Renouveau

Le temps n'est plus aux larmes [L'histoire se déroule en Janvier 2000]
 
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 Tenebresco [IV]

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Jean Delacroix
Cramé


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MessageSujet: Tenebresco [IV]   Lun 27 Avr - 20:36



Prémices : Home, Sweet Home
Fourth Nightmare : Tenebresco


Une odeur reptilienne s’empara de ses narines. C’était le souffle du dragon qui dégageait un fort parfum de lézard. Ses écailles luisantes sous la lumière des flammes auraient attiré son attention s’il n’avait pas déjà été occupé à observer les glandes du dragon enfler comme deux ballons de chaque côté de sa gueule. Le feu qui léchait encore ses pieds n’avait que peu d’importance. Le dragon allait cracher son feu une nouvelle fois. Et cette fois, il n’y résisterait pas.
Vaan posa une main sur son épaule d’un geste compatissant.
- Il est l’heure de partir maintenant.
- Je ne veux pas mourir.
- Oui. Je sais. Suis-moi.
Jean s'abandonna alors complètement. Il ferma les yeux et laissa pendre ses bras le long de son corps.
L’instant d’après l’enfer se déversa sur lui. Le dragon cracha son infernal brasier de flammes avec une telle violence que son jet le traversa d’abord sans lui causer le moindre dommage. Puis, le sort de protection qu’il avait dressé se désagrégea d’un coup et le tourbillon de lumière l’absorba, lui léchant le visage et le corps, décomposant complètement ses vêtements, carbonisant sa peau et cautérisant instantanément ses plaies et blessures. Il eut à peine le temps de souffrir.
Dans les deux dernières secondes de sa vie qui s’échappait, les pièces du puzzle géant qu’était son existence se mirent soudainement en place et, dans un éclair aveuglant de lucidité, il comprit le cheminement qui l’avait mené à sa mort.
Ce n’était plus le visage placide de Vaan qui l’observait. Vaan avait toujours été un masque derrière lequel la créature s’était réfugiée. Maintenant que sa vie se consumait en même temps que son corps calciné, le masque de ce dernier lui semblait se craqueler pour livrer à ses yeux leur dernière image, celle d’un homme aux lèvres pâles et aux pupilles en fente.
- Je sais ce que tu es. Ou plutôt qui tu voudrais être.
- Qui voudrais-je devenir ? Parle, j’écoute.
Dit-il bouffi par son arrogance.
Il aurait bien répondu mais il n’en eut jamais le temps. Il était déjà trop tard, bien trop tard. Il allait mourir alors qu’importait la connaissance, qu’importait le savoir, qu’importait la vérité. Pour lui, c’était le bout du chemin.
Il ne s’attendait pas vraiment à voir de lumière au bout d’un tunnel, pourtant, alors qu’il sentait la mort en lui, rien ne survenait. Il eut un petit pincement au cœur, c’était normal après tout. Sa vie n’était pas assez exemplaire pour qu’une fanfare de chérubins se donnât la peine de descendre l’accueillir. Finalement, après cette fournaise, il n’y aurait pour lui que le vide et le silence. Un silence terrifiant de solitude. S’il avait été moins lâche peut être aurait-il pu être heureux. Mais cela valait-il la peine d’entraîner une autre dans son enfer personnel ?
Alors qu’il rendait enfin son dernier souffle, la voix pernicieuse du Seigneur des Ténèbres tinta à son oreille :
- On se retrouve de l’autre côté pour la suite.
Puis, il glissa lentement, son esprit s’effilochant au rythme de l’air quittant son corps. Une dernière pensée, un dernier souffle d’espoir.
- Samaëlle…
Et le silence abattit sa faux.

18 Avril 1999

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Samaëlle
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MessageSujet: Re: Tenebresco [IV]   Lun 27 Avr - 22:01

Samaëlle leva un sourcil interrogateur en direction du dos de Sawyer lorsque celui-ci partit à l'aide d'un portoloin. Elle n'avait pas besoin de ce genre d'ordre pour savoir ce qu'elle avait à faire. Mais il était plus curieux encore que Sawyer parle ainsi à ses troupes. Elle l'avait trouvé seul et perdu, il ne semblait pas mieux maintenant qu'il avait pour mission de rassembler ses ouailles. Elle installa les plus mal en point sur des chaises, commanda quelques remontant à Bill et surveilla la porte entrouverte, sans la fermer vraiment. Ses capacités se limitaient à une présence, elle préférait ne rien tenter de magique pour le moment. Tous semblaient occupés à quelque chose, même si ce n'était que penser, ils ne faisaient plus attention à elle. Elle marcha en arrière à petit pas jusqu'à atteindre la porte contre laquelle elle se plaqua.
Samaëlle jeta un coup d'oeil qui engloba l'entière assemblée. Elle n'était plus rien pour eux. Il fallait qu'elle parte. Maintenant. Avant le retour de Sawyer. Elle aurait aimé lui parler pour lui expliquer, mais il ne lui avait pas laissé le choix. Tant pis, il finirait bien par comprendre en ne la voyant pas revenir.
Elle ouvrit avec douceur la porte et se faufila par l'entrebâillement. Lorsqu'elle eut fermé derrière elle, elle poussa un long soupir. Il lui restait toujours ce poids sur le coeur, et cette immense solitude. Elle avait abandonné tout le monde. Talib il y a dix ans, Jean l'année passée et maintenant Sawyer et sa folle entreprise. Elle aurait du mourir au Brésil. Elle aurait du mourir devant le Magyar à pointes. Elle aurait du aller à cette expédition et mourir au front. Au lieu de ça elle était encore là, bien vivante, meurtrie et perdue.

Samaëlle remonta le col de sa veste. Elle avait très froid et sa tenue n'arrangeait rien. Elle commença une marche dans Londres qui s'annonçait longue, très longue.

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MessageSujet: Re: Tenebresco [IV]   Lun 27 Avr - 22:17



Sariel Draculea Lucifer, le Borgne


Le picotement dans ses narines, la résistance de la rambarde serrée entre ses mains, le goût de la salive dans sa bouche, les cheveux hérissés sur sa nuque, l’excitation montante qu’il exhalait de tout son être, tout lui indiquait qu’il était enfin arrivé à destination. Il avait chassé longtemps, exagérément longtemps, pour retrouver sa proie. La seule qui lui avait échappé. La seule qu’il désirait vraiment.
Depuis ce fameux jour où elle l’avait mutilé, chacune de ses victimes avaient revêtu le goût âcre de l’amertume et sa colère grandissait à mesure que les mois filaient. Il était allé jusqu’en Amérique pour rassasier les caprices de son esprit. Il en était revenu bredouille et bien plus acerbe encore.
Mais l’attente touchait à sa fin – à sa faim. Il avait savouré mille fois dans ses rêves ce qu’il éprouverait lorsqu’il la retrouverait enfin. En réalité, cela n’était en rien comparable à cette sensation persistante qui faisait battre son cœur à un rythme effréné alors qu’il savait que l’attente approchait de son terme. S’il avait fallu qualifier ce qui ressentait en ce moment, le sentiment qui s’en serait rapproché le plus serait l’amour.
Il était tombé amoureux de cette femme. D’un amour violent, brutal, sanguin. Il la désirait ardemment et plus que tout au monde. Il la désirait tellement que même les récents soucis et querelles des SangDragons lui paraissaient secondaires, vaines, stériles de tout sens. Il avait désobéi malgré la crainte que lui inspirait Jean le Bienheureux. Il était le plus vieux et certainement le plus fort. Même l’Albinos n’était parvenu à le tuer lorsque… Peu importait. Son univers c’était rééquilibré et en son centre ne brillait qu’un seul point luminescent qui éclipsait tous les autres : Samaëlle Keynes. Il était le papillon attiré par la flamme, n’ayant pour but que de s’en rapprocher au risque de se brûler les ailes.
Posté tout en haut du toit d’un immeuble, à quelques dizaines de mètres à peine de la taverne où elle avait trouvé refuge, Sariel patientait, rongeant son frein, attendant son heure avec une impatience grandissante. Il devait juste attendre qu’elle s’éloigne encore, se privant peu à peu des maigres chances d’être secourue par ses alliés. Il sentait son agréable effluve flotter légèrement autour de lui. Il était arrivé au bout de traque, venait maintenant sa partie préférée. Le moment où, surgissant de nulle part, il se dresserait devant sa proie et l’envelopperait de sa flamme.
Dès qu’il avait su où elle se trouvait grâce au coup de fil de leur espion, il était parti sans rien dire à personne, incapable de réfréner ses envies, incapable de penser à quoique se soit d’autre que l’idée de tenir son cou gracile serré entre ses doigts et d’entendre un à un les os se briser sous la pression, morceaux de verre pur et sans défaut. Il voulait sentir le parfum de sa transpiration, il voulait voir son corps exsuder la peur, la terreur, la panique. Il voulait qu’elle le voie tel qu’il était, qu’elle partage son extase et puis… Le rideau s’abaisserait lentement sur ses grands yeux effrayés et il sentirait la chaleur de son dernier souffle venir s’imprégner dans sa peau à jamais.
De son dos remonta un long frisson de plaisir. Tout cela il pourrait l’obtenir bientôt, très bientôt. Il était arrivé à destination. C’était en tout cas ce que lui indiquaient le picotement dans ses narines, la résistance de la rambarde serrée entre ses mains, le goût de la salive dans sa bouche, les cheveux hérissés sur sa nuque, l’excitation montante qu’il exhalait de tout son être et surtout l’amour inconditionnel qu’il nourrissait pour cette femme.
Lorsqu’il jugea qu’elle s’était suffisamment éloignée du repère à sorciers, il sauta du haut de son immeuble et commença à remonter la piste aromatisée qu’elle avait laissée derrière elle. La chasse commençait.
Dans sa précipitation, il ne vit pas qu’à travers l’une des fenêtres de la taverne, deux grands yeux qui semblaient appartenir à un jeune garçon aux cheveux roux l’observaient tandis qu’il s’éloignait retrouver sa dulcinée.

