons offrir à l’Albinos ce qu’il désire le plus au monde.Un silence de mort s’était abattu sur le groupe. Même Sariel, du haut de sa cachette avait ressenti un long frisson lui monter dans le dos devant les propos sans équivoques de Brandon. Bien loin de l’état d’esprit dans lequel s’était déroulée la réunion d’urgence, la version que donna Daniel le Rossignol au rassemblement fut bien plus édulcorée. Il s’adressa à eux en ces termes : - Mes amis, mes Frères, je tiens tout d’abord à vous remercier pour vous être déplacés aussi vite en ces temps si troublés en abandonnant vos fiefs et vos foyers. Je suppose que vous connaissez tous la raison qui requiert votre présence ici : la guerre contre l’Albinos et sa Confrérie. Ne vous inquiétez pas, le conflit qui ravage nos terres prendra bientôt fin. Nous avons invoqué le ban pour nous soutenir dans l’effort de guerre mais rassurez-vous, nous ne livrerons plus bataille. Le but de l’entreprise est de tenir le guet pour un temps indéterminé. Lorsque l’Albinos se heurtera à notre détermination sans faille, il se rendra compte qu’il ne fera jamais tomber. Il devra négocier avec nous afin de trouver un accord nous menant à la paix. Tout ce que nous vous demandons, c’est de tenir avec nous sous la bannière du guet Walder et de Dame Galatëa, la Gitane.Un frémissement peu enthousiaste parcourut l’assemblée. La plupart des SangDragons présents avaient déjà une part plus ou moins active dans le conflit actuel et l’idée que tous ces sacrifices ne mènent qu’à un accord de bon procédé ne les emballait que modérément. Sans doute avaient-ils pensé qu’en aidant le Conseil ils agrandiraient leur territoire. Bien sûr, devant l’avancée écrasante de l’Albinos, certains seigneurs avaient tout perdu, terre, famille et vassaux. C’était cela qui se sentaient le plus floués par cette décision. Un vague murmure de consternation et de ressentiment envahi la pièce. Pourtant, pas un seigneur ne se leva pour contester. Le Conseil faisait loi. Assis sur son banc, coincé entre deux petits seigneurs SangDragons des campagnes les plus reculées et à la senteur nauséabondes, Sariel se délectait de cette atmosphère électrique. Il savait que la guerre était loin d’être réglée comme le laissait entendre Daniel. Ce dernier faisait croire que l’Albinos serait à l’initiative d’un traité de cessez-le-feu. Sariel, pour avoir fréquenté l’homme durant sa prime jeunesse lorsque son père travaillait comme espion pour le compte de Jean, savait bien que l’Albinos était un personnage d’une patience rare, qui ne reculerait devant rien pour parvenir à ses fins. Le conflit promettait encore de nombreux rebondissements. _________________ Je suis celui-ci ou celui-là. Il n'y a point de différence. |
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 | Sujet: Re: Sui Generis [17] Dim 6 Sep - 21:54 | |
|  Raguel Draculea Bélial, la Malchance - 1761 Les quatre SangDragons tiraient tous exactement la même tête consternée. Merle s’était rendue à la convocation du Conseil et en avait rapporté les dires à ceux qui s’en étaient abstenus. Le visage de Benjamin n’exprimait aucune émotion définissable mais derrière ce masque Rage se doutait que le jeune homme réfléchissait aux implications que les décisions du Conseil auraient sur lui et son clan. - Ils veulent m’évincer du pouvoir, finit-il par déclarer. - Notre clan n’a jamais eu de pouvoir. Ce n’est pas un ordre qu’ils suivaient, c’est un homme qui leur a été présenté comme le nouveau messie.Benjamin leva les yeux vers Merle. - Et cet homme c’est mon père. Hors personne ne sait où il est à présent.- Oui, et son absence commence à se faire sentir. De plus en plus de gens doutent. Ces lâches se demandent pourquoi Sire Vaan les aurait abandonnés s’il n’avait pas été un imposteur.- Dans ce cas, les plus indécis pourraient se retourner contre nous et le Conseil pour se rallier à l’Albinos. Si ce qu’on m’a dit est vrai, c’est lui le premier à avoir été considéré comme l’augure d’un temps nouveau. Merle hocha lentement la tête. - Jean le Bienheureux avait en effet annoncé que l’Albinos serait le futur de la race. Néanmoins, pour une raison qui m’est inconnue, il semblerait qu’il ait changé d’avis pour se concentrer sur Sire Vaan qu’il a élevé dans ce but. Cependant, Sire Vaan ne s’est pas laissé manipuler comme le Bienheureux l’aurait souhaité. Il se pourrait que finalement ce vieux débris ait décidé qu’il n’y aurait plus de futur pour nous.La guerrière allait continuer son élan lyrique dégoulinant de sarcasmes quand des bruits de pas et des éclats de voix retentirent dans le couloir. Tous tendirent l’oreille. Au bout de quelques instants les bruits s’éloignèrent. Raphaël inspira deux grandes goulées d’air. - Z’est bon, je ne zens plus perzonne. Dit-il Les trois SangDragons se détendirent. Ils étaient tolérés au guet Walder comme allié du Conseil mais au vu des déclarations de Daniel, cela risquait de ne plus durer qu’un temps. Mieux valait donc rester prudent et se préparer au pire. - Tu penses que Jean a tué mon père ? reprit Benjamin là où Merle s’était arrêtée. Elle plissa les yeux et fit la moue comme si la question lui était douloureuse. - Je ne sais pas. Lorsqu’il est parti, ton père m’a donné ses derniers ordres et m’a dit de ne pas m’inquiéter. Je sais que nous ne sommes pas une race pressée du fait de notre longévité mais trois ans, ça commence à faire long. Il aurait dû savoir que cela impacterait sur le moral et la loyauté de nos troupes. Cependant il se peut, et je crains, qu’il lui soit effectivement arrivé quelque chose. Mais rien ne nous permet de relier Jean avec la disparition de Sire Vaan.Benjamin resta silencieux. Bien qu’apprécié par les troupes, le garçon n’avait jamais atteint le prestige de son père pour la simple raison qu’il n’était pas plus albinos que ne l’était Rage ou Raphaël. Il poussait même le vice à avoir le teint basané et les cheveux châtain. Cela lui conférait une aura de normalité qui l’empêchait de se hisser au même niveau que ses congénères laiteux. Ce préjudice lui pesait parfois beaucoup. Rage posa une main compatissante sur son épaule. Leurs regards se croisèrent. Rage tenta d’insuffler toute la sympathie et le soutien qu’il éprouvait dans le sien. Ce qu’il vit dans celui de son cousin l’ébranla profondément. Emu, il retira lentement sa main. Leurs yeux se tutoyèrent encore quelques secondes puis Benjamin carra ses épaules, se redressa bien droit et planta ses pupilles vers Merle. - Peut être devrions-nous négocier les premiers. Finit-il par lâcher. Si nous aidons l’Albinos à renverser le Conseil, peut être pourront nous conserver nos têtes sur nos épaules un peu plus longtemps. La Princesse des fleurs eut un mouvement de recul. Le coin de sa bouche afficha un rictus méprisant. - Je refuse de cautionner de tels agissements. Sire Vaan a été très clair. L’Albinos doit être vaincu. Je vous rappelle qu’il a tué votre tante, Dame Valéria.- Non. Déjà il ne l’a pas tuée. Elle a disparu du champ de bataille et il a pu lui arriver n’importe quoi. On ne sait donc rien sur les circonstances de sa mort. Et quand bien même il l’aurait tuée, c’était sur le champ de bataille. Elle risquait sa vie au même titre que nous risquons la nôtre chaque fois que nous combattons. Si elle a perdu la vie, c’est la faut de la guerre, pas de l’Albinos. Et c’était il y a plus de quarante ans.- Le temps effacerait-il la faute ? l’invectiva Merle. Devons-nous pardonner un pêché resté impuni simplement parce qu’il a été commis il y a très longtemps ?- Les circonstances sont différentes aujourd’hui.Le visage de Merle s’empourpra. Visiblement la conversation allait s’envenimer. Impuissant, Rage appela Raphaël à l’aide du regard. Le ténébreux guerrier se contenta d’hausser les épaules, l’air de dire : « Moi non plus je n’y peux rien. » - Sommes-nous obtus au point de rester hermétiques à toutes autres solutions ? Continua Benjamin en pleine lancée. La loyauté est une chose. La loyauté aveugle en est une autre qui relève de la folie.- Non, c’est un acte de foi. Je suivrai ton père jusqu’en l’enfer s’il le fallait pour accomplir sa volonté.- Tu es une fanatique, se désola Benjamin devant l’entêtement de la guerrière. De telles considérations nous conduirons à notre perte.- Et toi, fils indigne, tu es un hérétique. Je crois en Sire Vaan et en sa vision des choses. Si toi tu peux pardonner à ses ennemis, moi pas. Et lorsque l’Albinos sera tombé, je m’occuperai des autres à commencer par Jean le Bienheureux. Je n’hésiterai pas à t’écraser si tu te dresses sur mon chemin.Une vague intuition frappa soudain Rage comme la foudre frappe la terre. Merle était éperdument amoureuse de son oncle. Quand et comment cela s’était produit il l’ignorait mais il eut soudain la certitude que cette femme, qu’il considérait comme la personne la plus forte et la plus équilibrée de tous les SangDragons réunis, perdait tout sens de la logique lorsqu’il s’agissait d’oncle Vaan. Il regarda cette femme sous un œil nouveau. Derrière cette carapace d’épine se cachait un cœur d’artichaut, derrière cet extrémisme affiché se cachait un amour refoulé. Comment ne l’avait-il vu avant ? Est-ce que son oncle se doutait des sentiments qui animaient la Princesse des fleurs ? Sûrement pas. Elle était incommensurablement plus vieille que lui, elle était déjà adulte et mère d’un grand enfant quand lui n’était même pas encore né. Il n’y avait donc aucun moyen de négocier. Ce serait comme s’adresser à un mur. L’amour est la pire des prisons. Rage tenta de le faire comprendre à Benjamin mais ses yeux ne durent pas trouver la bonne expression car son cousin ne sembla rien remarquer de son manège. - Vous vous plaignez des troupes qui risquent de retourner leur veste. Mais vous êtes pire qu’eux. En refusant de vous adapter à la situation, vous condamnez vos semblables à une mort certaine. - Il n’y a pas de meilleur mort pour un soldat que celle du devoir bien rempli.Sur ces mots, elle se leva et s’en fut à grand pas. Raphaël prit la porte non sans jeter un dernier regard désolé à Rage et Benjamin. Quand les deux cousins se retrouvèrent seul dans la pièce, Benjamin se tourna vers Rage : - Alors qu’en penses-tu ?Le jeune homme réfléchit un moment. Il avait découvert quelque chose sur Merle que personne d’autre ne semblait avoir remarqué. Bien que leur point de vue divergea en cet instant, elle avait toujours été une disciple fidèle et le garçon avait des scrupules à divulguer une information aussi personnelle, même à son cousin. - Je crois qu’elle est dans son droit. Benjamin ouvrit la bouche mais Rage l’arrêta d’un geste impérieux. Cependant, continua-t-il, je crois également que ce n’est qu’un soldat et non pas le leader de notre groupe. Tu n’as donc pas à lui demander la permission pour entamer ou non une négociation avec les personnes de ton choix. Il ne reste qu’à trouver une personne de confiance pour les mener à bien.Benjamin hocha la tête silencieusement, une ride lui barrait le front, signe d’une intense réflexion. Au bout d’un moment son visage s’éclaira et Rage vit une lueur qu’il n’avait plus vue briller depuis longtemps dans les yeux de Benjamin. - Tu as raison. Et je sais exactement en quelle personne je peux avoir confiance, dit-il en plaçant sa main sur l’épaule de son cousin. _________________ Je suis celui-ci ou celui-là. Il n'y a point de différence.
