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Nombre de messages: 98 Date d'inscription: 18/05/2007
 | Sujet: Sui Generis [17] Jeu 17 Jan - 18:00 | |
|  L'Albinos Phalange IV : 17# UniqueLorsque l’enfant vint au monde, on crut d’abord qu’il était déjà infecté. En effet, lorsqu’on se pencha sur lui, l’enfant présentait tous les symptômes. Il était absolument et complètement blanc de la plante des pieds jusqu’au bout des cheveux. On en fut complètement convaincu quand l’enfant ouvrit pour la première fois les yeux. Ils étaient aussi anormaux que sa pigmentation : il s’agissait de deux petites gouttes semblables à du sang frais appliquées sur les globes oculaires. On se disputa longtemps pour savoir ce qu’il adviendrait de l’enfant. D’un côté on voulait l’éliminer, il ne pourrait pas survivre dans un tel état et il était donc inutile de continuer à l’alimenter. De l’autre on préférait attendre et observer car on était plus ou moins persuadé que l’enfant n’était que l’être élu d’une obscure prophétie sortie d’un vieux grimoire datant du fond des âges et dont la véracité était plus que douteuse. Ce fut la deuxième solution qui l’emporta sur la première. Cependant, à la surprise de tout ce qui avaient parié sur sa mort prématurée, l’enfant grandit normalement comme n’importe lequel de ses camarades à l’exception qu’il fut intégralement blanc. On l’éleva donc dans ce château reculé de Transylvanie où il prit bientôt l’habitude de se faire appeler l’Albinos, terme qu’un étranger de passage utilisa une fois en l’apostrophant. Son père le sieur du château mourut alors qu’il n’était âgé que de sept ans, le laissant à la tête du château. Sa mère qui accoucha quelques mois plus tard d’une fille tout aussi anormale que l’était son frère, occupa le poste de régente durant la minorité de l’Albinos. Ce ne fut qu’à ses quinze ans qu’il put enfin prendre les rênes du pouvoir malgré l’ombre toujours présente de sa mère planant derrière lui. Mais cette situation ne dura que très peu de temps car, après deux années consécutives de mauvaises récoltes et après plusieurs disparitions suspectes, les villageois accusèrent les châtelains, et notamment les deux monstres blancs comme ils appelaient l’Albinos et sa jeune sœur, de sorcellerie. Ils vinrent en nombre une nuit de pleine lune, torche et fourche à la main pour brûler les malheureux qui avaient eut la malchance de naître sans couleur. On se battit longtemps, on brûla une partie du château, on le passa ensuite au peigne fin mais après la recherche on ne trouva nulle trace de l’Albinos, sa mère ou sa sœur. Utilisant un vieux passage oublié, ils s’étaient réfugiés dans des cavernes qui semblaient les conduire au centre de la terre comme une bouche menant aux Enfers. Ils remontèrent des jours plus tard, sales, affaiblis et affamés parmi les ruines du vieux château. Commença alors une vie de misère. L’Ordre auquel appartenait la mère de l’Albinos était pourchassé pour pratique de magie noire et où qu’ils puissent frapper, on leur claquait la porte au nez, au mieux, on les pourchassait, au pire. L’Ordre finit par trouver refuge dans un endroit reculé de l’île de Britannia. Les pertes de l’Ordre avaient été terribles. Il ne restait d’eux plus que quelques éveillés et une vingtaine de ces être dont le sang qui coulait dans leurs veines leur venait directement du grand prince de Valachie, le fils du Dragon, Vlad Draculea Tepes mais dont les sens n’ont pas encore étaient soumis à l’éveil : les SangDragons. La société secrète se réimplanta alors peu à peu dans l’île bretonne… L’Albinos venait d’avoir vingt-deux ans quand on le convoqua dans la chambre des Frères. Après un long soupir, il ferma le livre sur l’anatomie humaine qu’il était en train d’étudier et suivit le serviteur qui, torche à la main, le guida dans les dédales du château jusqu’à la grande salle où les quatre vénérables l’attendaient. Il se demandait ce que pouvait bien lui vouloir les vioques. La rumeur disait qu’ils étaient tous plus ou moins âgés de cent ans. Il n’y croyait pas trop. On avait souvent tendance à exagérer ce genre de chose. Il avait étudié autant qu’il le pouvait le corps humain et il en avait conclu qu’on ne pouvait pas vivre plus d’une soixantaine d’années et ce, sans prendre la moindre ride. Il pénétra dans la salle seulement éclairée par quelques lampes dont la lumière faisait luire sa peau blanche. Les quatre Frères de Sang se tenaient assis à leur table. Le Fort avait le front plissé et ses yeux n’étaient que des fentes par lesquelles ses pupilles rouges se voyaient à peine. A sa droite, le Bienheureux abordait son plus large sourire. L’Albinos se contenta de fixer celui-ci alors qu’il s’arrêtait à quelques pas de la longue table. Les flammes des torches projetaient de grandes ombres mouvantes sur les murs de la pièce. Mis à part cela et la table il n’y avait rien. Ni armoiries, ni décorations, ni fioritures. Ainsi vivaient les quatre, dans l’abnégation la plus totale des choses matérielles. A titre personnel, l’Albinos trouvait cela plutôt stupide de ne pas profiter de ce que le progrès leur permettrait de faire s’ils se donnaient la peine d’y jeter ne serait-ce qu’un œil. Mais ils étaient comme ça, complètement borné – mis à part le Bienheureux peut être. Des quatre il était le seul à déjà avoir adressé directement la parole à l’Albinos. Les trois autres se contentaient tout le temps de le regarder avec méfiance, à moins que cela ne soit de la crainte. Cela expliquait son étonnement de se trouver présentement dans le même endroit qu’eux. - L’Albinos… commença le Fort, ses paupières si étroitement serrées qu’on y distinguait plus rien. Nous avons pris une décision vous concernant.Ah, c’était donc ça. Depuis qu’il était né, la vie de l’Albinos avait toujours était sur la sellette. Lorsqu’il était né si le Bienheureux n’était pas intervenu en sa faveur, les trois autres l’auraient certainement étouffé puis jeté à l’eau où son petit corps de bébé aurait gonflé et bleui avant d’entamer sa lente décomposition ou de nourrir les poissons. Tout cela parce qu’il était né blanc comme la neige. En parlant ainsi le Fort avait manifestement tranché pour de bon la question. Pourtant pourquoi sa sœur n’avait-elle pas été convoquée avec lui ? - Nous avons conjointement décidé de vous faire passer l’épreuve.- Vraiment ? répondit l'Albinos médusé. Il ne s’attendait pas à ça. Pour le moment toutes les personnes que les Frères avaient soumises à l’épreuve étaient mortes dans des conditions affreuses lui avait-on dit. L’Albinos n’avait jamais pensé avoir l’honneur - ? – d’être le prochain à se voir désigner pour être élevé au rang de Frère de Sang, il était trop jeune. Les Frères ne le pensaient peut être pas capable de relever le défi. Ainsi il mourrait en passant l’épreuve et personne ne pourrait se récrier d’une quelconque traîtrise à l’encontre de la maison des Bélial. Il dévisagea le Bienheureux. Son sourire rassurant ne trahissait aucune inquiétude. Croyait-il vraiment en sa réussite ou concoctait-il un plan dont il avait le secret ? Le Fort se leva et d’un geste de la main indiqua une porte derrière eux. - La Gitane vous conduira en bas. Si vous êtes revenu d’ici un mois avec le Cœur et l’Âme du Dragon, alors vous serez vous aussi un Frère de Sang. Vous allez devoir mourir puis renaître de vos cendres. L’Albinos ne put s’empêcher de sourire. D’après le ton de le Fort, celui-ci ne croyait pas en sa réussite. Il s’inclina devant lui. - Je reviendrai et je deviendrai l’un des vôtres, Frère Brandon le Fort.Il vit un éclair de colère traverser le visage balafré de l’homme devant tant de familiarité. En prononçant son nom d’homme il avait frôlé la vulgarité, se plaçant lui même à un niveau égal que son aîné. Le Bienheureux se leva brutalement, mettant fin à la seconde de tension extrême. Il lança un coup d’œil à l’Albinos, un regard de mise en garde. - Pas la peine de le tuer avant que l’épreuve ne commence, Brandon. Il posa sa main unique sur l’épaule de celui-ci. Le sort décidera lui-même s’il doit vivre ou mourir. Il est peut être l’enfant pur que nous attendions, l’héritier légitime de Vlad D. Tepes. Brandon le Fort se contenta de grogner et se rassit sur son siège, encore plus renfrogné qu’avant. - J’espère que tu as raison Jean… Je l’espère profondément._________________ Je suis celui-ci ou celui-là. Il n'y a point de différence. |
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 | Sujet: Re: Sui Generis [17] Sam 19 Jan - 22:11 | |
|  L'Albinos Il faisait noir lorsque la porte se referma derrière l’Albinos. Il n’avait jamais eu une très bonne vue et cela rendait les plus choses plus difficiles. Le Fort lui avait demandé de ramener le Cœur et l’Âme du Dragon. Il n’avait aucune idée de ce que ces deux choses pouvaient bien être. Il était inquiet mais décidé. Les Frères de Sang avaient passé leur temps à quasiment l’ignorer, le plaçant sur les derniers bancs dans la table de fond, le reléguant dans une piaule sans fenêtre et si petite que même un serviteur n’en voudrait pas. Heureusement il y avait eu Jean le Bienheureux. Ce mentor inespéré qui lui avait appris à lire et écrire quand il n’était encore qu’un enfant et que son seigneur de père était encore vivant et qu’il vivait au château du Monts des neiges. Par la suite, le jeune Albinos s’était penché sur l’anatomie humaine, se demandant sans arrêt quel pouvait bien être la tare dont lui et sa sœur étaient affligés. Il ne croyait pas en Dieu, pas en celui de l’Eglise en tout cas. C’était à cause de ce Dieu là qu’on avait brûlé son château et qu’on l’avait destitué de ses titres pour se retrouver ici, traité comme la lie des SangDragons. Dieu n’avait rien à voir avec son apparence. D’après le Bienheureux il était l’élu qu’attendaient les gens de son espèce pour les conduire à une nouvelle ère. Il était donc Dieu. Il posa sa main contre le mur et suivit le couloir à l’aveuglette. Il marcha ainsi à pas prudent pendant plusieurs heures sans qu’un quelconque obstacle ne vienne se placer sur sa route. Cela lui rappelait un peu les profonds souterrains de son ancien fief. La légende racontait qu’ils descendaient jusqu’aux Enfers. Mais comme pour Dieu le jeune homme ne pensait pas non plus que cette entité supérieure chargée de torturer les humains à leur mort puisse vraiment exister. Mais dans un sens très différent l’Albinos y croyait. En roumain Draculea signifiait « fils du Dragon » mais une autre interprétation pouvait être faite en traduisant la particule « Drac » par « Diable ». Etymologiquement le descendant du Diable c’était lui. Il ne put s’empêcher de sourire. Il était Dieu, il était le Diable, deux figures antonymiques, incompatibles et qui ne pouvaient que s’opposer. C’était tellement pathétique… Il continuait à marcher, main plaquée au mur, quand un bruit au loin attira son attention. Il redressa la tête et tendit l’oreille. Il ne perçut que le silence. Alors qu’il allait se remettre en route, pensant que le son n’avait été qu’un pur produit de son imagination, un nouveau bruit, cette fois-ci plus proche, retentit. Les bruits se rapprochaient de plus en plus et il comprit soudain qu’il s’agissait d’une voix qui appelait. Il ne parvenait pas à la comprendre mais c’était sûrement normal, les sons étaient déformés par l’espace exigu des couloirs. Il se mit à crier à son tour pour signaler sa position. La voix se tut un moment. L’Albinos en profita pour crier deux fois plus fort et se diriger plus profondément dans le tunnel. Puis il entendit un nouvel appel. Il se mit à marcher de plus en plus rapidement, il parvenait à présent à ouïr les pas précipités de l’autre personne. Jusqu’à ce qu’ils se rentrent violemment dedans. L’Albinos, frêle et léger, fut propulsé en arrière, les quatre fers en l’air. Jurant et pestant il se redressa, son dos était douloureux, les dalles dures et froides lui avaient écorché un bras. - Tout va bien ? demanda une voix, celle d’un homme. - Oui… Ca va. Répondit-il agacé de s’être fait ainsi bousculé. Il s’assit par terre, les jambes repliées à hauteur du thorax et chercha le mur de la main. Lorsqu’il l’eut retrouvé, il regarda en direction de l’endroit où il avait entendu l’homme pour la dernière fois. - Qui êtes vous ?- Ah oui, désolé. Je manque à tous mes devoirs. Je me nomme Leroy D. Shaitan. Et vous ?Leroy ? Le fils du Fort ? Que faisait-il ici lui aussi ? Sans aucun doute on le mettait à l’épreuve mais il n’avait jamais pensé qu’il fallait la passer par groupe. Il avait plutôt pensé à une initiation lente et solitaire… - Je suis l’Albinos.- Ah.Le ton de la voix avait soudainement changé. Evidemment, tout comme son père, Leroy avait tout fait pour l’ignorer royalement. Il devait être au moins aussi surpris, sinon plus, de retrouver l’homme blanc ici. - Puis-je vous demander, ser, ce que vous faîtes ici ?L’Albinos ne put s’empêcher de sourire dans le noir. Leroy venait de prendre son ton le plus hautain comme s’il s’adressait à un serviteur ou à un manant. Il eut envie de ne pas lui répondre mais cela n’aurait servi à rien. S’ils devaient faire équipe pendant le mois qu’ils avaient pour trouver le Cœur et l’Âme du Dragon, il ne devait pas se mettre à dos le fils du Fort dès le premier jour. - Je suis ici pour l’initiation.- Vous ? fit Leroy en pouffant. Qu’est-ce que c’est que cette fadaise ? C’est moi-même qui suis en pleine initiation. - Peut-être doit on faire équipe ? risqua l'Albinos même si cette seule idée le révulsait. Cette fois-ci Leroy se mit à rire franchement. L’Albinos serra les poings mais ne dit rien. Il était familier à ce que les autres se gaussent de lui. - Mon père m’a certifié que je serai absolument seul lorsque je reviendrai avec le Cœur et l’Âme. Je suis désolé mais vous avez dû vous tromper, ser. Cela n’est point possible. Je veux bien admettre que ce fou de Bienheureux vous ait permis de passer l’épreuve, mais avec moi ? Jamais de la vie, je le crains. Nous ne sommes pas fait du même bois.L’Albinos ne releva pas. En parlant de bois il voulait parler des branches. Les trois branches de la descendance de Vlad D. Tepes : Shaitan, Lucifer et Bélial. Bélial était la plus faible des familles et Shaitan la plus forte. De toute façon ça n’avait pas beaucoup d’importance ici. Cependant l’Albinos avait envie de passer le moins de temps possible avec son lointain cousin, ils leur fallaient donc trouver ce qu’ils cherchaient au plus vite. - Savez-vous ce que sont le Cœur et l’Âme de Dragon ?