Sawyer recula d’un pas, comme si la feuille de papier exerçait sur lui un pouvoir. Même sans la signature, il aurait reconnu la manière délicate qu’avait Hélène de dessiner. De le dessiner. Ces traits de crayons qui le retournaient presque
deux ans en arrière lui donnèrent la nausée. Chaque détail de ce soir là lui revint, comme autant de coups de couteau. Une odeur, un visage, une sensation, une voix, une chaleur douce et agréable.
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Vous…-
Je suis son père, compléta Geller Anderson, sans quitter Sawyer des yeux.
Je les garde toujours près de moi. C’est un peu comme si une partie de son âme reste toujours à mes cotés.Sawyer acquiesça. Il comprenait. Le médaillon d’Hélène ne l’avait pas quitté non plus depuis cette infernale nuit, à Londres. Il s’approcha et tendit sa main. Geller y glissa le dessin que Sawyer saisit avec délicatesse. Il sentit se propager en lui une étrange douceur malsaine.
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Ainsi c’est bien vous. Elle me disait qu’elle avait rencontré quelqu’un. Quelqu’un de bien, rajouta-t-il en sortant du portefeuille une liasse d’autres dessins.
Tous représentaient Sawyer. Il ne put s’empêcher de les prendre, avec la même précaution. Sur l’un d’eux, Sawyer incarnait un vampire hilare. Sur un autre, il était attablé devant une machine à écrire, et semblait prendre plaisir à rédiger un article. Certains restaient simples ; on y voyait simplement son visage, avec la même expression. Un seul mettait Sawyer en scène avec son masque de Vénitien.
Comme Sawyer restait muet, plongé dans sa contemplation, Geller reprit la parole, la voix plus basse.
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Ils l’ont retrouvé le lendemain. Elle figurait sur la liste des victimes affichée par le Ministère.Sawyer voulut répondre quelque chose, mais sa voix s’étrangla dans sa gorge. Ne pouvant supporter le regard de Geller, il replongea le sien dans les dessins de sa défunte bien-aimée.
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Avez-vous aimé Hélène ? demanda Geller, le ton atone.
Sawyer aurait voulu répondre affirmativement, mais cela aurait été un mensonge. La triste vérité était qu’il l’avait aimée juste avant sa mort.
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Je l’aime encore, dit-il sans lever ses yeux qui le picotaient.
Le groupe de fugitifs qu’avait réuni Lupin était assez hétérogène. Sturgis Podmore, un homme de grand forma à la mâchoire carrée, était un ancien membre de l’Ordre du Phénix. Karine Keddle était une Auror en fuite. Sawyer connaissait cette dernière de réputation. C’était une jolie femme connue pour son professionnalisme. Geller Anderson, le père d’Hélène, travaillait lui aussi au Ministère. Ian Lochrin et Withers Cyprien étaient des loups-garous ayant refusé de rejoindre le groupe du feu-Greyback.
Remus Lupin n’avait pas desserré les dents depuis son arrivé à la Chique du Gobelin. Dans ses yeux se reflétait une colère retenue. Etant donné le nombre de cadavres que Sawyer avait dû enjamber pour les rejoindre, lui, Susan et le petit garçon, il pouvait sans peine en imaginer la cause.
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Bill va vous envoyer chez Rowan, un résistant qui aide les fugitifs à quitter le pays en sécurité ou à agir avec lui. Lupin, vous pouvez rester si vous voulez, le temps que Susan s’occupe du gamin.Lupin hocha la tête, les lèvres étroitement fermées. Sawyer chercha du regard l’enfant aux cheveux roux, mais ne l’aperçut pas. Les gens disparaissaient beaucoup ces derniers temps.
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Où est-il d’ailleurs ?-
Tu pars ? s’étonna Nikolaï dans un murmure.
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Un jour, peut-être deux. Il y a quelque chose que je dois faire. Sawyer se tourna vers le reste de son équipe, ou du moins ce qu’il en restait. Même une heure après que les fugitifs soient partis par Portoloin, elle n’était pas réapparue. Pour Susan, c’était moins problématique ; elle faisait sa tête de cochon, espérant probablement que Sawyer vienne s’excuser. En plus que cela soit hors de question, les préoccupations du sorcier étaient tout autres.
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Nikolaï dirige l’équipe pendant mon absence.L’intéressé leva les yeux au ciel et Ethan poussa un soupir qui se voulait discret.
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L’équipe n’est forte que si elle obéit diligemment à son chef. Je compte sur une obéissance parfaite, de la part de tous. Sawyer enfonça son regard dans celui d’Ethan, si bien que le jeune américain acquiesça silencieusement.
De toute manière, reprit Sawyer, je ne serai pas absent longtemps. Tout ce que vous avez à faire c’est garder intacte notre couverture, et si possible retrouver Samaëlle.Il se tourna vers Geller. Ils portaient tout les deux des capes de voyage.
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Après vous, dit Sawyer en désignant la porte du pub, ouverte par Bill.
Geller passa l'embrasure, suivi de Sawyer.