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 | Sujet: Re: Sui Generis [17] Dim 13 Sep - 21:38 | |
|  Raguel Draculea Bélial, la Malchance - 1761 L’eau était glacée lorsqu’il s’y enfonça avec un bruit d’aspiration. Il avança lentement, traînant dans son sillage une tourbe boueuse que ses pieds faisaient remonter à la surface. La morsure du froid ne tarda pas à lui enserrer les jambes, puis le ventre et enfin les épaules. Prenant garde à ne pas mettre la tête sous l’eau, il commença à nager en direction de l’autre rive tout en s’efforçant de ne pas se faire emporter par le fort courant du fleuve. Déjà la loupiotte laissée allumée derrière lui n’était plus qu’un point blanc au loin et seul la noirceur de la nuit était visible au devant. Pourtant, Rage n’abandonna pas ses efforts. Tout le monde comptait sur lui. Dix minutes passèrent qu’il était encore à se débattre dans la tourmente, peinant à avancer, butant sur des roches à peine immerger, dérivant invariablement vers l’aval. S’il ne se dépêchait pas, les tours du guet Walder serait bientôt à nouveau visible et il serait une cible de choix pour les archers postés en faction sur les tourelles illuminées. Il avait passé la demi-journée précédente à remonter le lit du fleuve pour éviter que ce genre de désagrément ne lui arrive mais à la vitesse où il était emporté, s’il ne parvenait pas rapidement à reprendre pied, il ne pourrait éviter de se faire repérer. Hors, les négociations que Benjamin lui avait chargé d’entamer avec l’Albinos devaient à tout prix rester secrètes. Il redoubla d’efforts, battant désespérément des pieds pour maintenir sa tête hors de l’eau et continuer d’avancer. Soudain, en déportant légèrement sa tête sur la droite, il aperçut une lueur fugace qui brillait au loin. Cette vision lui hérissa les quelques poils que le froid polaire n’avait pas réussi à dresser sur sa nuque. Les tours n’étaient maintenant plus qu’à quelques kilomètres de là. Il concentra toute son énergie. Il devait absolument y arriver. En aucun cas il ne voulait trahir la confiance de Benjamin malgré la fatigue qui se faisait de plus en plus sentir. A présent, il avait du mal à garder la tête hors de l’eau et s’étouffait parfois lorsqu’il buvait la tasse. Par dessus le clapotis de l’eau il crut soudain voir une forme humaine. Il cligna des yeux. Inconsciemment sa main se porta vers cette silhouette qui était peut être sa seule chance de salut. Il aurait voulu crier mais l’eau qui lui entrait dans la bouche noyait toute tentative. La forme disparut brusquement et, déséquilibré par son mouvement, il sentit le courant l’aspirer par le fond. Sa tête maintenant immergée buta alors contre quelque chose de dur. Aussitôt, ses doigts s’y agrippèrent de toute leur force. La forme qu’il avait cru discerner dans la nuit n’était autre qu’un rocher dont une grande partie s’élevait par-dessus la surface. Par bonheur, l’extrémité rejoignait le bord moins tumultueux du fleuve. Rage arriva à s’extraire de l’eau au prix d’un dernier effort qui le laissa pantelant sur la rive. Tremblant autant de froid que d’épuisement, il resta allongé contre le sol humide à contempler les étoiles au-dessus de lui. Sa poitrine se soulevait à un rythme effréné, engouffrant un maximum d’air froid dans ses poumons. Au loin, les lumières du guet brillaient telles les étoiles de la voûte céleste. Il était sauvé. Au bout d’une dizaine de minutes, lorsqu’il sentit que les battements affolés de son cœur se calmaient peu à peu, il se redressa sur son séant et observa les alentours. Le jour ne tarderait pas à se lever et il lui restait encore quelques kilomètres à parcourir avant d’arriver à destination. Il devait bouger rapidement s’il ne voulait pas mourir de froid. Pour arriver au campement de l’Albinos sans se faire repérer, il devait faire un large détour pour éviter les tours jumelles où stationnait le gros des troupes du Conseil. Il marcha à travers un bois, grelottant, pendant que le soleil dardait ses timides rayons à l’horizon. Une heure plus tard, il arriva dans une clairière. Cette clairière lui sembla d’emblée suspecte. Tout était calme. Aucun chant d’oiseau ne venait égayer ce lieu sinistre et sombre. Aucun insecte ne venait titiller ses oreilles par leurs bruits incongrus. Il aperçut alors les restes d’un feu de camp dont les braises étaient encore chaudes. Quelqu’un avait bivouaqué ici cette nuit et n’était parti que très récemment. Son malaise augmenta lorsqu’il vit des traces de pas dans la neige qui s’éloignaient dans deux directions différentes. Il y avait donc plusieurs hommes dans les alentours. L’absence de bruit se fit soudain oppressante. S’il n’avait déjà eu si froid, Rage aurait sûrement éprouvé des sueurs froides. Il porta sa main à la garde de son épée, seul objet de métal que son périple aquatique lui avait permis d’emporter avec lui. Pour tout vêtement il n’était vêtu que de bottes et d’un pantalon de cuir. Pas très efficace s’il devait engager le combat. Dans un sursaut, le SangDragon se retourna, dégainant sa lame. Il avait juré avoir entendu un craquement venant de l’autre côté de la clairière. Il n’eut malheureusement pas le temps de se rendre compte du piège dans lequel il venait de tomber car une lame luisante vint aussitôt se loger contre la base de son cou. Rage se figea en maudissant son manque d’attention. Comment avait-il pu permettre à quelqu’un de s’approcher si près sans se faire repérer ? - Attendez ! Je ne suis pas venu pour me battre, dit-il à son mystérieux agresseur. Je suis ici pour délivrer un message à l’Albinos.- Un message ? Quel type de message ? lui répondit une voix dégoulinante de sarcasme. Les épaules de Rage s’affaissèrent de dépit en reconnaissant le propriétaire de cette détestable voix. Il était en plein territoire hostile, sur les terres de l’Albinos. Jamais il n’aurait pensé rencontrer un pion du Conseil. S’il permettait à celui-ci de retourner au guet, il préviendrait le Conseil qui ferait enfermer Benjamin et ses acolytes pour trahison avant de le pendre haut et court. - Du calme Sariel. Je ne savais pas que c’était toi. J’ai pour mission de m’approcher de l’Albinos et de le liquider. Mentit-il en espérant que ça marcherait. Malheureusement, Sariel n’était pas né de la dernière pluie. Et malgré l’air taciturne qu’il affichait la plupart du temps, Rage avait compris depuis bien longtemps que Sariel était un être malsain et bouillonnant de malice. - Moi, on m’a chargé de surveiller les petits rigolos dans ton genre au cas où ils auraient envie de se faire la belle. Puis-je ajouter que comme nageur tu es pathétique. Si je n’avais pas placé ta main au bon endroit tu serais mort noyé depuis longtemps. Aie au moins la décence de dire la vérité à ton sauveur.- Pourquoi aurais-tu fais ça ? Ca t’aurait évité de te salir les mains.Le ricanement qui répondit à la remarque de Rage fit tressaillit jusqu’à son âme. Jamais Rage n’aurait imaginé pouvoir ressentir un froid aussi intense. Le vent et l’eau glacés n’étaient rien comparés à cette impression polaire qui lui raidissait muscles et tendons. - Voyons mon cher Raguel, cela aurait été beaucoup moins plaisant. Je suis un chasseur. Je n’ai pas pour habitude de laisser mon gibier mourir sous mes yeux sans rien faire. Tous les deux je sens que nous allons passer une journée for-mi-dable.Rage comprit qu’il allait mourir ici avant d’avoir pu accomplir sa mission. Il ferma les yeux quand une fulgurante douleur lui traversa la poitrine. - 1920 - Raguel se réveilla en sursaut. Il se mit en position assise, les jambes hors du lit et essuya la sueur qui recouvrait son front. Derrière lui, il y eut un froissement de tissu. - Tu as encore fait un cauchemar ? Le SangDragon hocha la tête en tentant de faire cesser ses tremblements. - A l’époque, je pensais qu’avec le temps ça irait mieux. Que j’arriverais à oublier. Mais moi et les miens avons perpétré tellement d’horreurs dans nos trop longues vies qu’il m’est impossible de toutes les oublier. Son interlocuteur posa une main rassurante sur l’épaule de Raguel. - Ne t’inquiète pas, amour. Je suis là. C’est terminé à présent. Ne pense plus à tout ça. Tu n’as plus rien à voir avec les SangDragons depuis bien longtemps déjà.- Ce que j’aimerais te croire !- A quand remonte la dernière fois où tu t’es nourri d’un humain ? répliqua l’autre d’un ton sévère. Raguel ne prit même pas la peine de réfléchir. - Le 11 novembre 1918. Le jour de notre rencontre.- Et que t’ai-je dit ce jour là ?- Que tu m’aiderais et m’aimerais comme jamais personne avant toi.- C’est une promesse que je compte bien tenir, tu entends ? Viens, recouche-toi à présent.Apaisé par ces mots, Raguel se rallongea. Son interlocuteur vint se blottir contre lui. - Et maintenant si tu m’aimes, dis mon nom.Raguel ferma les yeux et murmura à trois reprises dans la nuit : - Grindelwald, Grindelwald, Grindelwald. _________________ Je suis celui-ci ou celui-là. Il n'y a point de différence. |