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Dernière édition par Utilitaire le Sam 11 Juil - 14:17, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Tenebresco [IV]   Jeu 21 Mai - 21:47

Samaëlle regardait tantôt en l’air, tantôt par terre. Elle avait glissé ses mains dans ses poches pour chercher un peu de chaleur. La buée qui se formait à chacune de ses expirations était comme des lambeaux de son âme qui s’échappait de son corps.. La jeune femme marchait lentement, s’éloignant peu à peu du quartier accueillant la Chique du Gobelin. Elle avait l’esprit vide, les yeux dans le vague. Elle aurait tout le temps de penser pendant le reste de sa vie isolée. Si elle se laissait aller maintenant, elle ne pourrait pas faire un pas de plus. Elle manquait de courage. Elle n’avait qu’une envie, fuir le monde, la peur, les autres et surtout elle-même. Si elle avait pu, elle aurait embrassé un Détraqueur. A quoi bon, de toute façon ? Lorsque rien ne nous rattache sur terre à part cette peur de la mort, la peur de n’être plus rien, de disparaître à jamais. Elle laissait derrière elle un monde noir de mensonges et de vices. Samaëlle hésita un instant à se débarrasser de sa baguette. Elle la tint du bout des doigts. Elle la fixa un instant, se mordit la lèvre. Et la rangea dans sa poche arrière. Ce n’était peut-être pas encore le moment d’abandonner ce petit bijoux.
Au fur et à mesure qu’elle avançait, elle se sentait un peu plus vulnérable. Elle avait l’impression de détruire tout ce qui la touchait de près. Elle avait l’impression d’être seule. Elle était seule. L’aube tardait à poindre et le soleil qu’elle amènerait ne réchaufferait pas de ses rayons le cœur glacé de Samaëlle. Le gravier crissait sous ses pas. C’était un bruit étouffé et délicat qui la berçait. La jeune femme sentait la ville s’éveiller doucement et s’étirer comme un chat. La rumeur des voitures créait un léger brouhaha. Soudain aux sons de ses pas s’ajoutèrent ceux d’un inconnu. Samaëlle n’osa pas se retourner. Il n’y avait pas eu d’embranchement dans le chemin depuis assez longtemps, ce ne pouvait pas être un passant sorti d’une rue latérale. D’où venait l’être qui était derrière elle ? La suivait-il ?
Le cœur battant, elle tourna la tête sur sa gauche et tandis que sa tête s’arrêtait dans cette position, ses yeux continuaient leur chemin.
Samaëlle devint encore plus pâle qu’elle ne l’était. Son corps se figea un instant puis elle se retourna intégralement pour faire face à la bête qui la suivait. Elle ne l’avait pas oublié. Le goût de son sang lui revenait en mémoire lorsqu’elle regardait ses yeux. Une vague de frisson parcourut son corps. Son cœur s’emballa. Elle n’aimait pas, mais alors pas du tout l’expression de son visage. Elle poussa un cri et se jeta à corps perdu dans un course folle pour ne plus voir son visage suintant de désir morbide.

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MessageSujet: Re: Tenebresco [IV]   Ven 10 Juil - 18:53



Sariel Draculea Lucifer, le Borgne


Pouvoir. Puissance. Contrôle. Tel avait toujours été son Leitmotiv, son Credo, sa Croyance. Du plus profond de ses entrailles jusqu’à son cœur, il ne vivait que pour cela. Il n’avait pas le choix. Il était la chose de ce que la vie avait fait de lui. Être fort ou mourir voilà ce qu’il était et ce qu’il serait, marionnette pathétique de sa propre existence parcheminée de souffrance et de honte. Une créature ailée dégradée au rang de simple spectre, enfermée dans la prison de son âme gangrenée par la nuisance de nuits sans saveur et de jours sans espoir.
Un large sourire étira son visage lorsque ce cher Sariel la regarda détaler aussi vite que ses maigres jambes humaines pouvaient le lui permettre. Il entendait leurs deux cœurs battre la chamade à l’unisson alors que l’Aimée s’éloignait. Ses bras en avaient la chair de poule. Jamais il n’avait éprouvé cela auparavant.
- Si tu veux que l’on joue à cache-cache, jouons. Mais je sais déjà qui va gagner.
Il ferma son œil et écarta les bras, embrassant le parfum douceâtre qui emplissait ses poumons à chacune de ses longues respirations. Puis, il s’élança.
Bondissant plus qu’il ne courait, il rattrapa le fossé qui le séparait d’elle en à peine quelques secondes. S’il l’avait voulu, il aurait pu l’enlever en silence avant qu’elle en se doute de quoique se soit mais ce cher Sariel ne voulait pas de ça. Il voulait qu’elle entende sa respiration se rapprocher de seconde en seconde, qu’elle voit qu’elle n’était rien d’autre qu’un animal blessé et traqué par un chasseur contre lequel elle n’avait aucune chance.
- Délicieuse Samaëlle, souffla-t-il juste assez fort pour que ses faibles oreilles humaines puissent percevoir ses paroles. Où coures-tu comme ça ? Viens, on va s’amuser.
Une pluie d’étincelles rouges lui répondit mais il l’esquiva sans difficulté, rigolant de plus belle.
La lune vicieuse les inonderait de sa béate lueur diffuse pour quelques heures encore. Ses pâles rayons faisaient briller la peau diaphane de ce cher Sariel, frémissant tel un gosse excité par son tout nouveau jouet dernier cri, articulations innombrables et voix préenregistrées à l’appui. Comment résister à un tel graal ?
Le seigneur à l’âme sombre déambulait dans la ruelle déserte sous la tutelle de la lune rieuse et mesquine qui semblait appeler ce cher Sariel à elle. Un silence presque parfait s’était fait pour lui, comme si à son approche toute chose perdait son goût à la vie et périssait au contact de son ombre, fine bande sombre désarticulée par la chiche lumière lunaire, émissaire macabre de la mort aux ailes aussi noires que les murs crasseux qui entouraient ce cher Sariel.
Le SangDragon flânait à l’orée de cette forêt de ferraille et de béton grisâtre que seuls quelques graffitis innovant venaient édulcorer. Il n’était plus du tout pressé, il avait tout son temps. Devant lui, son oreille frémissante percevait le seul bruit qui venait bouleverser cette douce quiétude : le souffle suave de l’Aimée, haletante par la longue course qu’il avait aménagé en son honneur. Il pouvait voir ses genoux trembler à chacun de ses pas qui devenaient plus lourd, héraldique, hésitant à mesure que l’instant de leur réunion se rapprochait.
Bientôt il la serrerait contre son torse puissant, s’imprégnant du parfum de sa lumineuse chevelure jusqu’à s’en enivrer complètement. Alors il serrerait plus fort et encore plus fort, laissant agir la magique alchimie de ses muscles sur le corps frêle et chétif de l’Aimée qui serait broyé petit à petit contre son sein. Ses hurlements se mêleraient à la douce mélopée du silence qui l’embaumerait.
L’Aimée bifurqua soudain à l’intersection de deux ruelles et fonça sur la gauche. Ce cher Sariel, en véritable gentleman ralentit son pas afin de lui permettre de reprendre un peu d’avance et quelques grains d’espoir. Lorsqu’il passa à son tour dans la ruelle, il vit les battants de ce qui semblait être une trappe menant au sous-sol d’un vieux bâtiment.
La lune joueuse brilla un instant dans l’iris enflammé de ce cher Sariel. Il secoua la tête d’un air désapprobateur.
- C’est fini. Et tu as perdu.
L’Aimée était une biche effrayée et elle en était au point où, se sentant acculée par le chasseur, elle s’arrêtait et fermait les yeux dans la vaine espérance qu’il passerait à côté sans la voir.
Aussi silencieux qu’une ombre, ce cher Sariel s’infiltra dans le bâtiment en faisant sauter la serrure en quelques secondes. Il marche sur quelques mètres dans le couloir et avisa la porte de la cage d’escalier. Il descendit quelques marches, se plongeant littéralement dans le noir complet et s’accroupit, retenant sa respiration pour ralentir son rythme cardiaque.
Au bout de quelques instants, lorsque son cœur eut repris un cadence moins soutenue et qu’il ne l’entendît plus lui taper dans les oreilles, il ferma les yeux. Il écouta la nuit mourante lui chuchoter sa musique. De l’eau goûtait d’une conduite mal soudée. Un rongeur finissait sa ronde nocturne et rentrait dans son abri. Et, réfugiée dans un recoin, tentant de se soustraire à l’ouïe infaillible de ce cher Sariel, se cachait le souffle chaud et aimé qu’il était venu chercher.
Il se redressa et descendit les dernières marches. Il approcha sans qu’un bruit ne vienne trahir sa présence. La chasse était finie, il était l’heure de rejoindre sa proie. Il s’arrêta lorsqu’il ne fut qu’à un mètre d’elle. Scellant son destin, elle s’était enfermée d’elle même dans le noir. Hors c’était son domaine, il en était le roi. Ses muscles se tendirent et il s’élança.

