| | | Un arrière goût de cigarette... [5] | |
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Jean Delacroix Cramé

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 | Sujet: Un arrière goût de cigarette... [5] Sam 3 Fév - 22:05 | |
| Azkaban, 21 Décembre 1998 Phalange I : Ascendance maternelle Une respiration rauque et saccadée. Une vue brouillée par les ténèbres. Un arrière goût de la salive dans la bouche. Un bruit de pas dans le silence. Une main en contact avec le bois lisse. Par son nez il sentait l’odeur de la mort envahir peu à peu la maison. Par ses yeux il voyait son avancée, gravissant les degrés de l’escalier qui le mènerait au premier étage. Par sa bouche il goûtait les sucs gastriques s’échapper lentement du bord de ses lèvres. Par ses oreilles il entendait le vent qui sifflait au-dehors et le craquement des branches. Par ses mains couvertes de sang brillant sous la douce lueur de la lune il touchait la rambarde de l’escalier de bois qui menait au premier étage. Ses jambes avancèrent jusqu’à la dernière marche. Arrivé en haut ses pas le menèrent devant une porte close. Un léger parfum de rose s’en dégageait et il pouvait presque ressentir la présence humaine qui se tenait derrière. Apaisante. Douce. Attirante. Il vit sa paume se poser sur la poignée. Il avait envie de rejoindre cette présence. Il savait qu’elle l’appelait. Il savait qu’il la désirait. Et pourtant un terrible sentiment de vide – non, pas de vide – un sentiment de « quelque chose » envahit son corps complètement vide. Etait-ce la peur qu’il ressentait ? Ou bien l’excitation qui lui remontait jusqu’à la gorge lui dilatant les pupilles comme s’il allait pleurer de joie ? De frustration ? De haine ? Pourtant il finit par tourner la poignée. La porte grinça doucement et il sentit que le bruit venait de la réveiller. Il cessa de respirer attendant sa réaction. La présence ne bougea pas. Encore trop endormie pour s’éveiller complètement. Reprenant son souffle, il siffla de soulagement, produisant une sorte de ronronnement de plaisir qui le fit vibrer de la pointe des pieds à la racine des cheveux. Il ouvrit complètement la porte et entra. C’était la même petite chambre douillette que la présence et lui partageaient depuis maintenant bientôt quatre ans. D’un côté, avec deux chaises, trônait le bureau sur lequel, il le savait, la présence travaillait ses dessins pour les contes pour enfants. Au fond de la pièce la grande armoire à six fonds où ils rangeaient leurs affaires personnelles. De l’autre côté de, une grande fenêtre éclairait à la pâle lumière de la lune un lit deux places dans lequel il distingua une vague forme humaine qui bougeait légèrement. Il entendait grâce à ses oreilles le souffle de la respiration de la forme. Apaisante. Douce. Attirante. Un frisson le parcourut et une légère tension lui fit mal aux omoplates, juste au-dessus du cou. Il s’avança d’un pas, faisant par la même occasion couiner le plancher de bois. Cette fois le bruit la réveilla pour de bon. Elle se redressa lentement, en se frottant les yeux, le drap glissant le long de son corps révélant une grosse chevelure blonde, un visage rond aux lèvres pulpeuse et deux seins menu qui pointait vers l’avant. La femme ne semblait pas vraiment inquiète. Elle parcourut la pièce du regard en plissant ses petits yeux verts en amande comme si elle pouvait voir dans le noir. - Jean ? Jean c’est toi ?Il ferma la porte derrière lui et répondit : - Oui, oui c’est moi.Et un long hurlement d’agonie se répercuta dans la nuit. Criant et hurlant, il se releva brusquement de son lit, le corps couvert de sueur et le souffle court comme s’il avait couru le Marathon. Il mit quelques instants avant de reprendre une respiration normale et sentit peu à peu ses poumons se remplir à nouveau correctement d’air. Il regarda autour de lui. Il était dans la cellule qui le servait de chambre à Azkaban et que Maugrey avait fini par lui céder. Tout semblait en place. Le coffre, le miroir, la croix étendard de sa famille, même les vêtements négligemment jetés sur sa chaise et la petite croix magique posée sur la table de chevet. Rien d’anormal ne semblait l’avoir tiré de son sommeil. C’était bien la première fois que ses cauchemars le faisaient ainsi se réveiller en sursaut. Non, d’habitude il les vivait jusqu’au bout et ce n’était qu’une fois le petit matin arrivé qu’il pouvait enfin échapper à ces horreurs subconscientes qui le laissait la plupart du temps avec une impression de froid dans l’estomac et une boule au fond de la gorge. Aujourd’hui quelque chose avait changé. Il rejeta ses draps sur le côté et se leva. Il passa une main dans sa barbe naissante du matin pour chasser ses derniers lambeaux de sommeil. Il s’avança vers le miroir et se contempla un moment. Ses yeux rougeoyaient dans la pénombre de la chambre en se reflétant sur la glace qui lui renvoyait une image de lui-même. Et qui pourtant n’était pas tout à fait lui. Pourtant à la place de son éternel air cynique et froid, le visage qui lui faisait face semblait plus affecté que d’habitude. On aurait presque dit qu’il ressentait une once de tristesse ou de nostalgie. Presque. - « Elle est morte. »- Je sais. Mais je ne peux pas oublier ce que je lui ai fait.Le reflet émit un raclement de gorge désapprobateur et Jean bien en face. - « Abruti ! Arrête de te voiler la face en feignant l'ignorance ! Ta vie n'est que tissu de mensonge. Tu te dégouttes toi même pittoyable vermine car tu sais très bien que tu ne parles pas de Franscheska. Tu viens de sentir un lien qui se rattachait à toi s’évanouir à l’instant. Celui de Franscheska, tu l'as brisé depuis longtemps. »Jean réfléchit un instant. De quoi parlait se parlait-il lui-même ? Qu’est-ce que son inconscient tentait de lui faire savoir ? - Il est arrivé quelque chose à Joanne ?Jean dans le miroir haussa ses épaules d’un air dédaigneux avant de cracher : - « Nein. Unsere Mutter ist gestorben. »Jean sentit son coeur se glacer et quelque chose en lui se briser en mille morceaux. Il ouvrit la bouche mais seul un son inarticulé en sortit. Ses yeux le piquèrent et lutta pour refouler ses larmes. Ses jambes se dérobèrent sous lui et il se retrouva assis sur le sol glacé de la prison. Impossible ! Ca ne pouvait pas être vrai. Soudain son portable se mit à vibrer sur la table de chevet. Il attendit que la sonnerie s’arrête mais le bruit recommença quelques secondes plus tard encore et encore… Finalement il rampa jusqu’à la table et se saisi du portable. Il voulut l’éteindre mais il stoppa net en voyant le numéro de celui qui tentait de le joindre. Il appuya sur le bouton vert et colla le mobile contre son oreille. - Elléanna ? - Helena est morte !- « Kkkrr… Ca me donne faim moi. »- Oh non… S’il te plait…- « Oh ça va ! Je suis triste aussi… »- Désolée, papa… |
|  | | Joanne Street Ex Auror

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 | Sujet: Re: Un arrière goût de cigarette... [5] Dim 4 Fév - 15:54 | |