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 | Sujet: Re: Sui Generis [17] Lun 21 Sep - 19:38 | |
|  L'Albinos Draculea Bélial - 1761 L’Albinos vit entrer dans sa tente Remiel suivit d’Ariel. Ses deux généraux se campèrent devant lui. Comme à leur habitude, le visage d’Ariel reflétait de la contrariété refoulée et celui de Remiel n’affichait qu’une expression lisse et paisible comme si tout semblait couler sur lui. - Qu’est-ce qu’il y a ? questionna le SangDragon légèrement agacé d’être dérangé dans ses réflexions sur la guerre en cours. Aussitôt, Ariel inclina la tête, les flammes contenues dans la vasque posée au centre de la tente se reflétèrent sur son crâne : - Seigneur, nous avons intercepté deux espions qui rôdaient sur notre territoire tôt ce matin. Nous pensons qu’ils sont passés en amont du fleuve puis sont revenus en contournant les collines par la forêt.- Et alors, vous vous en êtes occupés, n’est-ce pas ?Ariel jeta un coup d’œil à son comparse resté silencieux avant de poursuivre : - J’ai pensé que vous aimeriez vous entretenir avec eux avant de les exécuter. Ils pourraient détenir des informations fortes utiles pour l’effort de guerre.Pendant un instant, l’Albinos fit mine de réfléchir à l’idée de se déranger pour interroger ces deux pauvres hères. Il n’avait cure de ce problème puisqu’il avait décidé d’assiéger le guet aussi longtemps que le Conseil tiendrait debout. Il avait le temps à présent qu’il contrôlait une bonne partie de leur territoire. Grâce à ses précédentes conquêtes il pouvait désormais établir un camp de base stable et sûr sans craindre de tomber à cours de denrées alimentaires ou de matériels. En effet, les paysans qui cultivaient les terres qui lui appartenaient depuis peu ne se souciaient guère des nobles à qui ils devaient des impôts - du moment que ceux-ci n’augmentaient pas les taxes plus que les autres. Le siège pouvait donc bien durer un an, deux ans, cinq ans ou même vingt, il n’y aurait aucune différence. La vengeance est un plat qui se mange froid. L’Albinos, lui, le préférait glacé. Il se tourna vers son second resté muet : - Remiel, Dispose d’eux comme bon te semble, finit-il par répondre sur un ton insoucieux, vois si tu peux en tirer quelque chose et débarrasse toi d’eux une fois cela fait.Il vit le visage d'Ariel se tordre en une effroyable grimace. Le prêtre soldat aurait sans doute préféré se charger lui-même de l'interrogatoire. Mais la messe étant dite, les deux hommes saluèrent leur chef et s’en furent vaquer à leur nouvelle tâche. Un frottement d’air, un bruit à peine plus audible qu’une ombre glissant sur le plancher, il ne suffit pas de plus pour réveiller l’Albinos en sursaut. Il se redressa sur son lit, une dague qu’il cachait sous son oreiller déjà à son poing. Soudain, le rideau qui obstruait l’ouverture de la tente ondula et une silhouette élancée se faufila à l’intérieur. Plissant les paupières, l’Albinos ne mit pas plus d’une seconde à reconnaître sa fille, Valéria. Il y avait quelque chose de bizarre dans son comportement et sa façon de se tenir, ce qui l’inquiéta. - Que fais-tu ici à une heure si tardive ? La silhouette ne répondit rien. Elle était toute pâle, comme un linge que l’on vient d’étendre. Elle s’avança d’un pas et l’Albinos la vit vaciller. En un instant, il fut hors du lit et attrapa sa fille au moment où elle basculait sur le côté. Une odeur de sang et de sueur lui assaillit les narines et pour la première fois depuis très longtemps il sentit un sentiment de panique envahir insidieusement son esprit. La jeune femme braqua ses yeux de feu dans les siens. Le guerrier sentit ses doigts devenir poisseux, collants et gluants. Valéria se vidait de son sang dans les bras de l’Albinos et les yeux seuls de sa fille tentaient de lui transmettre un message. Mais il ne parvenait pas à comprendre le sens de ce message. Alors, au prix d’un incroyable effort qui attestait de l’inénarrable bravoure de son aînée, Valéria lui souffla ces deux mots à l’oreille : - Sauve-les.Enserrant toujours sa fille entre ses bras, l’Albinos bondit hors de la tente en hurlant au médecin. Bientôt des têtes de soldats ensommeillés et de badauds pointèrent à l’extérieur de la tente. Quelqu’un, probablement un soldat, vint lui prendre Valéria des bras et l’emmena en direction de la tente des soins où se relayaient les médecins et les infirmières. - Où est Remiel ? beugla-t-il alors à la foule rassemblée. Un autre soldat le conduisit au pas de course vers le centre du campement d’où provenait la lueur d’un grand feu allumé au centre de l’espace. L’Albinos ne tarda pas à entendre des éclats de voix et des cris d’encouragement qui couvraient presque celui, métallique, d’épées s’entrechoquant avec violence. Tel un boulet de canon, il déboula dans la place où un groupe d’hommes formait un cercle avec en son centre deux combattants qui s’affrontaient avec acharnement. L’Albinos dépassa le barrage humain et se retrouva au beau milieu du cercle de spectateurs. Il reconnut alors les deux adversaires qui ne remarquèrent même pas sa présence tellement ils s’appliquaient à tenter de décoller la tête des épaules de l’autre à l’aide de leur arme respective. L’énervement et la peur qu’éprouvait l’Albinos se muèrent en colère noire lorsqu’il vit que les auteurs de cette agitation n’étaient autres que son petit-fils Azraël et le Chevalier Rouge, son général et second. Chacun d’eux se battaient avec rage et aucun ne prenait l’ascendant sur l’autre. L’Albinos était pourtant convaincu que le combat tournerait en la défaveur d’Azraël. Même si le jeune homme était un épéiste émérite, son confrère, Remiel, avait l’avantage de l’expérience. Une centaine d’années séparaient les deux adversaires et le Chevalier Rouge en était parfaitement conscient et profiterait de cette faiblesse dès la première occasion. Cependant, l’Albinos ne laissa pas le temps de vérifier cette hypothèse, ses deux protégés s’étant suffisamment donné en spectacle devant les troupes et d’autant plus que Valéria avait été blessée dans l’affaire. - Assez !! rugit-il à travers les hurlements en délire de la foule. Son cri porta si fort que les duellistes et les hourras cessèrent presque instantanément. - Qu’est-ce qu’il vous prend à tous les deux ? les réprimanda-t-il en s’avançant. Les deux hommes se contentèrent de le regarder, ne bougeant pas d’un pouce, la pointe de l’épée tournée vers le sol. Mais à leur attitude, on voyait bien qu’ils étaient prêts à se bondir dessus au moindre geste suspect. La colère de l’Albinos enfla comme un ballon de baudruche sur le point d’éclater. Il avait envie de les prendre par la peau du cou et de les frapper l’un contre l’autre jusqu’à ce qu’il n’en reste plus que vague bouillie. Il respira profondément pour résister à son envie de meurtre et redemanda de la voix la plus neutre possible quelle était la raison de leur différend. Azraël parla le premier après une courte hésitation : - Il a attaqué Mère ! puis, se rendant soudain compte qu’elle avait disparu, il se mit à regarder de toute part, les yeux éperdus. - Elle est en sécurité, le rassura l’Albinos. Puis, se tournant vers Remiel : qu’est-ce que tu as à dire pour ta défense ?Loin de se laisser démonter, le Chevalier Rouge bomba le torse. - C’est elle qui s’est jetée sur moi sans raison, dit-il en désignant la balafre qui striait sa côte de maille de part en part. Je n’ai fait que me défendre quand votre petit-neveu m’a agressé à son tour.