Trempée de sueur, Susan referma la porte derrière elle. Le petit appartement était plongé dans l’obscurité et aucun bruit ne venait perturber cette quiétude. Ce n’était pourtant pas faute d’essayer. Les yeux et les lèvres de la SangDragon s’agitaient follement allant de grimace en grimace. Elle aurait fait un boucan pas possible si Susan n’avait utilisé l’assurdiato pour la faire taire. La dernière des De la Croix. Celle de la prophétie. Celle par qui tout devait se terminer. Elle était plus une bête sans âme qu’autre chose à présent. Elle n’avait cessé de grogner et de tenter de mordre sur tout le trajet, même lorsque Susan l’avait soumise au sortilège de lévitation. Bien sûr il était impossible de manœuvrer un corps jusqu’en haut de l’immeuble où elle habitait et elle avait dû traîner la SangDragon à la force de ses bras ce qui expliquait pourquoi elle était en nage. Avoir subi le sortilège d’Endoloris n’arrangeait pas les choses. Elle sentait encore comme des picotements à l’extrémité de ses doigts et elle était parfois sujette à d’irrépressibles et violents tremblements. Heureusement, ceux-ci se faisaient de plus en plus rares.
Alors que ses yeux commençaient à s’habituer à l’obscurité régnante, un discret bruissement se produisit vers sa gauche. Instinctivement elle leva sa baguette et appuya sa main sur l’interrupteur qu’elle venait tout juste d’installer à côté de la porte. Elle ne distinguait qu’une vague forme qui se détachait contre le mur, du noir sur du noir.
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Qui est là ? demanda-t-elle.
Il n’y eut pas de réponse. Roxane Caldrej ne parlait presque jamais, mais elle n’était pas sûre qu’il s’agisse bien de lui. La dernière fois qu’elle l’avait vu, il était encerclé par une escouade de Mangemort. D’une légère pression, la sorcière actionna l’interrupteur. La lumière, soudain intense, l’aveugla et elle se mordit la langue pour sa bêtise. Comme si cela ne suffisait pas pour aujourd’hui !
Elle papillonna des yeux jusqu’à ce que les tâches aient disparu de devant ses yeux. Elle vit alors ce qui était à l’origine du bruit insolite qu’elle avait entendu. Ne dépassant les un mètre trente, les cheveux ébouriffés et les yeux agrandis, le petit Simon Drake-Lang regardait le corps de la SangDragon avec ce que Susan interpréta comme de la peur. Ses yeux se reportèrent sur elle puis encore sur la SangDragon puis encore sur elle. Susan lui lança un sourire qui se voulait rassurant.
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Oh ! Euh. Ne t’inquiète pas tout va bien. Je suis un peu surprise de te trouver encore ici.Le garçonnet ne répondit pas, laissant ses grands yeux fixés sur la jeune fille. Il doit être sous le choc pensa-t-elle. Désignant la SangDragon d’un geste de la main, elle fit une autre tentative :
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C’est mon amie. Elle est gravement malade, il a fallut que je l’immobilise pour son bien. Je vais l’installer dans le lit et après tu me diras ce que tu fiches là si tu veux bien.Lentement, très lentement, Simon hocha la tête mais resta à bonne distance pendant un long moment, tout au long duquel Susan fut contrainte de jouer la comédie de la bonne amie. Elle se demandait ce que l’enfant faisait encore ici. Elle l’avait hébergé quelques jours avant de trouver un établissement moldu convenable où le dissimuler. Elle n’avait toujours aucune idée de la raison pour laquelle les Mangemort avaient pourchassé avec tant de hargne un si jeune enfant. Elle supposait que c’était parce qu’il venait d’une quelconque famille de sorcier qui s’était rebellé contre le Seigneur des Ténèbres mais elle n’avait jamais eu la confirmation, le garçon s’étant contenté de fixer ses pieds, une tasse de thé fumant serrée entre ses petites mains.
Susan finit de rabattre la couverture sur le corps de la SangDragon et se tourna vers le gamin. Maintenant il lorgnait sur la femme allongée derrière Susan, le visage complètement neutre. Ils ne pouvaient pas rester ici. Simon était déjà assez perturbé comme ça pour lui agiter sous le nez une aliénée.
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Viens, dit-elle en lui tendant sa main.
On va faire un tour.Une fois dans la ruelle devant son immeuble, elle se tourna vers Simon d’un air décontracté qui était loin de résumer ce qu’elle éprouvait en ce moment. Elle se demandait ce qu’elle allait bien pouvoir faire de ce gamin. Le ramener à l’orphelinat ou bien… Elle n’avait pas beaucoup de temps. Elle devait retourner là-bas pour aider Remus à… Elle toussota pour s’éclaircir la gorge.
