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Nombre de messages: 95 Date d'inscription: 18/05/2007
 | Sujet: (Re)Union [III] Mar 23 Déc - 19:27 | |
| Third Nightmare : (Re)Union
Azraël, La Lumière Azraël courait à en perdre haleine. A chaque fois qu’il croyait lui avoir échappée, elle revenait sans cesse le hanter, son ombre grandissant dans son dos, au coin de la rue, derrière un lampadaire. Sa jambe le faisait atrocement souffrir. De part la plaie béante, s’écoulaient de longs filets de sang qui l’empêchait de se fondre dans la nuit. Tant que la blessure ne serait pas guérie, il était condamné à fuir. Fuir cette bête immonde, ce monstre affreux, l’homme de ses pires cauchemars. Il s’arrêta au bout d’une ruelle et s’adossa à une poubelle pour reprendre son souffle. Son cœur battait un rythme effréné. Cela faisait maintenant presque trois jours qu’il fuyait sans avoir seulement pu se reposer l’espace d’un instant. La sueur qui lui coulait à grosses gouttes de son front jusque dans les yeux étrécissait sa vision. L’odeur de son propre sang s’écoulant lentement de sa jambe brouillait son odorat. Le bruit de son cœur frappant à grand coup dans sa poitrine perturbait son ouïe. La panique l’empêchait de réfléchir posément à sa situation. Il était comme un animal traqué par un chasseur. Comment cela pouvait-il être possible ? Lui, un Frère de Sang, devenu une simple proie ? Soudain des bruits de pas retentirent à l’autre bout de ce qui lui semblait être le corridor menant aux Enfers. Il redressa la tête et plissa les yeux. Il ne vit d’abord rien, puis, émergent de derrière le coin d’un immeuble, une ombre s’approcha de lui. Il s’écarta du mur et se plaça au milieu de la ruelle, toujours haletant. Sa jambe tremblait sous lui. Il savait désormais qu’il ne pouvait y échapper. Il aurait beau fuir, jamais l’ombre ne le laisserait en paix. Le Frère de Sang voulait en finir. En finir maintenant et ici même. Au moins aurait il choisi la date et le lieu. L’ombre arriva bientôt à son extrémité et il aperçut enfin la personne à qui elle appartenait. Un grand frisson lui parcourut l’échine et les poils de sa nuque se hérissèrent. Tous ses sens lui hurlaient le danger au point que même s’il avait voulu fuir à nouveau il s’en serait retrouvé incapable, complètement tétanisé qu’il était. L’homme a qui appartenait l’ombre était plutôt grand. Son visage était dissimulé par une capuche rattachée à un long manteau noir rapiécé qui recouvrait le reste de son corps. Lorsqu’il aperçut Azraël, l’homme s’arrêta. Il porta alors la main à sa capuche et la rabattit lentement derrière sa nuque, révélant le terrible visage de l’homme. Azraël sentit la chair de poule le gagner tandis que sa peur montait crescendo. - Ainsi tu te rends enfin à l’évidence, Azraël. Tu peux courir jusqu’au bout d’un monde et au-delà, jamais tu ne pourras m’échapper. Ma vengeance est bien au-dessus de ce monde-ci ou de l’autre, nul ne sera épargné par ma main. S’échapper est inutile. - Je n’ai jamais voulu en arriver là. Ce n’est pas vrai. C’est à cause des rumeurs. Les rumeurs sur le Monstre sans odeur. - Un monstre ? dit l’homme. Quel monstre ? Nous sommes les monstres de ce monde, il n’existe pas pire créature que nous. Nathaniel était faible. C’est pour cela qu’il a été tué. Azraël connaissait les rapports sur l’histoire de Nathaniel, pas ceux qui avaient été falsifiés. Mais il n’y avait pas que ça, Vaan lui-même était tombé face à ce monstre et Azraël l’avait vu de ses propres yeux. La créature ne pouvait pas mourir. Elle s’était relevée même après que plusieurs sorciers l’aient abattue de leurs sorts immondes de la mort. Les Frères n’étaient plus à l’abri. - Cette créature nous détruira tous. Il est temps pour nous de nous réunifier. Tous les Frères de Sang doivent s’unir, c’est notre unique chance de la vaincre. Plaida-t-il en désespoir de cause. L’homme s’approcha lentement, ses pas résonnant dans la ruelle tel le glas d’une mort prochaine. - Peut être. Dit finalement l’homme après une courte pause. Mais tu aurais dû m’en parler avant. Par tes actes inconsidérés tu as bien faillis compromettre le plan à jamais. Tu as perdu ma confiance. Par conséquent, je ne peux te laisser la vie.- Je vous en prie… supplia Azraël en tombant sur les genoux. Je vous en prie… Je ne savais plus que faire. J’avais peur… - Un SangDragon n’a jamais peur. le coupa l'homme sur un ton glaçant. - Non… Je vous en supplie… Pas ça...Sortant de sous son long manteau, Azraël eut à peine le temps de voir le moignon du bras de l’homme auquel était rattaché un petit poignard. La lame s’enfonça dans son cou comme un couteau dans du beurre, atteignant sa jugulaire. Puis l’homme retira la lame et une fontaine de fluide sanguinolent s’échappa du corps du pauvre Azraël qui s’écroula sur le côté. Les yeux du SangDragon se fixèrent sur le visage de l’homme qui essuyait tranquillement sa lame sur sa manche. Sa respiration se faisait de plus en plus difficile au fur et à mesure qu’il se vidait de son sang et que son esprit s’évaporait hors de son corps inerte. Puis, tel le chant du cygne appelant à la mort, dans une dernière étincelle d’existence un dernier son franchit les lèvres du futur défunt. Un son si bas qu’il était à peine audible. Un son qui rappelait dangereusement un fantôme disparu du passé : « J… Jean... » L’homme tressaillit à ce nom et baissa les yeux vers Azraël. Les yeux rouge doré de celui-ci étaient déjà recouverts du voile énigmatique de la mort, semblable à l’infini. La vie l'avait définitivement quitté. Alors l’homme replaça sa capuche pour cacher son visage ravagé et se détourna du cadavre. - Ainsi périt Azraël, la Lumière. L'Etoile du Matin. Dans la fange d'une sombre ruelle, loin des champs de bataille et de la clameur des combats.Ses pas résonnèrent dans la nuit. Azraël D. Shaitan "La Lumière"
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 | Sujet: Re: (Re)Union [III] Jeu 1 Jan - 16:49 | |
| J’étais dans un état second quand je fis démarrer ma voiture. Mes mouvements étaient lents, distants, exactement comme si une autre personne commandait mon corps à ma place et que je me contentais d’observer en simple spectatrice le phénomène. Le moteur vrombissant, la voiture sortit de la place de parking où je l’avais garée pour s’insérer dans la circulation fluide de la ville. Depuis plusieurs mois déjà, le trafic londonien avait subitement régressé de façon surprenante. Les moldus avaient compris qu’il ne faisait pas bon rouler en voiture ou même sortir tout court. Lorsqu’ils n’avaient pas purement et simplement fui la ville, les familles préféraient encore rester terrées chez elles, dans le relatif abri que constituaient les quatre murs de leurs appartements. La route défilait sans que je m’en rende compte. Je m’étais levée pour je ne savais quelle raison, animée par une force supérieure, pour me rendre je ne savais où. Seth n’était pas rentré ce soir là. Comme la plupart des soirs d’ailleurs. Ses responsabilités de Haut Ministre lui prenaient presque tout son temps. S’il continuait à ce rythme, sa santé allait y passer, je le savais très bien. Je n’osais néanmoins pas lui en parler. J’en avais assez vu sur le fonctionnement de ce gouvernement pour savoir qu’au moindre signe de fléchissement de sa