- Menteur ! hurla Azraël. C’était pour la protéger ou sinon vous l’auriez tuée. - Silence, Azraël, lui intima l’Albinos. Remiel, ne me dit pas qu’elle t’est tombée dessus sans aucune raison apparente. Que faisais-tu quand cela est arrivé ?Remiel lui indiqua du doigt un point derrière lui. - J’allais me charger des deux espions que nous avons trouvés ce matin. J’étais sur le point de décapiter le premier quand cette folle furieuse et son fils s’en sont pris à moi.L’Albinos réfléchit un instant. Valéria était parvenue malgré ses graves blessures jusqu’à sa tente pour le prévenir de quelque chose. « Sauve-les, » avait elle dit. Parlait-elle des deux espions ? En quoi étaient-ils si important, du moins pour pousser Valéria à affronter Remiel ? - Montre-moi les prisonniers, avisa-t-il alors son général. Le SangDragon esquissa une légère moue très vite effacée puis s’exécuta. Le cercle s’écarta pour leur libérer le passage. Azraël se tint légèrement en retrait mais l’épée toujours au poing. Derrière le rang des spectateurs, enchaînés à un pilier de fer profondément fiché dans le sol, gisaient deux corps inertes à demi nu dont le torse ressemblait à une plaie béante tellement il était parcouru des traces sanguinolentes de coups de fouet et autres instruments de torture. Le spectacle qu’offraient ces deux pauvres diables était pitoyable et aurait sûrement pincé le cœur de l’Albinos s’il ne s’était trouvé si furibond. Au lieu de cela, il se tourna à nouveau vers Remiel : - C’est CA nos prisonniers ? As-tu vu l’état où ils sont ? Ils sont tous les deux moribonds- Vous m’avez dit d’utiliser tous les moyens possibles pour les faire parler. Se défendit le général. - Ah. Et qu’ont-ils dit ?Cette fois le Chevalier Rouge se contenta d’hausser les épaules. Rien, il n’avait rien obtenu d’eux. L’Albinos dû prendre sur lui pour ne pas décocher un énorme coup de poing dans la face si imperméable de son général. C’était sa faute après tout, il savait que Remiel avait toujours été prompt à torturer et donner la mort. Ce qui lui plaisait ce n’était pas soutirer des informations mais bien voir les visages à l’agonie de ses victimes. Ariel aurait fait un bien meilleur interrogateur. Remiel n’était quant à lui qu’un simple tortionnaire. Pourtant lorsque l’Albinos observa les blessures qui affligeaient les deux prisonniers inconscients, il ne put que se montrer admiratif devant leur résistance à la torture. Beaucoup auraient craqué bien avant d’en arriver à un tel point. - Tu es absolument sûr qu’ils n’ont rien dit ?Remiel hésita une seconde puis désigna l’un des deux corps : - Le blond là, il ne cessait de répéter qu’il voulait vous voir pour négocier la paix ainsi que tout un ramassis d’autres inepties plus absurdes l’une que l’autre.Ne se donnant pas la peine de répondre, l’Albinos se rapprocha dudit négociateur et se pencha vers son visage. Malgré les tuméfactions qui lui ravageait la face un curieux sentiment de déjà-vu envahi le cœur de l’Albinos. « Sauve-les. » Pourquoi se donner cette peine ? Soudain le blondinet ouvrit les yeux. Ils errèrent un moment comme s’ils cherchaient à se rappeler de l’endroit où ils étaient avant de venir à la rencontre de ceux de l’Albinos. Un choc électrique lui parcourut le corps. Il avait beau ne pas avoir vu ces yeux là pendant près de quarante trop longues années, il ne pouvait pas les oublier. Hypnotisé, il ne pouvait plus se détacher de ce regard qui conservait, malgré les blessures et la marque du temps, une candeur associée à une volonté indomptable. C’était le même regard que sa seconde fille Maria et cet enfant en était la descendance. _________________ Je suis celui-ci ou celui-là. Il n'y a point de différence. |
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 | Sujet: Re: Sui Generis [17] Mar 29 Sep - 16:11 | |
|  Anselme Delacroix - 1762 The Sorcerer's Journey Part 1 Enfin ! Un éclair illumina soudainement les endroits où ne résidaient alors que des ombres, inondant d’un bain de clarté les éléments dissimulés jusqu’alors. L’instant d’une fraction de seconde, tout devint clair et précis. Tout s’emboitait parfaitement comme les morceaux d’un puzzle géant qu’on avait longtemps cherché à mettre en place. Oui, la lumière était visible au bout du chemin et il était temps d’apprendre la vérité. Anselme referma le livre qu’il tenait entre ses mains et en contempla longuement la couverture. Abîmée, fendue par endroit, elle ne payait pas de mine. Pourtant les pages qu’elle contenait comportaient les plus dangereux secrets au monde. Anselme en était désormais le seul dépositaire. Par sa simple volonté il pouvait ou non changer la face du monde à jamais. Pourtant, à ce sentiment de puissance vint rapidement s’ajouter la peur puis la honte. Ce que contenait ce livre n’étaient qu’horreurs et abominations, un long ramassis de mots rassemblés de telle sorte qu’ils en étaient dénaturés, perdaient toute beauté pour ne révéler que laideur à la face de l’univers. Le sorcier avait dépensé beaucoup de temps et d’énergie pour mettre la main sur cet ouvrage unique, dernier rescapé du grand incendie de la bibliothèque privée de la famille Delacroix qui avait eu lieu en 1425. D’abord il avait cru que tout était perdu lorsqu’il fut mis au courant par ses recherches sur cet incident du passé qui coûta à la famille la perte de plusieurs milliers de livres et d’un savoir inestimable. Pourtant, un beau jour alors qu’il n’y croyait plus, il était tombé sur une lettre écrite par l’un de ses lointains ancêtres et destinée à un ami résident loin d’ici. Cette lettre indiquait que son ancêtre avait envoyé une copie du manuscrit convoité à son ami afin qu’il puisse l’étudier et en déchiffrer le savoir. S’ensuivait une longue correspondance avec les deux personnes où ils s’échangeaient leurs notes et leurs commentaires sur la façon dont le livre avait été rédigé et codé et sur les secrets que celui-ci renfermait. Les lettres s’arrêtaient brutalement à partir de 1425, à peu près un mois avant le fameux incendie. Après une courte recherche, il s’était avéré que son ancêtre était mort à ce moment là. N’ayant que cette mince piste pour toute preuve de l’existence du livre, Anselme était parti à l’endroit où avait vécu l’ami de son ancêtre. Là, il avait demandé aux braves gens qui habitaient désormais les lieux la permission de rechercher un ouvrage rare dans leur bibliothèque – sans omettre de les payer pour cette faveur. Hélas, il ne trouva pas le livre. Disparu, envolé, vendu, détruit, il ne savait. Devait-il rentré bredouille ou bien continuer à chercher ? Alors qu’il allait abandonner, un livre glissa de l’étagère dans laquelle il farfouillait et s’ouvrit en son milieu, révélant une enveloppe. Etait-ce la simple curiosité ou bien la main du destin qui le poussa à en vérifier subrepticement le contenu ? Il ne pu l’expliquer. Pourtant ce geste détermina la suite de l’histoire car l’enveloppe contenait trois lettres. La première était adressée à un sorcier au nom beaucoup trop fastidieux pour être prononcé dans un patois qu’Anselme ne comprenait qu’à moitié. La seconde était adressée à son ancêtre lointain mais ne contenait aucune nouvelle information. La dernière quant à elle se révéla être un texte parfaitement illisible en l’exception d’un seul mot qui attira immédiatement l’attention du sorcier : SângreDraculis. Les SangDragons. Il fit aussitôt transcrire la lettre afin de la traduire auprès du premier linguiste qu’il pourrait rencontrer. Et après moult pérégrinations il fut enfin en mesure de traduire le texte. Ce qu’il apprit l’effraya autant que cela l’enjôla. Il était sur la bonne voie mais les secrets qu’il escomptait mettre à jour semblaient plus sombres encore qu’il ne l’imaginait. Faisant route vers la lointaine Transylvanie il voyagea sans encombre notable, transplanant pour demander son chemin. Il arriva finalement à l’adresse indiquée sur le bout de papier traduit par les soins du plus grand spécialiste qu’il put trouver. La baraque ne payait pas mine, la végétation ayant envahie murs et volets. Pourtant, la fumée noire qui sortait par la cheminée indiquait qu’elle était encore habitée. Il frappa trois grands coups et attendit qu’on vienne lui ouvrir. Au bout de cinq minutes, comme il voyait que personne ne venait, il décida d’appeler pour voir s’il y avait quelqu’un. N’obtenant toujours aucun retour, le sorcier tourna la poignée de porte qui, à sa surprise, n’était pas verrouillée. La porte coulissa en couinant. Un chat se faufila entre ses jambes et disparu derrière un fossé. Entrant prudemment, le sorcier se retrouva dans un environnement étrange et bucolique : des têtes d’alligators étaient suspendus aux murs, d’innombrables variétés de feuilles et d’herbes étaient étalées partout il y avait un peu de place, des fioles contenant des liquides aux couleurs les plus variées reposaient sur une table d’apothicaire dont les tiroirs débordaient de mille choses velues ou rêches comme de la peau de serpent. Posée sur une armoire, une boule blanche scintillait faiblement, révélant le nuage quasi-invisible de poussière en suspension qui flottait dans toute la pièce. Au fond de la maisonnée, un feu brûlait dans l’âtre devant lequel était positionné un fauteuil qui lui faisait face. Anselme s’approcha avec circonspection mais chacun de ses pas était trahi par le craquement des planches empoussiérées. Il ne tarda pas à apercevoir par-dessus le dossier du fauteuil la chevelure parsemée d’un crâne blanchâtre appartenant visiblement à l’hôte de ces