- Comment te sens-tu ? la questionna-t-il en l’observant reprendre conscience lentement.
Il avait décidé de ne pas la tuer dans le sous-sol. Ca aurait été trop propre, trop rapide. Il l’avait simplement assommé pour l’emmener à son repère, quelque part dans le réseau labyrinthique des égouts londoniens. Pour être sûr qu’elle ne lui fausse pas compagnie, il l’avait attachée à quatre chaînes qu’il avait fixées au plafond. Chacun de ses membres était solidement harnaché à l’une d’entre elles. La jeune femme reposait maintenant à plus d’un mètre et demi de hauteur, face au sol crasseux de la luxueuse demeure du Frère de Sang.
- Qu’est-ce que ça peut bien te foutre ? grogna-t-elle.
Sariel prit l’air le plus offensé du monde.
- Mais je m’inquiète pour ta santé, ma belle. Que serais-je sans toi si tu n’étais plus toi ?
- Honnêtement je préfèrerai sans langue. Tu dérailles complètement.
Un goût acre envahit le palais de Sariel à ce souvenir douloureux où elle l’avait humilié de manière indélébile. Une vague de colère s’éleva du coin de sa conscience où la bête noire reposait emprisonnée dans sa cage, faisant vibrer les barreaux de celle-ci. Mais la cage tint bon.
Il posa sa main sur la joue de Samaëlle mais elle détourna le visage pour se soustraire à son contact. Alors il s’empara violemment de son menton et obligea son regard à se planter dans le sien, faisant pression de ses doigts sur sa mâchoire pour l’empêcher de cracher – astuce qu’il avait appris il y avait de cela bien longtemps.
- Toujours aussi mordante, répliqua-t-il, douché. On verra si tu es toujours aussi fière lorsque tu me supplieras d’en finir.
- Que seras-tu lorsque je te supplierai ? Je ne serai plus vraiment moi.
Il lui adressa un sourire indulgent. Elle n'avait pas compris la beauté de l'opération qu'ils allaient mener tous les deux.
- Au contraire, ma très tendre amie. Tu vas me montrer ce qu’il y a enfoui de plus profondément en toi. Tu vas t’ouvrir à moi comme tu ne t’es jamais ouverte à personne et je connaîtrai les tréfonds de ton être. Tes peurs primaires, la forme de ton âme. Ensemble nous communierons plus intensément encore qu’aucune personne avant nous. Car en retour, je te montrerai ce qu’il y a en moi.
Les pattes griffues de la créature agrippèrent les barreaux de la cage et commencèrent à la secouer, de plus en plus vite, de plus en plus fort.
- Toi et moi, nous ferons de grandes choses ensemble.
Il fit un grand geste de sa main libre pour souligner son propos.
- Avant ou après ma mort ? dit-elle, sarcastique.
- Pendant, ma chère. Pendant, évidemment.
Les barreaux volèrent en éclat, faisant exploser la cage en milliers de morceaux qui allèrent se planter dans la conscience du Frère de Sang. Alors, se redressant de toute sa hauteur, la créature noire déploya ses ailes, inondant Sariel d’un bain de créativité.
Il se mit à sourire. Cela allait commencer.
- Mais qu’est-ce que je t’ai fait pour avoir droit à ça ? Pourquoi moi ?
Question légitime en soit, la réponse en était évidente pour Sariel. Dans un souci d’équité, il décida de la partager le plus honnêtement du monde.
- Tu es la seule à me faire éprouver autant de plaisir que la première fois où j’ai tué.
Comment résister à la force des sentiments qui ressurgissaient de manière aussi puissante après avoir disparu depuis des temps immémoriaux ?

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MessageSujet: Re: Tenebresco [IV]   Sam 11 Juil - 16:13

Ce type était complètement malade. La peur avait agit comme une décharge d’adrénaline. Samaëlle s’était mise à courir comme une dératée pour échapper à ce monstre . Elle avait été prise par surprise et l’instinct de survie avait pris le relais immédiatement. La sueur collait son tee-shirt à sa peau, ses cheveux à son front. Elle courrait, zigzaguait, essayant par tout les moyens d’éviter un assaut qui ne venait pas. Son cœur battait tellement fort que la jeune femme eut l’impression qu’il allait sortir de sa poitrine. La nuit ne jouait pas en sa faveur. Elle peinait à reconnaître les rues, avait tout le temps peur de se jeter dans une impasse et de ne pas y réchapper. Elle entendit ses murmures et ils rebondirent dans sa tête incessamment. La frayeur de Samaëlle s’accentua encore un peu. Elle était en colère qu’il puisse la manipuler aussi facilement. Après quelques hésitations elle sortit sa baguette et lança au hasard dans son dos des sortilèges pour l’éloigner. En vain.
Il jouait avec elle, elle s’en rendit vite compte. Lorsque ses points de côté la lançaient au point que sa course ralentisse, il ne prenait pas ou peu d’avance. Il était toujours là, avec une constance désarmante. Cependant, lorsqu’elle tourna sur Halingtonn Street, elle n’entendit plus aucun bruit derrière elle. Prise d’un fol espoir de survie, elle se jeta dans une cave désaffectée d’un immeuble, ferma derrière elle et se cacha dans un sombre recoin. Sa respiration haletante se calma rapidement, c’était un des avantages d’être sportive. Cependant son cœur continuait à ruer en son sein, elle le sentait battre violemment, comme s’il faisait le décompte mortel avant que l’on vienne la prendre. Elle ne l’entendit pas s’approcher d’elle et elle ne l’entendit pas non plus lever son bras pour l’abattre violemment sur sa nuque.

Elle resta inconsciente trente bonnes minutes. Lorsqu’elle reprit peu à peu ses esprits, son vœu ne s’était pas réalisé. Elle n’était pas dans son lit et la bête aux yeux rouges n’était pas un de ses cauchemars. Enfin, pas au sens propre du terme. Il ne l’avait pas attaché au plafond pour prendre un banal thé entre copains. L’odeur, la géométrie de l’espace et le clapotis de l’eau quelque part lui indiqua qu’ils se trouvaient dans un égout. Charmant. Ses articulations la faisait souffrir, son transplannage long courrier l’avait déjà bien affaiblie mais la course poursuite avait achevé ce qui restait de ses forces. Elle faillit s’endormir mais la voix mielleuse de son geôlier l’en empêcha. Ce qui résultat des premiers échanges qu’ils partagèrent fut un diagnostique sévère de l’état mental du pauvre être qui lui faisait face. Il lui apprit clairement qu’il avait l’intention de la torturer avant de la tuer. Après tout, tout les psychopathes qui se respectent ont eu cette idée un jour. Donc jusque là rien d’innovant. Mais il associait à cet acte une symbolique si terrifiante que la jeune fille ne put s’empêcher de frissonner.
Deux voies s’offraient à Samaëlle. S’engouffrer dans la colère qu’encore une fois elle subisse ce que quelqu’un ou quelque chose avait choisi pour elle, ou se réfugier dans la lassitude. Ce qui lui arrivait n’était qu’un événement de plus à ajouter à la liste des « pas d’chance » de la vie. Elle choisit donc la lassitude. Ce malade était arrivé au moment où l’existence de Samaëlle était tellement chamboulée que la vie n’avait à ses yeux qu’une faible valeur marchande. Elle se rendait bien compte que plus elle le provoquerait, plus la mort viendrait lentement et que cela procurerait un plaisir maximum à son détenteur. Mais si elle devait vivre ses derniers moments, alors elle ne se retiendrait de rien. A leur mort, sa mère, son père, avaient souffert le martyr. Et même si les conditions étaient différentes, le même schéma était appelé à se répéter.
- J'en ai de la chance dis donc. Il n’y avait plus rien d’insolent dans son ton. Elle disait cela comme elle aurait annoncé le temps qu’il faisait à la surface.
- On peut dire ça comme ça. Mais la chance n'a rien à voir là dedans. J'ai dépensé beaucoup d'énergie pour te retrouver. Il est juste que je sois récompensé pour mes efforts.
Elle n'allait pas non plus lui décerner une médaille. Elle aurait tout aussi bien vécu s'il avait déployé moins d'efforts. Peut-être même plus longtemps. Cependant, elle aussi aimait recevoir quelque chose en contrepartie de ces actions. On ne pouvait pas complètement le blâmer.
- Je comprends. Je peux te poser une question avant d’avoir trop mal pour parler ? Comment t’appelles-tu ? Au fur et à mesure de sa phrase, le son de sa voix s’amenuisait. Elle utilisait ses dernières forces.
- Sariel Draculea Lucifer. Mais on m'appelle plutôt le Borgne ces derniers temps. A ta guise.
- Sariel… Samaëlle eut un sourire. Joli prénom pour un bourreau. Un râle de douleur s’échappa de Samaëlle. Sa position n’était pas des plus confortables. Fais de moi ce que tu veux. Je ne me débattrai pas. Je n’y tiens plus.