part, une horde de requins assoiffés de pouvoir se jetteraient sur lui pour obtenir sa tête. Je ne savais toujours pas où je me rendais quand j’arrêtais de rouler au bout d’une heure de route à pleine vitesse. La nuit était définitivement tombée lorsque je descendis pour me retrouver devant Stonehenge. Les monolithes placés de manière circulaire se découpaient à peine dans l’obscurité. Il n’était presque pas visible pour un œil non exercé mais je sentais un puissant pouvoir en émaner. Même un aveugle aurait pu ressentir les forts courants magiques qui s’en échappaient s’il savait interpréter correctement les flux. Nul ne savait qui les avaient mis ici, ni même qu’elle avait été leur fonction première il y avait de cela plus de cinq mille ans. Aujourd’hui, la construction énigmatique servait de carrefour. En effet, pour un non initié ce n’était qu’un tas de pierres empilées l’une sur l’autre et disposé en cercle, mais tel n’était pas le cas pour un sorcier. Stonehenge était une immense porte reliée à chacun des portails disséminés sur Terre permettant de se déplacé instantanément dans des endroits où le transplannage ne le permettrait pas. S’il y avait une logique dans tout cela, cet endroit en était définitivement le cœur. D’un pas assuré mais que je contrôlais à peine, je franchis le seuil d’une des constructions de pierre. Tout se mit à fondre autour de moi tandis qu’une désagréable odeur emplissait mes narines. Une seconde plus tard, un nouveau paysage s’était formé devant moi. Derrière mon dos, je sentis un courant d’air chaud qui disparut aussi vite qu’il était arrivé, m’indiquant que le passage s’était bien refermé. Je reconnu immédiatement le décor qui m’entourait. J’étais déjà venue plusieurs fois ici quand j’étais enfant même si ma dernière visite en date était encore toute récente. C’était un coin perdu de Bretagne, quelque part dans le nord-ouest de la France. Je ne voyais à présent qu’un seul endroit où mes pas me conduisaient. La question qui se posait à présent était qu’est-ce qui m’y poussait avec tant de force ? C’était un peu comme lorsque j’avais suivi cette impression bizarre qui m’avait conduite dans la salle du Voile au Département des mystères. J’étais peut être inconsciemment encore en train de me jeter une nouvelle fois dans la gueule du loup. Malgré ce risque, je n’en pris pas moins machinalement le petit sentier inconnu des moldus qui me mena bientôt près d’un autel couvert de mousse entouré d’herbes hautes qui m’arrivaient pour la plupart d’entre elle juste au-dessous du nez. Je m’arrêtai devant la stèle et levai les yeux vers le ciel étoilé. Ici, les étoiles scintillaient doucement. Une telle quiétude habitait ces lieux reculés que rien ne pouvait laisser penser quelles heures sombres le monde était en train de subir. C’était tellement simple, que moi aussi, l’espace d’un instant je m’imaginai vivant seule ici parmi les merveilles qu’offrait la nature. Le genre humain était descendu bien bas pour ne plus se rendre compte à quel point il pouvait être si facile de vivre paisiblement. Au lieu de cela, il engendrait de plus en plus de monstres, comme Bellatrix Lestrange, qui venaient détruire sans une once de remord ce qui faisait la beauté de ce monde et des espèces qui l’habitaient. Prenant une dernière respiration, je posai ma main sur la stèle. Celle-ci se scinda alors en deux. J’enlevai rapidement ma main et les deux morceaux, ainsi séparés, s’écartèrent l’un de l’autre révélant le passage secret qui menait au caveau familial. A quelques mètres en contrebas, après avoir descendu une quinzaine de marches je saisis un des morceaux de bois accroché sur le mur pierreux et l’allumai d’un coup de baguette magique. La flamme s’éleva dans les airs, illuminant le tunnel sur une vingtaine de mètre de diamètre. Les marches descendaient toujours de plus en plus bas et même en plaçant la torche en avant on n'en voyait pas le bout. Je savais qu’une longue marche m’attendait pour parvenir jusqu’en bas. J’amorçai alors ma descente. Bientôt la chaleur devint suffocante. Plus je dévalais les marches plus il faisait chaud. C’était comme se rapprocher des enfers. Au bout de ce qui me parut être une éternité, j’arrivais enfin au bout de mon parcours. Il faisait moins chaud en bas. Un sort permettait de réguler l’air afin qu’il n’y fit pas trop chaud. Sans ça, à plusieurs centaines de mètres sous terre, il aurait été impossible de ne pas suffoquer. Tenant ma torche toujours à bout de bras, je passai devant les rangées de statues. Leurs yeux de pierre semblaient me dévisager et me juger. Les traits de chacune d’entre elles étaient durs, ou grave, homme ou femme on voyait qu’ils étaient tous des guerriers. La plupart étaient assis sur des sièges de marbre, une épée reposant sur leurs genoux. D’autres étaient debout, et parfois un loup aux dents acérées montait la garde à leur pied. Enfin, le plafond du caveau commença à s’abaisser et je distinguai grâce à la lueur tremblotante de ma torche une paroi indiquant que j’étais parvenue à l’extrémité de la grotte. Mon voyage arrivait à son terme. Je m’arrêtai devant la dernière statue qui se dressait là et observait les traits de celle-ci. Je ne sais comment expliquer cette force qui me poussa à me rendre jusqu’à la tombe de mon frère, toujours est-il qu’une fois devant, l’envie irrépressible qui m’avait attirée jusqu’ici disparue subitement et je me retrouvai désorientée sous le regard froid et impassible de Jean. Je n’étais pas allée à l’enterrement – de toute façon on avait rien trouvé à mettre dans le cercueil. Jean était considéré comme un traître par à peu près tout le monde sorcier quelle qu’en fut le clan. Dans ma position, je ne pouvais me risquer à y assister. Pourtant j’étais bien là aujourd’hui, presque un an après ce jour fatidique où j’avais senti une partie de moi mourir. Etait-ce le moment de me juger ? Si au lieu de rester avec Seth j’avais fui comme il me l’avait demandée, cette tragédie se serait-elle déroulée ainsi ? Ce n’était que des questions dépourvues de toute réponse. Alors comment expliquer le pourquoi de ma présence ici ? J’avais été attirée là et je ressentais exactement la même chose que lorsque la jeune fille qui tuait les SangDragons m’avait emmenée jusqu’à la salle du Voile pour y pratiquer un obscur rituel oublié. Cette pensée s’imposa à moi dans toute sa clarté. J’avais été attirée dans le même piège sans m’en rendre compte à temps. Etais-je stupide pour ne pas y avoir pensé plutôt ? Ou bien l’état second dans lequel je m’étais retrouvée était-il la cause d’un sortilège de contrôle dont j’ignorais l’existence ? Paniquée, je me détournais de la pierre mortuaire de mon frère pour me diriger au pas de course vers les escaliers. Tous mes sens étaient en éveil. Le sang affluait à mon cerveau et je sentis bientôt les quelques pouvoirs de l’héritage SangDragon venir à ma rescousse. Je me mis à courir plus vite, l’air sembla se fendre devant moi tandis qu’une multitude d’odeurs se mêlaient dans mes narines palpitantes. Je pouvais savoir avec précision à quoi appartenait quelle odeur et à quelle distance l’objet se trouvait. Je n’eus pas le temps d’être surprise par ce soudain gain de pouvoir car à mesure que ma vue s’améliorait également, je distinguais dans le noir