lieux. Après s’être éclaircit la gorge et s’être excusé d’être entré sans permission, Anselme avait attendu une réaction de la part du propriétaire de ce crâne parcheminé. Il n’y en eut aucune. Prenant son courage à deux mains – c'est-à-dire sa baguette – le sorcier s’approcha davantage pour se positionner entre le fauteuil et le feu hurlant de la cheminée. Là, recroquevillé dans le fauteuil, les mains aux ongles longs et sales sur les accoudoirs, se tenait l’être le plus affreux que le sorcier eut été en mesure de voir. Son corps ressemblait à une boursouflure géante, la peau était si translucide que les veines, même les plus petites étaient visibles et c’est à peine si on ne voyait pas le sang circuler dans celles-ci. La tête quant à elle était immonde. Cabossée, disproportionnée par rapport au reste du corps, les rares cheveux pendaient lamentablement sur le visage et ne suffisaient pas à cacher un nez minuscule qui ressemblait à une pouce de carotte ni les lèvres fendues de part en part ni les chicots qui servaient de dents à la créature. Seuls épargnés à ce tableau horrible, contrastant avec tant de force avec le reste qu’ils n’en devenaient que plus beaux les yeux d’un jaune fauve conservaient encore toute leur vigueur malgré la mollesse des traits du personnage. S’il était sourd, au moins il était certain que le bonhomme n’était pas aveugle. Celui-ci ne réagit pas plus à la vision du sorcier qu’à l’écoute de sa voix. Il resta là, prostré dans la même position, ne bougeant pas le moindre poil. Anselme se sentait mal à l’aise devant ce vieillard. Il ne savait quoi dire. En désespoir de cause, il s’était lancé : - Je cherche les Ecrits du Seigneur Noir, avait-il déclaré, sauriez-vous m’indiquer où je pourrais en trouver l’exemplaire ?Aucune réaction. Cette chose était-elle folle ou tout simplement morte ? - C’est un livre qui traite des SangDragons. SângreDraculus ?Niet. Il lui fallait changer de stratégie. Il s’accroupit pour se place à hauteur des yeux du vieillard et les détailla un instant. Pas de doute, ils étaient tout ce qu’il y avait de plus conscients. Il pouvait même percevoir au fin fond de ceux-ci une flamme qui brûlait – à moins que ce ne fût simplement le feu se reflétant dans l’iris. La question lui vint alors aussi naturellement que possible, comme si celle-ci coulait de source. Il était également intimement persuadé que c’était la seule bonne question à poser. Respirant un grand coup, il avait demandé : - Êtes-vous Maulkin Delacroix ?Les yeux de la bête tressaillirent soudain. _________________ Je suis celui-ci ou celui-là. 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 | Sujet: Re: Sui Generis [17] Mer 30 Sep - 21:52 | |
|  Anselme Delacroix - 1762 The Sorcerer's Journey Part 2 Et les yeux de la bête s’éveillant, le corps sembla suivre à son tour. Ce ne fut qu’un vague frémissement mais un frémissement quand même, une vaguelette sur le calme de l’océan. Alors d’une voix décharnée, éteinte et sans vigueur la créature émit un son. Ce son était hésitant, cassé, fluctuant. On aurait dit que c’était le premier son qui franchissait ces lèvres dénudées, le premier depuis des années peut être, il était l’inversement du cri d’un nouveau né. Ce son, simple bruit de fond distendu se transforma ensuite en un mot. Un mot qui avait commencé par ce son si faible pour se finir par un autre où la colère grondait. Les narines de la créature frémirent, son torse s’emplit d’air et, dodelinant de la tête, la chose soupira. Puis, tel un pantin désarticulé, la tête retomba, inerte, sur son fauteuil. Anselme avait eu raison. C’était bien de Maulkin le terrible Seigneur Noir dont il s’agissait. Mais pas du personnage en lui-même. Cet être qui semblait mort et qui pourtant vivait d’une demi-vie était le legs qu’avait laissé le puissant mage derrière lui. Pour la seconde fois, Anselme contemplait toute l’horreur des travaux de Maulkin sur les êtres vivants. Cette chose avait sûrement était autrefois humaine. Maintenant, elle ressemblait à un meuble, incapable de bouger, le regard fixe et pourtant bien vivant. Comment quelqu’un pouvait-il infliger de si grandes souffrances, se fut-il agit du pire des criminels ? Devant ses yeux apeurés par l’horreur, Anselme avait la preuve que tout ce qu’avait touché, pensé ou fait Maulkin devait être détesté. Il avait vu la réaction de la créature à l’entente du terrible nom du sorcier. Dans ce regard qui seul semblait rattaché à la vie, il y avait lu haine et chagrin. Dans cet unique mot prononcé par la créature il y avait entendu bien plus de choses encore. Des choses qui lui mettaient les larmes aux yeux. Alors, prenant pitié de cette créature, il avait fait la seule chose sensée que son devoir lui imposait de faire. Il avait sortit sa baguette de son étui et pointé vers la créature qui ne broncha pas. Il avait prononcé les mots de la formule d’une demi-voix, osant à peine regarder. L’éclair vert avait illuminé l’espace d’une seconde le décor glauque de la maisonnée. La tête de la créature s’était affaissée lentement, yeux grands ouverts, tournés vers les flammes de l’âtre qui brûlait. Conscient que cet horrible visage aux yeux fixes le poursuivrait toute sa vie durant, Anselme avait rabattu le capuchon de son manteau et s’était enfui. Sur le chemin du retour, il ne s’était retourné pas une seule fois. Dans sa tête raisonnait encore le seul mot qu’avait prononcé la créature. Tel un tambour, il criait à ses tympans : « Amour. Amour. Amour… » Sa quête l’avait une fois de plus mené en un cul-de-sac. Cette fois, il n’avait pas le moindre bout de piste pour continuer ses recherches sur le livre perdu. Il venait de voir ses derniers espoirs de mettre la main dessus disparaître en même temps qu’il avait tué la créature. La dernière lettre mentionnant le SângreDraculus n’indiquait pas d’autre adresse où il puisse se rendre, juste l’itinéraire menant à cette chaumière perdue au milieu de nulle part où il avait trouvé le demi-mort. Avant de rentrer chez lui en France, le sorcier avait décidé néanmoins de s’arrêter pour une nuit à la maisonnée de l’ami de son ancêtre où il avait découvert la fameuse lettre. Les bonnes gens qui y habitaient l’accueillir avec moult caresses et mots polis. Anselme n’était pas dupe. C’était l’avarice qu’il voyait briller dans l’œil de ces gens. Mais il ne pouvait leur en vouloir, les temps étaient durs. Il leur avait donné une poignée de piécettes et leurs grâces à son encontre redoublèrent d’intensité. Le lendemain, lorsqu’il se s’était levé il avait fait un tour par la bibliothèque. Aussitôt, il avait vu que quelque chose avait changé. Son regard fut attiré par énorme volume noir relié d’or posé sur l’une des étagères du haut. Le sorcier était pourtant certain de bien avoir passé en revue tous les ouvrages contenus dans cette bibliothèque et ce gros livre aurait sûrement attiré son attention. Il s’en était saisi et l’avait ouvert à sa première page. Quelle ne fut pas la surprise d’Anselme lorsqu’il découvrit que l’auteur n’était autre que son ancêtre. De plus en plus intrigué, Anselme avait tourné la page. Là, marqués noir sur blanc trônaient ces mots : « A celui qui ouvrira ce livre, Qui que vous soyez, si vous tenez ce livre entre vos mains, c’est que vous êtes désormais rallié à la cause. Par certaines dispositions des choses, seule une personne ayant tué un SângreDraculus pourra voir ce livre et le toucher. Si j’ai pris des mesures si drastiques c’est pour éviter qu’il tombe entre de mauvaises mains. En effet, le créateur du SângreDraculus ne doit en aucun cas avoir connaissance de ce manuscrit qui indique la position d’une des dernières copies des Ecrits du Seigneur Noir, ou, comme je l’appelle, le codex Noir. L’Ordre Secret des Delacroix craint en effet que le Seigneur Noir – s’étant mystérieusement échappé de la geôle où il était enfermé – ne cherche à détruire toutes les copies afin de conserver pour lui seul son savoir. J’ai conscience que les informations contenues dans le codex Noir sont extrêmement dangereuses et doivent être manipulées avec la plus grande précaution. Mais à ce jour je ne vois que ce manuscrit qui puisse nous permettre de lutter efficacement contre le SângreDraculus. J’ai tenté de décoder tous les secrets que contient le codex Noir. Malheureusement, si vous tenez ce livre, c’est que j’ai échoué. Ce livre vous indiquera où trouver le codex ainsi que toutes les informations utiles et notes que j’ai prise au fil des ans pour tenter de percer à jour le code dans lequel il est rédigé. En espérant voir bientôt la fin du SângreDraculus arriver, J. B. Delacroix » Anselme en croyait à peine ses yeux. Ses