| Une respiration lente. Une vue imprenable sur la mer. Un goût de fraise dans la bouche. Un bruit de vent sonnant comme une douce musique. Un contact chaud et doux sur la peau. Tout d’un coup le ciel s’assombrit, le tonnerre gronda, les éclairs s’abattirent et je me réveillais en hurlant dans la nuit. Le train filait à vitesse grande V vers Berlin depuis près de sept heures. Je jetais un regard discret à ma montre et me rendit compte que je n’avais pas dormi depuis un bon moment. J’avais été réveillée hier en pleine nuit par Hiémain, mon elfe de maison, qui gesticulait dans tous les sens pour me faire comprendre qu’un hibou était arrivé, porteur d’une très mauvaise nouvelle. Sans attendre un instant j’avais sauté dans le premier train qui me ramènerait à Paris puis j’avais changé de ligne pour me rendre dans la capitale de l’Allemagne. J’aurais très bien pu transplanner mais j’avais peur de ne pas pouvoir y arriver sur une si longue distance. Pour je ne sais qu’elle raison j’avais toujours été très mauvaise en transplannage. C’était une raison pour lesquelles j’étais toujours au bureau à réguler les affaires et les dossiers et à jouer les assistantes du chef. Mais je n’avais pas vraiment envie de penser à cela maintenant. Même si j’avais pu me rendre directement à Berlin, je voulais encore disposer de temps à rester seule. Bien que je ne l’aie plus vu depuis presque deux ans, je conservais de ma mère le souvenir d’une femme forte et robuste. Sa mort à soixante-neuf ans seulement me laissait pantoise. C’était à peine plus de la moitié de la durée de vie d’un sorcier normal ! Aucune lettre qu’elle ne m’avait envoyé ne parlait d’une quelconque maladie qui aurait pu l’affaiblir. Non. Ma mère était morte comme ça dans son lit d’une simple crise cardiaque. Le paysage défilait rapidement. Il n’y avait que des champs de verdure à perte de vie et de temps en temps un troupeau de vache paissant paisiblement faisait une fugitive apparition avant de disparaître tout aussi rapidement. Pas grand-chose à voir donc. En plus de cela j’étais seule dans la cabine et dans ma précipitation j’avais complètement oublié de prendre un journal. Je me concentrais alors sur le reflet que me renvoyait la vitre du compartiment. J’avais une mine affreuse. De profonds sillons étaient tracés tout le long de mes joues où mes larmes avaient coulé la nuit précédente. Mes yeux injectés de sang étaient presque cerclés de noir et mes cheveux partaient dans tous les sens. Pour couronner le tout des rides étaient apparues à la commissure des lèvres et une autre me barrait le front. Si j’avais eu les joues plus creuses, j’aurais presque ressemblé à Jean. Cela me fit frissonner d’horreur. Il serait certainement là lui aussi. Que l’on soit tous les deux rassemblés par de telles circonstances ne m’emplissait pas de joie mais je me sentais également soulagée que le destin est fini par décider de nous réunir à nouveau. Peut-être… Peut-être qu’avec la mort de maman il s’ouvrirait un peu plus à moi désormais. Je me voyais mal supporter l’enterrement avec lui d’un côté et moi de l’autre. J’espérais tellement qu’il m’explique… J’observais mon image dans la vitre encore une fois : - Je suis pathétique n’est-ce pas ?La Joanne de la vitre me regarda dans les yeux et je la regardais dans les yeux. J’esquissais un petit sourire de dérision et elle fit de même comme pour se moquer de moi mais le reflet garda le silence. J’haussai les épaules et me tournai de l’autre côté, vers la porte. Comme si mon reflet pouvait me répondre… N’importe quoi ! _________________ Que les lumières s'éteignent et qu'arrive la nuit. |
|  | | Jean Delacroix Cramé

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 | Sujet: Re: Un arrière goût de cigarette... [5] Mer 14 Fév - 22:19 | |
| Une respiration rauque et saccadée. Une vue brouillée par les ténèbres. Un arrière goût de la salive dans la bouche. Un bruit de pas dans le silence. Une main en contact avec le bois lisse. Une présence. Apaisante, douce et attirante. Une présence. Apaisante, douce et attirante. Elle se redressa lentement, en se frottant les yeux, le drap glissant le long de son corps révélant une grosse chevelure blonde, un visage rond aux lèvres pulpeuse et deux seins menu qui pointait vers l’avant. La femme ne semblait pas vraiment inquiète. Elle parcourut la pièce du regard en plissant ses petits yeux verts en amande comme si elle pouvait voir dans le noir. - Jean ? Jean c’est toi ?Il ferma la porte derrière lui et répondit : - Oui, oui c’est moi.Et un long hurlement d’agonie se répercuta dans la nuit. Jean se réveilla brusquement… Et tomba lourdement par terre. Il mit un instant avant de comprendre qu’il venait d’être éjecté de son siège. Regardant autour de lui, il s’aperçut que le train venait de stopper. Apparemment il était arrivé au terminus. Par la vitre il put voir un panneau indiquant « Werther », le petit village allemand dans le district de Detmold. Arrivé à Berlin par le train de Paris sur la voie trois virgule zéro sept il avait dû prendre plusieurs correspondances avant de trouver une vielle locomotive qui le mènerait jusqu’à son village natal à la lisière d’une forêt dense qui abritait la communauté magique de Werther. Il regarda le quai et s’aperçut qu’on l’attendait. Toutes étaient engoncées dans de petites robes noires et couvertes d’un manteau de fourrure pour se protéger du froid. Malgré la situation Jean sentit son cœur bondir dans sa poitrine et une bouffée de joie l’envahir. Il avait prévu de leur rendre visite le jour de la fête de Noël mais le décès de sa mère avait avancé son projet de quelques jours. Il leur fit signe par la fenêtre et elles lui répondirent en souriant. Il se dépêcha de descendre sa valise du porte-bagages et se précipita vers la sortie. Elles se précipitèrent toutes les trois dans ses bras et le sorcier faillit tomber en arrière sous leurs poids. Qu’elles avaient toutes grandies en l’espace de trois mois ! Il les embrassa et serra les deux plus petites dans ses bras pendant qu’Elléanna se précipitait pour ramasser sa valise qu’il avait laissé tomber. - Vous avez été sage toutes les trois ?- Ouais p’pa ! répondit Lamie, la plus jeune à peine âgée de trois ans. - On s’est pas fait remarquées, comme tu as dit, renchérit l’autre petite de quatre ans. - C’est bien, Marianne. Jean se redressa en portant la petite Lamie dans ses bras et scruta les alentours. La neige fraîchement tombée avait recouvert le quai de la gare d’un léger manteau de blancheur. A part Jean, les filles et un vieux chef de gare qui piquait un roupillon il n’y avait pas âme qui vive. Le sorcier fronça les sourcils se qui fit apparaître des petites rides sur son front. Les filles ne pouvaient pas être venue toutes seules. Où était passée Mary ? - Mary est dehors. Elle nous attend dans la calèche, papa.Jean regarda Elléanna par-dessus ses lunettes de soleil. La jeune fille avait un don pour deviner ses pensées et il la soupçonnait fortement d’avoir quelques aptitudes en légilimencie. Âgée maintenant dix ans Jean espérait que l’année prochaine elle pourrait intégrer la prestigieuse école de sorcellerie de Poudlard si la situation ne se dégradait pas plus avec le Seigneur des Ténèbres. Elléanna n’était pas la fille biologique de Jean mais il la considérait depuis toujours comme telle. Il s’était installé chez sa mère, Fransheska Cross, alors qu’elle n’avait que quatre ou cinq ans et il avait bientôt effectivement pris la place du père comme en attestait la naissance de Marianne puis de Lamie. Francheska était morte peu après et le sorcier, rappelé par Maugrey, avait laissé ses filles sous la protection de Mary, son ancienne nourrice dans le château familial de la branche allemande de lointains cousins des Delacroix. L’arrivée de trois petites filles dont on ignorait l’identité des parents avait soulevé bien des questions au château, notamment celles d’Helena Delacroix. Jean savait que sa mère n’était pas dupe et qu’Elléanna et les autres auraient droits à la bienveillance dont elles auraient besoin. Aujourd’hui Helena, la dernière survivante du massacre des Delacroix n’était plus et Jean savait que ses filles bénéficiaient plus de la protection de leur grand-mère. Il ne pourrait pas les cacher éternellement. S’il les laissait séjourner trop