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MessageSujet: Re: Tenebresco [IV]   Jeu 23 Juil - 15:56



Sariel Draculea Lucifer, le Borgne


Sur une table en bois vermoulu récupéré dans un dépotoir se trouvait tout ce qui lui était nécessaire pour parvenir à ses fins. Il déroula dessus une pochette en cuir qui contenait tout le petit matériel du chirurgien en herbe : ciseaux, écarteurs, lames et autres bidules brillants et tranchants tirés de sa collection personnelle.
Il enfila des gants en latex transparent puis, saisissant un scalpel rangé parmi les autres dans la pochette, Sariel tourna la lame en direction de la jeune femme tout en faisant mine de vérifier distraitement son tranchant du bout des doigts.
- J’ai appris il y a fort longtemps de nombreuses façon de découper la chair et les organes. Et en permettant à mon patient de rester éveillé durant toute l’opération. J’aurais pu devenir chirurgien si je l’avais voulu.
Il tira la langue, révélant la cicatrice qui faisait tout le contour de celle-ci.
- C’est moi qui ai arrangé ça. J’ai d’abord cherché la plus jolie langue pour pouvoir te susurrer les mots les plus doux à l’oreille, puis je l’ai prélevée sur cette Amy, à moins que ce soit Emily, je ne sais plus. Ca a été long et douloureux mais comme tu peux le constater mes capacités de guérison sont nettement supérieures aux tiennes. Enfin bref ! Si cela ne te dérange pas, nous allons procéder maintenant.
Il se plaça à côté d’elle, au niveau de son flanc droit. Il observa le dos de sa douce Samaëlle, le couteau maintenu fermement entre son pouce et son index. Des doigts de son autre main, il fit glisser un masque chirurgical sur son nez et sa bouche – c’était plus un accessoire qu’une nécessité mais il trouvait que ça donnait à toute l’opération un air un peu plus solennel.
- Tu as un dos magnifique mais je suis sûr qu’il sera encore plus beau une fois débarrassé de ses tissus superflus. Je ne parle pas que des vêtements bien sûr. Ca, d’un geste il arracha lesdits vêtements, on les enlève tout de suite.
Débarrassé de son encombrant chemisier, il vit le corps de Samaëlle être parcouru d’un intense frisson. Cela le fit sourire. Il plaça sa lame sous l’armature du soutien-gorge de la jeune femme et le sectionna d’un coup sec. Le morceau de tissu se mit à pendouiller un peu au-dessous du corps de la jeune femme, à peine retenu par ses bretelles.
- Voilà qui est mieux.
Il plaça le petit couteau au niveau de la nuque de la sorcière mais n’appuya pas pour ne pas entamer la peau et fit lentement serpenter sa lame le long du dos de sa partenaire.
- Magnifique, répéta-t-il les yeux brillants d’excitation.
La bête noire à la frontière de sa conscience émit un long cri de plaisir. Puis elle posa ses doigts glacés sur sa nuque. Il sut à ce moment là que ça allait commencer. Enfin.
La lame du scalpel s’enfonça dans chair tendre de l’omoplate de l’Aimée, faisant jaillir un fluide rougeâtre qui perla dans son dos et sur ses flancs. Il la sentit tressaillir une nouvelle fois mais elle ne poussa pas de cri. Sa lame entra plus profondément à l’intérieur de son Aimée, tranchant les tissus organiques aussi facilement que s’il s’était agi d’une brique de beurre.
Il zigzagua sur son omoplate, flirta avec sa colonne vertébrale puis passa sous son omoplate gauche pour terminer sa course à la naissance des côtes sur son flanc gauche. Il retira son scalpel et observa le liquide sanguin s’épandre dans le dos puis s’écouler goutte après goutte sur le sol à ses pieds, maculant ses chaussures de gouttelettes rouges.
Il secoua la tête.
- Des chaussures toutes neuves ! Je vais devoir en racheter une fois que nous en aurons terminé. En attendant, il essuya le sang sur le scalpel et alla le reposer sur la table, je dois continuer à m’occuper de toi. Il faut que tu sois parfaite pour…
Sariel s’arrêta en plein milieu de sa phrase, incapable de continuer. Il avait les yeux braqués sur les pupilles dilatées de sa compagne. Un vague malaise l’assaillit tout à coup et la bête noire tressaillit derrière lui. Non, impossible, se reprit-il aussitôt. Il attrapa une poignée de clous sur la table avant de se rapprocher à pas mesurés.
Il observa la jeune femme, toujours parcourue de frissons et pourtant étrangement dénuée de la saveur putride de la peur. Le SangDragon éprouvait une sensation de manque dans cet étrange tableau si familier. Mais cela ne pouvait être. La peur viendrait aussi certainement que deux et deux font quatre. Il continua donc son labeur.
Lorsqu’il en vint à son dernier clou, Samaëlle ne bronchait toujours pas. Oh, elle poussait bien quelques menus gémissements par-ci, par-là, son corps s’agitait bien de légers spasmes incontrôlables mais il manquait toujours l’ingrédient principal à cette symphonie musicale.
- Pourquoi refuses-tu ce qu’il y a en toi, mon amour ? Eprouve au lieu de t’enfermer dans cette dépouille abandonnée.
Disant ces mots, il s’agenouilla pour prendre une de ses petites mains tremblantes dans la sienne. Elle était criblée des clous qu’il lui avait enfoncé dans les articulations : deux dans le poignet, un entre chaque doigt.
Il tint fermement la paume ensanglantée vers le haut et y plaça en son centre le dernier clou, le faisant tenir en équilibre entre son pouce et la paume de Samaëlle. Puis il l’enfonça lentement, perçant la peau, faisant fi des os jusqu’à ce que le clou ait traversé entièrement sa main et commence à entamer la sienne. Il ressentit la brûlure de la pointe s’enfonçant dans sa chair, traversant ses tissus, pulvérisant ses os et ferma les yeux en inspirant calmement.
Il les rouvrit lorsque qu’il ne resta plus que la tête du clou dépassant de la paume de la main de Samaëlle et la longue tige fine en fer, dégouttante de sang mêlé, apparaissant dans le dos de la sienne. Ainsi, ils étaient unis l’un à l’autre par ce petit bout de fer et pour l’éternité.
Avait-elle compris à présent ? Et pour la troisième fois il porta son regard vers son visage, vers sa bouche, vers son nez, vers ses yeux.
Il sentit un désagréable picotement le démanger à la base de sa nuque, là où les doigts glacés de la bête noire s’étaient posés. Il parvint à garder à grand peine une respiration calme et contrôlée mais il s’en fallut de peu qu’il ne s’énerve et torde le cou à la jeune femme pour en finir un bonne fois pour toute.
Mais il ne pouvait le faire. De toute évidence cela serait lui rendre service. Dans sa longue et pénible existence il avait rencontré bien des gens cherchant à mettre un terme à leur séjour en cet endroit inhospitalier et triste. Il avait toujours été ravi de leur rendre service. Pourtant, chaque fois que, tel l’artisan au labeur, il s’efforçait de réaliser leur vœu le plus cher, ces mêmes personnes finissaient toutes par succomber à l’instinct naturel qui leur faisait fuir la mort, il en avait pour témoin sa plus fidèle compagne la lune blafarde du ciel étoilé. Au dernier moment, cet instinct de conservation les emplissait toujours d’une iridescente terreur devant la grande faucheuse s’avançant à pas lent, sa faucille ensanglantée entre ses mains squelettiques. Il pouvait alors créer à sa guise, puisant dans cette peur qu’il avait – sans aucune exception, aucune – lue dans les yeux de chacun de ses partenaires de jeu.
Pourtant, cette fois là, il n’y avait rien dans ces grands yeux marron vert, pas même une trace d’acceptation, tout juste un vague détachement comme si ces yeux là étaient déjà morts, emportés par des maux qui dépassaient sa compréhension de l’être humain. Or, sans cette peur, il ne pouvait rien créer et la bête noire battait furieusement des ailes pour manifester son mécontentement. Sariel aurait giflé la jeune fille s’il avait cru que cela aurait servi à quelque chose mais il risquait de la tuer sur le coup, emporté par la fureur qui grondait sous sa peau laiteuse.
Il se mit à réfléchir à grande vitesse, cherchant la résolution de ce tout nouveau paradigme humain. La tuer simplement était hors de question. La torturer sans éprouver de joie était comme se nourrir d’un met sans saveur. La laisser partir ? Il avait trop investi de sa personne pour que sa dulcinée lui échappe de cette façon, si près du parachèvement de sa plus grande œuvre d’art, de la pièce maîtresse de son prestigieux tableau de chasse. Alors que faire ?
A mesure qu’il s’enfonçait dans l’impasse, la bête noire perdait de sa netteté, comme enveloppée par un épais brouillard. Puis elle disparut complètement ne laissant derrière elle qu’un vide infini. Cela n’était pas possible. Cela ne se pouvait pas. Elle ne pouvait pas l’abandonner, ils n’étaient qu’une seule et même personne. Si elle partait, il ne resterait plus rien de lui, il n’existerait plus.
Encore une fois il croisa le regard mort de Samaëlle et se fut comme s’il avait reçu un coup de poignard en plein cœur. Comment cette simple femme pouvait-elle le rejeter et lui briser le cœur de la sorte, lui, l’artiste de la vie ? Cette constatation n’était pas envisageable. Personne, personne, ne pouvait refuser de partager son amour et surtout pas elle, surtout pas cette femme.
Pris d’un accès de rage incontrôlée, il se redressa et balança la table à travers la vieille salle humide. Elle vola en éclat en heurtant le mur tandis que ses outils ; clous, ciseaux, lames, scies, marteaux et seringues, carillonnaient en se répandant sur le sol. De nouveau, il tomba à genoux devant la jeune femme, ses mains tremblaient de désir, de colère et de peur. Il les regarda longtemps trembler sans rien dire. Tout semblait soudainement le lâcher. Le pouvoir. La puissance. Le contrôle. Il était désemparé, incapable de se défendre contre ce manque de foi comme il ne l’avait jamais été depuis plus de deux siècles, à l’époque où il n’était encore que cet enfant maigrichon qui rasait les murs et que personne ne remarquait, invisible et sans valeur.
- Pourquoi ? demanda-t-il en levant un œil suppliant. Pourquoi nous infliges-tu ça ? La vie est une si belle chose, pourquoi se refuser à la vivre jusqu’au bout ? Un fantôme inhumain, il n’y a rien, rien en toi qui ne mérite de s’exprimer et d’être sauvé ?
Seul le silence amer et glacial lui répondit et le vide laissé par la bête noire s’intensifia jusqu’à son cœur comme un trou noir aspirant la matière. La vérité lui éclata au visage comme un rideau qu’on déchire : il avait perdu à son propre jeu. Elle l’avait forcé à se mettre en colère, à se lamenter et à afficher ses faiblesses devant elle. Il était la victime et elle par son absence de réaction, la maîtresse de la danse. Elle pouvait le mener à son gré et il était condamné à suivre, incapable de la toucher sous peine de lui rendre grâce.
Sariel s’écroula, le sol écorcha ses genoux. Vaincu, il baissa la tête. Il ne parvenait toujours pas à croire ce qu’il lui arrivait. Dans sa vie, dans son jeu, il ne pouvait être le perdant. Il ne le pouvait pas. Il avait fait tant et tant pour gagner plus, toujours plus et maintenant voilà que tout s’effondrait comme un vulgaire château de cartes au moment où sa victoire aurait dû être totale, pleine et parfaite. Ce n’était pas juste.
- Quand on s'amuse à jouer au jeu de la vie, il faut s’attendre à perdre. déclara quelqu'un derrière lui.

