Renouveau

Le temps n'est plus aux larmes [L'histoire se déroule en Janvier 2000]
 
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 Sentinelle consciencieuse à l'affût.

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Morgan Duprès
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MessageSujet: Sentinelle consciencieuse à l'affût.   Jeu 28 Déc - 16:45

Le grand hall était en constante effervescence. L'on y courait - dossiers sous le bras - l'on s'y apostrophait bruyamment, l'on s'y scrutait avec le doute qui convient à l’homme menacé. Le ministère - centre de la nation sorcière britannique - était évidement un des lieux les mieux protégé d'Angleterre. Un escadron d'auror parcourait constamment ses couloirs, épaules carrées et baguette en main, avec la mine patibulaire si caractéristique aux agents du ministère. On disait le bâtiment sécurisé par les plus grands enchanteurs Européen et ses protections magiques dignes de Poudlard. Mais ce zèle apparent n'empêchait guère les honnêtes fonctionnaires de présenter des visages inquiets, et de ne quitter leurs locaux personnels qu'au pas de course et la main sur la baguette, pour ceux ayant l'audace de croire pouvoir s'en servir efficacement en cas d'attaque.

Toute cette agitation angoissée avait le don d'agacer profondément Morgan. Le jeune homme, distraitement adossé contre un mur, enveloppé dans un manteau sombre et la plume derrière l'oreille, s'ennuyait patiemment, tout en surveillant du coin de l'oeil l'horloge murale et ses aiguilles qui volaient d'un fuseau horaire à l'autre.

Il était de garde, comme on disait. Ceux qui avaient le malheur de paraître oisif au bureau étaient immédiatement envoyés poireauter quelques heures par le Sorcier Scandaleux, dans un des lieux phare du monde magique, là où une catastrophe serait mieux à même de se produire. D'après monsieur le - et très aimé - directeur, c'est ainsi que l'on faisait les grands journaux : avoir un reporter immédiatement près à couvrir les événements. Le concept était charmant : à attendre, immobile, une pseudo attaque dans le hall du ministère, Morgan avait huit fois plus de chance de se faire charcuter que le fonctionnaire moyen qui bossait cinquante heure la semaine dans son bureau sans fenêtre. Chiffres issus de savants calculs fournis par le syndicat du Journal lui-même.

Mais ce n'était pas tant le risque - chose trop abstraite pour trouver où résonner dans l'esprit du jeune français - mais plutôt l'ennui et l'inactivité qui portaient sur les nerfs de Morgan. Il laissa échapper un soupire irrité entre ses dents et passa une main dans ses cheveux châtain - main qui, si elle était soignée et raffinée, était agrémentée de deux tâches d'encre émeraude, là ou la plume frottait contre le doigt.

L'attente se faisait longue et rien d'à peu près intéressant n'avait daigné pointer son nez. Les minutes s'égrenaient, rythmées parfois par le passage de quelques jolies paires de jambes, mais qui ne s'attardaient jamais bien longtemps et ne prenaient pas la peine de faire un brin de causette avec le beau journaliste. Tristesse. Si au moins il avait eu le loisir de tisser quelques charmantes relations... Mais le ministère n'était plus le centre matrimonial qu'il était avant la montée en puissance de celui-dont-il-ne-faut-surtout-pas-prononcer-le-nom. Les seuls liens qu'il avait eu la possibilité de tisser ici, c'était avec ce patibulaire monsieur de la sécurité qui, à intervalles régulières, venait re-vérifier son identité et s'abîmer les yeux sur sa carte de journaliste. Et leur échanges, si polis et plein d'une sincère tendresse, agaçaient tant l'auror au rebus que Morgan avait du en appeler à la liberté de la presse pour garder son poste de guetteur.

Avisant que ledit monsieur avait quitté son voisinage immédiat, le jeune français alluma machinalement une cigarette et la coinça entre ses lèvres fines, tout en déroulant le dernier exemplaire de la Gazette du Sorcier d'une main experte. Et c'est en sifflotant qu'il parcourut la liste des morts du dernier attentat, décidant qu'il ne pouvait rien se passer d'assez spectaculaire pour le tirer de sa lecture attentive.

[Réservé avec "Kru kru le fourbe".]

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Joanne Street
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MessageSujet: Re: Sentinelle consciencieuse à l'affût.   Ven 29 Déc - 17:29

Je poussais un long soupir avant de me lever de mon bureau. Je venais de passer plusieurs heures à m’abîmer les yeux sur le rapport de l’incident de Saint Mangouste qui avait eu lieu deux jours plus tôt. Je n’y comprenais absolument rien, les détails trop confus ne faisaient que m’embrouiller encore plus.
Qu’est-ce que venait faire des « hommes masqués » dans cette affaire ? Les mangemorts n’étaient ils pas masqués eux aussi ? Alors ceux qu’on avait vu se battre en ville étaient-ils deux clans de factions différentes – même si on avait jamais rien entendu au sujet d’une scission dans le groupe des ténèbres – ou bien s’agissait-il de nouveau groupe de terroristes ou de je ne savais trop quoi qui profitait de l’agitation pour répandre le trouble dans la communauté magique et moldue ?

C’était donc presque avec plaisir que je laissais ce casse-tête dans le casier de mon bureau pour rejoindre l’officier de la sécurité qui était venu me chercher.
Visiblement il avait un problème avec un mec louche qui restait planté dans le hall depuis bien trop longtemps. Etais-je donc la seule à pouvoir m’occuper de ce cas ? Evidemment oui. L’homme qui était parfaitement en règle et qui plus est, travaillait pour un journal sorcier ne pouvait guère être renvoyé à son trou par un simple garde s’il ne faisait rien de plus suspect que de rester là, à bader aux corneilles. En plus de cela, j’étais la seule auror disponible, la plupart patrouillaient en ville ou était en mission. Quant au reste ils étaient soit en service ailleurs dans le ministère, soit déjà mort…

Laissant l’officier de sécurité, je parcourus le couloir toujours aussi bondé, tout en jouant des coudes dans la masse gluante et transpirante de sorciers et sorcières qui tentaient tout comme moi de se frayer un passage. Je regrettais un moment de ne pas avoir l’architecte sous la main pour lui dire ma façon de penser sur sa conception du bâtiment. Malheureusement pour lui, il devait être depuis bien longtemps profondément enfoui dans un endroit tout aussi exigu que celui dans lequel je me débattais à présent pour joindre le hall d’entrée.
Après maintes gesticulations et contorsions pour laisser passer les secrétaires les bras chargés de papiers administratifs je parvins enfin à destination.
Pour ne pas changer, le hall était lui aussi bondé de monde. Je cherchais des yeux le jeune homme que l’on m’avait décrit. Grand, blond et habillé comme un moldu. La description n’était pas original mais je parvins quand même à repérer le godelureau au bout d’un petit moment. Il était un peu à l’écart et s’était le seul à ne pas s’activer alors que tout autour la foule était en effervescence.