la familière forme sombre d’une silhouette encapuchonnée. Yana descendait les dernières marches qui menaient au cimetière familial. C’était donc bien lui qui m’avait ensorcelé pour me conduire ici sans que je me rende compte de quoi que se soit. Par chance il ne semblait pas m’avoir encore vue. J’ignorais comment il avait trouvé l’existence de cet endroit mais je ne pouvais le laisser souiller le mausolée par sa présence. Ma baguette se retrouva instantanément dans ma main et alors que je courrais toujours dans sa direction je lui lançai un expilliarmus. Le sort fusa droit sur lui. Il eut à peine le temps de tourner la tête vers moi que déjà le sortilège le frappait en pleine poitrine et l’envoyait s’écraser au bas de l’escalier. Je pensais qu’après ça, il ne pourrait pas se relever avant un bon moment. Mais dans ma précipitation j’avais oublié à quel être j’avais affaire. Loin de sembler affecter par sa chute, il se redressa presque immédiatement, comme si de rien n’était. J’étais pourtant certaine de ne pas l’avoir raté. Mon sortilège l’avait forcément touché, je ne pouvais pas m’être trompée. Cette personne était loin d’être normale. La magie glissait-elle sur lui comme l’eau sur la peau ? Je m’arrêtai de courir à une dizaine de mètres de la sortie. Il me bloquait le passage, sa tête sans visage tournée vers moi, guettant mes moindres mouvements. Je ne parvenais pas à le sentir malgré mes pouvoirs fraichement acquis. Je pouvais sentir la moisissure accrochée aux murs, l’odeur du marbre des tombes et même celle des corps en décomposition qui reposaient dans le sol. Mais pas lui. C’était comme s’il n’existait pas, il n’était tout simplement pas là. Cet homme, si s’en était bien un, me paraissait de plus en plus bizarre. Etait-il immortel ou tout simplement insensible à la magie ? Il était impossible de transplanner d’ici. Ma baguette étant inutile et la seule sortie étant bloquée, je me retrouvais coincée, prisonnière de ce personnage irréel sans savoir quoi faire. J’allais forcément me faire tuer. Il ne bougeait pas, restant totalement immobile, sa tête toujours tournée vers moi. Qu’attendait-il ? Il voulait sûrement que je me jette, dans un élan de désespoir, contre lui pour tenter de forcer son barrage. Je savais que ça ne marcherait pas. Il était plus grand et certainement plus fort que moi. J’avais certes un avantage grâce au pouvoir que me procurait le sang des Dragons mais cet homme tirait lui aussi son énergie d’une source inconnue et particulièrement puissante. Après tout il avait tué Kyle Nathaniel. Et Kyle savait se défendre. Je ne savais plus trop quoi faire. Tant qu’il ne bougeait pas, cela me permettait de gagner du temps pour trouver un plan capable de me tirer de ce traquenard sans prendre trop de risques mais aucune idée géniale ne semblait vouloir baigner mon esprit de sa lumière. J’étais donc seule dans l’obscurité avec un prédateur prêt à me découper en petits morceaux. La seule chose à peu près sensée qui me traversa l’esprit fut de lui parler. En discutant – si jamais il acceptait de me répondre – j’en apprendrais plus sur lui et ses motivations. Avec un peu – beaucoup – de chance, je pourrais peut être trouver un moyen de le déstabiliser et de le neutraliser, ou du moins de m’enfuir. - Y… Yana ? Ecoutez, c’est vous qui avez le pouvoir. Inutile d’être violent. Dîtes-moi seulement ce que vous attendez de moi.Yana resta silencieux un long moment, à tel point que je crus qu’il ne me répondrait pas. Puis, d’une voix grinçante, cassante, hésitante et je rajouterai même désincarnée, il me répondit : - Je… m’apPelle Roxane Caldrej. Roxane Caldrej. Je fronçai les sourcils pour réfléchir un long moment. Ce nom ne me disait rien. S’il ne s’appelait pas Yana alors ces quatre lettres avaient une autre signification. Je tentai de le découvrir. - Très bien Roxane. Très bien. Je sais que vous êtes en colère mais il faut m’expliquer pourquoi. Est-ce que c’est Yana qui vous a fait quelque chose ? Je ne suis pas lui et ceux que vous avez assassiné non plus. Peut être que si vous m’expliquiez je pourrai vous…- Je… dit-il soudainement sans me laisser terminer, ne vAis paS te tuEr. J’ai… beSoiN de toi poUr… VivRe. - De moi ? demandai-je choquée. Pourquoi auriez-vous besoin de moi ? Roxane Caldrej émit soudainement un son strident, comme un sifflement de serpent. Je mis un moment avant de comprendre qu’il ne s’agissait que de sa respiration. - PaRce quE… tu eS… ma Mère. dit-il enfin. _________________ Que les lumières s'éteignent et qu'arrive la nuit. |
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 | Sujet: Re: (Re)Union [III] Sam 24 Jan - 21:46 | |
| Le touristeLes rayons du soleil perçaient à peine à travers l’épais plafond feuillu de la forêt donnant un aspect ténébreux aux environs. Normalement à cette heure de la journée on aurait dû entendre le chantonnement des oiseaux et le grésillement des insectes. Pourtant, même en tendant l’oreille on ne distinguait pas le moindre écho. C’était comme si la forêt s’était figée l’espace d’un moment. Même les feuilles des arbres agitées par le vent semblaient vouloir faire le moins de bruit possible afin de mieux observer la scène qui se déroulait en bas, au niveau de leurs racines. Il y avait deux personnes. L’un était un homme à la barbe épaisse portant de grosses lunettes de soleil sur le nez, un bob, une chemise hawaïenne et un appareil photo à prise instantanée qui pendait à son cou, sur son dos. L’autre était une jeune femme svelte et sportive, sûrement une caboclo du fait de son teint, une métisse amérindienne. Ils étaient allongés l’un sur l’autre contre un arbre, entre deux de ses grosses racines. La femme gémissait pendant que l’homme trifouillait avec avidité dans sa nuque en émettant de gros bruits de succion. Au moment où les efforts de l’homme semblèrent redoubler, la femme poussa un dernier cri en arquant son dos presque en un angle droit avant de retomber lourdement sur son lit de mousse. L’homme se redressa alors, le souffle court. D’un coup de manche il s’essuya la bouche recouverte de sang pendant que ses dents se rétractaient lentement. La femme gisait, inerte, un énorme trou sanguinolent à la base du cou. Sariel se redressa en épongeant avec sa manche le reste de sang qui perlait de sa barbe. Il remonta son short. Le SangDragon prit ensuite l’appareil photo qu’il avait à son cou et prit un cliché de la jeune femme dont les yeux vides ne faisaient qu’attester la mort. La photo s’imprima presque aussitôt et Sariel la prit précautionneusement entre son pouce et son index. Il la secoua un instant pour faire apparaître la photo et sourit lorsque le papier lui renvoya l’image de la jeune femme qu’il venait de vider. Il la mit dans son sac qu’il ramassa derrière une des racines et le balança sur son épaule avant de continuer son chemin. - Promenons-nous dans le bois pendant que le loup n’y est pas. Si le loup y était il nous mangerait, se mit-il à chanter gaiement tandis qu’il enjambait racines et flaques boueuses. Il était particulièrement en joie ce jour là. En plus de lui fournir un excellent encas, la sulfureuse jeune femme lui avait donné de nouvelles informations sur la sale garce rose. Il lui avait fallu des mois pour retrouver sa trace, la garce ayant complètement