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MessageSujet: Re: Tenebresco [IV]   Sam 8 Aoû - 20:42

Elle avait attendu le dernier moment. Le moment où il passa hors de portée de son regard, le moment où il l’avait déshabillée puis joué avec son dos et ce scalpel. Une peur tenace lui avait serré le cœur à le faire exploser. Elle n’avait pas vraiment imaginé sa mort de cette façon. Pas comme un jeu douloureux et lent dont elle ne voyait pas l’aboutissement final. Lorsqu’elle était plus jeune on l’avait bien nommée diable, démon ou tout autre adjectif pouvant se révéler peu gratifiant, mais ces mots perdaient de leurs significations à côté de Sariel. Il était malade et puissant. C’était sûrement le pire adversaire qu’il avait été donné à Samaëlle de rencontrer. Son esprit retors faisait de ses exécution un symbole douloureux de sa force sur la vie qu’il contrôlait.
Elle avait attendu puis avait agit. Elle avait fait la seule chose qui était encore en son pouvoir. A la manière des ninjas elle avait toujours eu avec elle une capsule contenant une substance capable de l’anéantir. Sauf qu’à la différence de ces guerriers de l’ombre, Samaëlle n’y avait pas mis du poison au sens propre du terme mais une dose de cocaïne suffisante selon les médecins pour la tuer, complètement détachée de la réalité. Vraisemblablement ils ne lui avaient pas exposé les choses sous cet angle. Il lui avait conseillé de ne plus jamais toucher une drogue dure de toute sa vie sous peine de mourir dans d’atroces souffrances. Son corps avait tellement été en contact avec de la cocaïne qu’il en avait gardé des séquelles et une certaine fragilité. Et si cela ne la tuait pas du premier coup, la dépendance que cela ne manquerait pas de provoquer l’achèverait tôt ou tard. Elle avait bien pris note de toutes ces recommandations mais ne s’était pas détachée de cette capsule qui avait été parfois une grande tentation et parfois source d’un grand dégoût. C’était son lien avec la dure réalité, un moyen de se souvenir qui elle avait été et qui elle essayait d’être maintenant.
Elle l’avait adroitement placé sur une molaire dans sa bouche lorsqu’elle attendait dans la cave. Au moment où elle avait réalisé que s’offrait à elle une excuse pour ne plus vivre. Une raison de partir sans que personne ne sache qu’elle n’en avait pas eu le courage seule.
Elle croqua avec détermination dans cette capsule. Adieu triste monde. Elle en oublia de recracher les dizaines de fragments de verre, qu’elle finit par avaler. Ils lui écorchèrent la gorge et elle eut bientôt un goût ferreux dans la bouche. La drogue était diluée dans une solution qui permettait à la cocaïne d’intégrer tout l’organisme de la jeune femme. Elle n’avait même pas besoin d’en ressentir les effets, elle savait que son corps la rejetterait violemment.
Elle avait senti la lame s’enfoncer dans sa peau en même temps qu’un brutal engourdissement envahissait son corps. Elle ne pouvait plus bouger ses membres tétanisés. Par contre sa tête restait assez libre de ses mouvements. Sa vue se brouilla. Elle regarda autour d’elle au ralentit, elle ne reconnaissait rien, où pouvait-elle bien être ? Quelques contours lui rappelaient quelque chose, mais quoi ? Ah oui, sa salle de bain, a Brasilia. Dans un dernier éclair de lucidité Samaëlle comprit qu’elle partait. Stupides docteurs. Elle devrait faire un long et dangereux voyage encore avant d’être libéré de ce lourd fardeau qu’était la vie de Mlle Keynes. Et d’un coup, tout disparu. C’était comme si la réalité avait littéralement été engloutie par un trou noir et qu’un souvenir de Samaëlle l’avait remplacé. Elle se retrouvait treize ans plus tôt dans la maison de ses parents. Elle avait l’impression de flotter dans l’air et lorsqu’elle passa devant le miroir géant de sa salle de bain elle remarqua que c’était effectivement le cas. Elle rit à cette constatation. Elle fit une pirouette dans l’air et fut tentée de sortir par la fenêtre pour aller effrayer les passants, mais une voix féminine l’appela de ce qu’il semblait être un étage en dessous. Surprise, Samaëlle, ou plutôt l’image qu’elle avait d’elle dans son délire, se retrouva les fesses au sol, tombée par terre de surprise. Remise de ce choc elle se précipita vers les bruits d’une conversation dans la salle à manger où elle trouva sa mère et son père engagés dans une discussion animée. Ils s’arrêtèrent immédiatement en la voyant. Elle les dévisagea, chacun leur tour, émue et ne sachant que faire. Alors qu’elle allait se jeter dans leurs bras pour des retrouvailles humides, l’image s’effaça de la même façon que la première fois lorsqu’elle était dans les égouts. Secouée par cette disparition brutale, elle resta perdue un instant, sonnée. Elle avait envie de pleurer. Elle mit un instant à se rendre compte de l’endroit où elle avait atterri. Elle était dans la hutte de la grand-mère de Talib. Celle-ci ne tarda d’ailleurs pas à rentrer, apparemment furieuse. Elle tenait un tas de feuilles à la main. Samaëlle comprit ce qui allait se produire juste avant que la main de la vieille femme ne s’abatte sur sa joue et qu’elle ne reçoive une pluie d’injure. C’était son souvenir le plus cuisant. Kenza avait découvert que Talib et elle consommaient des feuilles de Coca. Elle lui avait interdit de le revoir. Sur le moment elle l’avait haït pour tenter de lui enlever son meilleur ami mais maintenant elle la comprenait mieux.
Samaëlle ne semblait pas contrôler ces changements d’environnements alors qu’elle comprenait très bien tout ce qui se passait. Chaque souvenir était plus douloureux les uns que les autre, l’empêchant toujours d’approcher ses parents, Talib, ou toute autre personne à qui elle avait tenu. C’était toujours le même scénario. Elle reconnaissait un évènement qu’elle avait déjà vécu, et au moment où elle pouvait parler ou étreindre les personnes qu’elle aimait, ils lui étaient arrachés. Plusieurs fois ce fut ses parents et Talib, chaque rencontre était plus douloureuse, plus désespérante. Elle ne cessait plus de pleurer. Elle avait eu envie de crier lorsque Talib, voyant ses larmes, l’avait regardé avec surprise et désarroi, lui demandant tendrement si quelque chose n’allait pas.
Pouvait-on mourir de chagrin ? Samaëlle n’arrivait pas à réfléchir. Elle ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Etait-ce un effet de la drogue qu’elle avait oublié ? Non, ça ne pouvait être cela. Puis elle eut un flash. Bien sûr. Elle avait appris l’année dernière ses prédispositions à la légimencie. Elles étaient déclenchées par le feu, qui était associé à un très mauvais souvenir. Se pourrait-il qu’il se passe la même chose avec la cocaïne ? Son esprit était-il entré en introspection dans sa propre identité ?
La jeune femme se voyait déjà errer sans fin dans les méandres de son passé, ressassant ses plus mauvais souvenirs jusqu’à ce que Sariel l’achève. Elle frissonna de désespoir. Pourvu que le coup de grâce arrive vite.

Bien que son esprit soit complètement hors de portée, le corps de Samaëlle était bien resté au même endroit lui, et subissait toujours les lubies de son geôlier. Il saignait et suppliait à sa façon l’arrêt des tortures. Il frissonnait, soubresautait. Mais rien d’assez éloquent apparemment pour que le monstre s’arrête. On ne pouvait déterminer si les gémissements ou les larmes qui coulaient des yeux de Sam était le reflet de sa douleur physique ou mentale. La fièvre avait gagné peu à peu ce corps délaissé et le front de Samaëlle était brûlant. Le sang se mêlait aux larmes sur le sol crasseux. Quel qu’en soit l’origine, ce serait bientôt la fin de la vie de ces deux entités, corporelles ou psychiques. Ni l’une, ni l’autre n’étaient destinées à survivre.