Contrainte de faire déguerpir ce curieux au plus vite, je me rapprochais lentement de lui. Il était en train de lire un journal – il me sembla au style de la didactyle utilisée qu’il s’agissait de la Gazette du sorcier. Il travaillait donc pour la célèbre revue de presse des sorciers ? Ce n’était guère important cependant. Le fait qu’il y travaillait ou non ne changeait rien, il fallait le faire bouger de là. Avec un peu de chance il se satisferait d’un ragot ou deux et s’en y irait de lui-même. Dans le cas contraire, je pouvais trouver que le sujet était suffisamment suspect pour menacer l’intégrité du ministère et la sécurité pourrait, avec plaisir, le renvoyer d’où il venait.
En m’approchant encore un peu plus, je pus distinguer les traits fins de son visage. Je dois avouer qu’il était bogosse – pour un journaliste bien sûr - quoique son air endormi donnait l’impression qu’il n’était pas tout à fait fini… Son journal dans les mains, il semblait concentré sur un article. Bien sûr il devait déjà m’avoir repéré de loin. Je ne faisais rien pour me cacher et tout le monde savait qu’un bon journaliste avait le sens de l’observation. Il m’apparut que les aurors et les journalistes avaient beaucoup de choses en commun. Trop peut-être.
Enfin arrivée à sa hauteur, je me campais fermement sur mes jambes, les mains sur les hanches et malgré sa tête baissée sur son journal, je levais les yeux pour accrocher son regard.
- Bonjour monsieur Duprès. Je suis auror et je m’appelle Delacroix. Il paraît que vous êtes journaliste. Chercheriez vous quelqu’un de particulier à interviewer ou puis-je vous aider autrement ? Dis-je innocemment avec un grand sourire.

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Morgan Duprès
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MessageSujet: Re: Sentinelle consciencieuse à l'affût.   Sam 30 Déc - 22:18

Morgan fronça légèrement les sourcils et se mordit la lèvre inférieure, apparemment contrarié. Le directeur du Sorcier Scandaleux devait faire grise mine. Bel euphémisme. Et il ne devait certainement pas être le seul à s'arracher les cheveux au bureau. Morgan remercierait presque Merlin de lui avoir offert une très digne échappatoire pour éviter de subir les foudres de la direction du Journal. En effet, la détestée Gazette du Sorcier, qui n'avait besoin de personne pour s’autoproclamer ‘journal sorcier national’, avait encore une fois la primeur sur une information de grand impact et qui promettait d’énormes retombées. Enfin information... tout au plus en faisait-on référence dans les pages intérieurs de l'édition du jour. Mais la Gazette était le premier quotidien à oser écrire sur ce qu'il avait lui-même qualifié de 'légende urbaine'. Ces vénitiens - même leur nom appartenait à présent à l'exécrable concurrent - qui étonnaient les foules et se dressaient, disait-on, devant les forces du Seigneur Noir.

Si seulement il avait eu moins d'affinités avec le whisky sorcier - et l'alcool en générale- Morgan aurait certainement put offrir à son rédacteur en chef un dossier très complet sur ces étranges hommes masqués. Mais le hasard en avait décidé autrement. Hasard, enfin, c'était un nom bien flatteur pour désigner ce manipulateur qu'était Fol Oeil. Maudit soit-il. Lui et Sawyer, ce simple chroniqueur de page 5, qui était pourtant un adversaire quotidien dans la lutte à l'exclusivité. Mais Morgan ne pouvait sans conteste pas oublier ce parchemin au bas du quel il avait – volontairement – apposé sa signature. Il n'avait plus le droit d'écrire sur les vénitiens. Condition à respecter s’il voulait en savoir autant qu’il le désirait sur le sujet. Maudite curiosité également.

Un mouvement de foule dans sa direction chassa pour quelques instants ces sombres pensées de son esprit tortueux. Une jeune femme marchait à grands pas vers lui, volontaire et passablement déterminée. Bien entendu, cela aurait pu immédiatement redonner le sourire - charmeur - à Morgan, et remonter son moral défaillant. Mais la demoiselle en question portait un uniforme bien trop caractéristique pour ne pas être reconnu. Même à cent mètres, de dos et dans l'obscurité la plus profonde, le regard alerte du jeune homme n'aurait sans doute pas été abusé. Si même les aurors s'en mêlaient à présent...

Morgan ne fit même pas mine de lever les yeux de la Gazette dont il parcourut encore quelques lignes - l'Ecosse s'étaient inclinée 60-180 face à l'Allemagne, heureuse nouvelle - machinalement, ignorant plaisamment la dame qui se plantait en face de lui, poings sur les hanches d’un air décidé - dont le but était sans aucun doute d'effrayer le pauvre être fragile que se trouvait être le jeune français.

"Charmé de faire votre connaissance. Mais ne vous en faite pas : je n'ai besoin de rien, je vous remercie."
répliqua Morgan à la brusque entrée en matière de la jeune femme, avec un léger sourire en coin - amusé et, si peu, provocateur - en daignant enfin lever les yeux sur l'auror appelée en renfort.

Elle était plutôt jolie. Peu originale certes : il n'y avait rien de particulier qui attirait le regard, mais elle est était jeune et pas déplaisante à détailler. Quoiqu'il en soit, Morgan n'ayant jamais apprécié l'uniforme chez les femmes et ne portant pas non plus les aurors dans son coeur, son avis était bien peu objectif. Il décida tout de même que la demoiselle Delacroix aurait bien plus mise en valeur si la robe avait été un peu plus courte. Et échancrée.

"Je me contente d'admirer la vue..."
expliqua-t-il finalement avec un sourire candide tout en chassant, avec espièglerie, les mèches de cheveux qui s'attardaient sur sa nuque.

Sa présence était indésirable dans le hall du ministère. Autant qu'on ait une bonne raison de le mettre dehors.

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Joanne Street
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MessageSujet: Re: Sentinelle consciencieuse à l'affût.   Mar 2 Jan - 16:04

Visiblement le parasite ne voulait pas décoller avant d’avoir été dûment chassé d’une taloche de la main. S’il ne fallait que ça, il l’aurait ce bougre ! J’agrandis un peu plus mon sourire.
- Dans ce cas monsieur Duprès, je vous demanderais d’avoir l’obligeance d’admirer le paysage d’un peu plus loin je vous prie.
Je fis un large geste des mains qui englobait tout le hall avant de reprendre sur un ton tout à fait innocent.
- Nous sommes assez stressés ces derniers temps. Il peut parfois arriver que nous ayons la baguette un peu facile. Un invité surprise planté comme un poteau au milieu de la salle ne nous tranquillise guère. D’autant plus que…
D’un geste vif, j’enlevais la cigarette de la bouche du jeune homme avant de l’écraser du talon avec ma botte.
- … Il a été fortement interdit de fumer dans le bâtiment. Si vous voulez vous noircir les poumons je vous prierais d’aller faire un long tour dehors et de rentrer chez vous. Qui sait, en chemin vous croiserez peut-être ces huluberlus de Vénitiens et vous pourrez écrire un formidable article sur leurs exploits. Les héros, ça a toujours intéressé le peuple, n’est-il pas ?