disparue de la circulation après que le jugement dernier se fut abattu sur Londres. Mais maintenant il tenait une piste. Elle aurait beau se cacher au fin fond de la forêt amazonienne, il la retrouverait et lui ferait payer. Jamais il n’avait été aussi proche de son but. Après des heures de marche il arriva enfin aux abords de la ville que lui avait indiquée l’autochtone. Une blanche aux cheveux rose avaient habité récemment par ici, allant jusqu’à rebâtir presque complètement une vieille maison abandonné. Il sentait son excitation augmenter à chaque pas qui le rapprochait de son objectif. Il demanda son chemin à une vieille brésilienne, prétextant qu’il était venu rendre visite à une amie qui habitait dans les environs et qui avait les cheveux roses. La vieille dame au visage fripé lui indiqua une maison au loin, un peu plus grande que les autres et mieux entretenue. Elle rajouta quelque chose en portugais qu’il ne comprit pas. Elle ne semblait pas très contente. Sariel n’y fit pas attention et se dirigea vers le bâtiment indiqué. Lorsqu’il fut à quelques mètres à peine de la maison la porte s’ouvrit soudainement. Il se figea un instant avant de se précipiter derrière le muret de la cour arrière de la maison la plus proche. Il jeta un œil par-dessus le muret et observa l’entrée. Un homme sortit bientôt de la maison. Il était relativement grand, le teint hâlé et de larges épaules. Sariel renifla l’air. Il y avait bien un petit quelque chose ressemblant à l’arôme de la garce chez cet homme mais rien de récent. Le gringo avait bien été en contact avec elle mais pas récemment. Ce n’était pas grave. Avec un peu de chance il lui indiquerait gentiment où la trouver. Il allait se précipiter vers lui et le forcer en rentrer dans la maison quand un sentiment de danger l’interpella, comme la désagréable impression d’être observé. Il se retourna, crocs en avant, vers le fond de la cour. Il n’y avait personne. Il resta sans bouger pendant une seconde. C’était-il trompé ? Comme rien ne bougeait il reporta à nouveau son attention sur la maison de la garce, chassant son mauvais pressentiment de son esprit. L’homme avait disparu. Le SangDragon jura entre ses dents. - De toute façon il n’a même pas idée d’où elle se trouve en ce moment.Sariel fit un bond en entendant cette voix. Il regarda à nouveau derrière lui, son cœur battant la chamade. Seules deux personnes étaient encore capables de le surprendre de la sorte. Et il n’aimait pas vraiment aucune des deux. - Qu’en savez-vous, Jean ? cracha-t-il à la face de l’homme au visage couturé de cicatrices. Qu’est-ce que vous venez faire ici ?- Je vois que la greffe de langue a bien prise. Mais je me demande si c’était une bonne idée finalement.Sariel serra les dents mais ne répondit pas. Repenser à ces douloureux souvenirs lui donnait envie de vomir. - Il y a du mouvement dans le vieux continent. Je suis venu te chercher.- Vous auriez pu envoyer l’un de vos caniches. Nathaniel ou Azraël. Jean secoua sa tête affreuse. - Malheureusement Nathaniel a été assassiné et Azraël était devenu… instable. J’ai également dû m’en séparer. - Et les Ténèbres alors ?- Il est en ce moment même infiltré dans le camp adverse. Au plus près de la fille que vous recherchez.Un rictus étira les lèvres de Sariel. Comment Jean avait-il pu la retrouver ? Lui qui avait consacré ces derniers mois à retourner le monde entier pour la faire sortir de sa cachette. - Co… Comment ?- Tout à fait par hasard. Elle a réapparu à Londres quand toi tu faisais du tourisme. Elle fait maintenant parti de je ne sais trop quelle organisation qui lutte contre le sorcier noir.- Les Forces Spéciales Magiques ? demanda-il en se remémorant le nom de l’organisation des hommes masqués. Une nouvelle fois Jean haussa les épaules. Son visage ne trahissait aucune émotion ou du moins Sariel ne parvenait pas à les percevoir à travers le masque crouteux de ses vieilles blessures. Le SangDragon n’avait aucune raison de mentir à ce sujet mais Sariel ne pouvait que se montrer suspicieux à son égard. Il n’avait clairement pas confiance en lui. - Où est le piège ?Jean s’approcha d’un pas et Sariel ne put s’empêcher de regarder le poignard qui était fixé à son moignon. - Ne crains rien. Le sang de notre peuple a assez coulé.- Ce n’est pas ce que j’ai cru comprendre quand vous avez parlé d’Azraël.- Azraël était un traître. J’ai appris qu’il avait fourni des informations à Vaan en vue de concrétiser une alliance entre les deux clans. Il a mis le plan en péril.Sariel plissa les yeux. Cela lui paressait impossible. Azraël détestait trop Vaan et les sorciers pour être poussé à faire ce genre de chose. Mais d’un autre côté Sariel s’était toujours demandé pourquoi le fier guerrier tolérait la présence de Nathaniel dans leur rang. Il était à moitié sorcier malgré tout. - Le plan tombe à l’eau alors ? - Non. Vaan est mort lui aussi. Assassiné. - V… Vaan ? Il fallut une minute à Sariel pour intégrer la nouvelle. Puis il se mit à rire. Vaan était mort ! Cet abruti bouffi de suffisance et qui se prenait pour dieu avait passé l’arme à gauche ? Sariel enleva ses lunettes et se frotta l’arcade, juste au-dessus de l’orbite vide de son œil manquant, pas un jour n’avait passé sans que celui-ci ne le démange affreusement. Ce salopard avait finalement payé. Le monde s’en porterait mieux maintenant sans lui. - Le plan n’est pas menacé alors. - Pas forcément. J’ignore ce qu’il savait et quelles contre-mesures il a prises avant de mourir. Nous devons nous montrer très prudents. Mais ce n’est pas pour ça que je suis là. Nous avons un problème autrement plus urgent à régler.- Qu’est-ce qui peut être plus urgent que de se venger des sorciers ?- Nous devons nous occuper de celui qui l’a tué lui et Nathaniel. C’est un Sans Odeur contrôlé par une des proches de la fille qui t’a arraché la langue. Nous devons nous débarrasser de la contrôleuse au plus vite. En échange tu pourras disposer de la fille comme tu l’entends. Sariel ressentit un frisson lui parcourir le corps tandis que son imagination se mettait à vagabonder sur tous les fantasmes sadiques qu’il voulait expérimenter sur la garce. - Et comment allons-nous nous y prendre ?- Les Ténèbres est déjà tout près d’elles. Et puis j’ai un plan. Un plan qu’Azraël a sans le vouloir aidé à mettre en place._________________ Je suis celui-ci ou celui-là. Il n'y a point de différence. |
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 | Sujet: Re: (Re)Union [III] Lun 9 Mar - 23:18 | |