longtemps au château les rumeurs sur les filles bâtardes du jeune comte ne tarderaient pas à s’ébruiter. C’était bien la dernière chose dont Jean avait besoin. Revenant soudainement à lui, il remarqua qu’Elléanna le regardait d’un air soucieux et que Marianne lui tirait sur la manche pour attirer son attention. - Tu dors, p’pa ? demanda Lamie en lui posant sa petite main froide sur la joue. - N… Non, je réfléchissais. Bon. Allons voir Mary vous voulez bien ?La petite troupe franchit la distance qui les séparait du bâtiment de la gare et ils se retrouvèrent bientôt de l’autre côté où une voiture les y attendait. Les fillettes montèrent une à une et Jean jeta un coup d’œil à l’intérieur. Mary était assise au fond mais une autre personne se tenait de l’autre côté. Son visage était caché par le rideau mais Jean devina qu’il s’agissait d’une femme. Un léger malaise s’empara de lui et il son estomac se retourna trois fois dans son ventre lorsqu’il découvrit qu’il s’agissait de Joanne. - Monsieur le comte. Dit Mary en s’inclinant respectueusement. - Mais c’est mon cher frère que voilà ! Joanne regarda les trois filles avant de reporter son regard sur Jean en haussant les sourcils d’un air de dire : « Tu en as d’autres des surprises comme ça espèce de crétin ? » Le sorcier composa un large sourire et s’empêcha avec difficulté de déglutir. - Joanne ! Je te présente miss Elléanna, Marianne et Lamie Cross. Dîtes bonjour à la vieille dame les filles. - Bonjour vielle dame !! répétèrent en coeur les deux plus jeunes. |
|  | | Joanne Street Ex Auror

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 | Sujet: Re: Un arrière goût de cigarette... [5] Mar 20 Fév - 23:03 | |
| - DEUX ! Non pas une mais DEUX ! m’écriai-je furieusement en faisant les cents pas dans la salle. Mais comment as-tu pu ?Je restai incrédule à contempler mon frère, assis devant une table de bois, les coudes posés négligemment dessus pour se soutenir la tête dont le front était creusé de nombreuses rides. Ses lèvres ne formaient plus qu’une étroite bande blanche tellement elles étaient tirées et sous ses lunettes je devinais ses baissés vers le bas pour éviter de croiser mon regard. Mais comment pouvais-je le croiser, moi ? Il les portait tout le temps depuis son retour. Ne pouvais-je pas le regarder directement dans les yeux et y lire ce qu’il ressentait comme il en était ainsi avant ? Non ! Non, bien sûr que non ! Monsieur avait été trop occupé ces dernières années à batifoler dans je ne savais quel pré à engrosser n’importe quelle putain qui passait dans le coin. Et lui faire des filles par-dessus le marché ! - Deux bâtardes… m’entendis-je prononcer anéantie par la soudaine vérité qui s'offrait à moi. Je crois que ce fut la goutte qui avait fait débordé le vase. Jean était resté silencieux tout le temps que je m’étais appliqué à l’incendier mais cette dernière réplique sembla avoir l’effet sur lui d’un coup de fouet. Il se leva brusquement en tapant du poing sur la table et en me désignant de l’autre avec un index accusateur. - SE SONT MES FILLES ! Que tu les veuilles ou non. Que je ne t’entende plus jamais prononcer le mot « bâtard » devant moi. Elles font partie de la famille, même Elléanna !Non mais quel culot ! Moi et lui étions de la même famille à nouveau ? Lui qui m’avait jetée comme une vieille chaussette sale lors de son retour à Londres et aujourd’hui, le jour de l’enterrement de Mère, je découvrais qu’en plus de la tristesse que je portais sur le cœur à cause du décès de maman, je me faisais en plus de cela la tante de petites filles illégitimes de quatre ou cinq ans ! Mais comment pouvait-on être aussi irresponsable ! - La famille oui. Elle compte beaucoup pour toi on dirait. Tu laisses ta vraie famille sans nouvelle pendant des années et lorsque tu réapparais tu ne veux même plus parler. Bravo, c’est bien, quel exemple pour TES filles !- Voilà ! Voilà pourquoi je ne t’ai rien dit ! Je savais que tu allais réagir de cette façon…Je sentis le mensonge poindre sous cette belle parole. Je tentais de déchiffrer l’expression de ses yeux sous la teinture des verres fumés qui me les cachait. Irritée, non blessée dans mon orgueil, je me dirigeais vers la fenêtre et regardait au-dehors. Le ciel était tout grisonnant, les oiseaux ne chantaient pas, les arbres étaient totalement dénudés de leurs feuilles et le sol tapissé de neige aussi grisâtre que les nuages dans le ciel. Le soleil, lui restait introuvable dans ce morne paysage. - Tu mens. - C’était pour vous protéger. - Arrête de mentir. Je sais encore quand tu me mens. Un long silence. - Je ne voulais pas que Vaan l’apprenne. - Père ? demandai-je en ricanant devant l’énormité de ce mensonge ridicule. Père est au moins dix fois pire que toi. Après son acquittement à Azkaban on n’a plus eu une nouvelle de lui. Comment veux tu qu’il apprenne pour tes enfants ?C’était on ne peut plus vrai. Vaan, mon père avait disparu de la circulation bien des années auparavant. S’il avait été présent lors de notre enfance, il avait commencé à disparaître progressivement de nos vies après notre entrée au collège de Poudlard. Puis il avait été arrêté et enfermé pour je ne savais quel meurtre nébuleux avant d’être finalement acquitté par l’instance suprême de la justice magique : le magenmagot. Ensuite plus rien. Pas même un mot. Quelques rumeurs circulaient mais je ne mettais que peu de foi quant à la véracité de ces dires. Avant Maugrey nous donnait de temps en temps des ‘‘nouvelles‘‘ de lui mais depuis qu’il avait quitté le bureau je ne le revoyais que rarement et le vieil homme ne pipait mot à propos de mon père. Alors comment diable, Jean pouvait-il imaginé que Père pouvait apprendre pour ses enfants ? On ne savait même pas s’il été au courant que ma mère, sa femme, venais de décéder. Je me détournais du paysage glacial qui s’offrait à moi pour regarder mon frère. Pourtant cette fois il ne mentait pas. Il avait la mâchoire crispée et quelque chose dans son attitude semblait dénoter une sorte de relâchement. Comme si… Comme s’il se sentait soulager. Je sentis que qu’une chose en lui venait de céder. Sa dernière barrière venait de se briser en milliers de morceaux. Il allait enfin pouvoir me parler. M’expliquer ses actes incompréhensibles. - Je suis là pour t’aider. Laisse moi t’aider, s’il te plait. Je dois comprendre...Il sembla considérer la question encore quelques instants puis il hocha enfin la tête en se rasseyant sur sa chaise. Paumes vers le haut, ses mains sur la table tremblaient convulsivement et sa bouche n’exprimait plus qu’un horrible sourire distordu. Je me rapprochais et m’asseyais à mon tour devant lui en posant mes mains dans les siennes en les serrant le plus fort possible. Après cette étreinte qui ne dura qu’une seconde mais qui pour moi fut une éternité de bonheur, comme s’il le soleil au dehors se remettait à briller de mille feux, il dégagea ses mains des miennes et retira ses lunettes. Ce qu’il me révéla me glaça les sangs et je dus me retenir pour ne pas reculer. - Oh my god ! Qu’est-ce que… - J’ai fait quelque chose d’horrible Joanne. Il me regarda avec des yeux de feu. Ses pupilles rouges semblaient briller dans la pièce comme deux joyaux flamboyant fixés dans les orbites d’une statue de marbre. On aurait dit ceux de Père. Deux grands yeux qui vous transperçaient l’âme. Si infiniment profond qu’on pouvait s’y perdre dans leur contemplation. Si attirant… Il replaça ses lunettes sur son nez, cachant les feux jumeaux de ses yeux. Puis il se prit la tête entre les mains et dit d’une voix qui avait perdu tout contrôle : - Je l’ai mangée, Joanne. Leur mère, je l’ai mangée.