- Pas le moins du monde. Je suppose que se sont des reliques. Les restes de Vlad D. Tepes par exemple ?Leroy voulait-il parler de la tête décapitée du prince de Valachie ? On savait certes qu’elle avait été amenée au sultan Mehmed II plus d’un siècle plus tôt mais on avait ensuite complètement perdu sa trace. Les probabilités que la tête soit le Cœur et l’Âme de Dragon qu’ils recherchaient étaient faibles, voire inexistantes. Non, Leroy et l’Albinos devaient chercher autre chose d’une nature toute différente… Un cœur de dragon. Une âme de dragon. La vérité lui sauta aux yeux avec autant de lumière que s’il s’était retrouvé dehors en plein jour. Les Frères de Sang n’étaient pas des frères de sang pour rien. Pour en devenir un il fallait rapporter un cœur. Un cœur de dragon. Un cœur de Draculea. Le cœur ruisselant du sang d’un frère. Il scruta de ses yeux les ténèbres environnantes. Il ne parvenait toujours pas à distinguer quoi que se soit. Leroy Draculea Shaitan lui restait invisible. Il espérait que celui-ci n’avait toujours pas compris le vrai sens de l’initiation car celui-ci avait aussi arrêté de jacasser. Il ne savait pas du tout où il se trouvait mais il n’osait pas l’appeler de peur de révéler sa position. Chaque respiration devenait aussi assourdissante qu’un marteau qui frappe sur une enclume, chaque froissement de vêtement devenait aussi sonore que des trompettes, chaque battement de cils aussi fort qu’un caillou qu’on jette dans l’eau. Complètement immobile, il attendait. Le premier qui ferait du bruit aurait perdu, à ceci près que Leroy avait un avantage sur l’Albinos. Leroy était beaucoup plus fort que lui. Le fils du Fort était naturellement tout en muscles, plus grand aussi. Heureusement l’Albinos avait quelque chose que Leroy ne possèderait jamais même après des années d’entraînement. C’était un cerveau. Toujours tapis dans l’obscurité, aussi silencieux qu’une ombre, il chercha lentement du plat de la main, une pierre, un caillou, n’importe quoi qui pourrait lui servir à détourner l’attention de son rival. Il tomba sur une sorte de galet tout plat et le saisit. Il resta immobile un instant, craignant que Leroy l’est entendu, puis, comme rien ne bougeait, il lança son projectile, pas trop loin mais pas trop près non plus afin de pouvoir sauter sur son adversaire. La pierre rebondit contre le mur d’en face un peu plus en avant. Aussitôt des bruits de vêtements froissés se firent entendre, ils provenaient de la direction qu’avait prise le caillou quand l’Albinos l’avait lancé. Bondissant sur ses jambes il sauta à peu près vers l’endroit où il pensait que se trouvait à présent Leroy. Par chance diraient plus tard certaines mauvaises langues, mais par dextérité et génie d’analyse serait l’opinion de tous plus tard, ses doigts se refermèrent exactement et instantanément sur le cou gracile de Leroy. Les deux hommes basculèrent, tombant lourdement sur le sol dans un enchevêtrement de membres emmêlés. L’Albinos serrait de toutes ses forces. Ses doigts compressant la gorge et la trachée, la strangulation sembla donner un coup de fouet à Leroy et il se mit à ruer et à donner des coups plus violents. Ils roulèrent plusieurs fois l’un sur l’autre jusqu’à ce que le dos de l’Albinos percute un mur. L’Albinos avait de plus en plus de mal à garder les doigts serrés. Chaque coup lui meurtrissait les chairs. Ses synapses étaient surchauffées et ses forces semblaient décidées à l’abandonner. Dans un dernier effort, comme la dernière étincelle d’une bougie, plus forte que les précédentes avant de disparaître, il contracta les doigts, les enfonçant plus profondément. Après ce dernier instant de lucidité, ce moment fatidique où l’on sait que tout est perdu, alors qu’il se savait sur le point de perdre connaissance quelque chose se réveilla en lui. Comme le déclic d’une porte qui s’ouvre, une vérité jusqu’à alors insoupçonnée déboula en lui. Partant de la douleur que lui causait son épaule droite et se répandant dans tout son corps. Il comprit alors ce que signifiait acquérir l’Âme du Dragon. Il comprit ce qu’être un Frère de Sang impliquait. Il comprit comment et pourquoi tout ce qu’il avait fait, accompli, pensé, ne s’était enchaîné que dans le but de la réalisation de cet instant. Leroy avait planté ses dents dans son épaule et la douleur infligée avait réveillé la chose qui dormait en lui. Ce Dragon dormant sous la surface. L’Âme de Vlad D. Tepes coulait en lui, il était un Dragon, son sang le lui criait. Il venait de mourir pour renaître plus fort. D’un geste calme, net et précis, l’Albinos changea la position de ses mains, plaçant l’une sous la mâchoire de Leroy, l’autre à l’arrière de son crâne et d’un geste brusque, d’une force qu’il ne se connaissait pas, il lui tourna la tête sur 180 degrés, brisant les cervicales et arrachant au passage un morceau de sa propre chair que les dents de Leroy avait continué de mordre. Le cœur battant, il se débarrassa du corps inerte de son opposant. Le sang battait à ses tempes et il sentait le liquide poisseux lui couler sur le visage et la poitrine. Il avait mal à peu près partout mais il se sentait étrangement bien, étrangement vivant. Oui, pour la première fois de sa vie il se sentait vivant. Entier. Unique. Sui Generis, seul de son genre. Mais pour parachever sa transformation il lui manquait une toute dernière pièce. Il baissa les yeux sur le cadavre de Leroy. Il parvenait à le distinguer même dans l’obscurité, ce n’était pas parfait, juste une tâche plus sombre que les restes environnants mais il voyait quand même. Il savait ce qu’il avait à faire. Il lui manquait un cœur. Le Cœur des SangDragons. Il n’y avait qu’une seule manière de l’obtenir. _________________ Je suis celui-ci ou celui-là. Il n'y a point de différence. |
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 | Sujet: Re: Sui Generis [17] Dim 20 Jan - 21:12 | |
|  L'Albinos Les portes s’ouvrirent toutes grandes sur son passage. Il avança dans la lumière pour la première fois. Il posa les yeux sur le monde pour la première fois. Il était vivant. Il était complet. Son museau était barbouillé de sang dont l’odeur délicieuse montait à ses narines frémissantes. Ses mains tremblaient sous l’excitation et l’adrénaline tandis que de ses doigts dégouttaient des perles de sang. Dans sa main une chose pulsait lentement, encore chaude et palpitante. Un cœur couvert de sang de Dragon. De ses longs doigts blancs il le jeta aux pieds des quatre personnages assemblés. Il n’était parti que depuis trois jours alors qu’on lui avait donné un mois pour comprendre. Tous se regardaient avec un air inquiet. La veine sur le front du Fort était sur le point d’exploser, la Gitane avait la bouche formant un « o » parfait tandis que le Rossignol clignait bêtement des yeux. Seul le Bienheureux affichait un large sourire. Il descendit de l’estrade et s’approcha de l’Albinos. - Tu as réussi, tu es désormais un Frère de Sang, tout comme nous.Il posa sa main de façon réconfortante sur l’épaule de l’Albinos. Celui-ci pouvait sentir le flux de sang qui circulait dans les veines de son mentor rien que par ce simple contact. Il pouvait ressentir la vie. Il pouvait donner la mort s’il le souhaitait. Le Bienheureux le conduisit vers la table surélevée. L’Albinos dévisagea le Fort dans les yeux. Maintenant l’appeler par son nom ne serait plus perçu comme un affront mais il espérait de tout cœur que celui-ci lui saute dessus. L’Albinos sentait son envie de tuer. Que font deux chasseurs quand ils sont face à face ? Le plus fort survit. - Brandon le Fort, je suis désolé pour votre fils. Si cela peut vous consoler je puis vous certifier que son goût était tout à fait exquis.Sa mâchoire se contracta et ses muscles se tendirent. La Gitane et le Rossignol se placèrent entre eux. L’Albinos était sûr que si ces deux là ne s’étaient pas interposés Brandon le Fort aurait succombé à sa fureur. Cela le fit sourire. Cet homme était incapable de se contrôler. Sa force le rendait sûr de lui et il laissait généralement ses pulsions s’exprimer à tord et à travers. Une faiblesse qui serait utile à exploiter nota-t-il. - Allons, allons ! Fit Jean le Bienheureux pour détendre l’atmosphère. Tu as fait tellement vite, nous ne nous attendions pas à te revoir si tôt, viens avec moi te changer, tu me raconteras ton histoire sur le chemin.L’Albinos acquiesça et suivit Jean non sans jeter un dernier regard pardessus son épaule vers Brandon le fort qui jetait une coupe remplie de vin à travers la salle d’un geste rageur avant de s’écrouler sur sa chaise, la tête entre ses mains. Le reste de la journée se passa rapidement. Il raconta dans les moindres détails son périples dans les souterrains du château, comment il avait trouvé Leroy, se qu’il avait ressenti au moment de le tuer et enfin comme il s’était délecté de le dépecer par petits morceaux. Jean le Bienheureux l’écouta sans l’interrompre. Puis, alors que le soleil se couchait à l’horizon, celui-ci pris son congé laissant le jeune homme seul pour savourer son nouveau pouvoir. L’Albinos était assis derrière son petit bureau, une bougie posée à côté de lui et tentait de traduire un passage d’un physicien grec quand des petits coups répétés furent frappés à sa porte. Machinalement il porta la main à son tiroir, là où le poignard de son père était rangé mais il interrompu presque aussitôt son geste. Une ombre se glissa silencieusement dans la pièce en refermant la porte derrière elle sans aucun bruit. Elle portait un manteau noir et une capuche était rabattue sur sa tête. L’Albinos se leva, laissant ses travaux à l’abandon. Il l’observa un moment. Ses boucles abondantes dépassaient de la capuche en cascadant gracieusement jusqu’à sa poitrine qui se dessinait sous le manteau. Lentement, de ses doigts diaphanes, elle rabattit sa capuche, libérant de nouvelles boucles blanches. Elle planta ses yeux ardents dans ceux de l’Albinos, il sentit une bouffée de chaleur lui monter au visage. - Tu as changé.Une simple constatation. Ce n’était pas une question. Elle savait sans avoir besoin de paroles. Depuis tout petit l’un et l’autre se comprenait sans avoir à utiliser de mots. Un regard, un geste, même une odeur. Cela suffisait. C’était ainsi qu’il percevait sa petite sœur : comme faisant partie intégrante de sa personne. Elle se débarrassa du manteau qui lui cachait ses formes et le jeta sur le lit. Elle portait une robe d’un bleu cristallin à manche longue qui lui couvrait les bras jusqu’au bout de ses ongles roses pâles. La ceinture qui lui ceignait la taille mettait en valeur ses hanches. Pour son jeune âge la fille était parfaitement proportionnée. Elle s’approcha d’un pas gracieux en contournant le bureau de l’Albinos pour se placer à côté de lui. Elle lui arrivait à peine au menton, il lui passa un bras autour des épaules. - Tu travaillais sur quoi ?- Rien d’important. Il est tard. Tu ne devrais pas être avec ton mari ? Son visage se rembrunit. Il allait sans dire qu’elle détestait son mari. Un vieillard qui avait plus de deux fois son âge. Evidemment ce mariage était un arrangement, elle n’avait pas eu le choix. Sa mère avait tenté de manœuvrer pour le mieux mais comme ils ne possédaient plus ni terres ni château, trouver un bon parti était quasiment impossible. A quinze ans, elle avait donc été mariée à un obscur seigneur qui possédait un lopin de terre aride quelque part dans le nord. - Il boit.Il avait compris avant qu’elle ne parle mais elle signifiait par là son mécontentement de lui avoir rappelé son gros jambon de mari. Elle se dégagea de son bras et se dirigea vers le lit. Elle s’y assit et croisa les jambes en dévisageant son frère avec effronterie. L’Albinos sourit mais secoua la tête. Ce n’était pas le moment. - Pourquoi ? Ca ne t’a pas dérangé la dernière fois, tu étais plutôt partant même.- J’ai besoin d’être seul.Il n’osait pas dire qu’il en avait lui aussi très envie mais ce n’était vraiment pas le bon moment. Jean le Bienheureux pouvait revenir d’un instant à l’autre et les découvrir ainsi ne ferait que jeter un nouveau discrédit sur sa famille. Le Bienheureux était tolérant mais l’Albinos n’avait pour l’instant aucune envie de tester les limites de cette tolérance. Elle lui jeta un regard torve et eut un reniflement. Elle était mignonne lorsqu’elle se mettait en colère. Elle se releva, pris son manteau et rabattit le capuchon sur son visage d’un geste brusque. Puis, sans un mort d’adieu elle prit la porte. De nouveau seul, l’Albinos se rassit sur sa chaise. Il ferma les yeux et tenta de calmer le chamboulement de son cœur. Oh combien il pouvait la désirer. Elle était une partie de son corps, la rejeter ainsi lui faisait mal mais il fallait être patient. Elle bouderait durant quelques jours et puis reprendrait ses escapades nocturnes dans sa chambre. Il soupira. - Bonne nuit, Joanne. Murmura-t-il avant de s’endormir sur sa chaise. Sur le bureau la bougie grésilla puis s’éteignit. _________________ Je suis celui-ci ou celui-là. Il n'y a point de différence. |
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 | Sujet: Re: Sui Generis [17] Mar 22 Jan - 22:04 | |
|  L'Albinos La pièce était peu éclairée, seule la bougie posée sur le bureau émettait une lueur vacillante. Il n’y avait presque pas de bruit mis à part celui d’une plume grattant sur le papier. La porte était fermée et la nuit était tombée depuis plusieurs heures. - Il paraît que ta sœur a eu son troisième enfant. Un fils cette fois-ci.L’Albinos s’interrompit et leva les yeux de son parchemin. Jean le Bienheureux était debout dans un coin de la pièce, il tournait entre ses mains une boule noire et brillante. - Ah ? Son mari a donc un héritier mâle à présent. Il doit être heureux je suppose.Sans attendre de réponse il se remit au travail, noircissant de son écriture la longue page du parchemin. - En parti oui. Il a attrapé la goutte et vu son âge il ne lui reste très certainement qu’une année voire deux à vivre. Cet enfant tombe à pic. Cependant, il y a une chose qui doit le chagriner. Jean s’avança un peu, la lumière de la bougie faisait danser d’inquiétantes ombres sur son visage. Ses yeux caves observèrent l’Albinos. Celui-ci se contenta de continuer à traduire son parchemin comme s’il n’avait pas entendu. Après un long moment, Jean finit par hausser les épaules, abandonnant le combat, et rompit le silence : - Il est blanc lui aussi. Comme les deux filles il ne ressemble même pas d’un seul poil à son père. Les gens commencent à douter et à se poser des questions.L’Albinos resta de marbre. - Tu sais, je me contrefous d’avec qui ta sœur partage sa couche mais Brandon le Fort est plus qu’attentif à ses choses là. Tu es censé être unique, un être élu. Maintenant votre nombre passe de deux à cinq, ton image d’intouchable commence à vaciller. Tu ne pourras plus agir aussi librement que tu le souhaiterais à l’avenir.Il le savait parfaitement mais que pouvait-il y faire ? Jean avait raconté à tout le monde qu’il était celui que tout le monde attendait. Sa mission ? Mystère. Ce n’était qu’une fable, un conte de grand-mère. Que pouvait-il faire pour empêcher que d’autres personnes naissent toute blanche ? Il posa sa plume sur le bureau et s’étira. Il avait passé plus de trois heures à essayer de comprendre ce qu’avait pu écrire ce grec dont le nom ne figurait pas sur le parchemin. Pour l’instant il n’avait rien déniché de bien intéressant dans ces écrits mis à part quelques histoires sur la magie. A son avis, celui qui avait écrit ça avait dû picoler plus que de raison avec Dionysos. L’Albinos réfléchit un instant à ce qu’il pouvait bien rétorquer à son mentor. Certes ces cinq dernières années avaient été mouvementées avec son nouveau rôle de Frère de Sang, son statut dans la hiérarchie et les fréquentes visites de sa sœur qu’il avait eu la faiblesse de tolérer. - Brandon ne peut pas m'atteindre. Nous avons un tiers des familles SangDragons avec nous. Il ne pourra pas me renverser sans bonne raison.