Vénitien était le nom auquel on rattachait généralement les mystérieux personnages masqués qui étaient intervenus sur l’affaire Weasley. On ne savait pas combien ils étaient, ni ce qu’ils voulaient réellement mais je savais qu’aucun reporter ne cracherait sur la chance d’en photographier un en pleine action.
D’ailleurs, la moitié des sorciers – enfin, ceux qui osaient encore sortir de chez eux – devait trimbaler un appareil photographique sur eux, trop heureux de peut-être surprendre l’un de ces « surhommes » et de vendre le cliché à un bon prix à n’importe quel journal de renom.
Bien sûr, pour avoir la copie originale, le cabinet des aurors devrait démarrer diverses procédures qui prendraient un temps fou à se réaliser. Finalement on obtiendrait la photo un ou deux jours après que celle-ci ne fut publiée dans le journal.
La presse avait trop de pouvoir a mon goût. Heureusement le gouvernement pouvait procéder à une censure mais les pièces à conviction… Ca c’était autre chose.

Je me rendis soudain compte que je m’étais mise à divaguer légèrement. Trop de boulot je suppose. Je croisais à nouveau les yeux du jeune homme et avec un petit sourire accompagné d’un signe courtois de la main je l’invitais à prendre la porte.

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Morgan Duprès
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MessageSujet: Re: Sentinelle consciencieuse à l'affût.   Mar 2 Jan - 19:26

Mais c'est que la demoiselle s'entêtait ! Delacroix ne semblait pas prête à le laisser à son agréable attente et avait l’air décidée à le voir quitter les lieux. Décidée et apparemment persuadée qu’il obtempérerait sans broncher, comme un brave petit fonctionnaire. Qu’il n’était pas.

La très agréable impression de se sentir de trop arracha un sourire moqueur à Morgan. C'est fou ce que les honnêtes gens - principalement ceux qui avaient des choses à dissimuler et/ou qui appartenaient à des organisations gouvernementales, ou à une grande entreprise - ne supportaient pas la proximité, immédiate ou pas, d'un journaliste. Cela semblait leur hérisser le poil et attiser leur méfiance, et attirait invariablement au jeune homme des regards contrariés et des sourires hypocrites, accompagnés de mouvements plus ou moins subtils en direction de la sortie.
Tout a fait charmant.

Morgan demeura silencieux, semblant écouter assidûment les paroles de l'aurors, feignant l'intérêt et la surprise avec une certaine ingénuité. Ah ? Ils étaient stressés au ministère ? C'était bien étonnant. Pourtant le jeune français n'avait pas cru comprendre que les aurors étaient particulièrement efficaces dans leurs actions ces temps derniers. Et ils avaient la baguette facile en plus ? Tiens donc ? Etait-ce son esprit tortueux où il avait cru comprendre que cette phrase innocente recelait une once de menace ? Quand au poteau planté et au règlement intérieur du bâtiment, Morgan en déduisit l'amabilité naturelle de l'adorable et autoritaire jeune femme.

Grimaçant une moue enfantine et capricieuse lorsque ladite damoiselle arracha honteusement l'objet du délit d'entre ses lèvres, le journaliste ne put s'empêcher de noter avec une certaine délectation l'amertume contrariée de l'auror lorsqu'elle fit référence à la bande de vénitiens.

"J'avais cru comprendre que le hall du ministère était un lieux publique. Me serais-je trompé ?"
glissa insidieusement Morgan avec une apparente naïveté et un discret sourire en coin.

Penchant légèrement la tête de côté, semblant jauger le Madame du regard, il ajouta d'un air inflexible, comme si cette dernière phrase n'admettait aucune contradiction, que, de toutes les façons, il attendait quelqu'un. Tout a fait mademoiselle. Et avec un sourire aimable et satisfait - des plus contrefaits - il fit mine de re-dérouler le journal qu'il tenait encore à la main, semblant décider que le problème était définitivement réglé.

Prévoyant tout de même que ses simulacres de mensonges et sa joyeuse comédie ne lui feraient que gagner quelques instants, il ajouta - comme si ce n'était qu'un détail de peu d'importance qui lui revenait subitement à l'esprit :

"Vous ne semblez pas beaucoup apprécier ces... hurluberlus ? Serait-ce moi où c'est de l'aigreur que j'ai perçu précédemment dans votre voix ?"
Il accompagna sa question d'un haussement de sourcil interrogatif, soudainement sérieux, bien que la lueur qui dansait dans ses yeux révélait son grand amusement.

"Après tout, il est vrai que sans leur intervention, l'attaque des mangemorts aurait put tourner au carnage... ça doit être agaçant pour les aurors de se sentir inutiles et impuissants non ?"


Sans aucune once de méchanceté superflue, Morgan hocha la tête avec une moue compatissante.

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MessageSujet: Re: Sentinelle consciencieuse à l'affût.   Mar 2 Jan - 20:54

La moutarde commençait à me monter au nez. Si ce petit prétentieux ne voulait pas dégager rapidement, il aurait bientôt une bonne raison de rester, assis bien au frais dans une cellule spécialement aménagée pour lui. De plus j’avais encore pas mal de travail et guère plus de temps ni de salive à gaspiller.
J’évitais donc de rentrer dans son jeu et écartais rapidement le sujet – je n’avais aucune envie d’en discuter, le dossier était suffisamment indigeste.

Je contrôlais ma respiration puis, rendant son sourire au journaliste je répondis sur le ton le plus neutre possible :
- Le bureau magique fait ce qu’il peut avec son personnel disponible. Je ne suis pas autorisée à répondre sur l’affaire Weasley. Une enquête est actuellement en cours pour déterminer les mobiles exacts des Vénitiens.
Ce Duprès et ses mimiques de journaliste me portaient sur les nerfs. J’avais dit qu’au ministère, tout le monde était stressé. C’était vrai. Ma patience était donc fortement entamée mais ayant répondu du mieux possible à son attaque je me rabattis sur une pente un peu moins glissante.
- Je me fiche bien que vous attendez quelqu’un ou non. S’il ne fait pas parti du service autant aller l’attendre dehors, sinon donnez-moi son nom et je vous introduirez dans son cabinet ou le ferait prévenir.

Du coin de l’œil j’avisais le vigile. Il n’était pas en service depuis longtemps mais s’il avait réussi à se hisser au rang d’auror, même de seconde classe, il devait au moins avoir le niveau d’un sorcier confirmé et entraîné.
Ce jeune journaliste flegmatique pouvait très bien caché un espion surentraîné et dopé de produits qui amplifiaient sa magie. Le vigile ne serait pas être de trop s’il fallait le maîtriser le cas échéant.