| Je clignai plusieurs fois des yeux, sous le choc. Je n’étais pas certaine d’avoir bien compris. Moi, j’étais la mère de cette chose ? Il m’était impossible de donner la vie. Et puis, même si cela avait été possible, je m’en serais souvenue. Ce que cet être prétendait n’avait aucun sens. - Non… Je ne suis pas ta mère. Je m’appelle Joanne Street. Je n’ai pas d’enfant. Tentai-je de lui expliquer. - Si. C’est tOi… qui m’a aPpelé à la vIe. Je sUis…Il s’arrêta net comme s’il ne pouvait plus parler. Il ne bougeait toujours pas d’un cheveu mais un râle profond émana soudain de lui. Je l’observai sans oser m’approcher. Je mis un long moment avant de comprendre que le râle que j’entendais n’était autre qu’un reniflement, comme un chien cherchant un os. - Ils arRiveNt. Décréta-t-il au bout de quelques instants. IlS vieNnenT ici…Sa voix trainante ne trahissait aucune émotion. Je ne pouvais donc pas savoir si cela était ou non une bonne nouvelle pour moi. Une goutte de sueur roula de mon front jusqu’à mon menton et vacilla un moment avant de tomber et de s’écraser sur le sol. Je pris mon courage à deux mains et demandai : - Qui est là, Roxane ? Qui arrive ?Je priai pour que se ne soit pas la jeune fille rousse. D’après ce que je voyais, Roxane avait à peine plus que le QI d’un troll des montagnes. S’il était bien celui qui tuait de ses mains les SangDragons, je commençai à comprendre assez bien le fonctionnement du binôme meurtrier. Je me doutais que c’était la rousse qui commandait, lui ne faisait qu’exécuter. Mais pour avoir une compréhension totale je devais néanmoins encore découvrir pourquoi la rousse s’en prenait exclusivement à nous. Comme je m’y attendais, le monstre ne me répondit pas. M’ignorant totalement, il me tourna le dos et commença à remonter les escaliers tout en murmurant des choses inaudibles dans sa barbe. Un bruit métallique nous provint des escaliers. Le monstre regarda un petit objet rond de couleur sombre dégringoler les marches une à une et de rouler jusqu’à ses pieds. Mes yeux s’écarquillèrent en reconnaissant l’objet en question. Je me retournai prête à courir, mais un éclair lumineux envahit mon champ de vision tandis qu’un bourdonnement assourdissant retentissait dans la caverne. Quelque chose d’extrêmement dur heurta le bas de mos dos et je ressenti comme une déchirure. Mes jambes cessèrent de m’obéir et se dérobèrent sous moi. Le sol s’approchait dangereusement de ma tête mais je n’eus pas le temps de ressentir l’impact car avant même de l’avoir touché, je m’étais déjà évanouie. Lorsque je me réveillai, j’étais allongée dans le lit d’une chambre obscure qui me paraissait familière mais dont je ne parvenais plus à me souvenir. Je clignai plusieurs fois des yeux et, bizarrement, ceux-ci semblèrent s’habituer presque instantanément à l’obscurité. Je reconnus la pièce au même instant où je le vis. Installé dans le fauteuil de la chambre de Vaan, jambes croisées, il m’observait pardessus ses doigts joints. Ses lèvres fines étaient anormalement pincées, comme s’il était en pleine réflexion. Ce ne fut que lorsque je tentai de me redresser et que la douleur me tétanisa, me forçant à retomber lourdement contre le sommier en gémissant, que ses lèvres daignèrent s’animer. - Eh bien, eh bien, voilà qui n’est pas passé loin. A l’écoute de sa voix, comme si j’avais encore pu douter, je sus que c’était lui. Ma mâchoire se décrocha et je clignai encore une fois des yeux pour m’assurer que je ne rêvais pas. C’était mon frère, Jean. Devant mon air ahuri, mon défunt - ou pas - jumeau éclata d’un rire tonitruant. Un de ceux que je lui connaissais d’avant sa subite disparition, sept ans auparavant. Ce rire était un relent du passé. Comment pouvait-il encore existé ? Lorsqu’il vit que j’étais encore plus choquée par le son de son rire que par sa propre présence, son hilarité redoubla d'intensité. Je voulus ouvrir la bouche mais aucun son cohérent ne semblait vouloir dépasser ma langue gourde et mes lèvres asséchées par la soif. Enfin, il se ressaisit et reprit son air sérieux du début. - Je sais que tu es surprise de me voir mais ça me fait très plaisir de pouvoir à nouveau poser mes yeux sur ton doux visage, Joanne.Je dus faire un effort quasi surhumain pour articuler ma réponse : - Tu es mort.A peine ces mots furent-ils sortis de ma bouche que je me sentis tout à fait idiote. Il ne pouvait être mort puisqu’il se tenait devant moi ! Et pourtant cela me paraissait tellement irréel que je ne pouvais y croire. Etais-je en train de devenir folle ou les morts pouvaient-ils revenir à la vie ? Il acquiesça cependant, l’air navré. - On peut dire ça comme ça. Pourtant je suis bien là, avec toi.Et comme pour se justifier, il décroisa les doigts et écarta les bras. Il me semblait aussi vrai que Jean pouvait l’être, si ce n’est que… - Ta main…- Une longue histoire, éluda-t-il en haussant les épaules. - Mais comment tu…- Encore une longue histoire. Il se remit à rigoler, ses yeux pétillants, l’air d’avoir lancé une bonne blague. Cet homme ressemblait trait pour trait à mon frère, avait la même voix, les mêmes postures et pourtant ce rire avait quelque chose de dérangeant. Il paraissait sincère, pas artificiel. C’était bien là le problème. J’avais toujours considéré mon frère comme une machine à simuler les émotions dont j’étais la seule à percevoir la fausseté. Durant sa dernière année de vie, tout en mon frère avait sonné faux, comme une guitare mal accordée. Tout n’avait été que mensonges, dissimulations et trahisons. Ce rire sincère ne s’intégrait pas à la personnalité de mon frère. Un vrai faux rire. La mort l'avait-elle véritablement changé à ce point ? - Je sais que tu as beaucoup de questions à me poser, Joanne. Mais, nous verrons cela demain. Je voulais juste m'assurer que tu te remettais pour le mieux. En attendant repose-toi bien. Il se leva gracieusement et se dirigea vers la porte. Je m’essayai une fois de plus à me redresser mais la douleur revint au galop, m’obligeant à rester parfaitement immobile. Je braquai mon regard vers lui, d’un air suppliant. Il sourit, la main sur la poignée de la porte. - Demain, répéta-t-il. Tu es passée tout près de la mort aujourd’hui. Tes blessures guériront vite, il semble que finalement tu as un peu plus potentiel que papa le pensait.Je fronçai les sourcils. Il y avait quelque chose d’inhabituel dans sa phrase mais avant que j’eus compris de quoi il s’agissait, il avait déjà refermé la porte. Jean n’appelait jamais Vaan « papa. » _________________ Que les lumières s'éteignent et qu'arrive la nuit. |
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 | Sujet: Re: (Re)Union [III] Sam 14 Mar - 16:10 | |
| Raguel, la MalchanceTout en faisant sautiller le petit Vlad – qui riait aux éclats - sur ses genoux, Raguel ne pouvait s’empêcher de lorgner fort peu discrètement vers la porte derrière laquelle Gabrielle avait disparu un peu plus tôt. Mal à l’aise, il se trémoussait sur sa chaise tout en se gardant bien de croiser le regard de leurs invités surprise. Assis sur le rebord de la fenêtre ouvert, une cigarette coincée entre l’index et le majeur Sariel fumait distraitement. Ils ne s’étaient pas vus depuis la mort de Remiel et de la Montagne. Avant, leur relation n’avait jamais été très amicale et ce n’était pas le décès de ces deux là qui avait arrangé les choses. Pourtant, malgré le dégoût qu’il éprouvait pour le Borgne, ce n’était pas de lui dont il se défiait le plus et qui le mettait dans cet état de nervosité. Raguel faisait appel à toute ses forces pour ne rien laisser paraître devant cet homme. Il n’osait, malgré ses efforts, pas le regarder en face. Cela aurait été comme regarder un fantôme, hors cet homme là était bel et bien vivant, fait de chair et d’os. Il faillit pousser un soupir de soulagement quand la porte de la chambre s’ouvrit enfin et que Gabrielle en sorti. Apparemment Joanne n’était toujours pas réveillée. Aussitôt qu’il la vit, le môme tendit ses petites menottes boudinées vers sa mère en piaillent d’impatience. - Il est étonnant que vous ayez réussi à le