- L’inceste est une excellente raison. Les rois d’Europe y avaient peut-être fréquemment recours pour garder le sang royal le plus pur possible mais les mœurs n’en sont plus là. C’est un acte horrible.- Il n’y a pas de preuve, répliqua l’Albinos. Sans preuve il ne peut rien faire.- Les preuves se fabriquent, rétorqua l’autre qui ne voulait pas démordre de son point de vue. Un nouveau silence s’installa dans la pièce. L’Albinos fixait la flamme tremblotante de la bougie, réfléchissant aux dispositions à prendre contre Brandon et ses acolytes. Durant ces cinq dernières années, il y avait eu deux nouveaux Frères de Sang qui avait passé l’épreuve. Arlyn D. Shaitan le Lévrier qui était acquis à la cause de Brandon et Merle D. Lucifer la Princesse des Fleurs qui lui était plutôt favorable. La position de Brandon était donc encore supérieure à celle de l’Albinos. A quatre contre trois, l’Albinos ne pouvait jamais obtenir la majorité. Il faudrait que deux nouveaux membres soient admis au Conseil et qu’ils soient des hommes à lui. Il y avait bien une autre solution mais cette idée ne lui plaisait pas beaucoup. Il préférait ne pas en arriver là. Tuer ne le dérangeait pas. Il avait déjà tué plusieurs humains pour se nourrir et même un SangDragon qui lui avait manqué de respect mais un Frère de Sang… Si les luttes pour le pouvoir dégénérait à ce point là alors leur Ordre était définitivement condamné et il volerait en éclat. Il espérait que Brandon le Fort en avait lui aussi conscience. Dans le cas contraire il y aurait bientôt des épaules soulagées de leur tête. Il s’arrangerait alors pour que se ne soient pas les siennes qui fussent soulagées de ce poids. Si on devait en arriver là, l’Albinos n’avait pas l’intention de prétendre à une quelconque pitié. Quatre des membres du Conseil entouraient les deux autres. L’Albinos était face à Brandon le Fort. Les deux hommes se tournaient autour, la colère brillait dans les yeux du Fort. L’Albinos sentait le sang dans les veines de son adversaire qui palpitait. Les narines frémissaient, les lèvres se retroussaient, les muscles se tendaient. - Ma sœur ne participera pas à l’épreuve. C’est hors de question. Brandon émit un claquement de langue. - Vous n’êtes pas autorisé à en décider seul. Le Conseil a décidé à quatre voix contre trois que les deux prochains à tenter l’initiation seraient Joanne et Fredericks.L’Albinos ne pouvait pas permettre une chose pareille. Non pas qu’il dénigre les capacités de sa petite sœur mais contre ce gros monstre de cent cinquante kilos de muscles Joanne n’avait aucune chance. Brandon le Fort avait fait exprès de proposer les noms en même temps. Il avait par cette démarche trouvée un moyen de pousser l’Albinos à la faute. L’Albinos serra les poings. Il réfléchissait à toute vitesse. Il ne voyait qu’une seule solution honorable de mettre fin au conflit. Tournant les talons il quitta la pièce sous le regard abasourdi de toutes les personnes présentes. Seul Jean le Bienheureux le suivi au pas de course. L’Albinos ne ralentit pas avant d’être arrivé à sa chambre. Là, il se pencha pour regarder sous son lit et en tira un malle qu’il ouvrit d’un geste brusque. Jean arriva à ce moment là, essoufflé : - Que… Que fais tu, fou ?- Ca va sûrement me causer un peu de tord mais la contrepartie en vaudra la peine je pense.Il tira une épée courte de la malle. Les armoiries de son père étaient frappées sur la garde. Il passa ses doigts sur le métal doré et étudia quelques secondes les rubis sertis. Il était décidé à aller jusqu’au bout. Il aurait vraiment préféré ne pas y avoir recours mais les choix se réduisaient de plus en plus ces temps-ci. Brandon le faisait surveillé et les moments rares qu’il pouvait tranquillement passer avec Joanne se faisaient de plus en plus rares. Brandon avait dépassé le point de non-retour. Au lieu de s’attaquer à lui, il se tournait vers la seule personne à qui l’Albinos donnerait sa vie. - As-tu vraiment perdu l’esprit ? demanda le Bienheureux en posant sa paume sur son poignet pour le contraindre à baisser la lame tranchante. Tu n’es pas assez habile pour le battre à l’épée. Il n’attend que ça, ne rentre pas dans son jeu. Et si jamais tu gagnes tu perdras toute crédibilité concernant les origines des enfants de ta soeur.- Ma sœur ne survivra pas.L’expression de Jean changea subtilement pendant un instant. - Je sais mais… Il baissa les yeux. Peut-être que cela serait préférable.L’Albinos sentit comme un poignard qui lui trifouillait les entrailles. Il ne parvenait pas à croire ce qu’il venait d’entendre sortir de la bouche de son mentor et ami. Il se tourna vers le visage à l’allure bienveillante de Jean. Les deux hommes s’observèrent comme s’ils étaient deux étrangers qui se voyaient pour la première fois. Jean souhaitait la mort de Joanne ? C’était comme un voile qui venait de se lever pour révéler le véritable visage du Bienheureux. - Que dis-tu ?- Tu es Unique. Il ne doit pas y en avoir deux, ni cinq.- Tu sous-entends qu’il serait préférable que mes…, il faillit prononcer enfant mais il se retint au dernier moment, nièces et mon neveu meurent ?Il se redressa, l’épée à la main. Jean ne fit que baisser les yeux sans répondre. Le cerveau de l’Albinos était en ébullition. Il ne parvenait pas éclaircir son esprit. Il se sentait stupide, manipulé, nu. Une marionnette depuis le début élevée et dressée pour servir les desseins d’un maître psychopathe. Il tituba vers la porte, Jean tenta de le suivre mais il lui pointa la lame de son épée sous le nez et celui-ci recula d’un pas, paumes en avant en signe d’apaisement. - Calme-toi… On va trouver une solution pour ta soeur mais ne te bats pas contre Brandon. C'est du suicide et tu condamneras quelque soit le résultat ta famille à l'opprobe.- Tais-toi ! hurla l’Albinos. Ne t’approche plus jamais de moi ou de ma sœur. Sinon je te tue.D’un geste brusque il claqua la porte et se mit à courir. _________________ Je suis celui-ci ou celui-là. Il n'y a point de différence. |
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 | Sujet: Re: Sui Generis [17] Jeu 24 Jan - 0:07 | |
|  L'Albinos Il descendit les marches quatre à quatre, son épée à la main. La félonie du Bienheureux lui remuait les tripes. Sur le moment il avait eu très envie de lui passer sa lame en travers le corps rien que pour voir son sang dégoûter sur le sol de la chambre. Il ne l’avait pas tué sur le coup car il se sentait malgré tout redevable envers son mentor. Il l’avait presque élevé, remplaçant la figure paternelle décédée dans son jeune âge. Croire en une personne pour finalement se rendre compte des forfaits qu’il se préparait à commettre était très douloureux. Il regretta que Joanne ne fût pas ici en ce moment même. La jeune femme était au château de son seigneur de mari et il aurait tout donné pour pouvoir la serrer contre lui ne serait ce qu’un instant, pour se rassurer. Elle n’allait pas mourir. Elle ne devait pas mourir. Elle entrerait dans la confrérie des Frères de Sang mais pas en se battant contre un ennemi qu’elle ne pourrait vaincre. Il avait lui-même eu de la chance lors de son initiation mais ne croyant ni en Dieu ni en un quelconque miracle venu d’une entité supérieure il devait tout faire pour que cela ne se fasse pas. Même s’il devait tout perdre. D’un coup d’épaule il poussa la porte qui s’ouvrit avec fracas. Surpris, les autres membres des Frères de Sang se tournèrent vers lui. Le Fort et lui se jaugèrent du regard. Brandon arborait une attitude féroce et réjouie. Il devait attendre cet instant depuis tellement longtemps. L’Albinos sentit sa nuque le picoter agréablement, l’envie de tuer dépassait soudain tout le reste. Joie ultime dans un nébuleux océan de violence, déchaînement provocateur des sens, anéantissement des sentiments, furie de coups barbares, bestialité réveillée et enfin retrouvée, décuplement des sens, impression d’exister, excitation dégénérative, esprit étriqué dans un seul et unique but : tuer. Tuer. La nature principale des Frères de Sang, héritage restauré et érigé en modèle depuis leur existence. L’instinct naturel que l’humain a mis tant d’année à vouloir camoufler sous des monceaux de belles paroles illusoires et de règles morales dénaturant la vie même. La loi première entre toutes : le plus fort survit, le faible meurt, c’est dans l’ordre des choses. L’Albinos se trouvait face à Brandon, son épée ensanglantée toujours à la main. Surplombant son ennemi il le dévisageait, prenant plaisir à voir peur et haine sur son visage défiguré. D’un souple coup d’épée porté au visage l’Albinos lui avait scindé les yeux, prouvant par là même son habileté quand Brandon n’utilisait que la force brute. Tel David contre Goliath, l’Albinos avait mis le géant à terre et le tenait à sa merci. Maintenant, le chasseur ne faisait que s’amuser avec sa proie. Le combat avait duré trop peu de temps pour que toute sa rage se soit écoulée. Il avait encore besoin de jouir de cet instant de puissance où l’on sait que la vie d’un homme ne dépend que de vous, d’un simple petit geste précis de la main et d’une torsion du poignet. - Qu’est-ce que tu attends pour me tuer, monstre ?Brandon le Fort, ou plutôt devrait-on dire Brandon l’Aveugle, suivait de son visage tuméfié les bruits de pas que faisait son ennemi en lui tournant autour. - Monstre ? Nous sommes tous des monstres ici. Nous tuons pour notre plaisir, nous sommes rejetés où que nous allions. Ce ne sont pas les hommes qui se terrent dans les sombres recoins d’un château reculé. Eux marchent librement à la lumière du jour quand nous, la race sensée être supérieure à toutes nous cachons.- Tu n’es pas un des nôtres ! Je l’ai toujours dit. Tu es différent.L’Albinos éclata de rire, un rire clair et fort, il savourait sa victoire tant qu’il le pouvait. Pour l’instant seul le moment présent comptait. - Je suis blanc, c’est ça ? Les humains ont peur de vous et vous avez peur de moi. Que devrai-je en conclure ? Que je vous suis supérieur ? Je ne suis pas unique, je ne suis donc pas une erreur de la nature ou une bête sujette aux curiosités. Non, c’est moi qui représente l’avenir, je suis le premier être sélectionné par la nature, celui qui engendrera la race qui vous supplantera à terme vous et les humains.Derrière lui les autres membres des Frères de Sang qui étaient restés silencieux s’agitèrent. Selon la coutume ils ne pouvaient pas intervenir tant que l’un des deux duellistes n’avait pas rendu l’âme. Ce n’étaient que de pathétiques créatures limitées et bornées par leur tradition. L’Albinos le comprenait à présent. Pour survivre il fallait être celui qui prend, pas celui qui donne. Il allait prendre une vie. - Tout cela n’a que peu d’importance pour toi à présent, Brandon le Fortement Aveugle. Tu vas mourir d’ici peu et rejoindre nos aïeux où tu festoieras à leur table pour l’éternité de chair et de sang.L’Albinos avait terminé de décrire des cercles concentriques autour de sa proie et s’était arrêté devant elle. Il observait avec une curiosité polie les orbites vides de Brandon. Voyait-il le reflet de la mort ? La grande faucheuse lui murmurait-elle des choses à l’oreille tendit qu’il attendait dans la crainte que le coup salvateur vint lui épargner de nouvelles souffrances ? L’homme à la peau opale leva son épée au-dessus de sa tête. Le moment était venu d’en finir. Bientôt la lame s’abattrait et la tête de Brandon roulerait sur le sol dans une gerbe de sang. Une gerbe de sang… Quelque chose clochait. Il ne savait pas encore quoi mais un détail lui échappait. Que se passait-il ? Ce n’était pas possible. Il avait mal, affreusement mal au ventre. Ce n’était pourtant pas le moment d’aller aux toilettes ! Pas juste à l’instant où il goûtait enfin au plaisir de la victoire. Lentement il baissa les yeux. Quelque chose de mince et luisant dépassait de son ventre au niveau du nombril. Une chose fine et effilée couverte de sang. De son sang. Ca ne pouvait pas être possible. Il était sûrement en train de rêver. Il regarda Brandon, soudain perdu. Son ennemi était toujours à terre, le visage déformé par la peur. La lame dans son ventre se retira et il comprit qu’on venait de l’embrocher par derrière. Qui ? Qui avait pu ainsi briser la règle la plus stricte de la tradition ? Il se retourna d’un pas titubant. - C’était toi alors.- Désolé, mais j’ai toujours été mal à l’aise avec les traditions. Si tu ne veux pas être unique il me reste quatre autres élus potentiels à disposition.L’Albinos ne savait pas si c’était la perte de sang ou l’incroyable sensation de puissance qu’il avait ressenti quelques instants plus tôt mais il avait envie de rire à la remarque de Jean le Bienheureux comme s’il venait de lui faire une plaisanterie bon enfant et pas d’une raillerie aigrie. Il sourit. - T’es vraiment un enfoiré en fait.Basculant en arrière l’Albinos ferma les yeux et perdit connaissance avant même d’avoir touché le sol. Son corps émit un son mat lorsqu’il s’écroula sur les dalles comme une poupée désarticulée. Puis, le silence revint. - Merci du compliment.Une larme coula sur la joue endormie de l'Albinos. _________________ Je suis celui-ci ou celui-là. Il n'y a point de différence. |
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 | Sujet: Re: Sui Generis [17] Jeu 24 Jan - 23:55 | |