Le jeune homme gardant le silence, je soupirais de découragement en arquant un peu plus mes jambes pour prendre de meilleurs appuis au sol. J’aurais préféré ne pas en arriver là mais le type ne me laissait vraiment pas le choix. Je pris une dernière respiration avant de débiter tout le baratin administratif officiel d’une traite :
- Je vous prie de décliner l’objet réel de votre visite. Mon travail est de juguler les risques d’attaque, je vous demande donc une dernière fois monsieur, de partir si votre visite n’a d’autre but que de rester planté au milieu du passage. Si vous refusez de coopérer je serais contrainte d’appeler la sécurité et, journaliste ou non, de vous mettre en état d’arrestation.

Je repris mon souffle et plantais mon regard dans celui du journaliste, toujours aussi désinvolte. Subtilement je fis glisser ma main le long de ma hanche tout près du harnais auquel était suspendu ma baguette, prête à l’emploi.
Déjà certains employés s’écartaient de deux ou trois pas. La tension allait encore monter d’un cran, mais au moins on ne pourrait pas dire qu’on laissait n’importe qui aller et venir dans le ministère.

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Morgan Duprès
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MessageSujet: Re: Sentinelle consciencieuse à l'affût.   Mar 2 Jan - 23:15

Une véritable hystérique que cette fille là. Paranoïaque de surcroît. Avait-il véritablement l'air d'un espion terroriste ? D'un mangemort enclin au suicide ? Quel manque de perspicacité, vraiment. Mais que leur apprenait-on donc, pendant les quatre années d'instructions obligatoires, chez les aurors ? Pensait-elle vraiment que s'il était venu ici dans le but d'obtenir des informations quelconque ou d'abattre il ne savait quel politicien, il aurait été aussi peu discret ? Lire le journal, adossé à un mur, était peut-être devenu illégal sans qu'il ne s'en rende compte. Et l'on s'étonnait que les aurors soient aussi inefficaces pour chasser du mangemort...

Morgan, resta immobile - il n'avait aucune envie de donner une bonne raison à la furie en uniforme de lui sauter dessus - et observa, imperturbable la dame se tendre devant lui. La scrutant avec curiosité et un brin d'étonnement, il observa la situation s'envenimer, comme s'il n'était lui même que simple spectateur de la scène. Il nota le coup d'oeil anxieux que l'auror jeta au vigile et découvrit avec grand intérêt comment naissaient les quiproquos désastreux qui se multipliaient en tant de guerre.

C'était ainsi que de nombreux et pauvres passants - d'apparence soi-disant louche - terminaient leur journée au centre des aurors, pour s'être trouvé au mauvais endroit au mauvais moment, et pour avoir eu la malchance de tomber sur un auror qui, les nerf à fleur de peau, avait tendance à voir des mangemorts partout. Tandis que, pendant ce temps, les véritables partisants du Seigneur Noir se livraient tranquillement à leurs petits méfaits. C'était tout bonnement fascinant. Et cela ferait un article tout a fait intéressant.

Morgan décida de ne pas intervenir. Le code magique était de son côté, sauf si on l'avait modifié sans le mettre au courant. Il n'avait pour l'instant enfreins aucune loi, si ce n'est qu'il avait rechigné à quitter le hall - par ailleurs publique - du ministère. Bien. Il ne pouvait rien lui arriver de très fâcheux, à part peut-être un bref séjour de quelques heures à l'ombre, et un article retentissant sur les abus judiciaires et les problèmes psychologiques des aurors de bureau, trop paniqués pour émettre un jugement cohérent.

La Madame sembla trouver que l'emmener faire un tour en cellule était une idée tout a fait plaisante - d'ailleurs, à présent, Morgan avait très envie de s'y rendre lui-même - et, plus crispée que jamais, lui récita le petit discours habituel. Coopération immédiate ou arrestation violente. Du reste, le jeune homme - qui n'était pas journaliste pour rien - remarqua avec une joie fantasque et plutôt morbide que l'auror descendait discrètement une main vers sa baguette, accrochée à sa ceinture. Mais que faisait Merlin ?

"Vous êtes bien extrême Mademoiselle. Je vous rappelle que je n'ai rien fait de répréhensible et que, tout auror que vous êtes, vous n'êtes pas encore autorisée à m'arrêter pour insolence et inactivité. Quand à l'objet réel de ma visite, je vous l'ai dit, je suis journaliste, et je fais mon travail."


La voix de Morgan, si elle avait perdue toute trace d'amabilité et d'innocence, gardait cependant une pointe de sarcasme mielleux qui dissimulait avec peine la provocation. La situation commençait à l'impatienter passablement. L'espion surentraîné décida donc, froissé, que la demoiselle l'agaçait.

"Et vous devriez penser à faire de même..."

Le jeune français roula des yeux et, avec indifférence et nonchalance, rangea le journal auparavant roulé soigneusement, dans une poche intérieure de son manteau.

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MessageSujet: Re: Sentinelle consciencieuse à l'affût.   Jeu 4 Jan - 22:40

Faire son… !? Cette fois-ci il poussait le bouchon un peu trop loin ce petit fouineur. Visiblement ce n’était rien d’autre qu’une grande gueule. S’il c’était agit d’un espion ou autre chose du même genre, il aurait certainement fait profil bas et serait parti sans demander son reste.
Cependant ses remarques me tapaient particulièrement sur les nerfs. Evidemment un journaliste ne pouvait pas faire autre chose que critiquer, critiquer, critiquer. Quand il fallait apporter des solutions aux problèmes, là évidemment, il n’y avait plus personne.

D’un geste elle fit approcher Dan, le vigile. Elle se frotta les yeux du bout des doigts en cherchant les ordres qu’elle allait lui remettre. Il fallait que je trouve la bonne formulation pour que mon témoignage ne soit pas un mensonge tout en n’étant pas non plus tout à fait vrai d’un point de vue moins pragmatique. Finalement c’était toujours les bonnes vieilles excuses qui marchaient le mieux lorsqu’on voulait voir dormir un gentil monsieur plein de bonnes intentions sous le généreux toit de la nouvelle prison du bureau des Aurors.

- Bien. Tu vas m’envoyer cet oiseau là en garde-à-vue. Elle jeta un coup d’oeil au journaliste et continua sans lui laisser le temps de dire quoique se soit. Et si jamais il y en a qui rechignent là haut, tu leur diras que la comtesse Delacroix, l’a arrêté pour… insulte à agent dans ses fonctions et refus de coopérer avec les autorités.

J’haussais les épaules. Pour retenir le journaliste quelques temps ça devrait suffire. Il n’y aurait plus qu’à attendre le fulgurent article qui paraîtrait dans un ou deux jours… lorsqu’on le relâcherait. Evidemment le ministère le ferait sans doute censurer. Sinon tant pis. Un scandale de plus ou de moins ne changerait pas la tendance de ces derniers temps. Peut-être même que ça passerait inaperçu.