*** « J’ai faim ! » _________________ Que les lumières s'éteignent et qu'arrive la nuit. |
|  | | Jean Delacroix Cramé

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 | Sujet: Re: Un arrière goût de cigarette... [5] Jeu 22 Fév - 14:13 | |
| 23 Décembre 1998 Phalange I : Pater Noster Les funérailles eurent lieu en France. Le cortège funéraire emprunta le Dolmen le plus proche pour se retrouver en Bretagne, là où les anciennes constructions de pierre étaient les plus nombreuses. Puis, suivant des routes inconnues des moldus, la longue file de marcheurs s’arrêta devant un autel recouvert de mousse près d’une route abandonnée. Les endeuillés firent cercle autour du petit promontoire, et Jean, en tant que représentant de sa lignée, ouvrit le passage secret qui révéla un long escalier tortueux qui semblait s’enfoncer jusque dans les entrailles de la terre. Prenant la tête, un flambeau à la main, le sorcier entreprit la longue descente bientôt suivit de sa sœur et de quelques proches de la défunte. Les filles, elles, restèrent en haut. Il avait jugé inutile de les emmener et surtout parce que cela pourrait se révélé dangereux. Il n’avait nul besoin qu’elles attirassent l’attention sur elles. Après dix bonnes minutes de marche le groupe restreint arriva enfin au bout du chemin. Là, dans la plus noire obscurité, régnaient les hautes statues érigées par les aïeuls de Jean et Joanne, les derniers vestiges d’une gloire passée. De ce royaume de ténèbres les Delacroix en étaient les maîtres et leur tombe les gardiens séculaires. Jean parcourut la crypte avec sa torche levée bien au-dessus de sa tête. On ne voyait même pas le plafond. Des relents de souffre envahirent ses narines et il se mit à tousser violement. De là où il se trouvait les géants de pierre semblaient l’observer de leurs yeux vides. Il se rendit compte que sa mère allait désormais et à jamais reposer ici, dans sa dernière demeure avec ses pairs. Dans un frisson qui lui glaça l’échine il réalisa également que le prochain qui s’installerait ici serait probablement lui. De son vivant, sa mère ne l’avait emmené qu’une seule fois ici. Elle lui avait expliqué comment des années plus tôt elle avait dû enterrer toute sa famille : père, mère et arrières parents, frères et sœurs, oncles et tantes, cousins et cousines… Tous. A huit ans elle s’était retrouvée orpheline et exilée dans un pays qu’elle ne connaissait pas, dans une famille qu’elle n’avait jamais connu et tous ses repères disparus en un claquement de doigts. Aujourd’hui elle rentrait à la « maison », soixante et un ans plus tard. Et quelle maison ! Un caveau glacé perdu aux fins fonds des entrailles de la terre, où pour toute compagnie elle aurait les tombes et les statues désincarnées de ses ancêtres. Jean s’arrêta devant la tombe de ser Alphonse Delacroix, son arrière grand père. La date de décès indiquait 1938. En promenant sa flamme sur les inscriptions des tombes suivantes, de Olga et Evangelina à Joffrey et Jaina, toutes sans exceptions portaient la même date de mort. La famille avait bien faillit s’éteindre à jamais cette année là. A priori elle devait déjà l’être. Vaan avait officiellement accepté que ses enfants portent le nom des Delacroix mais jamais il ne les avait appelé ainsi. Leur véritable héritage était bien le nom que de leur père ils tenaient : Adam D. Bélial pour Jean et Lilith D. Bélial pour Joanne. Il sentit soudain un souffle froid dans son cou et se retourna. Sa sœur le regardait tristement. A chaque expiration un nuage de fumée sortait de ses narines comme si elle se préparait à cracher des flammes. Nul mot n’était plus nécessaire. Elle savait l’un des plus noirs secrets qui reposait dans le cœur de Jean et l’avait accepté. Du coin de l’œil elle désigna l’emplacement suivant. Vide. C’était la place de leur mère. La dernière véritable Delacroix. Cependant le sorcier ne put s’empêcher de jeter un regard plus loin, au prochain emplacement. On arrivait presque au bout de la galerie des morts. En enlevant l’espace qu’allait occuper la nouvelle arrivante il ne restait tout au plus qu’une seule et unique place. Une seule place. - Ser Delacroix ? Ser Delacroix ?A nouveau Jean fut tiré de ses pensées morbides par sa sœur qui lui secouait le bras. Il regarda les visages qui l’entourait et hocha la tête. Alors on emmena le cercueil. Taillé dans du bois sacré, le cercueil luisait doucement dans l’obscurité. Les ornements d’or et d’argent reflétaient les flammes et l’ouvrage était si beau, si gracieusement taillé que Jean ne douta pas qu’il s’agisse là d’un travail fait par les elfes des forêts. Les meilleurs ébénistes du monde. Mais aussi les plus chers. On entreprit ensuite de placer les socles de marbre qui servirait de tombe et avec force de sortilèges et d’enchantements on protégea la pierre contre les attaques du temps, du souffre et des champignons. Puis on y déposa le cercueil. Jean allait se mettre à réciter les quantiques avant que l’on ne scelle définitivement la tombe quand des bruits de pas retentirent dans les escaliers. « Clac…. Clac…. Clac…. Clac…. » Le sang dans les veines de Jean se figea. Sa respiration se fit haletante et malgré la fraîcheur des lieux se mit à transpirer à grandes gouttes. Enfin une silhouette se découpa dans l’embrasure de la chambre des morts, haute et svelte, une masse de cheveux blanc lui cascadant sur les épaules, une cape aussi blanche que les cheveux qui traînait jusqu’au sol et des yeux si brillants qu’ils irradiaient comme deux soleils incandescents les ténèbres alentours. Derrière lui se tenait deux autres petites silhouettes, serrées l’une contre l’autre et tremblantes de froid. Le front de Jean se barra de plusieurs plis et Joanne lui posa une main sur l’épaule pour lui intimer de rester silencieux. L’homme s’avança et les deux autres formes le suivirent d’un pas hésitant, puis reconnaissant Jean, ses deux filles se mirent à courir vers lui, dépassèrent le nouvel arrivant et allèrent se blottir dans les bras de leur père en frissonnant. La silhouette s’arrêta à quelques pas du groupe et sembla le considérer. Puis, brisant le silence : - Diantre ! Quel est donc cet accueil glacial que vous me faîtes là ? Allons, Jean, Joanne, venez faire un gros bisou à votre papounet !