|  L'Albinos Lorsqu’il se réveilla il crut que le monde venait de s’écrouler. Tout n’était que douleur. Son corps le tançait affreusement et il ne parvenait pas à bouger. La langue dans sa bouche était sèche et pâteuse et sa gorge le brûlait. Il n’y voyait presque rien mais il sentit une présence familière à côté de lui : - Eau… éructa-t-il. Ce simple mot lui déchira la gorge. Avoir mal était un euphémisme par rapport à tout ce qu’il avait pu ressentir auparavant. La personne qui se tenait dans la pièce se déplaça puis revint un instant plus tard. Des doigts longs et fins lui soulevèrent délicatement la nuque et un lui pressa un verre sur les lèvres. Il but goulûment le liquide ce qui eut pour effet de diminuer un peu son irritation à la gorge. Sa vue s’améliorait petit à petit et il put bientôt distinguer les traits de la personne qui était à son chevet. - Joanne. Murmura-t-il tout bas. - Chut ! Ne parle pas, tu dois te reposer.Il hocha vaguement la tête et ferma les yeux. La douleur dans son corps s’estompait à présent, seul subsistait celle à son abdomen dans le bas ventre. Il se souvint alors de ce qu’il lui était arrivé. Le duel, l’épée, Jean… Il voulut alors se redresser mais il se révéla à peine capable de relever la nuque. Il poussa un gémissement pitoyable et retomba dans son lit. Il n’était toujours pas capables de bouger le moindre muscle de ses membres. - Dormi ?Il voulait savoir combien de temps il avait dormi. Il lança un regard à sa sœur et celle-ci compris immédiatement le message. - Huit jours. Mère était là aussi, elle vient juste de partir chercher de quoi manger. Elle sera là dans quelques instants. Il hocha à nouveau la tête à défaut de pouvoir faire autre chose. Il se sentait si faible. Il avait l’impression d’être un oiseau à qui on aurait coupé les ailes et qui serait dès lors dans l’incapacité de s’envoler vers le soleil. Dans l’était actuel des choses il était à peine plus fort qu’une limace. Cependant, son état de faiblesse et de fatigue n’empêchait pas son cerveau de réfléchir aussi vite que dans ses meilleurs jours. S’il était encore vivant il ne voyait qu’une seule possibilité à ce miracle : tous les autres Frères de Sang étaient morts. Or cela il en doutait. La raison pour laquelle on l’avait laissé en vie et soigné lui échappait encore mais après ce qu’il avait fait à Brandon le Fort il avait peu de chance qu’on le laisse tranquille. Il aurait peut-être même mieux valu être mort. Qui savait ce que Brandon et Jean allaient lui concocter à présent ? Il n’eut pas le temps de continuer à creuser la question car sur ces entrefaites sa mère revint avec un plateau de victuailles. Après une multitude de rires et de larmes de joie, les deux femmes quittèrent l’Albinos au coucher du soleil le laissant seul. Fatigué, l’homme blanc s’endormit rapidement d’un sommeil peuplé de rires beaucoup moins joyeux que ceux de sa mère et de sa sœur. Il se réveilla plusieurs heures plus tard en sursaut. Il était persuadé qu’il avait entendu un bruit mais dans les ténèbres de la pièce il ne vit d’abord rien. Puis ses yeux s’habituèrent à l’obscurité et il put discerner les formes des meubles qui l’entouraient. Il remarqua tout de suite que quelque chose n’était pas à sa place. - Qui est là ? demanda-t-il d’une voix beaucoup trop chevrotante à son goût. Il n’y eut aucun autre bruit pendant quelques secondes puis une voix grave lui répondit : - C’est moi. Jean. Comment vas-tu ?La colère monta aussi rapidement que la pluie tombe, ce qui réveilla en même temps ses douleurs abdominales et au ventre. Comment osait-il se montrer en sa présence ? - Va voir chez les catins si j'y suis.- Ola du calme ! Je vois que tu as retrouvé ta véhémence, mon ami.- Je ne suis pas ton ami !Le silence s’installa à nouveau dans la pièce sombre. L’Albinos luttait pour rester conscient tellement la douleur le tançait. Il n’avait aucune envie de perdre connaissance tant que Jean le Bienheureux, celui-là même qui l’avait poignardé, se trouvait dans la même pièce que lui. - Dégage… Dégage…- Je vais partir ne t’inquiète pas. Il soupira. Cependant avant de le faire j’aimerai te dire ce qu’à décider le Conseil te concernant.Le Conseil ? Il s’en foutait comme d’une guigne du Conseil ! Tout ce qu’il voulait c’était que Jean sorte d’ici immédiatement. Il se serait levé pour lui foutre son pied au cul pour l’aider à le faire s’il l’avait pu. - Rien à foutre…Jean se dirigea vers la porte et l’entrebâilla. Puis, avant de partir il se retourna : - Tu es condamné à Azgaroth. Azgaroth. La prison des Frères de Sang. Une forteresse érigée sur une petite île perdue au milieu des flots. Un endroit d’où on ne revenait pas ou alors les pieds devant quand on avait de la chance. En règle générale, la plupart des prisonniers qui mouraient allaient directement nourrir les poissons au fond de l’océan. Cela n’avait rien de réjouissant. L’Albinos voulu cracher sur les pieds de Jean mais celui-ci était trop éloigné et tout ce qu’il réussi à faire ce fut de se mettre plein de salive sur le menton. - Mais tout n’est pas fini mon ami. Tes nièces et neveux ont beaucoup de choses à apprendre de moi.Sous la menace à peine voilée l’Albinos voulu une fois de plus quitter sa couche mais encore trop faible il n’arriva qu’à se redresser avant de s’écrouler à nouveau, tordu par la douleur. Jean referma alors la porte et disparut. L’Albinos ne parvint plus à fermer l’œil de la nuit. Ce que lui avait dit le Bienheureux l’inquiétait beaucoup trop. Si c’était lui qui élevait ses enfants il pouvait craindre le pire. Mais à plus forte raison, l’idée que ce type puisse poser la main sur eux le révulsait. Il ne fut temporairement distrait de ses tourments que par l’arrivée de sa mère accompagnée de Joanne en début de matinée. Toutes deux avaient elles aussi appris la nouvelle et ce ne fut pas des larmes de joie qui coulèrent sur leurs joues cette fois-là. Joanne projetait de l’enlever mais dans l’état où il se trouvait ils n’auraient pas fait trois pas en dehors du château qu’on les arrêterait. Tant qu’il n’irait pas mieux personne ne pouvait rien faire sans prendre le risque de le tuer. Par chance ou malchance, selon le point de vue qu’on prenait, l’épée que Jean lui avait passée à travers le corps n’avait touché aucun point vital. Au bout de quelques jours et de plusieurs dizaines de bol de lait de pavot pour calmer la douleur, il put enfin se tenir sur ses jambes. Malheureusement le plan qu’avait projetait sa sœur tomba à l’eau quand le Conseil fit poster un garde devant la porte. A mesure qu’il reprenait des forces, l’Albinos se rendait petit à petit compte de la situation dans laquelle il était embarqué. Cela n’avait rien de logique. Brandon n’avait aucune raison de vouloir le garder en vie et Jean ne devait pas en avoir davantage. Tout ce qui l’intéressait c’était le pouvoir qu’il pouvait tirer en utilisant l’Albinos et les autres « blancs » comme des objets de culte, d’adoration et de crainte. Comme il l’avait si bien souligné il lui restait quatre autres personnes pour prendre la place de l’Albinos. Le garder en vie ne relevait d’aucune logique. A moins d’un plan plus vaste dont l’Albinos ignorait encore la saveur. Il resta ainsi enfermé pendant plus de six mois à se morfondre sur son sort quand on vint enfin le chercher. Tout le monde était là : le conseil au grand complet, sa mère, Joanne et ses mouflets ainsi que tous les SangDragons, serviteurs et soldats qui habitaient le château. On aurait dit qu’on enterrait quelqu’un. Tous les visages étaient renfermés. Lorsqu’on le fit monter dans la voiture qui allait l’embarquer jusqu’au port sa mère lui fit la grâce de ne pas pleurer et il lui en fut très reconnaissant. Salir encore plus le nom de sa famille en montrant de la pitié envers un fils indigne n’était pas nécessaire. En revanche, il aperçut par un bout de la fenêtre que l’épais rideau de cachait pas tout à fait le visage ruisselant de larmes de Joanne. Ils savaient tous les deux qu’ils ne se reverraient jamais. Azgaroth était la prison par excellence, personne ne pouvait s’en échapper. Il n’y avait pas de grilles aux fenêtres ni de verrous aux portes mais seulement une falaise à pic de quatre cents mètres de haut et en bas des centaines de rochers aiguisés par l’eau de mer depuis des siècles de tempêtes. Le cocher fit claquer son fouet et la voiture s’ébranla, dérobant le visage de Joanne à sa vue. Il venait de perdre tout espoir. Enfouissant son visage dans ses mains, il se mit à pleurer silencieusement. Personne n’entendrait plus jamais parler de l’Albinos avant de très nombreuses années. _________________ Je suis celui-ci ou celui-là. Il n'y a point de différence. |
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 | Sujet: Re: Sui Generis [17] Dim 27 Jan - 16:53 | |
|  La Dame Blanche Joanne D. Bélial était avec le seigneur Tulle d’Arganéon, son mari. Les mois avaient passé depuis le bannissement de son grand frère l’Albinos et son chagrin restait toujours aussi grand, comme une plaie béante. Le fait que son mari ait attrapé la goutte n’arrangeait pas les choses car le vieillard au lieu de clamser rapidement se bornait à s’accrocher aux derniers lambeaux de vie qu’il lui restait tel une sangsue qui vous suce le sang jusqu’à ne plus en avoir la moindre goutte. Elle était donc obligée de veiller sur lui à longueur de journée pendant que ses enfants étaient à leur éducation et pendant les longues heures d’inactivités son esprit s’évertuait à vagabonder dans les souvenirs qu’elle et son frère avaient partagés. Le seigneur Tulle d’Arganéon bougea dans son lit en grommelant. Joanne s’empressa de redresser l’oreiller qu’il venait de quitter et de le retourner afin que celui-ci soit frais lorsque son seigneur daignerait s’y replacer. Elle eut l’idée soudaine de l’étouffer avec cet oreiller mais elle y renonça vite. Ici non seulement les murs avaient des oreilles mais aussi des yeux. De plus il lui suffisait d’être patiente, le médecin avait certifié que le seigneur d’Arganéon ne passerait pas l’hiver. Plus que deux ou trois mois à tenir et elle serait enfin libérée de cette charge et pourrait porter l’habit noir, non pas en signe de deuil de son mari mais plutôt de son frère. Elle se leva et se dirigea vers la fenêtre. Au-dehors les dernières feuilles des arbres tournoyaient lentement au gré du vent. Des nuages gris blanc s’accumulaient à l’horizon et quelques paysans étaient visibles au loin, traînant leur charrette de récolte de la journée derrière eux avant de rentrer dans leur chaumine de boue et de paille. Ce triste paysage désola encore plus la jeune femme. Elle s’imaginait pelotonnée contre son frère, leurs corps se réchauffant mutuellement, les mains de celui-ci fouaillant dans ses cheveux tandis que la langue prenait d’assaut sa bouche et s’enfonçait dans sa gorge. Mais cela était une chose qu’ils ne feraient plus jamais. L’enterrement du seigneur d’Arganéon se déroula un mois plus tard. Succombant enfin à sa maladie le vieillard avait rendu son dernier souffle tard dans la nuit. Joanne était en tête de procession juste derrière les religieux. Elle portait un voile et une robe noire large qui cachait ses formes. Les filles marchaient un pas derrière elle tandis que son petit garçon à peine plus âgé d’une saison lui tenait la main. Il était le nouveau seigneur d’Arganéon mais son jeune âge ne lui permettrait pas de gouverner avant des années. Joanne, déclinant la régence, avait désigné le père Benoît pour assumer les tâches et les responsabilités de seigneur du château. Ainsi elle pourrait retourner et s’installer à la citadelle des SangDragons avec sa mère et ses filles. Le sort de son fils n’était pas encore tout à fait fixé, elle ignorait ce que le Conseil projetait pour lui. La marche funèbre arriva au fond de la cour, près des jardins aménagés où elle passait une partie de son temps avant que la maladie frappe son mari. La cérémonie dura une éternité dans le froid de l’hiver naissant. Joanne avait les pieds gelés et elle avait hâte de rentrer. La nuit avait été courte. Faire semblant d’être affecté par la mort de son mari était plus éprouvant qu’on pouvait le penser. Cependant, elle serait bientôt débarrassée de cette corvée aussi. Le prêtre sermonna et sermonna encore, ventant les mérites au combat d’un gros porc qui avait passé la moitié de sa vie devant une table de victuailles et l’autre moitié à ronfler dans son pieu. Son esprit ne tarda donc pas à vagabonder. Elle pensa à son frère enfermé quelque part au milieu de l’océan. Pensait-il à elle comme elle pensait à lui ? Elle aimait à penser que oui. Le pauvre aurait de dure journée et tout ce qu’elle espérait c’était qu’il mourait vite lui aussi afin de s’éviter bien des souffrances inutiles. Elle savait qu’il n’en était rien, son frère n’était pas de cette branche là, il essayerait encore et encore de se heurter à la montagne. Tentative vaine et futile. Joanne, le petit seigneur d’Arganéon et ses deux filles étaient arrivés très tôt ce matin. Ils avaient quitté les terres d’Arganéon voilà trois jours de cela et la traversée avait été éprouvante autant pour les petits que pour elle. Les deux puînés dormaient déjà dans leur lit tandis que l’aînée était encore au bain et ne tarderait pas à les suivre dans le sommeil. Elle fut donc surprise lorsqu’on lui annonça qu’elle avait de la visite. La bienséance aurait d’abord voulu qu’elle se reposasse de cet épuisant voyage. Elle fut davantage surprise quand elle découvrit que c’était le Bienheureux qui se présentait à sa porte. Elle fit entrer avec une certaine appréhension. Ils se connaissaient depuis longtemps mais le Bienheureux ne lui avait jamais vraiment prêtée attention. Elle le savait très ami avec son frère mais ils s’étaient rarement adressés la parole si ce ne fut pour de simples politesses. - Que se passe-t-il donc pour que vous m’honoriez de votre visite ? demanda-t-elle en esquissant une révérence. Le Bienheureux semblait soucieux, ce qui renforça son sentiment de malaise. Que se passait-il ? Elle loucha un instant sur sa main en or. Elle ignorait comment il avait perdu sa main droite mais c’était la première fois qu’elle le voyait revêtir une telle prothèse. D’habitude il laissait le moignon nu et bien en évidence. - Nous devons nous hâter, ma dame. Vous courrez un grave danger.La sollicitude du Bienheureux frappa Joanne droit au cœur. Son malaise se mua en peur irrationnelle. Bien qu’elle ignorât la nature du danger elle savait d’avance qu’il avait raison : sa vie était menacée. - Votre frère, ma dame. Reprit-il sur le même ton. Il a été piégé par Brandon le Fort.- Comment cela ? Le Conseil n’est-il pas sensé être uni ? Un Frère de Sang ne tue pas un Frère de Sang.Le Bienheureux hocha la tête. - Il ne l’a pas tué, n’est-ce pas ? Pas directement en tout cas. Le Conseil est beaucoup plus perverti que ne le laisse voir les apparences ma dame. Votre frère a été obligé de se battre en duel à cause de vous.L'accusation mit Joanne en colère. Comment osait-il ? Sa main fusa et claqua avec force. La joue du Bienheureux se colora de rouge. - Si c’est pour m’insulter que vous êtes venus…- Non, ma dame. Le Fort avait menacé votre frère de vous faire passer l’initiation contre Fredericks.Son frère lui avait déjà raconté les détails de l'Epreuve. Elle savait donc déjà ce que cela impliquait. - Fredericks ? Fredericks le fils d’Arlyn le Lévrier ?Le Bienheureux hocha silencieusement la tête. Une sensation d’horreur envahit Joanne. Fredericks n’était qu’une énorme montagne de muscles, il pouvait facilement lui démettre l’épaule avec une simple pichenette du doigt. Son frère ne lui avait pas dit. Elle n’avait même pas compris. Il voulait protéger. Il ne lui avait rien dit car il savait qu’elle se sentirait coupable comme maintenant. Elle dut s’asseoir sur le rebord de son lit, se sentant défaillante. Elle leva des yeux suppliant vers le Bienheureux : - Que dois-je faire ?Le Bienheureux sembla la sonder. Ses yeux rouges étaient luisants et avaient quelque chose de réconfortant. Elle ne put que détourner le regard. Elle tomba sur les lits de son fils et de sa fille. Que deviendraient-ils si elle mourrait ? Ils n’avaient déjà plus ni père, ni oncle. Enfin le Frère de Sang brisa le silence. - Nous devons partir. Retourner là où vous êtes née. Aux ruines du château du Mont des Neiges. Merle la Princesse des Fleurs nous fournira une embarcation lorsque nous arriverons au bras de mer.Il n’y avait pas d’autre choix. La fuite était donc la seule solution ? Son frère lui avait évité la mort mais maintenant que se passerait-il ? Une vie de misère pour elle et ses enfants. Le Bienheureux sembla lire dans ses pensées. Il lui posa une main réconfortante sur l’épaule pendant que sa main d’or caressa lentement la joue de Joanne. - Ne vous inquiétez pas, nous reviendrons. _________________ Je suis celui-ci ou celui-là. Il n'y a point de différence. |