Faisant mine de partir, je me retournais au dernier moment vers Dan avec un petit sourire d’excuse.
- Ah oui. Et vérifie auprès du Sorcier Scandaleux si le nom de Morgan Duprès y est bien référencé.
Le vigile hocha la tête pour signifier qu’il avait bien compris. Je reportais mon attention sur le jeune homme et sourit chaleureusement.

- Bien, je crois que je vais faire ce que vous m’avez conseillé de faire et reprendre mon travail. Bonne journée monsieur Duprès !
Satisfaite, je fis demi-tour sans attendre de réponse. L’affaire des Vénitiens m’attendait et cet intermède m’avait fait un peu de bien. Ca ne faisait pas de mal de se défouler de temps en temps, non ?

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Morgan Duprès
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MessageSujet: Re: Sentinelle consciencieuse à l'affût.   Lun 8 Jan - 15:55

Contrairement à ce que pouvait bien penser la dame, Morgan avait des tas de solutions particulièrement pertinentes et efficaces à opposer aux quelques ''problèmes'' liés à la montée en puissance du Lord Noir. La première étant de modifier l'examen d'entrée à l'école des aurors et de refuser les sorciers susceptibles et froissables, enclin au jugement expéditif et ayant recours aux conflits violents et inégaux. Cela aurait évité de compter dans les rangs des représentants de l'ordre magique des demoiselles à l’ego aussi délicat, sans aucun doigté avec la presse et les médias.

Car les nerfs de l'auror avait finalement lâché - Merlin le protège - et damoiselle Delacroix avait appelé le valet de service, une vieille connaissance, pour qu'il l'escorte jusqu'à ses nouveaux quartiers. En passant auparavant - dans un soucis d'apparente démocratie - par la case ''bureau des aurors'', évidement. Lui n'en demandait pas temps.

L'auror, semblant passablement satisfaite de sa prestation et de la - tragique - déconfiture du journaliste, énonça pompeusement les chefs d'accusation, par ailleurs éhontés. Morgan les jugea de peu d'imagination et bien peu crédibles- sauf si, en tant qu'espion surentraîné, il avait voulu s'infiltrer au sein même de l'administration des aurors. Mais il ricana sans fausse discrétion lorsque la jeune femme fit appelle à son titre de pseudo noblesse qui était sensé lui excuser passer toutes ses petites lubies. D'après Morgan, cela ne l'empêcherait pas de se faire taper sur les doigts : le gouvernements étaient très soigneux dans ces rapports avec la presse, voulant montrer la meilleure image possible et faire croire à la population qu’elle était en totale sécurité.

"Comtesse ? Quelle impertinence de ma part. Je ne savais pas que vous étiez une grande dame. L'uniforme de fonctionnaire vous va tout de même à merveille." railla-t-il, goguenard.

Sans faire mine de l'entendre, l'auror s'éloigna royalement. Le dénommé 'Dan' s'approcha dangereusement de Morgan qui, prit d'aversion soudaine, s'écarta légèrement, soucieux de son intégrité physique. Il assura ingénument le vigil qu'il le suivrait, sans faire d'histoire, car il avait très envie de visiter les cellules de garde à vue du ministère - dans le cadre de son travail, bien entendu. On lui avait assuré qu'elles étaient particulièrement charmantes, tout comme l'accueil. Et il se ferait une joie d'écrire un petit guide touristique dans la prochaine édition du Sorcier scandaleux.

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MessageSujet: Re: Sentinelle consciencieuse à l'affût.   Sam 20 Jan - 18:31

L’air était lourd et Scrimegeour assommait le conseil des sorciers à cause de mouvements étranges des vampires d’Ecosse. La question était de savoir s’il l’on devait envoyé un contingent auror pour réguler la situation ou s’il fallait simplement envoyer un émissaire pour obtenir davantage d’informations.
Et bien évidemment, dans un cas comme dans l’autre, les partisans de l’un ou l’autre parti ne pouvait s’empêchait de trouver de nouveaux arguments plus obsolète les uns que les autres.
Jean s’était composé un visage de circonstance, l’air grave, les sourcils légèrement froncés comme s’il était dans une réflexion intense. En réalité il était sur le point de s’endormir lorsque le premier ministre tapa trois coups de marteau sur son piédestal pour signifier que la séance était levée.
Le jeune politicien se faufila rapidement hors de la marée humaine afin de rejoindre son bureau pour y prendre quelques menus documents et affaires avant de pouvoir repartir chez lui – si l’on pouvait appeler la modeste chambre qu’il louait au Chaudron Baveur son chez soi. Il pourrait peut-être enfin se reposer de cette harassante journée de travail. Fort heureusement il n’y avait pas de dîner prévu se soir avec aucun autre membre du Magenmagot, bref, il avait comme qui dirait quartier libre. Ca n’arrivait pas tous les jours et il comptait bien en profiter.

Arrivant à son bureau de fonction il s’aperçut instantanément que la porte avait été ouverte. La poignet était remontée à fond alors qu’il avait pris la désagréable – mais non moins utile - habitude de la laisser légèrement baissée de quelques centimètres. On pouvait bien traiter le pauvre sorcier de paranoïaque mais cette précaution lui avait déjà sauvé la vie une fois lorsqu’il avait treize ans et que sa sœur l’attendait avec un seau rempli de bombabouses, poudre à vomir et autres facéties du même acabit derrière la porte de sa chambre pour se venger d’il ne savait quelle dispute qu’il avait eu avec elle… Et puis dans son ex-métier – et accessoirement de sa nouvelle activité secrète – il valait mieux être prudent. Très prudent.
Il ouvrit consciencieusement la porte afin d’éviter de faire du bruit mais personne ne se trouvait dans la salle. Il vit qu’une pochette avait été déposée sur son bureau. Sûrement une secrétaire. Ses muscles se détendirent et il s’approcha pour ramasser les documents. Il s’arrêta en plein élan en reconnaissant l’écriture en gribouillis de Maugrey.
Il décacheta rapidement l’enveloppe. Un vague malaise l’envahit. En général les nouvelles de l’ex-auror n’étaient jamais bonnes. Il sortit plusieurs feuilles imprimées et les contempla bouche bée pendant un instant. Il s’agissait des fiches d’identité de lui et de ses compagnons : nom, âge, origine, profession, compétence, rapide biographie qui retraçait le cursus scolaire de chaque équipier, photo, etc…
Sawyer Cuthbert, Abel Vadelin, Morgan Duprès, Jean-Osten Delacroix, Samaëlle Keyne, Selim Ihn’Kalhil Alys. Le sorcier nota qu’il manquait toujours Deux. Mort selon toute probabilité mais que Quatre, Morgan Durprès de son petit nom s’était joint à la liste. Une autre page retraçait le rapport détaillé de leur dernière mission et les autres comportaient le nom de plusieurs personnes, allant du sympathisant à la cause jusqu’au potentiel Mangemort infiltré en passant par la liste des personnes portées disparues depuis l’avènement du Seigneur des Ténèbres. Pourquoi Fol Œil avait-il tenu à ce que ces documents lui reviennent en main propre ? Il espéra que le sorcier n’avait pas envoyé une copie de chaque à ses compagnons. Il avait bien précisé qu’il ne voulait pas que l’on connaisse son identité. Il n’avait nullement envie que son nom soit mouillé dans l’affaire désormais célèbre des Vénitiens. Pour cela le mieux était de s’assuré qu’un minimum de personnes devaient être tenues au courant et malgré leur coopération forcée, les cinq autres Vénitiens n’y faisaient pas exception.
Une peur glacée lui noua l’estomac. Palissant, il absorba de la poudre avec le verre d’eau posé sur un coin de son bureau, au seul endroit qui ne débordait pas encore de feuilles et de documents.