concevoir. Même après tant de siècles à essayer.Gabrielle calla l’enfant au creux de son bras et le berça doucement. Contrairement à Raguel, elle n’hésita pas à lancer un regard mauvais à l’homme qui venait de parler. - Pourquoi cela ? L’amour n’est-il point suffisant pour créer la vie ?L’homme émit un léger ricanement et Raguel glissa un coup d’œil dans sa direction. Debout près de la cheminée où se consumait une lourde bûche, Jean observait l’enfant d’un œil avide. Ses traits ravagés étaient tirés dans une caricature de sourire. Scarifiée, brûlée, méconnaissable, chacune des parcelles de sa peau avait été dévastée. Sa bouche n’était plus qu’un orifice tordu, son nez cassé en de multiples endroits émettait un sifflement à chacune de ses respirations. Ses cheveux, autrefois impeccable et d’une blancheur immaculée, étaient maintenant disparates et ternes. Oui, Jean le Bienheureux avait bien changé depuis la dernière fois où Raguel l’avait vu, près de deux cents cinquante ans auparavant. Et ce n’était pas dans les meilleurs termes qu’ils s’étaient séparés… Après que son rire mourut devant le regard réfrigérant de Gabrielle, le Bienheureux répondit enfin : - Je n’avais jamais vu de cas comme celui-ci. Normalement une femme Frère de Sang ne peut procréer. Son cycle s’interrompt au moment où elle s’éveille et les ovaires restent en stase. C’est pour cela que nous avons évité de faire s’éveiller les femmes SangDragon depuis notre création… Il hésita une seconde puis étira son sourire. On a vu ce que ça a donné après, finit-il par lâcher en fixant le moignon de Gabrielle. Les muscles du cou de celle-ci se tendirent et Raguel entendit le rythme de son cœur s’accélérer. Il devait dire quelque chose pour désamorcer la situation. - Vous voulez sans doute parler de Merle la Princesse des Fleurs. Ou encore de ma tante, Valéria. Sans elles nous ne saurions effectivement pas ce qu’il serait advenu de notre race. Et Joanne se contrôle parfaitement.Gabrielle se détendit légèrement mais l’attention de Jean était désormais portée sur lui, ce qu’il voulait éviter le plus possible. - Joanne ne s’est jamais éveillée…- Hum… Il ne parlait pas de la mère de Vaan, reprit Gabrielle au grand soulagement de Raguel. Mais de sa fille, celle qui dort à côté et que vous avez failli tuée dans la grotte avec votre "diversion".Le Bienheureux hocha vaguement la tête comme si la remarque de Gabrielle était sans importance. - Ah ! Très bien. Elle n’avait pas un frère également ?- Oui. Jean. Il est mort.Une lueur d’amusement traversa le regard du Bienheureux. - Jean. Répéta-t-il. Même après ce que Vaan m’a fait subir il est étonnant que ce garnement ait conservé une once de reconnaissance pour moi. Je l’ai mieux élevé que je ne l’aurais cru depuis que… Il laissa sa phrase en suspens pendant un long moment, laissant flotter le souvenir dans l’esprit de chacun. Enfin bref, c’est le passé. Parlons plutôt de sujets plus actuels. Comme par exemple de cette espèce de chose immonde qui semble s’être mise dans la tête de tous vouloir nous éliminer un par un ?- Que proposes-tu ? s’enquit Gabrielle. Jean se leva et se dirigea vers la commode qui se trouvait contre le mur derrière lui. Il s’empara du téléphone qui s’y trouvait dessus et composa rapidement un numéro. Trop vite pour que Raguel puisse en noter mentalement les chiffres. - Ce que je propose chère Gabrielle, c’est ce que nous aurions dû faire depuis le début au lieu de continuer à nous entredéchirer. Je propose que nous nous unissions à nouveau contre notre ennemi commun.Gabrielle leva un sourcil et Raguel s’agita sur son siège. Voilà qui était inattendu. - Une alliance… Et que pensent Azraël et Samaël de cela ?- Azraël nous a malheureusement quittés prématurément. Pour Samaël, demandons lui directement.Le téléphone émit une seule tonalité que déjà on décrocha l’appareil à l’autre bout du fil. - Allô ? demanda une voix familière. - Samaël, mon ami, comment vas-tu aujourd’hui ?Il y eut un court silence. - J’allais bien il y a une seconde. Maintenant j’ai une furieuse envie de meurtre qui me taraude. Mais passons. Je suis aussi proche que possible des cibles comme vous l’aviez demandé et je commence à en avoir marre de poireauter et de faire ami-ami. Et de votre côté ?- Ne t’inquiète pas. L’attente ne sera plus très longue. Je suis en ce moment même en pourparlers avec nos anciens camarades. Le combiné émit un sifflement strident, comme le feulement d’un chat. Raguel frissonna et le bébé se mit à gémir en se recroquevillant contre la poitrine de sa mère. - Parfait. J’espère que cela nous sera… profitable. Quelqu’un arrive. Je dois raccrocher.L’air aussi satisfait que son visage couturé pouvait le lui laissait paraître, Jean raccrocha le combiné à son tour. Ses yeux flamboyèrent et pendant un court instant Raguel eut l’impression de revoir la même aura que dégageait l’homme avant que celui ne… Mais l’effet fut tellement court qu’il se demanda s’il n’avait pas rêvé. - La question est donc réglée. Tous les SangDragons encore vivants sont réunis ici même ou ont été entendus. - Nous ne sommes peut être pas tous là, laissa échapper sournoisement Gabrielle. Vous oubliez Ael Johns et les deux petites filles.Jean fronça les sourcils. - Tu veux sûrement parler des trois cadavres que nous avons découverts non loin de la crypte. Cela faisait des jours que leurs entrailles pourrissaient au soleil.- Elles étaient avec une humaine, déclara Gabrielle en secouant la tête. Même si on est presque sûre que les deux plus jeunes sont mortes, on n’a pas assez retrouvé d’ossement du troisième cadavre pour confirmer qu’il s’agit bien d’Ael.- Je crois que si. Il lui jeta un regard compatissant. Il est évident que la créature ne s'attaque qu'exclusivement à notre race. Il y a peu de chance que le cadavre soit celui de l’humaine.Gabrielle pinça ses lèvres en une moue désapprobatrice. Dès que le bébé sentit à nouveau la tension chez mère il posa une de ses petites mains sur la joue de celle-ci et laissa échapper un petit gazouillis impératif. Posant un doux regard sur son chérubin, elle s’apaisa aussitôt. Jean observa la scène d’un air de plus en plus intéressé. C’était peut être même plus que de l’intérêt. Raguel chercha le mot juste. De la convoitise ? Sans qu’il s’en rende compte, de façon purement instinctive un grondement sourd sorti du fond de sa gorge. Jean le regarda une fraction de seconde avant de secouer la tête et de se détourner légèrement. Le cœur de Raguel bondissait furieusement dans sa poitrine. Il venait de menacer Jean le Bienheureux ! Il ne s’en serait jamais cru le courage. Pourtant ce petit bout de chair rose et rondouillard que portait Gabrielle lui avait paru l’espace d’un instant plus important que sa propre vie. Vlad posa ses pupilles sur lui et sourit, comme s’il avait compris le geste protecteur qu’il avait perpétré à l’encontre de Jean. Dans son coin, Sariel émit un petit rire sarcastique. - Soit, admettons qu’elle ne fasse pas partie des cadavres et qu’elle ne se soit pas faite tuée ailleurs, déclara enfin Jean avant que le silence ne commence à s’éterniser trop longtemps. En quoi cela change-t-il notre situation ? Nous n’avons aucun moyen de la localiser, elle ne nous sera pas d’un grand secours. - C’est vrai, Gabrielle. Il faut nous concentrer sur nous à présent. Le danger est réel. Non seulement pour nous mais pour Vlad. Nous devons mettre toutes les chances de notre côté.La SangDragon serra les mâchoires mais ne répliqua pas. Elle savait que Raguel avait raison. Ce n’était pas le moment de se disputer sur de petits détails sans importance. Tous là ou pas, il fallait qu’ils décident quelque chose. - Bien, commença le doyen des SangDragons, quelles sont nos options ?Raguel savait par avance qu'ils n'en disposaient que de très peu. Jamais les SangDragons n'avaient encore fait face à un ennemi aussi puissant. Pas même avec les sorciers. _________________ Je suis celui-ci ou celui-là. Il n'y a point de différence. |