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|  | | Joanne Street Ex Auror

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 | Sujet: Re: Un arrière goût de cigarette... [5] Sam 24 Fév - 13:53 | |
| Père était toujours aussi impressionnant avec sa haute taille engoncé dans ses vêtements de soie sombre avec lesquels contrastaient fortement la cape de lin blanche qui lui couvrait les épaules. Et même après toutes ses années il n’avait quasiment pas changé. Sa face imberbe que nulle ride ne venait balafrée conservait ses formes arrondies aux traits légèrement féminins. Ses yeux qui étaient comparable à ceux de Jean brillaient néanmoins avec beaucoup plus d’intensité et dans la pénombre de la crypte semblaient être deux minuscules soleils enfoncés dans les orbites de Père. Néanmoins il portait une paire de lunettes rondes à monture dorée que je ne lui avait jamais vu et si dans mes souvenirs il avait toujours eut les cheveux arrivant jusqu’à ces épaules, ce qui contribuait à accentuer la féminité de son visage, jamais je ne les avait vu aussi long. Maintenant ils cascadaient en boucles blanches sur ses épaules et semblaient se perdre le long de son dos jusqu’au bas des reins. Non, mis à part ces deux détails, Père n’avait pas changé d’un poil. Tout au plus il aurait pu passer pour quelqu’un de mon âge et à côté de lui, Jean avec ses épaules voûtés, les rides qui lui couraient sur le front et qui s’étiraient à la commissure des lèvres auraient même semblé plus vieux que son propre père. L’homme fringant de mon enfance était resté le même. Puis, comme mue d’une pulsation soudaine, je m’avançai vers lui et non sans appréhension le serrait dans mes bras. Il me rendit mon étreinte avec la même chaleur que lorsqu’il me prenait dans ses bras pendant ma petite enfance. Puis, il se sépara de moi et se dirigea vers Jean les bras écarté pour le serrer contre lui. Mais mon jumeau ne bougea pas d’un pouce et détourna son regard. Père s’arrêta et haussa les épaules comme s’il s’agissait d’une rebuffade d’un petit Jean boudeur. - Que n’as-tu point oublié ton père, fils de ma chair et fils de mon sang ?Au lieu de répondre Jean s’adressa à ses filles en fronçant les sourcils. - Je vous avais dit d’attendre là haut. Qu’est-ce que vous faites là ?La petite Lamie ouvrit la bouche mais se fut sa sœur Marianne qui parla la première d’une petite voix : - Les gens, y sont tous tombés comme si y dormait, même Elléanna. Et puis le monsieur est venu et a dit qu’on devait venir te rejoindre. - Il fallait réveiller ta grande sœur alors !Lamie renifla bruyamment mais Marianne tenta encore de s’expliquer. - Ouais mais Elléanna voulait pas se réveiller même quand on l’a secouée ! - Je vous avais dit de ne pas suivre les inconnus. Maugréa encore son père qui me semblait de plus en plus pale. - Et c’est qui alors ? demanda enfin Lamie. Père étira sa bouche d’un brillant sourire et une lueur d’amusement éclaira ses pupilles. Il s’accroupit en face de la cadette de Jean et rapprocha son visage de la petite. Puis d’une voix à vous glacer les sangs il souffla : « Je suis les Ténèbres ! » La fillette sembla se ratatiner sur elle-même en écarquillant grands les yeux comme deux balles de tennis. Puis Vaan partit d’un grand éclat de rire à gorge déployée. - Je plaisantois, je plaisantois, petite. Il fourragea un instant dans la poche de son veston. Tiens voilà un bonbon.Père avait toujours aimé nous terrorisés le soir quand nous étions petits avec ses histoires de fantômes, goules et vampires. Je me souvenais encore qu’à leur de se coucher Jean regardait toujours sous son lit pour voir si un monstre ne se cachait pas dessous. Visiblement cet aspect de sa personnalité n’avait pas non plus changé, toujours à vous flanquer la frousse avant d’en rire un instant plus tard. Il se remit debout et regarda son fils avec un sourire étincelant. - Ne t’inquiète point. La populace, là haut, est juste sous l’emprise de mon sortilège. Ils se réveilleront en temps et heures. Je ne tiens point à ce que l’on ébruite ma présence en ces lieux. Je devrois simplement effacer les mémoires des gens qui vous accompagnent ta sœur et toi. Il esquissa un geste en direction des cinq autres personnes du groupe descendu avec nous qui se tenait derrière Jean et qui depuis le début de l’entretien n’avaient pipé mot. Ser Of Highlands – un très vieil ami de la famille – s’avança d’un air scandalisé. « Vous ne pouvez pas ! » Mais avant qu’il ait pu se rapprocher assez de Père, celui-ci leva une main gantée de noir, paume ouverte vers l’avant et le vieil homme s’immobilisa comme s’il avait été victime d’un sortilège de saucissonnage. Plusieurs personnes poussèrent des cris épouvantés et deux d’entre elles sortirent leur baguette. Je me reculais prudemment en arrière ne voulant pas prendre parti. Jean resta planté au milieu, ses deux filles toujours accrochées à ses basques. Vaan leur accorda un simple regard et renifla dédaigneusement en reportant son attention sur Of Highlands. - Nous n’avons point besoin d’en arriver à l’affrontement, monseigneur. D’ailleurs il semblerait que je ne vous laisse point le choix. C’est moi le mari de la dame qu’on enterre là et j’entends bien le faire respecter.Lentement Père referma son poing et la pression qui semblait retenir ser Of Highlands se dissipa. Celui-ci lui lança un regard furibond mais ne bougea pas. Père baissa alors son bras et comme par magie l’ambiance s’en retrouva soudainement apaisée. Alors on procéda aux dernières funérailles. _________________ Que les lumières s'éteignent et qu'arrive la nuit. |
|  | | Jean Delacroix Cramé

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 | Sujet: Re: Un arrière goût de cigarette... [5] Lun 26 Fév - 17:46 | |
| - C’est vrai ce qu’il a dit ?- Non.- Alors comment il a fait pour endormir tout le monde ?- Avec la poudre du marchand de sable.- Il a pas besoin de baguette pour faire de la magie ?- Si.- Mais il a empêché le vieux monsieur de bouger et il avait pas de poudre et pas de baguette.- Il a simplement utilisé son gant. Si tu avais bien observé tu aurais vu les inscriptions qui étaient brodées dessus. Je ne suis pas expert mais je crois qu’il s’agit d’un enchantement qui empêche les gens qui ne vous aime pas d’approcher.- Pourquoi il l’aimait pas le vieux monsieur ?- C’est fini oui avec vos questions ? demanda Jean en souriant. C’est l’heure du dodo maintenant. Fermez les yeux et dormez. Demain un long voyage nous attend.Il embrassa ses deux filles et sortit de la chambre. Il se retrouva dans le salon de l’aile qui lui avait été réservé à lui et à sa famille. Elléanna lisait le livre le plus épais que Jean ait jamais vu. Posé sur ses genoux, elle semblait complètement imprégnée dans la lecture du bouquin. Jean se rapprocha à pas feutré et lui chuchota à l’oreille : « Qu’est-ce que tu lis ? » La fillette sursauta et referma d’un clap sonore le gros volume poussiéreux. Puis, reconnaissant son beau-père : - C’est… C’est un grimoire qui parle des vampires.