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 | Sujet: Re: Sui Generis [17] Dim 8 Juin - 22:14 | |
|  Valéria Après que l’Albinos eut été envoyé dans la prison d’Azgaroth, sa sœur accompagnée de ses enfants, de Jean le Bienheureux et de Merle la Princesse des Fleurs, dut s’échapper de l’île des Angles pour retourner dans son pays natal afin de pouvoir y vivre en paix. Là-bas, grâce à l’argent récupéré de son défunt mari, elle fit rebâtir une partie du château du Mont des Neiges qui l’avait vu naître. Sept années s’écoulèrent sans incident. Jean le Bienheureux prit sous son aile les trois enfants de la Dame Blanche, leur enseignant les chiffres, les lettres et l’art de l’épée. Valéria, l’aînée des trois, était un véritable garçon manqué pouvant à peine tenir en place plus de deux minutes. Âgée de douze ans, elle était déjà aussi douée qu’un adulte expert à l’épée. Maria, onze ans, était plus timorée et de nature plus douce. Préférant les plumes et les cahiers à la lame d’une épée. Gentille et docile, elle était le contraire craché de son aînée si on exceptait leur grande ressemblance physique. Enfin, le fils, cadet des trois, à peine âgé de huit ans était moyen en tout. Ni doué à l’épée, ni dans les études, peut être à force d’être trop poussé, il finit par se renfermer sur lui-même, ne parlant presque jamais et restant toujours à l’écart. Jean le Bienheureux était en train d’entraîner Valéria à l’épée dans la petite cour à côté de l’enclos où paissaient deux chevaux quand des bruits se firent entendre. D’abord éloignés, puis paraissant de plus en plus proche. Valéria l’identifia rapidement comme été le bruit d’un cheval au galop. Elle se demanda qui pouvait bien venir dans ce coin perdu au milieu de nulle part. Il était vrai qu’ils ne recevaient pas beaucoup de visites, à peine une ou deux par mois afin de renouveler leurs stocks de victuailles lorsque Amber, le marchand ambulant venait faire halte pour la nuit ou bien pour la foire. La petite famille pouvait voir passer au loin les roulottes qui se dirigeaient vers la ville et parfois, une charrette de gitans s’arrêtait afin de troquer des étoffes contre des œufs ou du fourrage. Trempée de sueur, elle abaissa son épée et commença à dégrafer les lourdes protections rembourrées. Jean lui tendit son épée qu’elle saisit d’une main malgré son poids conséquent. - Valéria, va chercher la Dame Blanche et la Princesse des Fleurs. Lui dit-il en se tournant vers l’arche de pierre dont la grille avait été arrachée depuis bien longtemps déjà. Et ensuite va te cacher dans le sous terrain avec ton frère et ta sœur.Sans rechigner la jeune fille se précipita vers la maison. D’habitude elle aurait insisté pour pouvoir rester avec les adultes, prétextant qu’elle était assez grande maintenant pour s’occuper des affaires de la famille. Mais elle avait reconnu cette petite lueur dans le regard du Bienheureux. Une petite lueur qui la faisait encore frissonner rien que d’y penser. Elle avait toujours eu un sale caractère et s’attirait souvent les foudres de sa mère ou de son précepteur. Mais elle connaissait la limite à ne pas dépasser. Une fois, alors qu’elle s’était risquée à écouter aux portes une discussion entre Jean et un étranger de passage, celui-ci l’avait surprise et malgré ses explications il n’avait rien voulu entendre. Ses yeux s’étaient enflammés tels des bougies et il l’avait rossé comme jamais personne ne l’avait rossé. Depuis, elle s’abstenait de tout commentaire lorsqu’il avait ce regard là. Elle arriva devant la petite bicoque faite de bric et de broc et poussa la porte de bois qui gémit sur ses battants. Sa mère était installée sur sa chaise, devant la table, à tricoter. Elle leva les yeux sur sa fille, étonnée : - L’entraînement est déjà terminé ? demanda-t-elle. Valéria secoua la tête. - Non, il y a quelqu’un. Quelqu’un qui arrive. Jean veut que tu ailles le rejoindre avec Merle et que nous allions nous cacher dans le sous sol.Sa mère eut à peine le temps de se lever que Merle la Princesse des Fleurs émergeait déjà de l’arrière pièce, une lame courbe ceinte à sa hanche. - Maria est dans la tour tordue, elle travaille. Quant à ton frère… Elle haussa les épaules. Il doit être dans le jardin entrain de dormir comme d’habitude. Dépêche-toi d’aller les chercher. J’ai un mauvais pressentiment en ce qui concerne ce cavalier. Valéria ne put s’empêcher de sourire.- Ouais, et tu arrives à le sentir en restant ici. Merle fixa ses grands yeux rouges sur le visage de la petite fille qui lui arrivait à peine à la poitrine. Loin de se laisser démonter, Valéria lui rendit son regard. - Oui, dit-elle sans sourciller. Il porte l’odeur la mort sur lui.- Ben voyons, je vois pas comment tu…- Assez discuté, Val ! intervint sa mère. Occupe-toi des enfants. Tout de suite ! L’ordre que lui avait donné Jean lui revint en mémoire et elle se précipita dehors à nouveau. Elle fit le tour de la cour, passa sous une allée encore debout et arriva devant la tour tordue, la seule encore utilisable sur les quatre qui avait jadis composé le château du Mont des Neiges. Elle grimpa les marches quatre à quatre, ignorant les risques de chute, et arriva bientôt à son sommet. Là, le dos appuyé contre le mur, éclairée par la faible lueur d’une bougie, Maria était en train de lire un imposant volume d’un auteur inconnu à Valéria et dont elle se contrefoutait royalement. Maria redressa la tête et fit la moue en voyant sa sœur débouler dans son espace réservé. - Qu’est-ce que tu veux encore, Val ?- Discute pas, sœurette. Il faut qu’on aille se cacher.- Hein ! Pourquoi ? persista la jeune sœur en faisant la moue de plus belle. Je n’aime pas aller là bas. C’est tout sale et il y fait rudement noir.Valéria soupira. Elle aurait bien donné une paire claque à Maria mais elle serait ensuite aller se plaindre à sa mère et ça ferait encore toute une histoire. Elle lui attrapa la main et la tira en avant pour la mettre sur ses pieds. Le livre glissa des genoux de Maria et tomba lourdement sur les dalles de pierre. Maria lui lança un regard indigné. - T’occupe. Prend ta bougie si t’as peur du noir et on y va. Tu ne veux pas mettre Jean en colère, n’est-ce pas ?La menace eut un effet immédiat. Maria savait aussi bien que Valéria ce dont Jean était capable, et ce malgré qu’il n’est qu’une main. Elle épousseta sa robe de laine, saisit sa bougie par la hampe et suivit son aînée dans l’escalier, en prenant garde toutefois de ne pas marché par inadvertance sur de la mousse et de se retrouver aplatie comme une crêpe en bas des marches. Les deux petites filles partirent ensuite à la recherche de leur frère. Celui-ci devait encore vagabonder quelque part. Valéria le considérait comme irrécupérable. C’était un garçon et pourtant il était aussi timoré qu’une fille et peu enthousiaste aux jeux de guerre ou d’épée. Il se laissait faire pour tout. Une fois, alors qu’il n’avait que six ans, elle l’avait habillé dans une de ses vieilles nippes et exhibé ainsi vêtu sous les rires moqueurs de Maria et les soupirs de consternation de Merle et Jean. Et lorsqu’il s’était mis à rougir de se retrouver dans une pareille situation, on aurait pu jurer qu’il s’agissait bien d’une fillette. Elles ne tardèrent pas à le trouver. Il était effectivement en train de flemmarder, allongé sur l’herbe à regarder les nuages. Il ne semblait pas avoir pris conscience que ses deux sœurs l’observaient. Valéria, d’un geste, intima à Maria de ne pas faire de bruit. Elle avança ensuite, silencieuse comme une ombre, décrivant un demi cercle pour passer derrière lui. Lorsqu’elle fut presque arrivée à sa hauteur, elle se jeta au sol, juste à côté de lui en criant. Le petit garçon sursauta en se redressant sur les fesses, les traits tirés vers les bas. Les deux dents de devant qui manquait encore dans sa bouche lui donnait un air encore comique. Il se renfrogna aussitôt lorsqu’il vit qu’il ne s’agissait que de sa sœur. Il replia les jambes contre sa poitrine et passa les bras autour d’elles comme pour les étreindre. Il tourna ensuite la tête dans la direction opposé à celle où se tenait sa sœur. - Jean a dit qu’on devait aller se cacher. Tu dois venir avec moi, petite tête !Le garçonnet ne dit rien mais son visage trahit ses émotions avec la petite moue que fit sa lèvre inférieure et ses sourcils froncés. Il était en train de se demander si sœur lui disait la vérité ou si elle était encore en train de lui raconter des histoires afin de pouvoir se moquer de lui. Au bout de quelques secondes, il décida finalement qu’il valait mieux obéir – pas besoin de se mettre Jean à dos – et se leva sur ses pieds. - Allez, venez les mioches, déclara Valéria en désignant ses cadets. C’est par là. Pour aller aux sous terrains, il fallait repasser devant l’arche qui menait à la cour. Valéria espérait que le ou les cavaliers n’étaient pas encore arrivés et qu’ils pourraient aller se réfugier dans la cachette sans que personne ne les voie. Ils rasèrent les murs recouverts de plantes grimpantes, faisant le moins de bruits possibles, jusqu’à l’entrée au plafond voûté. Valéria fit signe à ses frère et sœur de s’arrêter lorsqu’elle entendit des voix qui provenait de l’intérieur de la cour. Prudemment, elle jeta un rapide coup d’œil et vit sa mère, Merle et Jean qui regardaient un homme imposant descendre d’un cheval tout aussi grand, plus grand qu’elle n’en avait jamais vu. Elle vit, malgré la cape noire que portait l’inconnu qu’une impressionnante épée battait sa cuisse dans un fourreau très ouvragé. Elle recula et revint vers les deux autres. - Zut, on est bloqué ici pour le moment. On va attendre qu’ils soient rentrés dans la maison pour pouvoir passer.Maria ouvrit la bouche alors que son frère pâlissait. - Tu es sûre ? Il y en peut être d’autres qui vont arriver. - Certaine. On a qu’à se cacher dans ce recoin là. Elle désigna un angle du mur devant lequel un gros rocher qui était autrefois un bout de la muraille était venu s’écraser. Ici, personne ne nous verra à part s’il passe juste à côté. Les trois enfants allèrent se mettre à l’abri, se recroquevillant les uns contre les autres. Maintenant, eux aussi la sentait. Une odeur bizarre qui leur piquait les narines. Un sentiment de malaise qu’ils ne pouvaient pas définir commença à s’emparer de chacun d’eux. Valéria secoua la tête. Allons, ce n’était pas le moment d’avoir peur, l’homme était seul et Jean était très fort. Ils ne risquaient strictement rien s’ils restaient là où ils étaient. Bientôt la voix puissante et pourtant feutrée de Jean se fit entendre : - Et bien Arlyn ! Si je m’attendais à te voir. Que viens-tu faire en ces lieux reculés ? Pas pour ramener la Dame Blanche avec toi pour son initiation, j’espère. Tu sais bien que j’y suis fortement opposé.Valéria dut tendre l’oreille pour entendre la réponse de l’étranger. Sa voix était plus basse et il semblait essoufflé comme s’il avait chevauché sans s’arrêter sur des lieux et des lieux. - Ne te mortifie pas pour ça. Je suis porteur de noires nouvelles.- Noires ailes, noires nouvelles, en effet. Nous t’avons senti bien avant ton approche, s’est-il passé quelque chose de grave au Conseil ?La réponse de l’homme en noir fut absorbée par le coassement du corbeau qui passa au-dessus des trois enfants. Val réussit néanmoins à entendre la fin de la phrase. - … de l’Albinos.Ce nom lui rappelait vaguement quelque chose mais elle n’eut pas le temps d’y réfléchir car déjà Jean répliquait : - Comment a-t-il fait pour s’échapper d’Azgaroth ? Je croyais que c’était impossible.- Il y a une première fois à tout. Il a gagné les prisonniers à sa cause. Ils se sont rebellés contre les gardiens et réussi à les empêcher d’allumer le phare pour prévenir la côte. Au moment où le bateau pour le réapprovisionnement de la prison a amarré, les détenus ont sauté dessus et tué l’équipage. Ca fait six mois maintenant. - C’est regrettable, répondit Jean. Très regrettable. Il faudrait que…- Est-ce qu’il va bien ? demanda soudain une voix que Valéria identifia comme étant celle de sa mère. Il est encore en vie, n’est-ce pas ? La touche d’espoir qui dénotait dans sa voix intrigua Valéria. - Oui… On peut même dire qu’il se porte comme un charme ce saligaud !- Ne parlez pas comme ça de mon frère devant moi !!Un claquement retentit soudain suivi d’un bruit étouffé. - Du calme, Joanne, du calme, fit la voix de Jean. Arlyn, je suis désolé mais en quoi cela nous concerne-t-il ?Il y eut un moment de silence. Valéria se mit à craindre qu’elle ne puisse pas entendre la réponse. Maman avait un frère ? Maintenant qu'elle y pensait elle avait bien quelques souvenirs d'un homme aussi blanc qu'eux. Mais n'était-ce pas un rêve ? Elle donna un coup de coude à Maria pour la faire arrêter de gigoter à côté d’elle. Enfin la voix du dénommé Arlyn se fit à nouveau entendre : - L’Albinos s’est retourné contre nous. Vous savez que nous avons une vieille légende sur un Frère de Sang d’exception qui deviendra un jour notre chef. Vous pensiez, Jean, qu’il s’agissait de lui, pourtant il a trahi notre peuple et va finir par le mener à sa perte. Malgré cela il a encore des partisans de son côté à cause de cette vieille histoire. Le Conseil veut un nouveau symbole pour rallier tous les Frères de Sang. Une personne aussi charismatique et unique que l'Albinos. Nous nous sommes peut être trompés sur la personne à choisir la dernière fois, ce n'est pas l'Albinos l'élu.Il y eut un nouveau silence avant qu’une autre voix se fit entendre : - Que voulez vous dire ?- Et bien… Si l’Albinos n’est pas l’élu que nous attendions, il existe une autre personne qui porte les mêmes couleurs. Peut être est-ce elle qui est sensée nous amener vers la lumière en terrassant l'Albinos. Je suis venu chercher son neveu, celui que l’on nomme Vaan D. Bélial. _________________ Je suis celui-ci ou celui-là. Il n'y a point de différence. |
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 | Sujet: Re: Sui Generis [17] Mar 10 Juin - 21:09 | |