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Alors ? Qu’est-ce qui t’amène chez moi ?-
Des méchants étaient à l’orphelinat mais je suis parti. Susan fronça les sourcils. Les Mangemorts l’avaient retrouvé ? Comment avaient-ils fait ? Elle s’était assurée de laisser le moins de trace possible, utilisant même des sortilèges de mémoire sur la directrice et les enfants de l’établissement. Que les agents du Seigneur des Ténèbres usent de mesures draconiennes pour le retrouver n’était pas pour la rassurer. Peut être devait-elle l’amener dans un endroit plus sûr…
Elle regarda sa montre. L’aiguille approchait de deux heures du matin. Il fallait qu’elle rejoigne Remus. Elle soupira et tendit à nouveau la main à Simon.
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Accroche-toi bien, ça va secouer.Et ils transplannèrent.
Remus se trouvait derrière la maison. La jeune fille n’avait eu qu’à suivre les bruits pour le trouver. Malgré ses récentes blessures que Susan avait bandées en urgence, Remus s’activait comme un beau diable, piochant de grosses mottes de terre dans le sol avec une vieille pelle trouvée dans le débarras. Son visage était livide et ruisselait de sueur.
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Tu sais que ça irait plus vite avec un sortilège. Le trou était assez large mais bien trop peu profond.
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Je veux faire ça avec mes propres mains. Une dernière chose. Pour elle.Susan glissa un coup d’œil vers le drap de lin blanc qui se trouvait non loin de Remus. La chose qu’il recouvrait n’avait pas l’air d’un corps humain. C’était plus comme une sorte de gros amas qui rougissait le tissu à de nombreux endroits. Elle frissonna.
Simon était resté sur le palier. Elle ne l’avait pas amené ici pour lui exhiber un tel spectacle.
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Je peux t’aider ?Remus resta silencieux. Seul le « tchoc ! » de la pelle s’enfonçant dans le sol brisait le calme revenu. Ils étaient dans l’œil du cyclone et Remus le savait. Les Mangemorts reviendraient bientôt, il n’avait pas blessé assez gravement Bellatrix Lestrange pour la mettre hors de course bien longtemps. Et lorsqu’elle reviendrait, elle serait sûrement à la tête d’une nouvelle escouade plus importante. Susan était d’ailleurs étonnée que ce ne fût pas déjà fait. Leur retard ne signifiait pas pour autant qu’ils ne viendraient. Remus devait se dépêcher de finir de creuser.
La sorcière fit apparaître une autre pelle puis rangea sa baguette dans la poche de son jean. Elle se plaça à côté de Remus et ils creusèrent à l’unisson. Dans le silence le plus total.
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Il faut dire quelques mots ?Remus haussa les épaules. Ses cernes étaient deux fois plus lourds que la normale et ses yeux plus rouges que le sang lui-même. Il restait stoïque, la mâchoire bloquée dans un mutisme forcené.
Il croyait que c’était Lestrange qui avait tué Tonks. Susan n’avait pas pu lui dire qu’il s’agissait de Joanne. C’était pour lui une ancienne connaissance, peut être même, une ancienne amie. Elle avait donc rejeté la faute sur la Mangemort pour éviter un sort tout aussi funeste que celui de Tonks à la SangDragon. Mais en son for intérieur, Susan savait qu’un jour viendrait où elle la tuerait de ses propres mains. Une dernière chose pour ses parents. Comment Remus avec la tombe. Il lui fallait juste être encore un peu patiente.
Elle reporta son regard sur le sol récemment remué par leurs coups de pelle. Ils avaient travaillé vite et la lueur du jour ne pointait pas encore à l’horizon. Susan hésitait toujours à prendre la parole. Puis elle décida que non. C’était à Remus de faire ce genre de chose. S’il le souhaitait.
Ils restèrent donc debout en silence devant la tombe pendant que les minutes s’égrenaient lentement.
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Je vais la tuer. déclara-t-il après ce qui parut à Susan une éternité. C’est tout ce qu’il prononça.
Dans la pénombre, les yeux de Remus luisaient d’une vague lueur. Peut être des larmes. Mais derrière ces yeux, se cachait le regard sombre d’une personne déterminée à aller jusqu’au bout. Un regard pénétrant, implacable, qui ne s’effacerait que lorsque le but qu’il s’était fixé serait enfin atteint. Un regard de vengeance.
La peur contracta le ventre de Susan. Pour la première fois, Remus suintait le meurtre, sa nature de loup-garou exacerbant cette impression à l’extrême. Et il avait le regard. Un regard qu’elle ne connaissait que trop bien. C’était celui qu’elle voyait chaque fois qu’elle se regardait dans un miroir.
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No Future, no Hope, no Dream.