- Des vampires ? S’étonna le sorcier en parcourant le titre du volume à son tour. Tu t’intéresses aux vampires maintenant ?Elle lui lança un regard éloquent comme si elle attendait qu’il réponde à sa question silencieuse. Mais Jean était bien trop rompu à ce genre de chose pour tomber dans le panneau. Il resta donc silencieux attendant les explications. Elle haussa les épaules mais conserva son air suspicieux. - Je crois que ton « ami » est un vampire.Jean ne put se retenir et éclata de rire. Il aurait tout entendu aujourd’hui ! Sous le regard glacial que lui lança Elléanna le sorcier dû, à grand peine, reprendre son calme. - Et comment expliques-tu qu’il n’est pas fondu sous le soleil tout à l’heure en sortant ?Encore une fois la jeune fille haussa les épaules, ignora son père et se replongea dans le volumineux manuscrits flétrit par les ans. Vaan n’avait pas menti. Elle et les autres invités qui n’étaient pas descendu dans le caveau s’était réveillé peu après en ayant tout oublié de leur mésaventure. Mais Lamie et Marianne avaient tôt fait de tout raconter à leur demie sœur sur ce qu’avait fait ce si mystérieux personnage. Après lui avoir recommandé de ne pas se coucher trop tard, Jean regagna enfin sa propre chambre et s’installa dans son lit. Malgré les apparences il crevait de peur de rester une nuit de plus dans ce château. Si ça n’avait tenu qu’à lui, il aurait embarqué ses filles dans le premier train venu et ni une ni deux il se serait tiré le plus loin possible de là où demeurait Vaan. Un vampire, hein ? Il avait déjà fait pire et il n’osait seulement imaginer ce que Vaan, lui, avait pu faire. - Pire qu’un vampire…- On pourroit dire Super Vampire alors ?Jean bondit hors de son lit et regarda partout dans la pièce. A part une commode, une table et deux chaises il n’y avait rien d’autre. - Derrière toi. Le sorcier se retourna et découvrit nonchalamment allongé sur son lit Vaan qui le dévisageait de ses yeux de feu. - Comment as-tu… ? bredouilla le sorcier. - J’étois caché sous ton lit, comme quand tu étois petit. Mais malgré les ans tu gardes toujours les mêmes réactions si burlesques mon fils.Le sorcier se redressa et s’écarta de son trône de plumard pour aller s’asseoir sur l’une des deux chaises de la pièce. - Non, nous ne sommes pas des vampires loin de là. Il étira un mince sourire qui fit saillir ses fossettes. Le plus approprié je suppose, seroit de dire que nous sommes les héritiers de sang en lignée directe de Dragon.- Je m’en contrefiche de tes histoire à dormir debout Vaan.Vaan soupira en secouant la tête. - Que tu es mauvais garçon Jean… Pourrois-tu au moins avoir l’obligeance de m’appeler Père à défaut de papa ? Comme Jean ne répondait pas, l’autre repris : - Tu as de jolies filles, Jean. Les mêmes yeux que ta mère. Heureusement qu’elles ne tiennent que cela de toi. Je suppose qu’elles doivent beaucoup ressembler à leur mère.Les épaules de Jean s’affaissèrent un peu plus et il sentit ses paupières se faire lourdes. Il était las. Terriblement las de tous ces faux semblants, de tous ces mensonges. A quoi bon nier ? Vaan avait du premier coup d’œil identifié les deux petites. La chair de sa chair et le sang de son sang comme il disait. - Oui… Oui elles lui ressemblaient. Enormément. - Elle a dû terriblement te décevoir pour que mon enfant le plus calme, le plus réfléchi, le plus à même de maîtriser ses émotions cède à la tentation de sa faim intérieure. Jean lui jeta un coup d’œil maussade. Déjà il sentait ses tremblements revenir à vitesse grand V et il devait être plus pâle qu’un linge. Toujours cette même peur tapie au fond de lui, cet immense appétit jamais rassasié et ces voix grondantes de colère et de sang. Cependant Vaan continuait : - Cela me déçoit fortement en fait. Moi qui pensoit que tu serois celui qui parviendroit le mieux à se contrôler. Il secoua tristement la tête. Tubleu ! Il semble qu’en fait se soit ta sœur qui y parvient avec le plus de brio. Elle qui pourtant évolue dans l’ignorance de ses « particularités familiales », elle n’a nullement développé aucun des symptômes du virus alors que toi en qui j’avois averti les dangers de cette voie se retrouve les yeux brillant de sang et les lèvres dégoulinantes de chair. Autrefois le sermon de Vaan lui aurait fait bouillir les sangs et il aurait juré que jamais il ne deviendrait comme son père. Et pourtant aujourd’hui il ne ressentait plus qu’une impression de vide. Il ne savait que trop bien dans quelle misère il s’était engagé. Chaque jour la petite voix insidieuse se faisait plus forte, plus vive. Chaque jour, chaque instant il pouvait s’égarer et perdre son contrôle et retourner à l’état de bête. Lorsqu’il s’était abandonné à cette bestialité brute latente il n’avait ressentit ni remords ni peine. Il se sentait puissant, il n’y avait pas de passé, pas d’avenir, seulement le présent et le festin qui s’offrait à ses sens décuplés, le goût du sang sur ses papilles, l’odeur sur sang sur ses ailettes, la vue du sang sur ses yeux, le touché du sang sur ses mains. C’était tellement, tellement bon ! Un frisson remonta du bas de son dos jusqu’à sa nuque. Il s’était trop laissé aller. Il avait faillit se perdre à nouveau mais l’attraction était si forte, si pesante. Oui… Juste ne plus… penser. - Jean !La voix impérieuse le rappela instantanément à lui. Elle claquait comme un fouet et le ramenait comme une brebis égarée vers le chemin du troupeau. Mais déjà il se sentait repartir à la dérive et cette voix insidieuse l’appeler. - Je répugne à savoir ce que je suis. Pourtant c’est tellement attirant…- Jean. Tu ne comprends pas. Si tu ne cesses immédiatement cette folie, c’est tes filles qui en pâtiront. Tu connais la prophétie de notre fami…Alors une colère noire empourpra la face du sorcier. Non ! Non, il ne laisserait pas Vaan entraîner ses filles là-dedans ! - Jamais je ne leur ferais de mal.- Comme leur mère, hum ?Et pourtant, elles mourront trop jeune pour te donner d’héritiers.