mains tremblaient tellement qu’il avait fait tomber le livre. Il l’avait ramassé rapidement et le dissimulé dans son sac. Il ne manquerait à personne puisqu’il était le seul capable de le voir. Le codex Noir ne fut pas difficile à dénicher grâce aux informations fournies par J. B. Delacroix. Le manuscrit était caché dans l’un des caveaux familiaux que le sorcier n’eut aucun mal à exhumer. Le codex en poche, il s’était attelé à traduire les signes bizarres dans lequel il était rédigé. Le recours à un linguiste était impossible. Il ne pouvait se permettre d’étaler de si dangereuses connaissances. Il s’aida des notes fournies par J. B. Delacroix et s’était armé de patience. Trois ans plus tard, le 18 février 1962, il avait trouvé. Après l’expérimentation de milliers d’algorithmes compliqués, de dizaines de milliers d’heures passées à la bibliothèque à étudier des signes anciens et oubliés et plusieurs nuits blanches, il avait enfin réussi. Anselme referma le livre qu’il tenait entre ses mains et en contempla longuement la couverture. Abîmée, fendue par endroit, elle ne payait pas de mine. Pourtant les pages qu’elle contenait comportaient les plus dangereux secrets au monde. Anselme en était désormais le seul dépositaire. Par sa simple volonté il pouvait ou non changer la face du monde à jamais. Pourtant, à ce sentiment de puissance vint rapidement s’ajouter la peur puis la honte. Ce que contenait ce livre n’étaient qu’horreurs et abominations, un long ramassis de mots rassemblés de telle sorte qu’ils en étaient dénaturés, perdaient toute beauté pour ne révéler que laideur à la face de l’univers. Mais il n’avait pas le choix. C’était l’unique moyen pour découvrir le point faible du SangDragon que sa famille retenait captif depuis des années. On l’avait torturé au-delà des limites humaines mais il avait toujours gardé sa bouche close, ne l’ouvrant que pour hurler de douleur. Bientôt, grâce aux connaissances qu’il allait acquérir, Anselme serait en mesure de lui faire face et d’enfin lui arracher les informations que les Delacroix convoitaient depuis si longtemps. L’espèce des SangDragons serait bientôt éteinte et l’honneur de la famille serait lavé. Alors, avec application, il se mit à traduire. _________________ Je suis celui-ci ou celui-là. Il n'y a point de différence. |
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 | Sujet: Re: Sui Generis [17] Dim 4 Oct - 13:58 | |
|  Vaan Draculea Bélial - 1762 - Combien de temps encore comptes-tu rester ici, enfermé dans cette cellule où l’on peut à peine respirer ?Vaan sortit du néant dans lequel il avait laissé errer son esprit. Il avait appris à faire cela au cours des nombreuses séances de torture que François-Xavier Delacroix lui avait prodigué au lors de ces dernières années. Cela lui permettait de ne pas penser à ce qu’on infligeait à son corps et de ne pas succomber à la douleur. Lorsqu’il se retrouvait dans sa cellule il avait parfois l’habitude de rester dans ce coma éveillé où les choses physiques n’avaient plus d’importance et où le temps glissait sur lui. Ainsi enfermé à double tour dans son esprit il pourrait se laisser mourir de faim s’il n’y prenait pas garde. Il redressa sa tête et tourna son regard en direction de son interlocuteur. Malgré son apparence de garçonnet de dix ans, l’existence de Simon lui était antédiluvienne. Plus de trois siècles de vie se reflétaient dans ces yeux coincés dans un visage de poupon. - Et toi, répliqua-t-il, pourquoi continues-tu à me rendre visite alors qu’il te suffit de le vouloir pour disparaître et sortir de cet endroit froid et obscur ? Que t’ai-je donc apporté pour que tu t’infliges cela ?- Tu es le premier de mon espèce que je rencontre. J’ai déambulé longtemps dans les couloirs du château de ma famille, invisible aux yeux de tous, n’ayant plus de repère, abandonné. Même si je devais passer les trois siècles suivants ici avec toi, au moins ne serais-je plus seul.- You are not alone anymore. Mais je pourrais t’indiquer où vivent les miens. Nous sommes plusieurs centaines, voire un millier de part le monde. Si pendant trois siècles tu n’as fait qu’arpenter les mêmes couloirs et corridors, passe plutôt les trois suivant à arpenter le monde et en découvrir les mystères.- Je vois où tu veux en venir. Tu me fais répondre à mes propres questions et tu t’esquives pour ne pas avoir à le faire. Je ne dirais plus rien avant que tu m’ais répondu. Pourquoi restes-tu ici ?Vaan haussa les épaules. - Pour moi, ce qui me fascine c’est la connaissance. Et quelle plus grande connaissance y a-t-il à percer le mystère du pouvoir des sorciers ? De plus, maintenant que je sais que celui qui est à l’origine de notre lignée en était un, cela me donne encore plus envie de le découvrir. Et si je dois souffrir mille tortures avant de le découvrir, alors je les souffrirai.- Ton esprit est plus fort que le mien. Mais ta famille ne te manque-t-elle pas ?- Si. Mais il semblerait que nous ayons l’éternité devant nous pour nous revoir enfin. Toi plus que quiconque devrait savoir cela.- Tu m’as dit que c’était la guerre entre vous, là bas. N’as-tu pas peur qu’ils meurent, tués par le conflit ?- Certes mais le chagrin que j’en éprouverai s’effacerait avec le temps. Hors le temps, c’est une chose dont nous ne manquons pas.- Quel cynisme !- C’est toi qui dis ça ? Un ermite qui a passé trois cents ans sans personne à qui parler ou à qui se confier. - Mais pour moi, tout ce à qui je tenais sont morts depuis bien longtemps. Si je pouvais les faire revenir ne serait-ce que l’espace d’un instant, je le ferais. - J’ai déjà connu la mort. Ma sœur aînée, Valéria, est morte au début du conflit. Bien que parfois je la regrette, je n’éprouve plus la douleur que je ressentais avant. Cela peut être cruel à dire, mais elle me manque de moins en moins.- Dire que c’est toi, un jeunot, qui tente de m’inculquer sa vision du temps !- Au risque de me répéter, contrairement à toi, moi je n’ai pas passé mon existence entière entre les quatre murs de mon château.- Tu n'as donc que cet argument à m'opposer ?- Qu’à tu fais d’autre de ta vie pour que je puisse l’utiliser contre toi ?Il y eut un long silence. - Lorsque tu partiras, tu m’emmèneras avec toi ?Vaan détailla les traits de Simon. Jouait-il avec lui ou était-il sincère ? Il ne voulait pas l’avouer mais ce garçon lui faisait de plus en plus peur. Parfois d’une sagesse infinie et parfois l’air si immature, Simon était parfaitement instable et imprévisible. Pourtant il était, malgré ses différences, un SangDragon. Pouvait-il laisser derrière lui le fils de son créateur ? - Nous verrons bien ce qui arrivera._________________ Je suis celui-ci ou celui-là. Il n'y a point de différence. |
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 | Sujet: Re: Sui Generis [17] Mer 21 Oct - 18:39 | |
|  Anselme Delacroix - 1764 Il y avait un problème avec la magie élaborée par Maulkin : on ne pouvait la combattre qu’en la comprenant. Et plus on comprenait, plus on sentait la puissance envahir son corps : des doigts de pied jusqu’au bout de la baguette. Avec cette puissance venait l’envie. L’envie de plus de puissance. Pour compenser cette envie, on en apprenait donc plus sur cette détestable magie qui ne paraissait plus si détestable. On prenait comme excuse que c’était un mal nécessaire. Un moindre mal pour éradiquer un mal beaucoup plus puissant, absolu. Il ne fallut pas longtemps pour comprendre, après la traduction du Codex Noir, que cet apprentissage sur les chemins presque inexplorés de la plus noire des magies noires prendrait des années tant il y avait de voies à parcourir. Anselme avait conscience de tout cela et, d’une certaine façon, les autres membres de la famille Delacroix le ressentaient également à travers lui. Un vent de changement soufflait sur leur étendard et ce changement ne saurait tarder. Lui, un sorcier de seconde zone, élu par la providence au rang des membres restreints à connaître la vérité sur les expériences de Maulkin, était désormais plus estimé que jamais. Sa découverte du Codex Noir l’avait placé pour la première fois sur le devant de la scène mais il conservait jalousement les secrets contenus dans le terrible livre du Souverain Noir. Il avait laissé les autres se débrouiller avec l’alphabet inconnu du Codex et Oncle Archibald et Père s’échinaient jours et nuits à en comprendre la signification. Ils étaient loin d’y arriver. Anselme n’avait lui-même réussi à briser le code qu’après plusieurs années de recherche et cela grâce à l’aide fournie par les notes de J. B. Delacroix qu’il avait soigneusement conservé. Il étudiait donc en secret, loin des regards curieux, et avalait avec une gourmandise de plus en plus irrépressible les pages du Codex, sentant sa force augmenter à chacune de ces lectures. Son attitude avait considérablement changé. Il n’était plus l’homme effacé d’autrefois que tout le monde faisait semblant de ne pas voir. Désormais, chacune de ses paroles étaient bues comme le sang du Christ l’avait été par ses apôtres. Lorsqu’il parlait, sa voix imposait le silence et tous les visages se rivaient sur lui, un vague sentiment de malaise général inscrit comme au fer rouge dans leurs yeux. Oui, un vent de changement soufflait sur le pavillon des Delacroix. Anselme en serait la pièce tournante.  