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MessageSujet: Re: Tenebresco [IV]   Lun 24 Aoû - 15:37



Samaël Draculea Lucifer
Simon Delacroix Lang
Les Ténèbres


Il descendit lentement les trois marches qui le séparaient du niveau du sol et marcha vers Sariel dont les larmes inondaient le visage.
- Cesse donc de te lamenter, pathétique créature. Cette femme n’a jamais voulu d’un violeur tel que toi. Depuis le début, elle avait trop de classe pour tes sales pattes. Tu aurais dû te contenter des putes que tu égorgeais par brassée dans le temps.
- Mais je l’aime… sanglota-t-il. Je la veux pour moi. Pour moi seul.
- Oui comme les centaines d’autres femmes que tu as massacré non pas pour te nourrir mais pour assouvir ton plaisir personnel. Tu fais un putain de sale pervers.
- Ta gueule !
Samaël sourit. Si le détraqué reprenait du poil de la bête, c’était déjà bon signe. Il aurait besoin de lui dans toute sa splendeur pour la mission qu’il devait lui confier.
Bien qu’il douta de la justice de la confiance que Jean le Bienheureux mettait en cet être vicieux et amoral, il n’éprouvait pas le besoin de discuter ses vues. Et puis, Sariel était leur dernier pion jetable. Les morts de Remiel, Uriel, Michel, Nathaniel et surtout le fratricide d’Azraël étaient regrettables mais nécessaires pour la renaissance.
- Allons, relève-toi et sèche tes larmes. Dans son infinie générosité, Jean a décidé de t’offrir un présent. Il fouilla dans sa poche et en sortit un papier où étaient griffonnés quelques lignes. Rends-toi à cette adresse et monte au dernier étage, là il y aura une porte camouflée dans le mur que tu devras enfoncer.
Sariel le regarda, perdu.
- Que devrais-je y faire ?
- Là tu y trouveras Joanne Delacroix Street. Ses yeux s’illuminèrent. Tue-là.
- La dernière Delacroix… Et la pureté sera préservée.
- Hélas nous n’avons plus le temps pour cette question d’éthique. Tu es notre dernier espoir de renouveau de la race. Echoue et tu nous condamnes à la nuit.
Ce n’était que pure vérité. La question de savoir si une sorcière SangDragon méritait de vivre ne se posait plus – d’ailleurs elle ne s’était jamais posée pour Samaël. Il avait juste attisé la haine que les SangDragon portaient aux sorciers pour les attirer dans son camp. S’il s’était séparé du groupe de Vaan c’était pour une toute autre raison.
Une raison qu’il avait découverte des années après leur première rencontre : la vérité sur Jean le Bienheureux et l’immense sacrifice qu’il avait fait pour protéger les siens jusqu’au bout. Ils étaient une famille et Jean le Bienheureux était son père. Samaël devait donc la protéger de l’extinction.
Sariel se redressa, hésitant. Son regard était partagé entre le demi-cadavre de la fille et Samaël. C’était la première fois qu’il voyait cet être abject aussi vulnérable. Ils étaient tombés bien bas pour devoir compter sur ce genre de créature pour s’occuper du sale boulot.
Puis, semblant enfin se décider, Sariel s’éclipsa.
- Dépêche-toi, il ne reste plus beaucoup de temps avant qu’il ne soit trop tard.
Lorsque les pas du borgne ne furent plus audibles, Samaël s’approcha du corps suspendu dont le sang dégouttait encore sur le sol. Il fut tenté un moment de mordre dans la chair tendre du cou offert à sa merci mais après un examen un peu plus approfondi il remarqua la dilatation anormale des pupilles de la victime. L’air qu’il renifla fini de confirmer ses soupçons. Il n’avait aucune envie de s’empoisonner. Les maux d’estomac, très peu pour lui.
Cette petite avait du cran. Elle l’ignorait sans doute mais c’était en renonçant à la vie qu’elle avait échappé à la mort. Ironique. Il la dévisagea plus intensément. C’était une amie de Susan Bones, il y avait peut être quelque chose à en tirer. Il y vit la possibilité de lui permettre de vivre encore quelques temps – juste au cas où.
Le problème était qu’à la vitesse où se répandait la drogue, ses chances de survie n’étaient que très mince. Un cadavre ne lui servirait à rien pour négocier avec Bones. Il dût se rendre à l’évidence, il n’avait pas le choix. Le SangDragon devait le faire.
Samaël remonta la manche de sa chemise et mordit à pleines dents dans la chair de son poignée. Le sang gicla sur son visage, inonda sa bouche d’un suave goût ferreux et alla se mêler à celui de la jeune fille sur le sol.
Il approcha son bras ensanglanté de la bouche de la jeune femme et la força à boire ce breuvage. Ce ne fut pas facile mais il parvient à lui faire avaler quelques gorgées avant que le sang ne cesse de couler. Cela n’allait pas la sauver en deux secondes comme on le voyait dans les films mais son sang l’aiderait sûrement à se battre contre le poison. C’était à elle de voir à présent. Il ne pouvait rien faire de plus pour l’aider.
Il s’accroupit sur le sol et attendit.
Les pas ne tardèrent pas à se faire entendre dans le couloir, d’abord lointain puis de plus en plus rapide. Samaël sentit sa respiration s’accélérer alors que ses boyaux se tortillaient dans son estomac. Il se força à adopter une respiration calme et détendue pour ralentir la chamade qui agitait son cœur. Tout se passerait bien. Il n’avait qu’à le vouloir et il disparaîtrait comme s’il n’avait jamais été là.
Bientôt les pas se firent beaucoup plus proches. Il ne leur restait plus que quelques mètres à faire et ils se retrouveraient face à face. Un pas puis un autre et encore un autre, l’ennemi était tout prêt. Lorsque le dernier pas retentit – il sonnait étrangement comme un glas aux oreilles de Samaël – celui-ci leva les yeux vers l’ouverture où il était lui-même passé pour arriver ici.
Surplombant la volée d’escalier, enveloppé dans son large manteau qui lui couvrait tout le corps et dévisagent Samaël d’un regard qui n’existait pas, l’ombre inquiétante de Roxane Caldrej serpentait en direction du SangDragon.
- Je t’attendais. Dit simplement le garçon tout en essayant de conserver la voix la plus neutre possible.
- EcaRte tOi… d’eLLe. Répliqua Roxane de sa voix d’outre tombe.
- Pourquoi ? Quoi que je fasse tu es venu pour me tuer. Je n’ai aucune envie d’obéir à tes désirs et sache que je ne me laisserai pas faire. Je ne possède pas la force des autres mais je possède deux ou trois tours que tu apprécieras, j’en suis sûr.
Roxane Caldrej ne réagit pas pendant un long moment. Il se contenta de rester les bras ballants, le trou noir de sa capuche fixé en direction de Samaël et de la sorcière.
Après un silence interminable que Samaël interpréta comme un temps de réflexion, l’ombre répéta :
- EcaRte tOi… d’eLLe.
- Oh mais c’est que la marionnette semble tenir à cette petite, clama Samaël d’un ton moqueur. Ou bien dans ta programmation il y a quelque chose qui t’empêche de tuer les simples mortels ?
- EcaRte tOi… d’eLLe.
- Tu ne sais donc dire que ça ? Ah non c’est vrai. Il y a aussi ces quatre lettres dont tu barbouilles les murs un peu partout. YANA, c’est ça ? Ce n’est pas un mot. Ce n’est pas un nom. Serait-ce des initiales ? Et à qui les adresses-tu ? A nous en guise d’avertissement ou à quelqu’un d’autre ? Explique-moi je suis curieux de savoir. La dernière volonté du condamné en quelque sorte.
Sa réponse fut la même que les fois précédentes. Samaël s’entendait à ce que le faire parler soit particulièrement dur mais pas à ce point là. Au temps parler au mur en face de lui. Il aurait plus de chance d’en apprendre plus.
A l’impossible nul n’est tenu, Samaël réitéra néanmoins sa tentative de découvrir l’identité du tueur.
- Pas très causant, hein ? Et Roxane Caldrej, c’est ton véritable nom ou bien ton pseudonyme ? Je sais que toutes les réponses se trouvent à l’intérieur de ces mots, n’est-ce pas ?
Nouveau résultat infructueux. Et toujours la même phrase. Bah, plus il gagnait de temps, plus Sariel avait de chance de réussir à zigouiller Joanne Delacroix avant qu’il ne se fasse lui-même mettre en charpie.
A bout de belles paroles, il eut soudain une idée. Puisque l’être semblait tellement tenir à la vie de la sorcière moribonde, il pouvait toujours l’utiliser comme moyen de pression.
Il ramassa un long scalpel parmi les ustensiles de Sariel éparpillés par terre et pressa légèrement la lame sous le cou de la prisonnière qui ne réagissait toujours pas.
- Si tu ne me réponds pas, je vais malheureusement être dans l’obligation de devoir nous séparer d’elle. Tu ne voudrais pas que cela arrive, n’est-ce pas ?
Cette fois-ci Roxane ne répondit rien. Un lourd silence envahit la pièce. L’être ne bougea pas mais Samaël sentit une très légère onde de colère, comme si celle-ci était enfouie à des kilomètres sous terre.
- Tu n’aimes pas ça, hein. Dit-il en rigolant. Cette vie est donc si précieuse qu’elle mérite d’être sauvée. Et pourquoi pas la nôtre ? Nous n’avons pas choisi de devenir ce que nous sommes aujourd’hui. Je sais que toi et moi avons connu la mort. Et moi cette demi-vie me satisfait pleinement. Je n’ai en aucune façon envie d’y renoncer. Tu sais tout comme moi ce qu’il y a de l’autre côté. Après la fabuleuse lumière. Je ne veux pas y retourner.
- Je… Suis touJourS… là-bAs.
- Oui c’est vrai. Tu n’es que ce tas de chair morte. C’est vide à l’intérieur. Il n’y a personne. Mais moi je suis bien là. Je suis revenu entier et je refuse qu’on me l’enlève. Alors réponds-moi ou la fille meurt.
Joignant geste et parole, le SangDragon enfonça un peu plus la lame dans la chair.
Pendant une terrible seconde Samaël crut qu’il avait gagné mais son espoir fut écrasé aussi rapidement qu’il était venu.
- Non.
Tout se passa très vite. Au moment où Roxane bondissait de son perchoir pour plonger sur Samaël, le plafond explosa en morceaux, envoyant des projectiles de toute part. Par bonheur, un gros bloc tomba sur le tueur de SangDragon et l’ensevelit totalement.
La poussière engendrée par l’explosion se dissipa assez rapidement. Samaël leva la tête et aperçut les autres. Jean le Bienheureux, Gabrielle la Messagère et Raguel la Malchance.
- Il était temps, ironisa Samaël.
- Plus nous gagnons du temps pour Sariel, plus nos chances de nous en sortir grandiront. Bientôt il va sentir que son catalyseur est en danger et il va vouloir fuir pour le protéger.
- Après tout ce que cette sorcière a vécu, pourquoi ne serait-ce que maintenant qu’il va se décider à la protéger ?
- L'âme de cette créature réside toujours au royaume des morts. Il sait par avance qui y est attendu.
- Charmant. Dire qu’on en serait pas là si les Ecrits d’un Souverain Noir n’avaient pas traversé les siècles.
- Je pensais que tous les manuscrits avaient été détruits. Je ne pouvais prévoir que des petits malins avaient dérobé l’un d’entre eux.
- Mais de quoi parlez-vous à la fin ? demanda Gabrielle avec humeur.
Jean le Bienheureux haussa les épaules.
- D’un temps que les moins de six siècles ne peuvent pas connaître.
- Je veux savoir ! Nous acceptons de magouiller avec vous uniquement parce que c’est dans notre intérêt commun. Je veux avoir tous les éléments en main, c’est la moindre des choses pour notre aide.
- Contentez-vous de faire ce que je vous dis et tout se passera bien.
- Non mais je rêve ! Vous croyez nous allons vous obéir comme des bons petits toutous bien dressés ? Pas question.
- Et si on remettait la discussion à plus tard, les interrompit Raguel. Je crois que le truc se réveille et qu’il n’a pas l’air de très bonne humeur.
En effet, l’attention de Samaël se reportait sur l’endroit où avait disparu Roxane quand l’énorme rocher qui l’avait écrasé se mit à vaciller furieusement. Il finit par se retourner avec fracas, libérant le passage de la bête noire.
- Balèze, laissa échapper Gabrielle malgré elle.
Les trois SangDragons se laissèrent tomber sur le sol pour faire face à leur adversaire.
- Raguel, prends Simon avec toi et va-t-en.
- Ca ne va pas non ? Je ne vais pas vous laisser seuls face à ce truc.
- Fais-ce qu’il dit. Il vaut mieux que l’un d’entre nous reste au moins en vie. Il faudra quelqu’un pour protéger Vlad s’il m’arrivait quelque chose.
Au ton impérieux de Gabrielle, Samaël sentit bien que Raguel ne désobéirait pas. Et pour cause, le blondinet se tourna vers lui et l’attrapa par la main. Mais au lieu de fuir tout de suite Raguel se mit à détacher les liens qui retenaient la sorcière.
- Qu’est-ce que tu fiches, imbécile ? Nous n’avons pas le loisir de la sauver aussi, gronda-t-il à son encontre.
Mais le SangDragon ne daigna pas l’écouter. Il finit délier les liens de la jeune femme et la chargea sur son dos.
- Et maintenant, c’est parti !
Il fit un bond pour rejoindre le niveau supérieur. Samaël jeta un coup d’œil pour voir ce qu’il se passait en bas. La dernière chose qu’il vit, fut la bête se précipitant sur Gabrielle.
Bonne chance, pensa Samaël. Ils se mirent à courir.