- MENTEUR ! éructa-t-il. Il n’avait qu’un geste à faire et il fermerait le clapet à ce prétentieux. Il ne laisserait pas ce père indigne lui gâcher la vie plus avant. Il en avait assez des sermons rabâchés dans son enfance. Il en avait assez des idioties de Vaan sur les prophéties farfelues de sa famille paternelle qu’il n’avait jamais connu. La voix si douce et attirance l’avait complètement submergé cette fois. Il était désormais enfoncé dans un marasme noir et ne se débattait plus pour en sortir. Il n’avait envie que d’une seule chose : faire couler le sang. Avec un bon de félin et un cri qui n’en ressemblait pas moins à un rugissement il sauta en direction de son père, les doigts crispés prêts à lui enserrer sa gorge lisse et les « crocs » découverts pour déchirer n’importe quel morceau de chair qui lui passerait en travers de la mâchoire. Avec un soupir de résignation, Vaan leva le bras et ouvrit sa paume gantée. La créature qui se prénommait Jean se retrouva soudain lourd, très lourd comme écrasé par un poids énorme et sa course s’arrêta net à quelques centimètres à peine de l’endroit où était calmement assis Vaan. Il sentit sa face heurter une sorte de mur avant d’être renvoyé violement de l’autre côté de la pièce. Vaan ferma le poing et Jean sentit comme un étau se resserrer autour de lui. L’esprit à demi conscient, le sorcier entrevit son père se redresser de sa chaise, le bras levé, bien en vue. - Ceci est le gant de Dame Rowenda Serdaigle et il me protége de tous mes ennemis, sache-le. Si la prophétie s’avérait, je t’empêcherai de nuire. Voici une prédiction que je te fais : le comte Jean-Osten Delacroix mourra dans les flammes du dragon de ma propre main et je ne laisserai pas la prophétie s’accomplir.C’est à peu près à ce moment là que Jean perdit connaissance. « Lorsque viendra le jour où le dernier Dragon contre sa raison à la folie succombera, de la main même de sa propre chair et de son propre sang il périra. Ainsi les familles ennemies du Dragon et de la Croix cesseront leur combat car plus d’héritier il n’y aura. » |
|  | | Joanne Street Ex Auror

Nombre de messages: 104 Age: 33 Localisation: Dans le noir. Date d'inscription: 12/12/2006
 | Sujet: Re: Un arrière goût de cigarette... [5] Mer 28 Fév - 18:30 | |
| | Citation: | J’ai emmené ton frère faire une petite balade. Prend soin des petites. Bisous. Ton papounet chéri d’amour ! =) |
La belle affaire ! Voilà maintenant que nos deux hommes invisibles de la famille partaient en voyage de converse. J’avais trouvé le mot quelques heures plutôt proprement disposé sur le lit de Jean alors que je venais le chercher pour partir à la gare. Je n’avais trouvé que ce mot, un pied de chaise cassée et quelques gouttes de sang séché au sol. Avec la fenêtre restée ouverte, la balade ressemblait plus à un enlèvement, mais ça correspondait bien au style de Père. Restée donc seule avec les trois gamines je dus me coltiner leurs questions durant tout le trajet : « Où il est papa ? » « Quand est-ce que papa revient ? » « Pourquoi papa ne vient pas avec nous alors qu’il a dit qu’on partait ensemble ? » N’ayant aucune réponse à leur fournir je me contentai d’hausser les épaules à chaque fois. Ce n’était pas leur faute aux petites, mais je ne voulais pas outre mesure m’attachée à elles. Même pas de sang noble en plus ! Non, Jean avait simplement sauté sur la première fille venue et l’avait assassiné ensuite en brûlant le cadavre. Et dire que maintenant c’est lui qui représentait la justice au sein du Magenmagot ! Les filles n’étaient au courant de rien bien entendu. Comment expliquer que le meurtrier de leur mère était le père de deux d’entre elles ? Et moi que venais-je donc faire là-dedans ? A part me récolter de nouveaux ennuis, il ne m’arriverait rien de bon dans cette affaire. Finalement Jean avait peut-être eu raison d’absolument vouloir me laisser à l’écart. Mais évidemment j’avais foncé tête baissée et me retrouvais dans la mouise jusqu’au cou. Qu’allais-je faire de ces marmots une fois arrivés à Londres ? Je ne connaissais même pas l’adresse de Jean - si compté qu’il en ai une. Les faires habités chez moi ? Brillant ! A part l’Elfe de maison muet, Hiémain, personne ne pourrait les surveiller. Le boulot me prenait mes journées du soir au matin sept jours sur sept et parfois plus.
A défaut de meilleure solution – et en espérant que Jean rentre dardar – je décidai finalement de les héberger chez moi pendant quelques jours. Pendant les deux premiers jours tout se passa bien. Il se révéla qu’Elléanna, la plus âgée, était fort débrouillarde pour son âge et que Marianne et Lamie n’étaient pas des idiotes non plus. Elles savaient prendre soin les unes des autres et c’était très bien. Même les traits pourtant toujours crispés de mon petit serviteur elfique tendaient à se détendre. Je ne l’avais jamais vu sourire avant. Au bout du troisième jour, mes supérieurs me convoquèrent dans leur bureau pour me poser des questions sur mon frère. Quand l’avais-je vu pour la dernière fois ? Est-ce que j’avais la moindre idée de où il pouvait bien être ? Sa disparition avait-elle un rapport avec la mort d’Helena Delacroix notre mère ? Malheureusement pour eux (et certainement heureusement pour moi) je n’avais eu strictement aucune nouvelle depuis le jour de mon départ. Et je ne pouvais pas plus dire quand il rentrerait, à condition qu’il rentre bien un jour. Il avait quand même disparu pendant cinq ans le bougre ! Mais ses filles allaient-elles y changer quelque chose ? Au bout d’une semaine, le magenmagot décida secrètement de lancer quelques aurors sur la piste du porté disparu. Il ne fallait pas alarmer la population tout de suite selon le ministre Scrimgeour. La communauté ne devait pas paniquée en pensant qu’un membre imminent du plus haut conseil décisionnel du pays avait pu être enlevé voire tué, par le Seigneur des Ténèbres. Après une dizaine de jours, je reçu par chouette-express une lettre bizarre qui ne portaient pas le nom de l’envoyeur à l’arrière. D’une main fébrile, je décachetais le sceau et parcouru rapidement la courte missive des yeux :
| Citation: | Comtesse Delacroix, D. m’a contacté. Votre frère va bien. Ne vous inquiétez pas. Marley. |
Marley… N’était-ce pas un pseudonyme de Maugrey quand il était encore en service ? Ca paraissait logique. Le vieux sorcier connaissait Père depuis bien avant ma naissance, du moins le supposai-je et le D. correspondait bien à la première initiale du nom de Père. Alors comme ça les deux sorciers se parlaient encore depuis le temps ? Et pourquoi Maugrey était-il mis au courant des petites affaire de Vaan et de Jean et pas moi ? Quel rapport pouvait bien entretenir les trois sorciers ? Jean avait toujours détesté Maugrey, c’était l’une des raisons qu’il avait invoqué pour expliquer son retrait des forces aurors et sa soudaine disparition. A moins que… Jean était resté fort vague encore sur ces activités en Roumanie. Pourquoi là-bas ? Il ne m’avait pas non plus expliqué la raison de sa soudaine fureur contre sa femme. Etait-il surveillé ? Ou surveillait-il quelqu’un… ou quelque chose ? Malheureusement j’avais trop peu d’informations et d’indices pour pousser plus loin mes théories. Je devenais peut-être parano. Mais par les temps qui court, qui est le fou qui ne le serait pas ?