Il essaya de se calmer. Non, Maugrey n’avait pas pu envoyer les dossiers à un autre que lui. Le vieil auror ne prendrait pas le risque de multiplier les chances que l’ennemis tombe sur ces précieux dossiers. Etait-il celui en lequel Maugrey avait le plus confiance pour garder les papiers secrets ou cela cachait-il encore autre chose ? Un test ? Non… Ou alors le vieil homme sentait-il que sa vie était menacée ? Peu probable. Il vivait reclus dans sa prison et ne devait en sortir que rarement, le passeur s’occupant de lui emmener ce dont il avait besoin pour vivre.
Quoiqu’il en soit il ne devait surtout pas laisser ces documents traîner ici plus longtemps. Fallait-il qu’il les laisse à Gringotts ou qu’il les garde sur lui ? Dans l’indécision, Jean préféra rentrer chez lui. Il réfléchirait à tout cela plus tard. Il était trop fatigué pour penser à autre chose qu’un bon bain chaud, un lit et une mare de sang.
A cette pensée le jeune homme recracha l’eau qu’il avait dans la bouche et le verre qu’il finissait tomba à terre dans un bruit de cristal qui se brise. Affolé il regarda son profil dans le miroir. Son reflet semblait le dévisager avec un petit air narquois. Il se rapprocha en tremblant et le profil s’approcha lui aussi du miroir, son sourire s’agrandissant à chaque pas.
Jean ferma les yeux et les rouvrit. Dans le miroir il ne vit qu’un être affreusement pâle, les lèvres tordues par un rictus de peur.

***


Sortant du bureau, un attaché case à la main, Jean se fraya un chemin dans la foule de sorciers sortant ou rentrant de leur travail. Le ministère ne dormait jamais et les équipes se relayaient de jour comme de nuit.
Il n’était pas question qu’un espion à la solde du Seigneur noir puisse pénétrer dans l’enceinte du bâtiment. La garde avait donc été durcie et la surveillance redoublée. Ca avait ses avantages mais aussi ses inconvénients. En effet, l’atmosphère était plus électrique et la tension presque palpable.
Malgré tout on finissait par s’y faire et c’est sans trop grommelé que Jean-Osten parvint à s’extirper de la masse pour se diriger vers la sortie par le raccourci que seul un auror – ou ex-auror – pouvait connaître : le couloir de détention.
A l’inverse des autres, celui-ci était pratiquement vide. Presque tous étaient déjà en mission au quatre coins du Royaume-Uni et à part les plus hauts gradés qui s’occupaient des dossiers et de la stratégie, tous les autres patrouillaient au sein même du ministère. On en venait parfois même à manquer d’effectifs pour surveiller les cellules.

Il ne vit que deux personnes. L’une semblait être un auror ou du moins un garde d’après son uniforme. L’autre avec ses mains menottées dans le dos semblait être un prisonnier. Pourtant ce grand dadet blond et à la mine allongée semblait détaché de ce qui se passait autour de lui.
Lorsqu’ils se croisèrent le sorcier eut comme un déclic. L’image du dossier contenant les informations sur numéro 4 dansa devant ses yeux. Duprès Morgan. Mais que diable faisait-il ici ? Il douta un instant du jugement du vieil auror. Plus il restait en contact avec ses équipiers plus il pensait que Alastor les avait sorti d’un asile. D’abord il y avait Un, le clown journaliste. Et maintenant ce type…
Pestant et jurant intérieurement, le sorcier s’arrêta, se composa un sourire courtois sur son visage et se retourna en interpellant le garde.
- Excusez-moi ?
L’auror se retourna surpris. Son prisonnier fit de même et lorgna Jean en affichant toujours une mine distraite.
- Comte ? s’enquit l’interpellé.
- Hum… J’avais un rendez-vous avec ce – (il fit courte pause pour se rappeler le métier de Morgan) - … journaliste. Duprès Morgan du Sorcier Scandaleux, n’est-ce pas ?
Le dénommé Morgan eut soudain l’air légèrement plus intéressé par la situation. Il hocha la tête en signe d’assentiment. Jean laissa tomber son sourire et pris un air un peu plus hautain en dévisageant l’auror.
- Puis-je savoir ce que monsieur Duprès a fait pour se retrouver ainsi menotté ?
- Il… heu… Il avait un comportement suspect, monsieur le comte.
La voix de Jean se fit plus insistante.
- Plait-il ?
- Heu… Et bien j’ai reçu l’ordre de la comtesse Delacroix d’interner cet individu pour refus de coopérer.
- Ah.
Malédiction ! Pourquoi avait-il fallut qu’il tombe sur sa sœur ? Il jeta un coup d’œil à Morgan. Etait-il encore plus bête qu’il semblait l’être ?
- Je vois. Repris Jean. Je vais m’occuper de ça moi-même, en tant que déléguer du Magenmagot bien sûr.
L’auror, confus, ouvrit la bouche comme pour dire quelque chose mais se retint. Jean radoucis son expression et décrispa ses traits. Ce fut d’une voix totalement neutre qu’il déclara :
- Bien. Si vous voulez bien nous excuser à présent.
L’auror libéra le journaliste et Jean lui fit signe de le suivre. Il n’adressa pas la parole à Duprès et gardait désespérément son visage de marbre mais au fond de lui il se sentait en rage. Mais quand donc aurait-il le temps de se reposer ??? Maugrey et ses conneries vraiment…

Ils arrivèrent à son bureau et le représentant du Magenmagot ferma la porte derrière le journaliste. Puis il alla s’installer dans son fauteuil en face de son bureau. Il posa ses coudes sur la table et massa ses yeux du bout des doigts en prenant garde à ne pas faire tomber ses lunettes.
- Monsieur Duprès… Savez-vous que les gens de Venise sont des gens très discrets ? En général on ne les remarque même pas.
Il regarda son interlocuteur droit dans les yeux. C’était un journaliste. Aussi stupide qu’il pouvait être, il comprendrait le message.