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MessageSujet: Re: Tenebresco [IV]   Dim 4 Oct - 21:05

Le destin est une drôle de chose. On n’en connait pas le but et souvent il nous prend par surprise. Ainsi, celle qui devait mourir fut provisoirement sauvée. Pendant que l’esprit de Samaëlle divaguait et que son corps saignait, on la transporta loin de cet égout lugubre.
Dans ses élucubrations fantasques, la jeune femme sentit une douce chaleur l’envahir, pénétrant par la bouche, continuant par la gorge puis se diffusant avec délice dans tout son corps. Elle ferma les yeux un instant. Cette sensation était si agréable ! Elle en oublia pendant une fraction de secondes les images qui défilaient devant ses yeux depuis plusieurs heures. Elle grimaça lorsque, malheureusement, elle les retrouva après avoir rouvert les yeux et malgré avoir souhaité que tout ce simulacre de passé disparaisse. Avec peine, Samaëlle tenta de réunir ses esprits pour réfléchir et ne plus être enchaînée à la dureté de ce qui était imposé à sa vue. Ce bref sentiment de bien-être n’était pas dû à la drogue, elle en était persuadée. Quelqu’un à l’extérieur essayait-il de l’aider ? Ou bien était-ce simplement un jeu de plus venant de Sariel ? Comment savoir, toutes les hypothèses étaient possibles. Une étrange sensation s’empara de Samaëlle. Y avait-il une personne qui accordait à sa vie une plus grande valeur qu’elle-même lui en avait donnée récemment ? C’était impensable. Et sûrement faux. Elle se berçait des illusions du condamné. Et pourtant. Elle ne pouvait s’empêcher d’espérer que ce soit le cas. Elle ne voyait pas dans cette prison psychique la fin qu’elle avait prévue à sa vie. Et si quelqu’un avait besoin de son aide ? Peut-être qu’une vie dépendait de sa survie ! Ou bien est-ce que tout simplement elle manquait à quelqu’un ?
Soudainement, son désir de vivre prit le dessus sur l’abattement qui l’avait saisi jusque là. Elle se mit à courir avec frénésie pour chercher la sortie de ce cauchemar. Elle courrait, sans jamais s’arrêter, jusqu’à ce qu’elle trouve un élément qui lui mettrait la puce à l’oreille pour lui permettre de partir. Les images défilaient devant ses yeux mais elle n’y prenait plus garde. Parfois, un regard ou un visage attirait son attention mais elle se forçait à les ignorer et détournait les yeux.
Sa course prit alors fin d’une façon qu’elle n’aurait pas imaginé. Ce fut si brutal qu’elle en eut le souffle coupé. Deux bras fort la maintenait contre un torse brûlant. Samaëlle ouvrit un œil, puis l’autre, effrayée. Elle rencontra le regard intrigué de Talib.
- Où cours-tu comme ça ?
- Je… Laisse-moi partir s’il te plait. Elle essaya d’adopter un ton froid. Ce n’était qu’une image virtuelle, il ne fallait pas qu’elle s’y trompe. Pourtant, sa réponse marqua dans les yeux de Talib la trace de la blessure qu’elle venait d’y ouvrir. La jeune femme se mordit la lèvre. Tout semblait si réel. Pourquoi courir après une chimère si elle pouvait passer le reste de sa vie ici près de ceux qu’elle aimait et qu’elle avait jadis perdu ? Qu’est-ce qui l’attendait dans le monde de dehors qui était mieux qu’ici ? Bien sûr, elle souffrirait en restant ici mais peut-être moins que là d’où elle venait. Elle se raidit. Tous ses efforts pour partir disparurent en fumée.
Avant qu’il ne dise quelque chose, Samaëlle lui sauta au cou. Ses convictions se craquelaient. Une guerre enragée fit irruption dans son cœur. Partir vers ce monde cruel ou rester ici à vivre de mensonges. Avant qu’elle ne puisse délibérer, l’image de Talib s’effaça petit à petit pour la laisser seule. Déséquilibrée, elle chuta, genoux au sol. Ses poings se serrèrent. Comment avait-elle pu croire qu’elle aurait le loisir de choisir ? Elle eut un rictus amer. Elle soupira et finit par se relever. Il fallait qu’elle parte d’ici à tout prix avant de devenir maboule.
Elle prit à parti le ciel orageux qui se profilait au dessus de sa tête. Il semblait vouloir s’accorder à son humeur. La jeune femme lui hurla sa rage, l’implora, l’insulta, lui demanda des explications. Inébranlable, le ciel restait gris et menaçant. Puis, soudainement, une pluie fine s’échappa des nuages obèses qui campaient là. Elle rafraichit le visage éprouvé de Samaëlle qui cependant ne tarda pas à froncer les sourcils.
- A quoi joues-tu ? Il n’y a que le soleil ou les averses tropicales à Brasilia ! Pas cet entredeux hésitant ! On dirait la bruine londonienne. Enfin. Elle avait enfin trouvé la faille de ce monde de fou. Son monde.
Tout s’enchaîna alors à une vitesse effarante. Des lambeaux de décors se formaient ça et là, pendouillant, laissant la vue sur un autre paysage. Samaëlle s’empressa de s’y engouffrer. Elle avait réduit cette diabolique illusion à néant. Pourtant, elle avait une pointe de regret. Etreindre Talib lui avait fait beaucoup de bien. Elle ne resta pas longtemps dans le lieu qu’elle avait rejoint. Une atroce douleur au crâne lui fit fermer les yeux et elle ne put s’empêcher de gémir. Lorsqu’elle rouvrit les yeux, elle voyait flou et ne reconnaissait pas l’endroit où elle était. En revanche, le mal de tête persistait. La douleur de la migraine était telle quelle se pencha sur le côté pour vomir.
Ses yeux finirent par s’accoutumer à la semi obscurité. Les rayons du soleil perçait ça et là pour entrer dans ce qui semblait être une chambre. Samaëlle tenta de se lever mais s’ajouta alors de multiples douleurs dans toute la partie supérieure de son corps. Ses mains, son dos la faisait atrocement souffrir. Elle abandonna donc le projet d’aller regarder par la fenêtre condamnée. Elle respira à grandes goulées mais la jeune femme ne pouvait oublier toutes les zones qui lui faisaient mal. Quelques larmes s’accumulèrent au coin de ses paupières. Elle ne pouvait même pas les essuyer. Alors que Samaëlle commençait à broyer du noir, elle entendit des voix dans une pièce juxtaposée. Elle se remémora le visage borgne de Sariel et frissonna. Elle avait comme une envie de meurtre. Si c’était lui qui était à côté, peut-être valait-il mieux ne pas l’amener à son chevet. Mais il lui avait clairement dit qu’il avait l’intention de la faire mourir, or elle vivait toujours. Peut-être quelqu’un l’en avait-il empêché ? Elle se souvint de la chaleur qu’elle avait éprouvé pendant qu’elle était ailleurs. Oui, c’était certain, une personne s’était interposée, et cette personne était sûrement celle qui marchait à côté ! Epuisée par ce raisonnement digne de Mr Homes, elle s’endormit comme une masse sans pouvoir résister.
Elle se réveilla ce qui lui sembla être plusieurs heures plus tard. La douleur ne s'était pas vraiment atténuée. Elle avait l'impression qu'elle ne pourrait plus jamais se servir de ses mains. Une croute provenant de son dos sembla se détacher, laissant couler un mélange de sang et de pu sur les draps. La jeune femme avisa un verre d'eau sur la table de chevet. Elle tendit le bras pour le saisir, plaça ses doigts autour et commença à le porter à sa bouche. Il n'atteignit jamais sa cible car la main peu sûre de Samaelle flancha et laissa tomber le verre à terre où il se brisa, rependant le liquide sur le sol. Elle jura, voulut ramasser un bout de verre, se pencha pour le saisir mais fut déséquilibrée par son poids et chuta au sol dans un bruit sourd. Elle hurla littéralement de douleur. Ce cri en quelque sorte la libéra du malaise qui la tourmentait. Elle avait enfin pu laisser échapper ses sentiments. Par chance elle avait évité le gros du tas de verre brisés et seuls quelques petits fragments s'étaient imbriqués dans sa chair tendre. Elle se pelotonna sur elle-même. Des frissons parcouraient son corps mis à demi-nu par Sariel.
Des bruits de pas attirèrent son attention. Quelqu'un se dirigeait dans sa direction. Elle vit plus ou moins la poignée s'abaisser puis la porte s'entrouvrir. Un homme blond, assez banal par rapport a tout ce qu'elle avait vu récemment entra. Seul élément notable, un tatouage qu'on devinait dans son cou.
Effrayée mais néanmoins désespérée elle prit la décision de faire confiance à ce type qui venait voir ce qui se passait. Elle le fixa en murmurant qu'elle avait froid. Il fit mine de ne pas l'entendre. Ou peut-être était-ce vraiment le cas ?
- Aidez-moi, s'il vous plait  Des larmes montaient à ses yeux, elle les contenaient du mieux qu'elle pouvait. Elle ne supporterait pas un abandon de plus. Elle préférait être foudroyée sur place plutôt que de ne rien représenter de plus qu'un cafard aux yeux de cet homme qu'elle ne connaissait pas. Sans mot dire, il se défit de son manteau et le lui tendit. Elle fit un geste dans sa direction, ce qui lui demanda un gros effort mais elle finit par toucher l'étoffe, qu'elle saisit et attira à elle. Elle ne put rien en faire tellement elle était mal en point. Il se pencha alors vers elle, glissa un bras sous sa nuque et un autre sous ses genoux pour la soulever doucement et la reposer sur le lit. Il piétina au passage les morceaux de verres, provoquant un léger crissement. Il ajusta sa veste pour qu'elle recouvre toutes les zones de peau nue de la jeune femme. Elle n'eut même pas le courage de lui sourire pour le remercier. C'était un mouvement latéral trop poussé. Ses paupières papillonnèrent un instant mais Samaëlle tint bon, elle ne voulait pas rompre le contact avec le monde des vivants. Elle redoutait cette douleur atroce à la tête et au dos, accrue lorsqu'elle n'avait rien d'autre sur quoi se concentrer, ces horribles pensées noires qui l'accablaient lorsqu'elle ne cherchait pas à parler à cet homme qui l'aidait.
- C'est vous qui m'avez sauvé ?  balbutia-t-elle. Elle avait du mal à se poser sur un point fixe, ses yeux étaient toujours en mouvement, comme le seraient ceux d'un animal traqué. Elle avait besoin de repères. « C'est moi ». Samaëlle se calma un peu. Elle souffla un faible merci. Elle avait peur de demander pourquoi. Que la réponse ne soit pire que ce à quoi on l'avait enlevé. La jeune femme avait peur de ne pouvoir jamais se relever de ce lit, d'être impotente à vie. Aussi voulut-elle se renseigner sur l'étendue des dégâts.
Mes blessures...  elle avala sa salive. Elles sont graves ? Il la jaugea du regard un instant.
-Je ne connais pas les pouvoirs de guérison pour un sorcier, mais pour un humain normal, vos mains sont fichues. Vous aurez du mal à seulement plier les doigts. Et aussi, il y aura de vilaines cicatrices sur le corps... surtout celle dans le dos. »
Samaëlle déglutit avec difficulté. Y avait-il quelque chose de pire que ça ? Elle ne pourrait jamais plus vivre normalement, ni même faire de la magie. Dans un état de panique suprême, elle s'agrippa à son sauveur d'une poigne dont elle ne se serait jamais cru capable dans cet état et s'évanouit.