Raphaël Draculea Lucifer, le Lys - 1765 Raphaël suivit sa mère sans dire un mot. Il n’était pas très à l’aise. Savoir qu’il allait devoir se coltiner un repas avec Galatëa D. Shaitan, la Gitane ne l’enchantait guère. Il ne savait même pas pourquoi Benjamin avait accepté l’invitation. Ce n’était un secret pour personne que les deux personnages se haïssaient au plus haut point. La conseillère était pour la continuation de la guerre tandis que le fils de Vaan était plutôt enclin à signer un cessez-le-feu. Les deux parties cherchaient-ils un compromis ? Il l’ignorait. Ils entrèrent dans le cabinet de la conseillère, d’abord Benjamin, puis Merle et enfin lui. Un serviteur referma la porte derrière eux. Galatëa était assise en bout de table, au fond de la salle. Un homme était assis à sa gauche. Ils tournèrent tous deux la tête en les voyant arriver. Galatëa se leva et s’inclina légèrement en direction de Benjamin en signe de bienvenue. - Benjamin Bélial, je suis heureuse que vous ayez répondu favorablement à mon invitation.- Je suis honoré d’une telle invitation.Les formules de politesse étaient tellement forcées que même Raphaël ne s’y trompa pas. Il voyait à présent à quoi s’en tenir pour le reste de la soirée. Sa mère et lui n’étaient pas là pour rien – ni, sans doute, l’homme assis à la tablée. Ils étaient respectivement les gardes du corps de Benjamin et de Galatëa, sans quoi les deux se seraient entretués sur le champ. Inconsciemment sa main glissa vers son baudrier où était rangée son épée. - Permettez-moi de vous présenter mon neveu, Fredericks. Je ne crois pas que vous vous connaissiez, reprit la Gitane en continuant ses mimiques. - Non en effet, répondit Benjamin en serrant la main de l’homme qui venait de se lever. Enchanté.- Moi de même. Pendant que les trois protagonistes s’asseyaient, un doute saisit l’esprit de Raphaël. Fredericks était un nom qui ne lui était pas inconnu. Il l’avait déjà entendu quelque part mais il ne se rappelait ni où ni dans quelle circonstance. Galatëa l’avait présenté comme son neveu, cela voulait donc dire qu’il était logiquement le fils de l’un de ses frères ou sœurs. Alors qu’il réfléchissait toujours, les autres avaient commencé le repas. Le guerrier s’écarta du chemin pour laisser les serviteurs installer les différents mets sur la table. Sa mère se plaça un peu en retrait, derrière la chaise de Benjamin. - Pardonnez-moi si je vous parais direct, déclara Benjamin après un silence, mais vous n’avez pas véritablement défini l’objet de cette entrevue. Pourriez-vous m’éclairer sur ce point ?Galatëa porta un verre de vin à ses lèvres et en but une gorgée avant de répondre. - Je m'excuse, je manque à tous mes devoirs. Ne vous inquiétez pas, ce ne sera pas long. J’ai entendu dire que vous alliez vous retirer du guet Walder. J’étais chagrinée de ne pas en connaître la raison. Surtout si vos troupes vous suivent.Benjamin prit l’air le plus affable possible. - Mes troupes n’iront nulle part. Des affaires urgentes m’appellent à l’est. Je ne devrais pas m’absenter trop longtemps.- Des affaires qui concernent votre cousin, Raguel peut être ? Cela fait un moment qu’il n’est pas reparu au château.Raphaël perçut un léger raidissement du côté de Benjamin. Evidemment, personne ne savait où était Raguel en réalité. Cela faisait plusieurs années, que dans le plus grand secret, ils s’échangeaient des lettres venant du camp de l’Albinos. A part Raphaël, Benjamin n’avait mis personne d’autre au courant. Même Merle ignorait tout de cette entreprise qu’elle n’aurait de toute façon jamais approuvé. - En effet, répondit Benjamin en continuant à manger tranquillement comme si de rien était. - Je vois. Galatëa se calla contre son siège et se tourna vers Fredericks. Voyez-vous, mon neveu revient également d’un long voyage pour une affaire dont je l’avais chargé. Qu’elle ne fut pas ma surprise quand il m’a raconté ce qu’il avait accompli.- Qu’avez-vous donc fait pour que votre tante ait l’air si fière de vous ?Fredericks sourit, s’humecta les lèvres et passa sa serviette dessus. Enfin, il se pencha en avant sur la table comme pour dire un secret à Benjamin: - Depuis que l'Albinos a fais tué mon père, j’ai tenté d'approcher et de soudoyer des mercenaires dans son camp pendant de longues années. Mes tentatives se sont révélées infructueuses jusqu'à très récemment. Vous ne devinerez jamais ce que j'ai appris. Raphaël sentit les poils de sa nuque se hérisser. Ils savaient. Sa main glissa encore en direction de son épée, ses doigts en frôlèrent la garde. Il vit que sa mère avait fait la même chose. Benjamin, lui, resta étonnamment calme, continuant en mâchouiller un gros morceau de viande. - Veuillez m’éclairer sur votre découverte. Galatëa sourit davantage, un air de triomphe scotché sur le visage. - Ce que mon neveu veut dire, c’est qu’il y a vu quelqu’un que l’on croyait mort depuis fort longtemps. Elle fit une pause oratoire. Il s’agit de Valéria, votre tante. Benjamin resta de marbre. Il était déjà au courant depuis un certain temps, grâce aux informations que lui envoyaient Raguel. - Vous semblez peu surpris.- C’est que j’ai du mal à me rendre compte. Elle est censée être morte depuis avant ma naissance.Il y eut silence pendant lequel Raphaël crut que l’éternité allait se dérouler sous ses pieds tellement le temps ralentissait à mesure qu’il voyait l’inévitable catastrophe arriver. Galatëa hocha la tête d’un air entendu. - Oui, oui, cela je peux le comprendre. Cependant il est bizarre que votre cousin, Raguel, se soit trouvé au même endroit et au même moment, discutant tranquillement avec l’ennemi. Vous aurait-il trahi, me trompe-je ?Encore une fois, le temps se figea autour de la table. Puis, comme si la bulle qui les excluait des lois de la physique avait éclaté, Benjamin se leva en sursaut, de même que Fredericks qui avait déjà la main sur son épée. Raphaël avait la sienne à demi hors du fourreau et il vit que sa mère avait complètement libéré la sienne. Galatëa resta assise sans bouger. Tout se passa très vite. Fredericks abattit son épée et fracassa le siège où se tenait Benjamin une seconde plus tôt. Le jeune homme, n’ayant aucune arme à disposition se dirigea vers ses deux gardes du corps. Merle, qui était la plus proche arriva la première, l’épée au poing. _________________ Je suis celui-ci ou celui-là. Il n'y a point de différence. |
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 | Sujet: Re: Sui Generis [17] Sam 24 Oct - 17:37 | |
|  Raguel Draculea Bélial - 1765 Raguel était escorté par Azraël et Ariel. Ils chevauchaient tous trois vers le lieu de rendez-vous fixé un mois plus tôt par Benjamin. Le SangDragon, après avoir récupéré des blessures que Remiel lui avait infligées pour le faire parler, avait commencé à établir un contact prolongé avec l’Albinos. Pour une raison mystérieuse, celui-ci semblait bien l’apprécier. Il avait aussi fait la connaissance de sa tante qu’il croyait morte et celle du fils de celle-ci dont il ignorait même jusqu’à l’existence. Azraël était un peu plus jeune que lui mais il avait tout du guerrier typique : habile, fort, imposant. Raguel s’était surpris à l’observer à la dérober lors de ses entrainements à l’épée, imaginant ce grand corps musclé couvert de sueur sous sa tunique. Parfois il avait envie de se donner des claques pour éprouver ce genre de pensées. Heureusement, les distractions au camp de l’Albinos étaient nombreuses. Il faut le dire, faire entendre raison à l’Albinos – malgré la tendresse qu’il semblait éprouver à son égard – ne fut pas une mince affaire. Le bougre était borné et Raguel avait répéter plus de cent fois que le Conseil et les troupes de Vaan – enfin de Benjamin – n’étaient pas aussi proches que l’Albinos semblait le penser. Le jeune homme avait expliqué et narré les nombreux accrochages que Vaan et le Conseil avaient eut durant ces dernières décennies. Il n’avait rien omis. Au bout de plusieurs mois, il lui avait été permis enfin d’envoyer un message à