|  Valéria Il y eut des cris et des pleurs. Joanne ne voulut d’abord rien entendre. Il était hors de question que Vaan s’en aille pour aller servir de pantin au Conseil dans le but de se battre contre son oncle. Si elle avait eu le choix, elle serait retournée rejoindre son frère sur le champ. Pourtant à force de discussions au ton de la voix assez élevé, Jean parvint peu à peu à lui faire changer d’idée, lui soufflant qu’elle serait plus utile de se rapprocher du Conseil que de s’en éloigner. Ainsi elle pourrait mieux surveiller leurs faits et gestes. Finalement les parties trouvèrent un accord commun. Joanne laissait le Conseil s’occuper de l’éducation du petit Vaan à la condition qu’elle puisse superviser elle-même chaque contenu des enseignements qu’on lui soumettrait. Jean valida l’accord et Arlyn le Lévrier repartit porter la nouvelle à Brandon le Fort et ses autres conseillers. La famille s’en alla au début de la saison d’été. Quatre mois plus tard ils arrivaient sur les rivages de l’île des Angles. Il fut fait comme il avait été convenu. Vaan, toujours sous la tutelle de Jean le Bienheureux, fut éduqué comme un prince de l’ancien temps aurait pu l’être, c'est-à-dire à grand coups de leçons d’épées et de stratégies militaires suivi de fêtes de léchage de botte en règle. Malgré cette accélération intensive de son entraînement, le petit garçon n’en demeura pas moins médiocre aussi bien dans le maniement de l’arme que dans celui de la stratégie. Le maître d’arme en était désespéré mais n’en laissait rien paraître, trop occupé à lui faire des courbettes. Seul Valéria continuait à le traiter comme un moins que rien et, chose surprenante, il n’accepta bientôt plus que de s’entraîner contre elle. Pendant ce tems les raids des bandits conduits par l’Albinos continuaient à sévir sur le territoire et au-delà. Si, au départ, la troupe ne s’était composée que de cinq cents âmes en guenilles, elle ne tarda pas à enfler, et, l’argent entrant à mieux en mieux s’équiper jusqu’à devenir une véritable armée rompue au combat. Plusieurs Frères de Sang, ne croyant pas en la valeur de Vaan que le Conseil avait élevé sur un piédestal ne tardèrent pas à le rejoindre dans sa lutte, affaiblissant et divisant de plus en plus les pouvoirs en place. Mais malgré tout, les années passèrent, voyant grandir celui qui avait été choisi pour devenir le prochain leader des Frères de sang jusqu’à ce dernier ait atteint l’âge de seize ans. - Remue-toi un peu mollasson ! lui cria Valéria en donnant un coup d’estoc. Tu baisses trop ta garde après une attaque. J’aurais pu te tuer dix fois si je l’avais voulu.Valéria, vingt ans, n’avaient jamais voulu rentrer dans les rangs en se conduisant comme une femme. Au début, on avait bien essayé de l’instruire à l’art de la couture puis celui de la musique. Mais à chaque fois, la jeune fille avait fait preuve d’une telle mauvaise volonté, allant se réfugier dans la caserne à chaque fois que sa préceptrice avait le dos tourné, qu’on avait fini par abandonner l’idée d’en faire une dame civilisée. On laissait désormais tranquillement vaquer à ses occupations, ressemblant plus à un homme d’arme qu’à la sœur de celui qui était devenu l’icône du Conseil. Elle avait donc passé ses années d’adolescence avec les guerriers, s’entraînant sans relâche jusqu’à devenir l’une des plus fine lame du royaume. On l’avait surnommée l’Aiguille. D’abord pour se moquer, à cause des aiguilles qu’utilisaient les femmes pour coudre. Puis le surnom avait gagné en renommée et on le prononçait désormais avec une pointe de respect. Profitant que son jeune frère ait une nouvelle fois baissé sa garde, laissant une ouverture aussi large que l’avant bras, elle virevolta sur elle-même, passa la pointe de son épée par-dessus la lame du garçon, d’une torsion du poignet la fit passer en dessous et tira d’un coup sec vers le haut avant d’arrêter sa lame à quelques centimètres de la tendre chair du cou de Vaan, l’épée du garçon tourbillonnant dans les airs. - Encore gagné. Mais avec toi je n’ai vraiment aucun mérite. Ricana-t-elle. Vaan laissa passer le commentaire. Il savait pertinemment que même s’il avait été doué à l’épée, les chances de battre Valéria dans un combat singulier était quasiment nulle. Elle avait déjà défié les soldats les plus aguerris, leur promettant un mariage à celui qui aurait le courage devenir chercher sa main en la désarmant. Or personne encore n’avait réussi. Le jeune homme s’éloigna, les muscles en compote et le dos en miette. Valéria quant à elle se dirigea vers le baraquement pour aller se changer. Le choc qu’elle reçu faillit la faire tomber de son cheval. Elle sentit son bassin craquer sous son armure. Valéria comprit que si elle ne repoussait pas son agresseur, elle tomberait et se ferait piétiner en une fraction de seconde. Elle banda ses muscles. Son épée produisit quelques étincelles lorsqu’elle glissa en crissant sur la lame de son adversaire. Un cri venant de son bas ventre sortit soudainement de sa bouche. Dans un dernier effort qui ferait la différence entre la vie et la mort, elle réussit enfin à se dégager, écartant d’un coup la dangereuse arme effilée. Son cheval se cabra un instant pour récupérer son équilibre et fit quelques pas sur le côté, emporté par la foule dense de soldats. La jeune femme modifia sa position sur la selle et fit de grands moulinets avec son épée, éloignant les lances et les hallebardes qui passaient un peu trop près d’elle avant de reprendre les rennes de sa monture pour la remettre dans l’axe. Elle fit face à son adversaire. Un grand chevalier en armure noire qui tenait une épée deux fois plus grosse que la moyenne. Valéria savait qu’elle aurait du mal à vaincre un tel adversaire mais elle avait l’avantage d’être plus rapide et plus mobile, elle pourrait en tirer partie. Elle donna un coup de talon à son cheval qui parti au galop, droit sur le chevalier. Le chevalier noir resta immobile un moment, tel un roc au milieu d’une marée noire, avant de se mettre en garde à son tour. Il l’attendait de pied ferme. Valéria arriva à fond, l’épée au-dessus sa tête. Lorsqu’elle fut à sa hauteur, elle l’abattit violement. Aussi vif qu’elle, le chevalier para et repoussa l’attaque avec une facilité déconcertante. Une nouvelle fois Valéria faillit tomber. Elle sentit son cheval s’affoler sous elle. Elle tira les rennes pour le stopper. Les sabots du cheval soulevèrent des mottes de boues qui allèrent s’écraser sur les jambières déjà couverte de terre de la jeune femme. Son adversaire était encore plus fort qu’elle ne l’aurait soupçonnait. Sous son heaume, elle commençait à bouillir et le souffle lui manquer. Heureusement l’adrénaline lui épargnait d’avoir à supporter la douleur de ses muscles courbaturés. Elle aurait tout le temps d’avoir mal plus tard. Si elle survivait. Elle vira sur la droite, faisant faire demi-tour à son cheval pour se remettre face au chevalier. Elle chercha son adversaire des yeux mais celui-ci semblait avoir disparu, emporté par la foule. Elle jura entre ses dents. La jeune femme n’avait aucunement l’intention de se laisser ridiculiser ainsi. L’Aiguille avait une réputation à tenir. Il était hors de question de laisser le chevalier noir s’en tirer à si bon compte, elle voulait au moins le faire chuter pour lui apprendre les bonnes manières. Soudain un mouvement sur la droite attira son attention. Tout autour d’elle bougeait constamment mais quelque chose lui avait soufflé qu’un danger imminent arrivait dans cette direction. Son instinct ne la trompait pas. Une masse noire fonçait sur elle. Les naseaux du cheval aux yeux exorbités crachaient de la fumée. Le chevalier noir brandissait sa gigantesque épée devant lui. Elle voulut lever la sienne mais n’eut le temps que d’exécuter la moitié du mouvement. La lame adverse décrivit une courbe parfaite dans sa direction et s’abattit sur elle. Elle se pencha en arrière mais la lame infiniment longue pénétra quand même le plastron. Les mailles de son surcot éclatèrent pendant que la lame continuait sa mortelle avancée. Elle se sentit soulever de selle au même instant que sa peau se fendait en une sanguinolente balafre qui partait de l’épaule droite jusqu’à la hanche gauche. Elle chut pendant ce qui lui sembla durer des heures. Elle vit le heaume noir ouvragé du mystérieux chevalier s’éloigner peu à peu à mesure qu’elle se rapprochait du sol. Valéria tendit la main comme pour se rattraper à lui mais elle ne rencontra que le vide. Enfin, la jeune guerrière heurta le sol avec force, lui coupant le souffle. Elle ne s’évanouit pas tout de suite. Il fallut attendre qu’un cheval, lui aussi abandonné par son cavalier, recule de quelques pas et lui écrase la jambe. C’est ce moment que la douleur choisit pour affluer dans son corps. Elle hurla à s’en rompre les cordes vocales. Puis, les forces l’abandonnèrent pour la laisser dans un état d’épuisement total. Elle sentit son esprit dériver et ses pensées défaillir. Le sang coulait abondamment de sa plaie béante et se répandait autour d’elle dans une mare de liquide boueux. Au-dessus d’elle des ombres dansaient, des cris retentissaient, des épées se croisaient. Une ombre plus importante que les autres passa devant elle et l’aveugla totalement. Elle ferma les yeux et la perte de connaissance survint enfin, la délivrant de ses tourments. _________________ Je suis celui-ci ou celui-là. Il n'y a point de différence. |
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 | Sujet: Re: Sui Generis [17] Jeu 12 Juin - 1:07 | |
|  Chevalier Noir Il étira son bras pour voir l’étendue des dégâts. La blessure qui avait fini par ne plus saigner se remit instantanément à dégoutter, se rouvrant de toute part. Elle partait de l’épaule et s’arrêtait à peu près au coude. Par chance, elle n’était pas très profonde, elle guérirait vite. Il la banda ensuite avec un morceau de tunique sale pour empêcher le sang de couler n'importe où. Son attention fut soudain attirée par des mouvements venant de sous une couverture qui recouvrait vraisemblablement le corps de quelqu’un. Il n’esquissa pas un geste pour se saisir de son épée qui reposait sur ses genoux. Il se contenta de cracher dans le feu qui brûlait en face de lui et de finir la chope qu’il tenait dans sa main, celle qui n’était pas blessée. Une tête émergea enfin de sous la peau de daim, révélant une longue chevelure blanche encadrant un visage de poupon grimaçant. C'était une femme. Elle cria de douleur en retombant brusquement sur le dos tout en se tenant le ventre. - Ne bougez pas, damoiselle. Votre blessure est grave. Vous avez de la chance que je n’ai touchée aucun point vital.La jeune fille gémit encore quelques instants, les doigts crispés sur les côtes, puis finit par reprendre un peu de son souffle et se calma enfin. D’une voix chevrotante elle demanda : - Où est-ce que je suis ? Et qui êtes vous ?L’homme remplit son verre avec une bouteille de rhum et en avala la moitié. Puis il posa le récipient à côté de lui et se pourlécha les lèvres. Il observa ensuite la femme dont la poitrine se soulevait à un rythme régulier mais légèrement rapide sous la couverture. - Vous êtes dans le campement de l’Albinos, damoiselle. Et moi je suis celui qui vous a déquillé de votre monture ce matin. - C'est vous que je dois remercier pour cette blessure...Il hocha silencieusement la tête. Les yeux de la jeune femme se fermèrent et ses joues se creusèrent comme si elle souffrait atrocement. Au bout d’une minute, elle les rouvrit et tourna légèrement la tête vers l’homme qui se tenait de l’autre côté du feu de camp. Il n'y avait nul trace de peur ou de douleur lisible sur son visage de porcelaine. - Je suis votre prisonnière ?Un rire grave sortit de la gorge de son interlocuteur. Il trouvait ce qu'elle lui demandait vraiment très drôle. - Nan, damoiselle… En réalité, vous êtes ma future femme.En effet, il avait gagné contre l’Aiguille en un combat singulier. Et comme elle l’avait promis, elle devrait se marier avec l’homme qui la battrait à l’épée. On le surnommait l’Etoile du Matin, c’était l’un des plus talentueux chevaliers qui se battait sous les bannières de l’Albinos. C’était également un Frère de Sang qui avait décidé de se rallier à la cause de celui-ci. Son nom était Azraël D. Shaitan. Deux mois durent passer avant que l’Aiguille ne puisse remarcher. Azraël la veillait autant qu’il le pouvait mais ses devoirs envers son maître l’empêchait parfois de venir la voir pendant parfois toute une journée. Quand elle put enfin mettre ses pieds l’un devant l’autre sans trop trébucher à l’aide d’une canne de bois, il lui fit visiter avec enthousiasme le camp de l’Albinos. Ils se trouvaient dans un endroit désert et isolé, ce qui les rendait difficilement repérable, mais en contrepartie, ils devaient multiplier les raids et razzias afin de trouver de quoi alimenter les soldats en eau et nourriture et équipement militaire. A mesure que sa santé se faisait meilleure, elle essaya par la suite de s’échapper à trois reprises. Par trois fois il la ramena avec lui, jetée comme un sac de patates sur la croupe de son cheval, pieds et poings liés, l’exhibant ainsi à la vue de tous les soldats. Une fois elle tenta de le tuer dans son sommeil en essayant de subtiliser son épée. Mais Azraël ne dormait que d’un œil et il la maîtrisa avant qu’elle puisse mettre son projet à exécution. Voyant que rien ne marchait, elle essaya ensuite de se laisser mourir de faim. Mais Azraël ne l’entendait pas du tout de cette oreille. Il plaqua la jeune femme sur le ventre, lui enfonça un entonnoir dans le gosier et y déversa la mixture qu’il avait écrasé pour ne pas l’étouffer. Il répéta l’opération jusqu’à ce qu’elle accepte de reprendre ses repas normalement. En dehors de ces moments où elle le poussait à bout de patience, il essayait d’être gentil avec elle, sans trop la brusquer. Mais le caractère et la nature sauvage de la jeune fille ne cessait de l’impressionner de par sa force et son entêtement. Cela avait sur lui l'effet de se sentir encore plus attiré par elle. Pourtant, il n’essaya pas de la mettre tout de suite dans son lit. Il redoutait ce qu’elle pourrait lui faire si jamais il tentait l’expérience. Mieux valait être prudent avant tout. Un jour qu’il épluchait en sa compagnie des patates pour les mettre à bouillir dans la marmite qui reposait au-dessus du feu de camp le plus proche de sa tente, l’Aiguille lui demanda soudain : - Hé ! Mon cher mari, pourquoi tu ne m’as pas tué lorsque tu en as eu l’occasion ?Surpris, il leva ses yeux rouge doré vers elle. Mais ceux de l'Aiguille étaient fixés sur le feu crépitant doucement. Il baissa les siens et attisa les flammes avec un morceau de bois. - Parce que ça aurait été un pêché que de priver le monde de votre personne.Un petit ricanement sec sortit de la gorge de l’Aiguille. - Ces flatteries de jouvenceau neuneu, je m’en contrebalance comme d’une guigne. Azraël secoua la tête en soupirant. Cette fille là était incorrigible. Et ça l’excitait. - Franchement, que dirait votre père s’il vous entendait tenir un tel langage ?- Mon père ? Elle haussa les épaules. Il doit être au ciel. Et comme moi j’irai sûrement danser en bas avec le grand cornu, je risque de ne jamais le savoir.- Vraiment ? Vous dites que votre père est mort ? demanda-t-il en fronçant les sourcils. Pour la première fois elle quitta les flammes du regard et les posa sur lui. Ils étaient grands et beaux. La petite touche de colère qu’il pouvait y déceler lui donnait un air tellement attirant… - J’étais à son enterrement. Alors à part s’il arrive à se nourrir d’asticots et de racines là où il repose, oui il est mort.Un petit sourire flotta sur le visage d’Azraël. Elle ne savait donc rien ? C’était assez intéressant. Et ça expliquait certaines choses également. - Ca vous fait sourire le malheur des autres ? s’écria-t-elle avec humeur en le voyant ainsi. Il se reprit instantanément et effaça son sourire niais de ses lèvres. - Non… Non, pas du tout. Simplement, je parlais de votre vrai père…- Quoi ?! L’exclamation fit se retourner quelques soldats qui jouaient aux cartes non loin de là. Azraël leur fit un signe de la main pour les apaiser et ils retournèrent rapidement à leur partie. Elle le regardait maintenant avec un air sceptique mais il pouvait en même temps lire un certain intérêt dans ses yeux. Une petite lueur était cachée tout au fond de ses pupilles. - Qu’est-ce que tu me chantes là comme balade débile ?Il ouvrit la bouche, découvrant ses dents blanches et pointues. Il venait enfin d’attirer son attention. Il prit ensuite un air chagriné. - Je suis étonné. Vous ne connaissez donc pas la vérité ?- Quelle vérité ? demanda-t-elle sur la défensive. Je te préviens que si tu persistes dans tes menteries, je te mets mon poing dans la figure.Elle disait cela avec colère mais il sentit instantanément qu'il y manquait une certaine dose de conviction. Il pouvait la ferrer, il devait juste rester assez vague pour maintenir son doute et sa curiosité. - Charmant… Mais ce ne sont point des menteries. Enfin, vous comprendrez mieux quand l’Albinos sera revenu. Ce n'est pas à moi de vous révéler tout ça. Il ne devrait plus tarder à présent. Lui et sa troupe devrait être rentré avant la prochaine pleine lune. Il vous expliquera tout sur vous... et le reste.Laissant ses derniers mots en suspension, il jeta sa dernière pomme de terre dans la marmite et se leva tout en s’essuyant les mains sur son pantalon de grosse laine. Puis il fit demi-tour et rentra dans sa tente. Par la fente de l’ouverture, il observa l’Aiguille. La jeune fille ne bougea pas pendant plusieurs minutes, se contentant de froncer les sourcils, le cou posé sur les genoux, à remâcher les derniers mots qu'avait prononcés Azraël devant le feu. Il se mit à sourire. Elle resterait ici. Au moins jusqu’à ce que l’Albinos revienne avec Remiel. Il espérait qu’ils auraient de bonnes nouvelles à lui annoncer. _________________ Je suis celui-ci ou celui-là. Il n'y a point de différence. |