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MessageSujet: Re: Sentinelle consciencieuse à l'affût.   Sam 20 Jan - 22:25

Finalement, ce n'était pas aussi divertissant que l'avait espéré Morgan. Certainement parce que le quartier des aurors était déserté par ses bien-aimés défenseurs de la patrie, tous en train de chasser du mage noir. Il attendait donc, patient, qu'on daigne s'occuper de la terrible menace qu'il représentait, avec pour seule compagnie un vulgaire vigile bien trop rustre pour tenir une conversation civilisée et subtile. L'importun avait même insisté - douloureusement d'ailleurs - pour lui passer les bracelets. Sa peau de pêche allait certainement en garder les marques : ces poignets étaient déjà tout endoloris. Encore un détail dont il se devait d’alerter les lecteurs: le ministère n'assurait pas le minimum de confort à ses prisonniers. Mais il n'était pas certain que s'indigner sur ce sujet ne déciderait pas de sa lapidation prochaine. L'opinion publique était tellement changeante...

Avachi - en toute élégance - sur une chaise métallique, l'esprit ailleurs, le jeune journaliste observait les mouches zigzaguer, sans prêter aucune attention à ce qui l'entourait. Après tout, une rangée de bureau de bois - certes recouvert de papiers pseudo-confidentiels - n'avait jamais rien eu de vraiment intéressant. Et Morgan avait déjà compté trois fois les carreaux du plafond. En clair, il se faisait chier.

Bien entendu - Merlin veillait, bénis soit-il - un miracle ne tarda pas à se produire. Un homme ; grand, brun, sérieux et frigide ; traversa le couloir, sans aucune intention de s'y arrêter, de toute évidence. Morgan leva à peine les yeux - ennuyé - et se replongea dans ses pensées sans plus de réaction ; avec cependant la vague impression d'avoir déjà aperçu ce mec qui semblait suffisamment bien habillé pour prétendre appeler le ministre par son petit nom. Cela n'affecta cependant pas son ennui : il était présentement fasciné par une note de papier rose qui voletait dans un coin de la pièce, égarée.

Ce ne fut que lorsque l'inconnu interpella - très poliment - son ami le garde, que Morgan fit mine de s'intéresser à sa présence. Ou du moins leva-t-il un regard distrait. Regard dans lequel s'alluma une lueur furtive quand le vigile – ahuri - appela le monsieur en noir par un titre de noblesse qu'il avait déjà entendu quelques minutes auparavant, et dont il ne gardait pas de très bon souvenirs. Un comte et une comtesse hum ? Le ministère ne savait plus où aller chercher ses employés.

Mais, plus que cette coïncidence - qui n'en était certainement pas une, le visage et le titre de l'inconnu évoquèrent quelque chose dans l'esprit du journaliste, qui se rappela l’avoir vu en photo quelques semaines auparavant, en page 2 du Sorcier Scandaleux. Et, en faisant le lien avec le nom de l'auror qui l'avait envoyé dans ce charmant endroit, il pu sans peine baptiser le politicien qui lui faisait face. Comte Delacroix, nouveau membre du Mangemagot, qui avait certainement décroché sa place à coup de pots-de-vin. Cela ne l'étonna guère : on trouvait de tout dans les couloirs du ministère.

Mais ce qui le désappointa plus furent les paroles dudit comte. Ils avaient rendez-vous ? Ah ? Mais bien entendu. Avec un sourire enchanté - et victorieux - il approuva nonchalamment, laissant le pauvre vigile se débattre avec ces justifications devant un Comte Delacroix, aussi intraitable que la justice. D'ailleurs, Morgan se demanda s'il était marié à l'auror en uniforme. Il n'avait pas aperçu d'anneau au doigt de la dame, et le jeune français - en coureur averti - avait l'oeil à ces choses là.

Mais il n'eut pas vraiment le temps d'approfondir sa réflexion, que déjà le politicien le faisait libérer - sans se départir de son visage impassible. Morgan se demanda vaguement qu'est ce que pouvait bien y gagner l'homme, et ce qu'il lui demanderait en échange - chose qui ne l'avait qu'à peine effleurer précédemment : après tout les voies de Merlin était impénétrables. Il le suivit cependant sans rechigner, le sourire colgate aux lèvres, adressant un tendre signe de main au garde, qui semblait lui ne plus rien suivre du tout.

"A une prochaine fois, Danny."

Il suivit le Comte dans les couloirs du ministère, tout en déplorant l'état de ses poignets, rougis au contact du métal. Delacroix restait silencieux, et Morgan nota - tout distrait qu'il semblait l'être - que l'homme paraissait étrangement agité à ses côtés. Vu les cernes qui lui soulignaient les yeux, il aurait certainement besoin d'une petite cure en maison de repos. Et l'on s'étonnait que le ministère soit aussi inefficace.

Il les fit entrer dans un bureau - le sien - et s'y installa, stressé, agacé, contrarié et crevé. Piètre image de l'autorité. Les paroles qu'il prononça interpellèrent cependant Morgan. Tiens donc. Il aurait du s'en douter. Le hasard n’existait que lorsque le décidait Fol Œil. Le journaliste – qui ne s’étonna même pas que son interlocuteur connaisse son identité - se laissa tomber sur une chaise en face de Delacroix, coude sur les cuisses, esquissant une moue étrange, à peine interrogative.

"On a cependant l'habitude de remarquer les journalistes du Sorcier Scandaleux. Je n'aimerai pas attirer inutilement l'attention sur ma personne en dérogeant à ce principe."


Morgan sourit largement et passa, flegmatique, une main dans ses cheveux.

"Cela ne vous a pas empêcher de poser pour les journaux il y a quelques semaines, Monsieur Jean-Osten Delacroix, n'est ce pas ? Hum..."


Puis, lunatique au possible, Morgan eut l'envie de satisfaire sa curiosité immédiate. La journée était étrange et il avait envie d'en comprendre le plus possible. Et c'était les détails qui - comme à l'habitude - l'intéressaient le plus. Ingénu, il ajouta :

"C'est votre femme, l'auror impitoyable qui m'a fait menotter ?"

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MessageSujet: Re: Sentinelle consciencieuse à l'affût.   Mer 24 Jan - 17:00

Jean plaça un sourire un peu gêné sur son visage. Il regarda le journaliste dans le blanc des yeux se demandant si Maugrey faisait exprès de choisir ses sous-traitants qui lui taperaient sur les nerfs. Ne laissant rien paraître il servit un verre d’eau à son « invité » et s’en servit un ensuite.

- Vous me flattez. Mettre un nom sur mon visage alors que je ne suis arrivé il y a à peine quelques mois…

Jean haussa les épaules.

- Mais c’est votre travail de collecter les informations après tout. Je doute cependant que votre employeur apprécie le fait que vous soyez retenus au cas où il vous ferait appeler. Enfin, si cela est nécessaire à votre travail, je peux toujours vous faire préparer une chambre dans les quartiers de détention.

Le sorcier avait été clair avec Maugrey. Ses missions ne devaient pas interférer avec son nouveau travail. Il ne savait rien de la vie ou de quoique se soit d’autre des protégés d’Alastor Maugrey – il voulait toujours en savoir le moins possible – mais il ne voulait pas non plus que ses actes gênent trop ceux qui combattaient à ses côtés, aussi fous ou stupides qu’ils pouvaient l’être.