Benjamin, entamant officiellement les négociations pour une éventuelle alliance. Les messages avaient été peu nombreux et espacés dans le temps pour ne pas attirer l’attention du Conseil, cela expliquait les quatre années qu’il avait fallut pour arriver à un consensus entre l’Albinos et Benjamin. Aujourd’hui, Raguel était donc en route pour la fameuse rencontre qui scellerait le pacte secret des deux leaders. Il était avec Azraël et Ariel, l’avant-garde qui escortait l’Albinos jusqu’à une petite clairière, lieu indiqué du rendez-vous. A quelque distance de la clairière, ils ralentirent l’allure et se mirent au pas. Ariel lançait des regards en de tous côtés, l’air préoccupé. - Que se passe-t-il ? le questionna Azraël, les joues rosies par le vent glacial. - Je ne sais pas. Un étrange pressentiment. La forêt est silencieuse ce soir, je prie pour que cela ne soit pas un mauvais présage. Azraël leva les yeux au ciel, en hiver la forêt était toujours pratiquement silencieuse. Mais le jeune homme n’en conserva pas moins la main sur la garde de son épée. Raguel fit de même. Mieux valait être prudent. Au bout d’une dizaine de minutes, ils parvinrent enfin à l’endroit prévu. Personne n’était visible à l’horizon. Peut être Benjamin avait-il été retenu par un évènement imprévu. Les trois hommes démontèrent de cheval et attachèrent leur monture à un tronc d’arbre couvert de neige déraciné par la dernière tempête. A peine avaient-ils serré le dernier des nœuds, qu’une silhouette se détacha de derrière un arbre, puis une seconde. La main d’Ariel était déjà sur son épée mais Raguel lui fit signe de se calmer d’un geste. - Pas d’inquiétude c’est Merle, je la connais. Dit-il en reconnaissant la première silhouette qui s’avançait vers eux. La seconde personne portait un large manteau à capuchon qui lui couvrait tout le corps et lui masquait le visage mais malgré cet attirail Raguel remarqua avec inquiétude qu’elle boitait légèrement. L’odeur lui confirma qu’il s’agissait bien de Benjamin mais il ne put s’empêcher de s’inquiéter pour son cousin claudiquant dans sa direction. Que lui était-il donc arrivé ? Lorsqu’ils ne furent qu’à une vingtaine de mètres de distance, les deux nouveaux venus s’arrêtèrent. - Je n’aime pas ça, souffla Ariel en jetant un regard circulaire à la clairière. Mais Merle ne lui laissa pas le temps de réfléchir car elle s’écria : - Où est l’Albinos ? C’est à lui que nous voulons parler.- Il arrivera d’ici peu, répondit le prêtre. Mais vous, qui êtes-vous ? Je pensais que nous rencontrerions Benjamin Vaan Draculea Bélial.- Il est ici, répliqua Merle en désignant l’homme à côté d’elle. Raguel confirma. Oui, c’était bien l’odeur de Benjamin mais il sentit comme une odeur bizarre dans les effluves que le vent lui apportait, ou bien n’était ce que l’effet du froid mordant qui corrompait son odorat. - Je voudrais voir son visage, déclara le prêtre qui ne démordait pas de son mauvais pressentiment. Merle fixa le prêtre-guerrier un instant puis, sans plus de cérémonie, tira la capuche en arrière. L’étoffe glissa du crâne de Benjamin pour révéler son visage. Le nœud qui maintenait le manteau en place se défit de lui-même et la cape tomba sur le sol. Aussitôt, Raguel fut pris d’un haut-le-corps. Surpris, Azraël recula d’un pas et Ariel fit un signe de croix avant de tirer son épée du fourreau. - Qu’est-ce que cela signifie ?Le visage de Merle se durcit. Ses lèvres n’étaient plus qu’une mince ligne sur son visage blême. Raguel osait à peine regarder. La tête de Benjamin était une plaie béante. On avait rasé le crâne du jeune homme comme pour mieux mettre en avant les blessures dont il était affligé. Le visage ne ressemblait plus à rien. Le nez était comme explosé, fiché misérablement au milieu de la figure. On avait même pris le soin de coudre les narines ce qui obligeait le blessé à respirer par la bouche, révélant des gencives ensanglantées où trois ou quatre chicots de dent se battaient en duel. On lui avait arraché les oreilles, ne laissant que deux trous sombres d’où s’échappaient un torrent de sang. Mais le pire dans cette boursouflure purulente qu’était devenu son cousin, c’était de soutenir ces yeux, qui était le plus difficile à supporter. Grands ouverts, car privés de leur paupière salvatrice, les pupilles rougeoyantes étaient fixées sur Raguel et semblaient dire, telle une supplique silencieuse de l’aider à mettre fin à toute cette folie. Ne pouvant supporter davantage, Raguel détourna le regard, tremblant des pieds à la tête. Son cœur cognait fort contre sa poitrine et le sang battait ses tempes. Il ne parvenait pas à réaliser ce qu’il se passait. Il vit sans vraiment voir Azraël et Ariel, épées tirées, se positionner de part et d’autre de lui. Merle cria quelque chose mais le son lui parut lointain, comme l’écho d’un autre monde auquel il n’appartenait plus. Il se souvint des paroles qu’elle avait tenu à lui et à Benjamin lorsqu’ils avaient envisagé de créer cette alliance avec l’Albinos : « Toi, fils indigne, tu es un hérétique. Je crois en Sire Vaan et en sa vision des choses. Si toi tu peux pardonner à ses ennemis, moi pas. Et lorsque l’Albinos sera tombé, je m’occuperai des autres à commencer par Jean le Bienheureux. Je n’hésiterai pas à t’écraser si tu te dresses sur mon chemin. » Raguel avait conseillé à son cousin de passer outre cette menace et d’entamer les négociations avec le camp opposé. Merle avait finalement fini par l’apprendre et elle avait fait ce que Raguel avait cru n’être que des paroles d’une femme trop bouleversée par l’absence de son amour et qui lui faisait dire des choses incohérentes. Mais la guerrière n’avait qu’une parole et les conséquences de l’acte commis par Benjamin s’étaient manifestées de la plus funeste des façons. Merle avait tout bonnement trouvé refuge chez l’ennemi. Il avança vers Benjamin. Ariel et Azraël se battait déjà contre Merle, la guerrière virevoltait tel un petit oiseau pour parer à l’assaut des deux hommes réunis. Mais Raguel n’y faisait pas attention, tout comme il ne fit pas attention à la multitude d’ombres qui apparaissait à l’orée de la clairière, encerclant les combattants. Il ne vit pas non plus que du ciel couvert, la neige s’était mise à tomber, recouvrant le sol d’un fin manteau blanc. Enfin, lorsqu’il ne fut qu’à deux pas de son cousin, les deux hommes se dévisagèrent un long moment. Des larmes de sang coulaient des yeux de Benjamin, tandis que sa poitrine striée de longues estafilades sanguinolentes se soulevait avec difficulté. - Ne m’oblige pas à faire ça, l’adjura Raguel en secouant la tête de désespoir. Mais les yeux étaient impitoyables, tout en eux le suppliait d’arrêter ce cercle de souffrance infernale et cette folie. Alors il tira lentement son épée de son fourreau. La lame scintilla sous les flocons qui tombaient lorsqu’il l’enfonça dans le ventre de Benjamin. Le blessé fut pris d’un soudain soubresaut, puis s’affaissa lentement vers l’avant, la lame de l’épée le traversant dans toute sa longueur. Raguel l’accompagna dans sa chute et s’accroupit à côté de lui. Les genoux plantés dans la neige rougie, il enlaça le corps glacé dont la poitrine ne se soulevait plus. Tandis que de ses propres yeux se mirent à couler des larmes de glace, il observait ceux de son ami, son frère, tournés vers l’infini du ciel azuré. Montant alors du plus profond de sa poitrine, un cri déchirant venant du cœur, inonda la clairière telle la foudre s’abattant sur la terre. Le soir même, la bataille du guet Walder s'acheva dans un bain de larmes et de sang. Vingt ans plus tard...  Vaan Draculea Bélial - 1785 La voiture tirée par les chevaux allait bon train sur le chemin qui le ramenait enfin à la maison. Couché sur le siège en face de lui, Simon dormait paisiblement, sa poitrine se soulevant au rythme de sa respiration. Vaan jeta un œil derrière le rideau qui obstruait la fenêtre. Le soleil était haut dans le ciel et le paysage et les couleurs lui rappelaient son chez lui, inondant ses yeux qui depuis si longtemps avaient été condamnés à l’obscur et à la crasse. Depuis qu’il était parti, il avait changé. Ce changement avait été opéré en lui de tant de manières différentes qu’il se demandait si les autres, sa famille, le reconnaîtraient tout de suite. Il se demanda également, au bout de ces longues années d’absences, à quel point sa famille avait dû changer également et si le paysage qu’il voyait défiler sous ses yeux était bien le même que celui qu’il avait laissé derrière lui vingt-sept ans auparavant. _________________ Je suis celui-ci ou celui-là. Il n'y a point de différence. |
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