Au quinzième jour, alors que j’avais le nez dans les dossiers concernant la disparition d’un ex-auror retraité, un certain Vadelin, on me prévint qu’on avait lancé un avis de recherche sur Jean-Osten Delacroix et que l’on soupçonnait le Seigneur des Ténèbres de l’avoir enlevé et/ou tué. Ainsi la communauté magique avait été mise au courant. Je savais que les journaux allait s’empresser d’écrire des articles retentissant sur lui comme : « Le conseiller au Magenmagot : le comte Jean-Osten Delacroix disparaît pour la seconde fois ! » Il faudrait que j’avertisse Hiémain d’empêcher Elléanna de lire la gazette. Elle n’avait pas besoin de subir ça et n’ayant que trop peu d’éléments concernant sa disparition je ne pouvais pas me permettre de la rassurer sur la santé de son beau-père. D’autres journées passèrent encore et encore. Plus elles passaient, plus je m’embourbais dans cette histoire d’auror retraité disparu. A croire qu’il avait lui aussi complètement disparu de la circulation. Sa disparition était-elle liée à celle de Jean ? Ou à Maugrey ? Les deux devaient plus ou moins avoir le même âge et en tant qu’aurors ils avaient sûrement déjà dû travailler ensemble. Et Vaan avait-il quelque chose à voir là-dedans aussi ? Mystère. Et il y avait aussi cette histoire de Vénitiens qui me turlupinait depuis un moment. Si on en croyait les rumeurs, Abel Vadelin avait disparu de son domicile peu avant la première apparition des sorciers masqués et comme par hasard Jean faisait son retour en grande pompe au sein du ministère. Le lien était ténu mais j’avais beau tourné et retourné le problème dans tous les sens c’était la seule piste que j’avais. En plus on avait rapporté qu’un Vénitien serait apparu à Viennes. L’Allemagne n’était pas si éloignée de l’Autriche et Jean avait disparu en Allemagne… Non impossible ! Pourquoi Jean irait-il ce foutre dans un merdier pareil ? Quoique en regardant son passé, on pouvait peut-être se permettre de douter. En tout cas je gardais ces réflexions pour moi. Pas envie qu’on me prenne pour une folle. On m’aurait sûrement dit : « Le conseiller ser Jean-Osten Delacroix dîtes-vous ? Que voulez vous que lui et une vieil auror tout décrépi est à voir avec les Vénitiens ? Un si haut responsable du gouvernement agissant dans le secret du gouvernement ? Mais bien sûr ! » Et évidemment qu’aurait-elle à répondre ? « L’instinct féminin » peut-être ? Ridicule.
Au bout de trente jours on déclara la mort présumée du dernier comte des Delacroix. On fit une belle petite cérémonie où chacun ventait les mérites de Jean en affichant des têtes tristes et des regards alarmés dans ma direction. Que d’hypocrites ! La moitié d’entre eux ne lui avait certainement jamais adressé la parole. Le mensonge, le maquillage et les magouilles, voilà qui convenait parfaitement à mon cher frère et je n’aurais pourtant pas dû m’en montrer étonnée. A la fin le ministre lui-même fit un beau grand discours pathétique et clôtura la cérémonie. Et hop ! Oublié le comte, oubliée sa sœur, et chacun recouvrait son rythme de vie comme si rien ne s’était passé. Que c’était-il passé au juste ? Trente-deux jours et aucune nouvelle…_________________ Que les lumières s'éteignent et qu'arrive la nuit. |
|  | | Jean Delacroix Cramé

Nombre de messages: 132 Age: 33 Localisation: Dehors. Date d'inscription: 23/10/2006
 | Sujet: Re: Un arrière goût de cigarette... [5] Ven 2 Mar - 19:13 | |
| Une respiration rauque et saccadée. Une vue brouillée par les ténèbres. Un arrière goût de la salive dans la bouche. Un bruit de pas dans le silence. Une main en contact avec le bois lisse. Une présence. Apaisante, douce et attirante. Une présence. Apaisante, douce et attirante. Elle se redressa lentement, en se frottant les yeux, le drap glissant le long de son corps révélant une grosse chevelure blonde, un visage rond aux lèvres pulpeuse et deux seins menu qui pointait vers l’avant. La femme ne semblait pas vraiment inquiète. Elle parcourut la pièce du regard en plissant ses petits yeux verts en amande comme si elle pouvait voir dans le noir. - Jean ? Jean c’est toi ?Il ferma la porte derrière lui et répondit : - Oui, oui c’est moi.Il s’approcha lentement d’elle. Il avait mal au crâne, mal aux mains, mal au ventre. Il fallait qu’il la tienne entre ses bras. Oui, il voulait sentir le contact de son corps encore chaud contre lui. Sa présence était si apaisante, si douce, si attirante. Et il la dévisagea ainsi, souriant bêtement, en pensant au plaisir qu’il prendrait en la prenant dans ses bras. - Jean, tout va bien ?Il ne répondit pas tout de suite. Il préféra encore la contempler quelques instants. Puis comme elle faisait mine de se lever, il l’intima à rester assise dans le lit. - Qu’est-ce qui se passe, Jean ? Qu’est-ce que tu as ?Soudain il sentit son visage se contracter et ses muscles se bander. Sa bouche forma un rictus haineux découvrant ses dents pendant que ses sourcils étaient tellement froncés qu’il semblait qu’ils se rejoignaient. Qu’est-ce qu’il y avait, hein ? Elle le savait parfaitement et ce depuis près de trois ans. Il se sentit bête et honteux de s’être fait avoir comme un bleu. Alors il s’avança sur elle : « Tu m’as trahie. » Avant qu’elle ait pu esquisser le moindre geste ou même ouvrir la bouche il se jeta sur elle. La femme hurla en dégringolent du lit dans une cascade de cheveux blonds entremêlés. Il fallait qu’elle cesse ce bruit. Tout de suite ! Alors dans un élan de rage il planta ses mâchoires contre sa gorge dénudée et y mordit le plus fort possible. Un à un il sentit tous les os craqués sous ses dents et le sang couler sur ses lèvres, dans sa bouche, le long de sa langue. Puis, d’un autre coup sec il broya la trachée de la femme, emmenant avec elle, coincés entre ses dents, lambeaux de chair, os brisés et sang noirâtre. Alors le cri d’agonie se transforma en râle puis en inintelligibles gargouillis pendant que le corps se convulsait de spasmes. Alors Jean, car telle était le nom de cette bête se redressa et observa son œuvre. La forme désarticulée de la femelle gisait inerte et baignant dans son sang. De temps à autre sa poitrine se soulevait aspirant les dernières traces de vie qui l’animaient encore. Les yeux voilés et le pourtour de la bouche barbouillée de sang, Jean se remit à sa besogne. La nuit allait être encore longue pour parachever sa première œuvre. Car art est explosion. « J’ai faim de violence ! Encore ! Encore ! ENCORE ! »
Phalange I : End |
|  | | | | Un arrière goût de cigarette... [5] | |
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