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MessageSujet: Re: Tenebresco [IV]   Hier à 11:42



Raguel Draculea Bélial, la Malchance


- Réveillez-vous, je ne peux pas faire la nounou toute la journée !
La fille reprit ses esprits peu à peu. Elle ferma ses yeux plus forts puis relâcha lentement la tension et finit par les ouvrir. Elle sursauta à la vue de Raguel mais se calma immédiatement.
- Qu... qu'allez-vous faire de moi ? gémit-elle.
Elle était encore effrayée et désorientée par les derniers évènements. Raguel n’avait pas le temps de s’occuper de cette humaine plus longtemps. Il avait déjà pris un risque inconsidéré en l’amenant ici. Simon était parti depuis longtemps déjà et il ferait mieux de faire de même rapidement. Le ciel était plus ombrageux que jamais en ce qui concernait son avenir.
- Vous ramenez chez les amis de Jean Delacroix, je suppose. Votre vie sera menacée tant que vous resterez à proximité de moi ou d'un de mes semblables.
- Jean... Samaëlle fit une grimace douloureuse. Parler lui était difficile mais c'était peut-être la seule occasion qu'elle aurait jamais. Vous le connaissiez bien ?
Raguel hésita une seconde. Il ne savait pas s’il pouvait se permettre de commenter la vie qu’avait eue le fils de Vaan. Il s’était toujours soigneusement tenu à l’écart de sa famille sorcière – non pas à cause de ce qu’ils étaient mais parce que le visage du comte ne lui rappelait que plus douloureusement celui d’une autre personne disparue depuis bien longtemps.
- Non, pas vraiment. C'était mon cousin mais je n'ai eu l'occasion de le croiser qu'une seule fois. Avant qu'il ne s'éveille et devienne un Frère de Sang à part entière.
Il omit aussi de dire qu’il connaissait également Joanne. Pas la peine de revenir sur les pénibles circonstances de leur rencontre.
- Ah ! Les yeux de la fille pétillèrent de curiosité. Comment était-il ? Racontez-moi, s'il vous plait…
Raguel comprit soudain que la jeune femme avait été plus qu’une simple connaissance pour le comte Delacroix. Elle aussi ressentait le besoin de se raccrocher aux souvenirs précieux qu’elle conservait de lui tout en voulant en apprendre le plus possible malgré les circonstances difficiles. Elle voulait tout simplement mieux le connaître. D’une certaine manière, il comprenait. Et ses yeux étaient tellement emplis de cette prière silencieuse que le SangDragon finit par céder.
- A en juger parce que j'ai vu, aussi heureux que l'on puisse l'être. Du moins jusqu'à ce que notre intervention ne lui gâche complètement la vie. Il a découvert que sa femme le trompait. Cela l'a rendu fou - on appelle ça une Rage de Sang. En général ça nous arrive juste après le moment de l'Eveil. On n'a aucun moyen de se contrôler et on détruit tout se qui se trouve sur notre passage. Evidemment elle se trouvait sur son passage à ce moment là... Après je ne sais pas trop ce qu'il a fait avec les enfants qui vivaient avec lui mais tout porte à croire qu'elles ont été tuées par l'un de nos ennemis il y a peu de temps. Il fit une courte pause. Et il vous tuera vous aussi si vous vous trouvez avec moi. C'est pour cela que nous devons nous dépêcher et partir le plus rapidement possible.
Alors qu’il parlait, il vit poindre des larmes que la jeune femme retenait à grand peine. D’une voix nouée elle déclara :
- Partons alors, mais je ne sais pas si je vais pouvoir me déplacer correctement.
- Ce ne sera pas un problème.
- Très bien. Allons-y. Où me déposerez-vous ?
- A l'endroit où nous pouvons trouver quelqu'un capable de vous aider et protéger plus efficacement que moi.
La fille sembla hésita un instant.
- Il y a un bar, dans le centre de Londres, où je pourrais trouver aide et refuge. Mais d’abord il faut que nous allions afin que je puisse me rétablir plus rapidement de mes blessures.
Raguel hocha la tête et tendit une main. La sorcière n’hésita presque pas avant de s’en saisir.

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Tenebresco [IV]

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