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 | Sujet: Re: Sui Generis [17] Mar 24 Juin - 18:31 | |
|  Maria Des années passèrent après la disparition de Valéria. Au début, Vaan s’était muré dans le silence, le Conseil refusant d’envoyer des troupes à sa recherche. Une seule personne ne valait pas la peine qu’on risquât la survie de leur culture. On était même pas sûr qu’elle était en vie et, si oui, on ignorait où. C’est à peu près six mois plus tard que Maria avait commencé à voir des changements s’opérer sur le comportement de son jeune frère. S’il refusait toujours de parler et se contentait de rester seul dans son coin, elle le surprenait parfois devant un livre traitant des stratégies militaires utilisées par d’anciens généraux, ou bien, l’épée à la main, s’entraînant contre un ennemi qui n’existait que dans son esprit. Le jeune homme avait compris que même s’il était l’icône derrière laquelle se regroupait la faction des Frères de Sang suivant le Conseil, il n’était en réalité qu’un simple leurre. Un postiche de chef, il n’avait strictement aucun pouvoir et ce n’était pas avec ses maigres capacités de guerriers ou de stratèges que la communauté lui donnerait sa confiance. Il leur fallait avant tout un guerrier charismatique capable d’accomplir des exploits que nul autre ne pourrait accomplir. Maria n’avait aucun doute quant à l’objectif de son frère. Il voulait prendre le contrôle afin de ne plus être le pantin manipulé par Brandon et ses sbires. Elle l’aidait quand elle le pouvait mais toujours de manière discrète. Il était étonnant de voir à quel point l’orgueil de son frère avait enflé en si peu de temps, lui qui se laissait toujours marcher dessus sans broncher. Au bout de quatre années, le frêle et peureux Vaan n’avait plus rien à voir avec l’homme qu’il était devenu. C’est aussi au cours de cette année qu’il devint également un véritable SangDragon en passant les épreuves du Cœur et de l’Âme. Dès lors, une véritable rivalité ouverte naquit entre lui et le Conseil. Le Conseil devait désormais subit le retour de bâton. En faisant de Vaan, l’être élu, ils lui avaient inconsciemment donné le pouvoir spirituel. Et lorsqu’il commença enfin à s’opposer aux décisions du Conseil, ils ne purent le lui enlever d’un claquement de doigt. Plusieurs Frères hésitèrent sur le camp à choisir. A nouveau ils étaient divisés. Un tiers était encore attaché aux valeurs traditionnelles du Conseil, un autre tiers aspirait au vent du changement que Vaan allait apporter et enfin le dernier tiers avait rejoint l’Albinos qui était considéré par eux comme le véritable et unique être élu de la légende. Ce schisme fut une véritable aubaine pour l’Albinos qui redoubla la fréquence de ses escarmouches ainsi que leur violence. Il semblait déterminer à mettre fin rapidement au règne du Conseil ainsi qu’à ce petit nouveau qui entrait dans la course au pouvoir. Maria, quant à elle, regardait tout ce petit monde s’agiter comme des vers autour d’elle. Elle comprenait la politique et les enjeux qu’une telle séparation opèrerait dans l’avenir mais elle préféra ne pas s’en mêler ouvertement. Dans le contexte actuel, elle avait trop peur pour la vie de son tout jeune enfant qui venait à peine de naître. Elle avait essayé pendant sept ans d’en avoir un, elle n’avait pas l’intention qu’il meure à cause d’une intrigue de château. Elle se contentait donc de rester dans l’ombre, soufflant ses idées quand elle le pouvait à son frère. Quand vint 1739, début de la vingt-et-unième année de la disparition de Valéria, Vaan venant d’avoir trente-sept ans, convoqua ses plus fidèles partisans afin de tenir une réunion secrète dans les bas-fonds du château. Parmi eux il y avait Merle la Princesse des Fleurs, son fils Raphaël âgé de dix-huit ans et Jean le Bienheureux. Maria n’avait rejoint la bande qu’à contre cœur, laissant avec réticence son fils de quatorze ans en compagnie de sa grand-mère malade. Le jeune garçon avait protesté mais elle s’était montrée implacable. Tant qu’il n’aurait pas atteint ses quinze ans révolus, il ne pourrait assister à ce genre de réunion. Evidemment, Raguel avait râlé mais il avait finalement obtempéré tout en marmonnant dans sa barbe. Vaan était installé sur des caisses en bois, debout afin que tout le monde puisse le voir. Il avait fait poster des gardes à toutes les issues, ainsi ils ne risqueraient pas d’être dérangés par les partisans du Conseil qui grouillaient dans le château. Le brouhaha général qui régnait dans la pièce circulaire s’estompa au moment où Vaan leva un bras devant lui pour faire taire la foule. Maria remarqua que plusieurs d’entre eux le regardaient avec admiration, presque idolâtrie. Il était loin le garçon maigrichon et maladif qu’elle avait connu. Ses yeux rouges brillaient intensément dans la demi pénombre. Maria n’avait pas osé passer l’épreuve. Elle n’était pas une guerrière, elle n’avait que faire d’avoir plus de force ou de résistance. D’autant plus que c’était dangereux. Même si certains réussissaient l’épreuve, la plupart revenaient fous et ne dormaient plus, leurs cris résonnant dans tout le château la nuit. On dénombrait environ douze mille SangDragons en Angleterre. C’était 90% de leur population totale. Parmi eux il n’avait que huit cents éveillés. Cela démontrait parfaitement qu’il ne fallait rien avoir à perdre pour passer les épreuves et devenir un vrai Frère de Sang. Lorsque le silence fut complet, Vaan commença à parler de sa voix mélodieuse qui charmait tant les jeunes filles : - Amis, Frères et Sœurs, nous voici tous réunis céans afin que je puisse vous prodiguer la parole de Dieu. Me voici devant vous, moi, Elu parmi les élus, l’enfant aimé de Dieu. Ses yeux passèrent sur chacun des visages présents comme s’ils cherchaient un signe d’assentiment. L’heure est proche pour nous d’éradiquer la menace qui pèse au-dessus de nos têtes, tels une Damoclès, depuis trop longtemps déjà. Un vague murmure parcourut la foule. Merle qui était côté de Maria se pencha vers elle et lui souffla à l’oreille : - A la bonne heure. Il a dit la même chose il y a trois ans lorsqu’il a voulut empoisonner le Conseil. J’espère qu’il a quelque chose de nouveau cette fois.- La dernière fois quelqu’un l’a trahi. C’est pour ça que ça n’a pas fonctionné.Merle haussa les épaules. C’était une pessimiste, Maria n’y faisait plus attention. Au moins, ce n’était pas une de ces fanatiques prêts à se sacrifier pour « leur noble et juste cause. » - Nous avons, reprit-il, de nouvelles informations sur le lieu où réside le gros des forces de l’Albinos. Son campement se trouve sur un plateau isolé dans le nord. Il ignore que nous savons qu’il se terre à l’étranger. Nous nous mettrons bientôt en marche et nous l’éradiquerons ce faux prophète qui a choisi de servir le malin. Dieu est de notre côté, il nous accordera la victoire.Un nouveau murmure se fit entendre au quatre bouts de la pièce mais cette fois-ci il était nettement plus fort, et surtout, beaucoup plus enthousiaste. C’était les fanatiques qui faisaient le plus de bruits. Certains d’entre eux laissaient même couler des larmes de joie en criant de grand « hourra !» Vaan leva les mains, paume vers le plafond et la foule se galvanisa encore plus. Le château entier devait en trembler. - Il est fou, dit Merle en secouant la tête. Même avec l’effet de surprise nous ne parviendrons pas à gagner. Les troupes de l’Albinos sont au moins trois fois plus grosses que les nôtres. Il n’utilise pas seulement les Frères, il a dans ses rangs des humains qu’il a ramenés de la prison d’Azgaroth. La pire racaille qu’on puisse trouver sur Terre.Comme pour répondre à l’accusation de la Princesse des Fleurs, Vaan fit un nouveau geste pour intimer à la foule de se taire. Il prit alors un air grave : - Il est également temps pour nous de nous réunir et de sortir de l’ombre. Georges II, roi d’Angleterre et d’Irlande va rentrer en guerre contre l’Espagne. Nous allons passer une alliance avec lui et le Conseil. Nos troupes soutiendront celle du roi et les siennes nous aiderons dans notre tâche.Cette fois-ci un grand silence accueillit cette déclaration. Une déclaration amènerait cinquante ans de guerre entre les trois clans, tantôt unis, tantôt ennemis, jusqu’à leur extermination en 1789 par la race des sorciers sous le commandement de la famille Delacroix. _________________ Je suis celui-ci ou celui-là. Il n'y a point de différence. |
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 | Sujet: Re: Sui Generis [17] Ven 27 Juin - 18:57 | |
|  Valéria - 1789 Ils regardaient, pétrifiés, le spectacle qui s’étendait devant leurs yeux. Comment pouvait-on faire ça ? Comment était-ce possible que eux, la race supérieure, pusse se faire décimer de la sorte ? Tout n’était que ruine et mort. Une véritable désolation. Les corps sans vie s’étendaient à perte de vue. Sous leurs yeux, se trouvaient quinze mille cadavres. Tous des SangDragons et des Frères de Sang. Aucun d’entre eux ne pouvait parler. Aucun d’entre eux n’arrivait à détacher son regard du carnage. Aucun d’entre eux ne parvenait à comprendre ce qu’il venait de se passer. Personne ne pouvait posséder un tel pouvoir de destruction. C’était impossible. Valéria regarda le visage de son frère cadet. Il était d’une pâleur cadavérique mais son expression restait indéchiffrable. Sa mâchoire fermement serrée, il regardait sans voir car lui seul parvenait à distinguer ce qui se trouvait au-delà du génocide. Une race plus puissante. Supérieure. Et qui leur avait déclaré la guerre. Enfin quelqu’un parmi la petite troupe assemblée s’exprima. Une voix vibrante de colère et de tristesse : - Se sont tous des fumiers. Nous ne pouvons pas rester les bras croisés sans rien faire ! C’était Azraël. Son fils. Il ressemblait très peu à son père. Ses cheveux étaient argentés et il était svelte et de taille moyenne. Seul la couleur de ses yeux rouge dorés qui se reflétaient dans son regard tels de petits soleils pouvait ranimer le souvenir du chevalier au grand cœur dont il était issu. Vaan secoua la tête : - Ceci est une force qui nous dépasse tous. En une journée nous avons été réduits à néant quand cinquante ans de guerre intestinale ont à peine réduit notre communauté. Avant de répliquer nous devons d’abord d’où est issu ce pouvoir et de voir si nous pouvons aussi l’obtenir. Après et seulement après nous pourrons aviser.Azraël cracha au sol avec dédain mais ne répliqua pas. On ne répondait pas au Père, pas à Vaan D. Bélial l’Albinos. Celui qui avait unifié les Frères de Sang contre la tyrannie du Conseil. Pourtant Valéria faillit répliquer à son tour. Elle était d’accord avec son fils. Rester silencieux après une telle déculottée n’avait rien de digne pour un Frère de Sang. Mais c’était la décision du chef, elle devait la respecter. Elle n’avait que trop bien vu ce dont les Frères étaient capables de se faire lorsqu’ils s’affrontaient pour le pouvoir. Et surtout, ce n’était pas le moment. Elle lança un regard circulaire sur le petit groupe assemblé autour de Vaan. Ils n’étaient pas plus d’une trentaine. Si on comptait également les SangDragons qui ne résidaient pas en Angleterre, leur population pouvait atteindre, non sans difficulté, la centaine. S’ils se séparaient encore, les conséquences seraient catastrophiques. Azraël était intelligent et l’avait lui aussi compris. Vaan, sentant le mécontentement général, se détourna du carnage et braqua ses yeux implacables sur ses fidèles. Il regarda avec attention chacun des visages présents, attendant qu’ils baissent les yeux devant lui. Puis, lorsqu’il eut terminé sa tournée, il pointa un doigt vers le champ de morts et hurla pour que tout le monde puisse imprimer chacun de ses paroles en lui-même : - Je ne vous demande pas d’oublier ça ! Ce qu’il vient de se passer un acte impardonnable à notre encontre ! Mais c’est la volonté de Dieu. – Valéria trouvait qu’il faisait souvent référence à Dieu dans ses discours. Faire de lui un Prophète investi par le divin était une bonne manière pour endoctriner et manipuler son entourage. – Si Dieu a permis cela, c’est pour nous punir de nos pêchés passés. Nous nous sommes égarés. Du sang de Dragon a coulé à cause du sang de Dragon. Il s’arrêta une seconde, braquant à nouveaux ses yeux sur chacun d’entre eux et reprit : Maintenant nous devons nous redresser et marcher la tête haute sous la même bannière. Les sorciers qui ont fait ça paieront et ils paieront le prix fort. Mais patientez, il nous faut du temps. Nous marcherons encore pendant des centaines d’années sur ces terres. Et lorsque l’ennemi nous aura oubliés. Lorsque les enfants des enfants nos ennemis raconteront cette histoire et que leurs enfants croiront à un mythe, alors nous reviendrons. Et cette fois, nous les détruirons ! Un frisson commun parcourut alors la foule. Valéria sentit une nouvelle énergie lui parcourir le corps. Vaan avait peut être raison, la vengeance est un plat qui se mange froid. Dans ce cas là, le plat serait glacial. Nous renions notre humanité, nous jurons d’oublier la terre qui nous a vu naître, celle qui nous a vu grandir et celle qui nous a vu mourir pour naître grandis. Nous renions notre vie d’antan, nous jurons d’oublier ceux qui nous ont conçus, les amours que nous avons expérimenté et les enfants que nous avons laissé pour naître grandis. Nous renions nos allégeances, nous jurons de briser nos serments, nos vœux et nos promesses pour naître grandis. Nous renions nos noms, nous renions nos vies, nous renions nos maîtres. Nous mourrons et nous naissons car nous sommes les Frères de Sang.