|  | | Joanne Street Ex Auror

Nombre de messages: 104 Age: 33 Localisation: Dans le noir. Date d'inscription: 12/12/2006
 | Sujet: Re: (Re)Union [III] Sam 21 Mar - 17:00 | |
| - Donc quoi ? Tu es une espèce d’hallucination ou une de ces saletés de mauvais sort ?L’homme soupira d’agacement. Exactement de la même manière que l’aurait fait Jean Delacroix. A ceci près que ce n’était pas lui. - Je te l’ai déjà dit, je suis Jean. A mon tour je poussai un soupir d’exaspération. - Et si tu arrêtais de te foutre de moi ? Tu n’es pas Jean. Je suis sa sœur, je suis bien placée pour savoir qui est lui et qui ne l’est pas. Alors qu’est-ce que tu es toi ?- Très bien. Très bien. Puisque tu insistes. En réalité je suis Dieu et je viens pour…L’oreiller que je lui envoyai le traversa comme s’il s’était agit de beurre. Il ouvrit grand la bouche, semblant chercher ses mots puis la referma et la rouvrit consécutivement. Après une minute de silence son regard se métamorphosa. Ce n’étaient plus les yeux de Jean mais ceux d’une autre personne. Deux fines pupilles écarlates profondément enfoncés dans leurs orbites me scrutaient durement. - Félicitations. Tu es plus têtue que ton frère. Il n’a jamais remis en question ce que je lui montrais comme toi tu le fais.Ca ne répondait pas à mes interrogations même si je fus étonnée de la tournure de sa phrase. Qu’est-ce que mon frère venait encore faire là-dedans ? Je mis quelques secondes avant de comprendre enfin. - Tu es la même chose que ce qu’il voyait avant ? Il croyait que notre père lui parlait dans ses rêves ou je ne sais trop quoi.L’homme acquiesça sans répondre. Un sentiment d’angoisse envahi rapidement mes membres. Que m’arrivait-il ENCORE ? Comme si cela ne suffisait pas de pouvoir à peine bouger le petit doigt tandis qu’une entité inconnue qui se faisait passer pour mon frère gigotait tout autour de moi ? Je devenais complètement timbrée à mon tour. C’était énervant à la fin. Pourquoi toutes les crasses du monde s’acharnait-elle à me tomber dessus une par une au moment où je m’y attendais le moins ? - Soit. Tu es quelqu’un d’autre mais ça ne me dis pas ce que tu attends de moi ! lançai-je alors que la colère commençait à s’immiscer dans ma caboche malade. - Rien de bien difficile en réalité. Je ne te demande qu’une chose pour l’instant.- Laquelle ? m’impatientai-je. - Prends soin du Gant. C’est tout.Le Gant. Il n’avait pas besoin d’en dire plus pour savoir de quoi il parlait. Il faisait allusion au Gant de Rowena Serdaigle qui avait je ne sais comment atterri dans les pattes de feu mon père. En ce moment il était rangé chez moi, soigneusement plié au fond d’un tiroir de ma commode. Là où il était, il ne risquait rien. J’en fis part à mon ami imaginaire. Il secoua la tête, insatisfait de ma réponse. - Ce n’est pas ce que j’ai voulu dire. - Ah. Et c’est quoi alors ?Il sourit. - Je veux que tu le portes pour moi. Tu seras très sexy avec.Le rouge me monta aux joues mais il était surtout dû à la colère qui couvait en moi. Bizarrement elle n’était pas dirigée contre cet énergumène aux requêtes farfelues mais contre moi-même. Après avoir épousé Seth j’avais cru que ma vie pourrait reprendre un cours à peu près normal. Que lorsque le Seigneur des Ténèbres aurait assis son pouvoir une bonne fois pour toute, j’aurais enfin été tranquille. Et pourtant non, la malchance abattait encore et encore sa lourde masse sur mes épaules, jusqu’à m’en faire plier les genoux. POURQUOI ne pouvais-je avoir une vie sans histoire ? Ce n’était pas la première fois que je me faisais ces mêmes réflexions. Ces derniers temps, j’avais une fâcheuse tendance à les invoquer, non sans raison. C’en devenait pathétique à bien y réfléchir. Qu’aurait pensé un observateur extérieur s’il avait pu lire en moi ? « Voilà une femme qui se plaint sans arrêt et qui jamais ne tente de remettre sa vie en place. » C’était peut être vrai. J’avais tendance à me laisser bercer par le flot d’évènement sans me préoccuper d’y changer quoique se soit. Que se serait-il passé si je n’avais pas parjuré mes propres croyances pour me jeter dans les bras de Seth et de tout ce que son allégeance exigerait de moi ? Mes anciens camarades devaient avoir bien peu d’estime pour moi. Je compris alors enfin pourquoi chaque fois que quelque chose de désagréable devait m’arriver, je n’éprouvais que du dégout pour moi-même. Jamais je ne m’étais battue pour mes propres convictions. J’avais laissé les évènements que d’autres provoquaient m’emporter au lieu de résister. Au moins, j’aurais peut être eu moins de regrets, la simple assurance que j’avais fait tout ce qui était en mon pouvoir pour y échapper. Mais non, il avait fallu que je fasse l’autruche en fermant les yeux chaque fois que quelque chose me déplaisait. C’en était assez. Je ne serais jamais plus la victime de quoi que se soit. - Non.- Pardon ? questionna-t-il surpris par ma réponse abrupte. - Je ne vois pas très bien la raison qui me pousserait à obéir aux demandes d’une espèce d’usurpateur sans doute tout droit sorti de mon imagination.- Oh n’en doute pas, je suis bien réel. Et si tu te refuses à m’obéir je saurais bien te plier à ma volonté.J’eus un petit rire sans joie. Voilà que je me disputais avec une illusion mentale ! J’étais vraiment à l’ouest. - Oulala, j’ai peur. - Tu as plutôt intérêt, oui. Tout comme ton père tu es un être tout à fait résistant à l'usure. Mais tes origines font de toi un hôte instable que je n’aurais aucun mal à faire dérailler pour révéler sa véritable nature. Contrairement à Vaan tu n’as pas les siècles de maîtrise de soi ni sa volonté de fer. Lorsque la raison te fuira, tu me supplieras de t’aider. Il sera alors trop tard et j’aurai gagné. Ta résistance est futile et ne fera que remettre l’échéance à plus tard.Un hôte ? Résistant à l'usure ? Non mais pour qui me prenait-il celui-là ? Une poupée Barbie ? La colère bouillonnait à présent en moi mais j'étais trop faible pour la faire éclater. L'Usurpateur semblait bien s'en rendre compte et en profitait allègrement. Je tentai alors la dernière chose que j'étais encore capable de faire. J'allais dormir. - Formidable ! lançai-je. Alors on se dit à plus tard, je suis morte de fatigue. Je dois me reposer.Sur ce, sans plus faire attention à la pompeuse projection mentale, j’enfonçai ma tête dans l’oreiller et fermai les yeux. _________________ Que les lumières s'éteignent et qu'arrive la nuit. |
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Nombre de messages: 95 Date d'inscription: 18/05/2007
 | Sujet: Re: (Re)Union [III] Mar 24 Mar - 18:58 | |