Chroniques d'un Frère de Sang - livre I, chapitre 1 [De ce que nous sommes] (1789) D. Bélial
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 | Sujet: Re: Sui Generis [17] Sam 28 Juin - 23:19 | |
|  Raguel - 1968 Raguel marchait dans l’étroit couloir juste derrière le Père et Azraël. Ceux-ci étaient entrain de se disputer au sujet d’Helena. Azraël était hors de lui tandis que Vaan restait calme, affichant un visage stoïque malgré les postillons clairement hostiles de son interlocuteur. - Pourquoi la laisser en vie ? On n’a pas besoin d’elle ! C’est une Delacroix, elle mérite la mort, elle comme toute sa lignée pourrie.- J’ai besoin d’elle pour le moment. Elle est la clé qui me permettra d’obtenir le pouvoir que ce sorcier, Voldemachin, a laissé à sa famille.- JE SAIS ! vociféra Azraël. Mais il n’a jamais été question que vous essaieriez de la mettre enceinte !Surpris par les paroles de son cousin, Raguel s’arrêta brusquement. Remiel qui se trouvait à quelques centimètres de lui le percuta de plein fouet. - Qu’est-ce qu’il t’arrive gamin ? demanda-t-il avec mauvaise humeur. De tous, Remiel était le plus vieux d’entre eux. Il était aussi un remarquable guerrier et parlait rarement. Lorsqu’il ouvrait la bouche, c’était soit pour lâcher un commentaire acerbe, soit pour pondre une idée de génie. Raguel préférait encore quand il la fermait, contrairement aux deux autres cas, ça lui évitait de passer pour un abruti. Il haussa les épaules, faisant comme si de rien était et reprit sa marche silencieuse. Il remarqua alors que Vaan l’observait du coin de l’œil. Celui-ci détourna immédiatement le regard et reprit sa discussion avec l’Etoile du Matin. - Ce que je fais avec Helena ne regarde que moi. Mais imagine un peu les possibilités qui s’offriraient à nous si nous parvenions à créer une race possédant nos caractéristiques et celle des sorciers.Azraël secoua vivement la tête, furibond. Ses yeux rouge doré lançaient des éclairs. Une veine apparut au niveau de sa tempe et grossit si bien que Raguel crut une seconde qu’elle allait exploser. Pourtant ce fut d’une voit désertifiée de tout émotion qu’il répondit : - C’est abject. Comment osez-vous mélanger notre sang si pur avec de la charogne telle que cette sorcière ?Vaan ricana entre ses dents. - Ne t’inquiète pas. Parmi les sorciers cette fille est considérée comme l’une des plus pures qui soit.- Rien à foutre de son sang de sorcier.Azraël s’arrêta de marcher et croisa les bras sur sa poitrine. Il dépassait Vaan de plus d’une tête et était beaucoup plus charpenté que la frêle silhouette du Père. Pourtant Vaan ne sembla pas impressionner mais plutôt amusé, comme un parent qui voit son petit garçon boudé parce qu’il a été privé de friandises. Vaan s’arrêta à son tour et plaça ses mains sur ses hanches, un sourire affable collé sur le visage. Raguel connaissait cette expression et il aurait préféré ne pas être là pour voir ça. Pourtant il n’avait pas trop le choix. Vaan avait demandé à lui et Remiel de le suivre. Ca allait mal finir. - Et qu’est-ce que tu vas faire, alors ? demanda Vaan, toujours souriant. Si tu la tues, c’est moi qui te tue.- Sa famille a tué ma mère !! explosa Azraël. - C'était aussi ma sœur qu'ils ont tué, répliqua son oncle de but en blanc. Ainsi que mon père et près de quinze mille autres SangDragons. Je n’ai pas oublié mais est-il utile de punir une demoiselle pour les fautes de ses aïeuls ?Raguel était d’accord avec ce que disait son oncle mais ce n’était vraisemblablement pas le cas de son cousin. - Ce n’est pas ce que vous disiez, à l’époque, siffla-t-il entre ses dents serrées à l’extrême. Vous nous aviez promis une vengeance.Le Père soupira. - Les temps ont changé, Azraël. Les années ont cicatrisé la colère qui était en nous alors. Rien ne sert de vivre dans le passé. Nous ne regagnerons jamais notre gloire d’antan mais nous avons là une occasion unique de sublimer notre race en la couplant à celle des pratiquants de la magie. Ainsi je vais créer quelque chose d’aussi pur que le cristal, c’est ma mission maintenant.- Vous et vos missions à la gomme ! Vous avez raison, les temps changent. Nous savons que vous n’avez rien d’un prophète ou d’un dieu. Arrêtez de vous prendre comme tel en jouant avec les races. Vous êtes un albinos, Dieu, s’il existe, ne vous a jamais choisi. Au mieux, vous êtes une tare dans le code génétique des Frères de Sang. Vous n'avez aucune légitimité en tant que ch...Soudain, aussi rapide que l’éclair, Vaan avait bondi sur Azraël, le prenant à la gorge et, avec une force dont Raguel ne l’aurait jamais cru capable, l’envoya au sol. Azraël roula sur le côté en se tenant la gorge, toussant et crachant, les yeux révulsés. - N’oublie pas, quand tu m’insultes moi, tu insultes aussi ta mère et celle de Raguel.Tournant le dos à Azraël, Vaan se remit à marcher. Sans se retourner il fit un signe de la main indiquant à Raguel et Remiel de le suivre. Raguel frissonna. Sans piper mot, ils enjambèrent le corps encore suffoquant d’Azraël et s’enfoncèrent dans le loin couloir qui semblait ne jamais prendre fin. _________________ Je suis celui-ci ou celui-là. Il n'y a point de différence. |
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 | Sujet: Re: Sui Generis [17] Mar 1 Juil - 14:13 | |
|  Raguel - Novembre – 1981 La dispute était violente. Plus que d’habitude. Un mauvais pressentiment s’empara de Raguel. Il ressentait cet amer goût dans la bouche chaque fois que le Père, Vaan, allait déployer sa force. Cette impression s’était accrue depuis que Père portait cette chose sur son bras. Une chose qui était mauvaise, très mauvaise. Raguel ne pouvait s’empêcher de détourner le regard à chaque fois que le gant noir entrait dans son champ de vision. Il ne critiquait pas le Père de le porter car, avec lui, il avait acquis un tout autre niveau de pouvoir. Cette chose lui faisait simplement peur et il était admiratif de voir le Père le porter ainsi sans craindre les dangers que cela pourrait lui causer. Azraël avait réagi tout à fait différemment de Raguel. Pour lui, le massacre des Delacroix avait été une simple revanche de sang pour sang, afin de venger les Frères défunts. Que Vaan en ait profité pour subtiliser un objet si dangereux – et surtout – si sorcier, le mettait hors de lui. Avec cela venait s’ajouter la découverte de la double vie que menait Père. Celui-ci avait, un peu moins d’une quinzaine d’années auparavant, soudainement cesser de voir les Frères régulièrement, ne les réunissant qu’occasionnellement, une à deux fois par mois. Chez certains membres du groupe, la foi, déjà fragilisée par les incessantes et véhémentes accusations d’Azraël, avait vacillé. Leurs oreilles se tournaient de plus en plus vers Azraël et ses desseins de vengeance. - Alors vous l’avez finalement fait avec ce monstre ? s’exclama Azraël en faisant les cents pas. Vaan acquiesça en silence. Un tic nerveux à la lèvre d’Azraël lui fit se dessiner un rictus, découvrant ses dents limées en pointe. - Est-ce pour cela que vous avez fui votre vraie famille ? Pour faire des bébés monstres ?- Se ne sont pas des bébés monstres, dit Vaan en secouant la tête. Se sont des SangDragons ayant le pouvoir de sorciers. Par contre, je me demande comment toi tu l'as su. Est-ce Remiel qui t'a mis la puce à l'oreille ? Je lui ai parlé à l’hôpital, il y était. C’est toi qui lui avais demandé de me suivre ?Azraël ignora totalement la question, fixant d’un air furibond le Père tranquillement assis sur une chaise devant une table en bois. - Quel âge a la fille ? Et le fils ? Depuis combien de temps nous cachez vous que vous avez réussi à créer ces abominations ?- Ils ont environ quinze ans. Se sont des jumeaux.L’Etoile du Matin s’arrêta. Il paraissait comme pétrifié par la nouvelle. Raguel sentit, même derrière la porte, un frisson parcourir le corps d’Azraël. - Quinze ans. Répéta-t-il comme pour s’en convaincre lui-même. Quinze années et il a fallut que se soit un accident arrivé à la fille pour que nous sachions enfin la vérité. Vous vous êtes égarés. A force de frayer avec l’ennemi, il désigna le gant du doigt, vous êtes devenu l’un d’entre eux.Un lourd silence s’abattit alors. Raguel déglutit en faisant le moins de bruit possible. Il était probable que le Père sache qu’il était là mais il n’était pas sûr et ne voulait pas attirer l’attention sur lui. Il était coincé dans sa minuscule chambre pendant que les deux autres se disputaient près de sa porte. Enfin, après plusieurs minutes, le Père brisa le silence : - Tu es tourné vers le passé et la rancune. Si tu refuses d’évoluer, alors je ne peux plus rien pour toi.Raguel entendit des bruits de vêtements froissés. - Où allez-vous ? demanda Azraël. Revenez !Il y eut un moment de silence puis des bruits de pas précipités et le choc de deux corps se rentrant l’un dans l’autre. Il y eut de forts bruissements et des cris étouffés. Lorsque Raguel ouvrit les portes à toute volée, Azraël était à terre, se tenant la mâchoire et répandant son sang partout sur le sol. Il regarda alors le Père qui se tenait droit, au-dessus d’Azraël. Une sorte de fumée noire se dégageait du gant qu'il portait à la main droite. Pendant une seconde il crut y discerner un visage mais cette impression se dissipa aussi vite qu’elle était apparue. Il avait sûrement rêvé. Vaan regarda Raguel, aucune marque de surprise ne se lisait sur son visage. D’un geste de la tête il désigna le corps étendu d’Azraël : - Occupe-toi de sa grande gueule et prépare-toi. Nous partons.- Où ça ? voulut-il savoir en s’approchant. Un demi-sourire apparut sur les lèvres du Père. - Au Château du Mont des Neiges. Je viens d’inventer une punition tout à fait appropriée pour ton si brillant cousin.
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Nombre de messages: 98 Date d'inscription: 18/05/2007
 | Sujet: Re: Sui Generis [17] Mar 1 Juil - 22:45 | |
|  Raguel - Décembre – 1981 C’était peut être bien la première fois que Raguel voyait Vaan aussi furieux. D’habitude il dissimulait sa colère sous un masque impassible et insondable. Mais cette fois-ci, tel n’était pas le cas. Pour la première fois de sa vie, Raguel comprenait le véritable sens du mot Peur. Vaan avait toujours eut quelque chose de terrifiant. Mais là, le voir donner libre cours à toute sa colère, tétanisait ses os et le pourfendait jusqu’à la moelle. Une colère noire brûlait dans ses yeux. Raguel sentait qu’il était prêt à tuer quiconque se mettrait en travers de son passage. A côté de lui, Uriel pleurait de peur. Pour une fois il comprenait cet imbécile. Il se serait volontiers passé de ce genre de spectacle lui aussi. De l’autre côté, à sa gauche, Sariel et Gabrielle avait légèrement meilleure contenance mais n’en menait pas large eux non plus. Tous avaient peur que la colère du Père ne se retourne contre l’un d’eux. Tous sentaient leurs trippes se liquéfier dans leur ventre. Père faisait les cents pas devant son large bureau. Ses bottes frappaient si durement le sol que cela donnait l’impression que le sol allait s’effondrer sous leurs pieds. Soudain, il se tourna vers Raguel et les trois autres personnes présentes dans la pièce : - COMMENT ? Comment pouvez-vous m’expliquer ce qu’il vient de se passer ?Personne ne répondit. Personne n’avait de réponse. Uriel se contenta juste de chialer de plus belle. Voyant que personne ne lui répondrait, Vaan pointa un doigt accusateur sur eux. Raguel frémit. C’était la main contenue dans le gant qui était braquée sur eux. - Vous… Vous n’avez rien vu venir ? Vous vivez avec eux tous les jours. Vous mangez avec eux tous les jours. VOUS COUCHEZ AVEC EUX TOUS LES JOURS – cette phrase, il la prononça en fixant intensément Gabrielle. – Et vous n’êtes même pas foutu de voir qu’un complot se déroule juste sous vos yeux ?La raison de la colère de Vaan, tout le monde la connaissait. Certains d’entre eux avaient décidé de se rallier à Azraël. Les évènements s’étaient accélérés lorsque Vaan l’avait fait emprisonner dans les sous terrains du château en ruine. Trois des Frères de Sang avaient franchit une limite que le Père ne pouvait tolérer. La plupart d’entre eux se souvenait parfaitement ce qu’il c’était passé lorsque les SangDragons s’étaient divisés. Pour ceux qui n’étaient pas encore nés à l’époque, les récits qu’on leur en avait faits n’avaient rien d’élogieux. Lorsque Vaan avait appris qu’ils allaient tenter de délivrer Azraël de sa prison de terre, le chef de tous les Frères de Sang s’était plongé dans cette colère noire et n’en était pas sorti depuis. C’est donc ainsi qu’il continua son monologue : - Moi, moi qui vous ai conduit et guidé à travers les âges jusqu’à maintenant, est-ce comme cela que vous me remerciez ? En me poignardant dans le dos ? Vous devriez tous avoir honte. Azraël a au moins eu le courage de se lever ouvertement contre moi, au lieu de rester cloitrer dans l’ombre à attendre que je ferme les yeux pendant une seconde.- Ca lui a bien réussi, répondit Sariel. Le Père arrêta soudainement son manège et fixa Sariel avec intensité. Il se rapprocha de lui à grand pas jusqu’à ce que leurs visages ne soient plus qu’à quelques centimètres l’un de l’autre : - OUI ET CA T’AMUSE ON DIRAIT ?Sariel pâlit et secoua la tête. - Pas… Pas du tout.Un sourire carnassier se dessina sur le visage de Vaan. - Je vais te montrer ce qui m’amuse.D’un geste plus rapide que l’éclair, il planta son doigt dans son globe oculaire de Sariel. Aussitôt après, l’homme tomba à terre et se mit à rouler sur le dos tout en gémissant. De son œil, sortait du jus noir et de la fumée. L’œil était littéralement en train de bouillir et de fondre. Raguel ne put réprimer un frisson d’horreur. Le gant avait un pouvoir terrifiant. Uriel tomba par terre en tremblant de peur. Le géant faisait plus de deux mètres et pesait plus de cent cinquante kilos de muscles mais il braillait comme un bébé devant la tornade qu’était devenu Vaan. - La prochaine fois que tu me feras une autre remarque de ce genre, c’est la langue que je te prendrai. Dit le Père en ayant retrouvé un semblant de self-control avant de se tourner à nouveau vers les autres. Remiel, Merle et son fils sont là bas. J’espère pour vous qu’ils suffiront à enrailler cette menace. Car je vous préviens, si jamais l’un des traîtres parvient à s’échapper, nous allons au devant de graves, très graves problèmes._________________ Je suis celui-ci ou celui-là. Il n'y a point de différence. |
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