| Gabrielle, la MessagèreGabrielle était inquiète. Cela faisait moins de quatre jours que Joanne avait été alitée. Grâce à son sang, les blessures de la sorcière avaient guéri vite. Trop vite. Même pour un SangDragon ordinaire. Gabrielle n’était même pas sûre que la magie n’ait rien à voir dans ce rétablissement miracle. - Et alors ? demanda Joanne perplexe. Finalement je ne suis pas si nulle en tant que SangDragon. - Peut être, reprit Gabrielle en soupirant. Mais ça n’en reste pas moins étrange. Il n’est pas coutume que les pouvoirs se développent après coup aussi subitement. J’ai peur que la rage de sang inhérente à l’éveil ne soit elle aussi à retardement.Ne semblant lui prêter qu’à peine une oreille, Joanne finit d’enfiler ses bottes avant de se mettre debout. Elle ne portait plus que de très légères marques au niveau de la mâchoire et sous l’œil droit. Gabrielle se doutait que d’ici quelques heures il n’y paraîtrait plus. Cela ne l’empêchait pas d’être inquiète. Elle se souvenait nettement de ce qui lui était arrivée lorsqu’elle avait elle-même expérimenté l’Eveil. Elle y avait laissé un bras. - Peu importe. Je suis en forme, c’est tout ce qui compte non ? Maintenant je suis prête à me battre au côté de… heu… Comment vous appelez ça déjà ? Les SangDragons réunifiés. Se pinçant les lèvres, Gabrielle s’écarta de l’encadrement de la porte pour laisser passer son interlocutrice. Elle n’aurait sûrement pas dû lui raconter ce que leur avait proposé Jean le Bienheureux. Mais à l’époque elle n’aurait jamais pensé que la jeune femme puisse se remettre si vite. Elle la suivit de son pas déterminé à travers le couloir qui menait à la pièce principale. Tous se tournèrent vers elles quand elles pénétrèrent la pièce. Raguel était toujours dans son coin avec un air de martyr, Vlad dormant sur ses genoux. Sariel émit un bref grognement en voyant Joanne et Jean le Bienheureux écarta les bras, un air satisfait sur son visage labouré. - Ma très chère Joanne ! dit-il en s’approchant. Je suis honoré de te rencontrer enfin.Lorsqu’il fut à moins de trois pas, Gabrielle s’interposa entre Joanne et le vieil homme. Pas la peine de prendre de risques inutiles. Jean s’arrêta, étonné. - Allons, je n’ai nullement l’intention de lui faire du mal. Nous venons à peine de nous rabibocher. - Inutile d’insister. Tout un chacun connaît la prophétie ici. Tu ne toucheras pas au dernier héritier des Delacroix.L’espace d’une seconde, Gabrielle sentit le danger. Ses muscles se bandèrent prêts à bondir. Chaque SangDragon présent ressenti le malaise. Raguel avait les yeux vrillés sur Jean. Un rictus mauvais se placarda sur les lèvres de Sariel. L’espace d’une seconde, Gabrielle crut que cet incident allait tourner au bain de sang. Mais le nuage menaçant qui avait envahi la pièce se dissipa lorsque Jean se détourna pour aller se rasseoir sur le vieux fauteuil au fond de la pièce. - Soit. fit-il en haussant les épaules. J’aurais au moins essayé.- Comment veux-tu que l’on vous fasse confiance si vous menacez l’une des nôtres ? explosa Gabrielle à bout de nerf. Tu te poses comme une fleur sur le fauteuil de Vaan quelques semaines seulement après sa mort alors qu’on n’avait plus de nouvelles de toi depuis trois siècles et tu crois que l’on va t’obéir bien sagement et te laisser faire n’importe quoi !- Gaby… commença Raguel. - Oh et toi ferme-là ! lui asséna-t-elle hystérique en se tournant vers son compagnon. Arrête un peu de jouer à la pucelle le soir de ses noces, nous ne leur devons rien du tout. Je te rappelle qu’ils ont tué ta mère bon sang !Raguel la regarda interloqué, le moindre de ses muscles figés. Tous autour d’elle étaient de marbre. Elle se rendit alors compte qu’elle était allée trop loin mais ne parvenait toujours pas à se calmer alors que le sang continuait à affluer rendant ses joues brûlantes. La tragique disparition de Maria n'avait rien à voir là dedans. Elle avait eu tord de rouvrir de très vieilles blessures alors que leur précaire et jeune alliance était déjà sur le point de voler en éclat. Ce ne fut que lorsqu’elle entendit les pleurs qu’elle comprit ce que Raguel avait voulu dire. Ses cris venaient de réveiller le petit Vlad. Son adrénaline retomba tout d’un coup et un froid intense sembla remplacer la fournaise qui avait abrité ses joues. Elle se précipita vers son bébé pour l’enlacer de son bras. Raguel ne fit aucun commentaire mais son visage était aussi blême qu’un fantôme. - Shhh ! C’est fini, mon ange. Maman est là. tenta-t-elle de consoler l’enfant. Quant à toi, elle se tourna vers Jean, j’espère ne pas avoir à te le répéter deux fois. Joanne Delacroix est l’une des nôtres. Je m’étonne que tu fasses si grand cas d’une stupide prophétie de sorciers prédisant notre extinction. Regarde bien cet enfant, Jean. Elle se pencha en avant pour lui permettre d’observer le visage du petit. Il est le fruit de l’amour entre deux êtres Eveillés. Il est le miracle que nous avions attendu depuis des siècles. Te semble-t-il à toi que cet évènement annonce notre fin prochaine ? Ou est-ce plutôt le signe annonciateur du renouveau de notre espèce ?Pendant un long moment Jean le Bienheureux resta coi, les yeux fixés sur l’enfant qui s’agitait. Puis, lentement, il hocha la tête. - Oh, allons ! Tu ne vas pas te laisser embobiner par cette femelle ? s’exclama Sariel qui était resté silencieux depuis le début. Ne me dites pas que quelques belles paroles suffisent à vous convaincre que les Delacroix et les sorciers ne doivent pas tous être éliminés ! Cette histoire d’alliance ne me plait déjà pas du tout.Gabrielle ouvrit la bouche, une réplique acide sur le bout de la langue mais Raguel qui s'était ressaisi la devança de peu. - Nous savons tous ce que tu aimes, Sariel. Avoir le contrôle. C’est pour ça que tu les aimes attachées et inoffensives. Sinon tu as peur qu’elles te mordent la langue, hein ?Le visage de Sariel vira au rouge puis se violaça littéralement. Le SangDragon se redressa dans une attitude menaçante, crocs bien visibles. - Au moins, siffla-t-il, je préfère encore les femmes aux hommes.Se fut autour de Raguel de se dresser, tous muscles tendus, menaçant. Dans ses bras, Vlad frémit. Une fois de plus Gabrielle crut qu’il était trop tard pour désamorcer la querelle mais Jean leva sa main en direction de Sariel en un geste apaisant. - Paix, mon ami. Se qu’à dit Gabrielle sont de sages paroles qui doivent être prises en considération. J’ai bien peur qu’elle ait raison pour le moment. Encore une fois nous nous égarons sur le chemin de vieilles querelles centenaires alors que le danger que nous encourons se situe dans le présent. Nous devons avant tout détruire le Monstre qui nous nuit à tous.- Le… Monstre, intervint à son tour Joanne. Vous voulez sans doute parler de Roxane Caldrej et de sa copine rousse. Tous les regards se reportèrent sur la jeune femme. Gabrielle sentit un frisson parcourir son corps. Ainsi le Monstre avait un nom. Jean plissa ses yeux, ce qui eut pour effet de donner à son visage un air encore plus inquiétant que ses cicatrices ne le laissaient supposer. - Parle-nous donc de Roxane Caldrej, déclara-t-il d’une voix vibrante d’intérêt. _________________ Je suis celui-ci ou celui-là. Il n'y a point de différence. |
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