La dernière question du journaliste flegmatique du Sorcier Scandaleux avait assez surpris le jeune homme du magenmagot. Il ne s’attendait vraiment pas à cette question et l’espace d’un instant, d’un très court instant, il avait perdu le contrôle de son expression, son sourire se s’était crispé très légèrement et ses yeux s’étaient rétrécis en deux fentes noires. Mais la seconde d’après, en bon politicien, il avait recouvré ses sens et seul un vide dans son estomac persistait. Il n’avait plus parlé à sa sœur depuis un moment maintenant. Ils avaient tacitement décidé de s’éviter tous les deux désormais.

C’est pour cette raison qu’il répondit d’un ton prudent, mais toujours poli à la curiosité de monsieur Duprès en y ajoutant un petit rire de connivence

- Pour ce qui est de « la folle furieuse hystérique et démentielle » qui vous a passé les menottes aux poignets, il ne s’agit pas de ma femme mais de ma sœur jumelle. Elle travaillait avec moi quand j’étais encore auror.

Il pencha légèrement la tête sur le côté et plaqua un sourire compatissant révélant ses dents blanches et parfaitement alignées.

- Vous me décevez monsieur Duprès. Vous connaissez mon nom mais vous oubliez un tel détail… Franchement pour une interview, je trouve que vous êtes fort mal renseigné sur moi.

Jean se resservit un verre d’eau et sourit à nouveau.

- Mais ne vous le reprochez pas trop. Je sais que je suis discret… pour un politicien.

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MessageSujet: Re: Sentinelle consciencieuse à l'affût.   Ven 26 Jan - 21:49

Morgan esquissa l'ombre d'un sourire narquois. Tout sbire de Fol Oeil qu'il était, Delacroix n'en restait pas moins un politicien ordinaire, adepte des manières faussement complaisantes et passablement mielleuses. Le prouvait l'attitude détendue et presque cordiale avec laquelle il lui répondait, avec une modestie affectée et une politesse de rigueur qui devaient certainement être du goût de Scrimegeour. Et pourtant, cela était évident que Delacroix n'appréciait pas sa présence ici et que, comme sa soeur, il ne désirait que de le voir disparaître du ministère. Et la presque condescendance de son ton lorsqu'il lui rappela sa profession, suffit à Morgan pour comprendre qu'il n'approuvait pas non plus son intrusion dans le club fermé des Vénitiens.

Mais la façade irréprochable de sérieux membre du Magemagot vacilla plaisamment lorsque le jeune français mentionna la sorcière - au sens le plus figuré du terme - et sa ludique passion d'emprisonner injustement son prochain. Oh ? On entretenait des rapports difficiles avec sa soeur ? Navré, sincèrement. Est-ce à cause du caractère de la demoiselle ? Probable. De quelque chose qui se serait passé alors qu'ils étaient tout les deux aurors ? Possible. De l'appartenance du frère au groupe de Fol Oeil ? Hypothèse intéressante, donc retenue. Et puis d'ailleurs, pourquoi préciser qu'ils travaillaient ensemble ? A croire que cette époque révolue signifiait que c'était le seul lien qui unissaient les jumeaux. Ah, les histoires de familles, toujours les plus sordides, avaient la préférence du journaliste.

Morgan se pencha lestement en avant, semblant scruter le visage de l'homme en face de lui, comme pour y déceler une ressemblance qui validerait l'aveux de Delacroix. La tête légèrement penché en avant, le jeune sorcier marmonna qu'effectivement, ils avaient le même nez, et certainement un regard semblable, ce qui était invérifiable à cause de la paire de lunette opaque qui trônait sur ledit nez du politicien. Pourquoi des lunettes noires d'ailleurs ?

Mais Morgan s’en désintéressa lorsque Delacroix lui offrit un prétexte doré pour lui tirer les vers du nez. Une interview ? Il avait oublié ce petit détail. Quelle honte effectivement, lui qui avait toujours eu pour seul rêve de s'entretenir avec un membre de la Justice Magique véreux. Le sourire de Morgan, léger et goguenard, s'agrandit légèrement, presque prédateur à présent.

"Certainement, certainement... Mais je vous ai fait attendre en effet, nous allons nous mettre à cette interview. Vous désirez commencer par un sujet particulier ? Non ? Parfait."

Le journaliste, sans cesser de parler, fourragea négligemment dans les poches de son manteau, dont il extirpa une plume enchantée et un parchemin vierge.

"Permettez que je prenne des notes ?"

Morgan lui offrit un dernier sourire, candide et mouilla l'extrémité de sa plume du bout des lèvres. Il l'a posa sur le parchemin et celle-ci, mue par une volonté magique, se tint prête à retranscrire fidèlement les propos qui se tiendraient dans la pièce. Posant un coude sur le bureau du politicien, il débuta sa pseaudo-interview, tout en espérant, pour son bon plaisir, que Delacroix se prêterait gentiment au jeu. Après tout, il n'était peut-être pas aussi frigide qu'il en donnait l'air, et sa ressemblance avec sa soeur s'arrêtait là.

"Vous avez dit que vous faisiez parti des aurors, c'est cet esprit combatif qui vous à pousser à rejoindre Maugrey ?"


Morgan agrémenta sa question passablement glissante d'un sourire de circonstance.

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MessageSujet: Re: Sentinelle consciencieuse à l'affût.   Sam 27 Jan - 21:52

Jean scotcha à son visage un autre sourire entendu au journaliste. Soudain l’envie de sortir sa baguette de sa manche et de lancer un « Oubliettes » à son interlocuteur lui parut des plus tentantes. Après tout il l’avait déjà fait avec succès – du moins il le pensait.
Cependant, l’idée de mentir au journaliste lui parut plus tentante. Même si son nom était mêlé de près ou de loin à l’affaire des Vénitiens, il ne dirait rien à Duprès qui puisse le compromettre et le mettre à pied.
Son statut et le manque de preuve pourraient le protéger de la disgrâce ministérielle.
Non, cependant ce qu’il craignait le plus, c’était les représailles que pourraient lancer contre lui le Seigneur des Ténèbres et ses partisans si jamais Duprès venait à faillir ou à laisser des fuites derrière lui. Il devait simplement lui faire croire qu’il était au courant de certaines chose à propos d’Alastor et qu’il l’approuvait de la tête mais qu’il n’était en aucun cas dans le coup.
Il posa son verre et ouvrit les bras en inspirant fortement comme s’il se préparait à dire quelque chose qui lui tenait à cœur.

- Et bien, pour tout vous dire, monsieur Duprès, bien avant mon entrée à Serpentard puis au bureau des aurors j’ai toujours eut envie de protéger la justice. Une grande partie de ma famille a été massacré par un – ou des – meurtrier qui n’a jamais été identifié. Très jeune ma mère nous a inculqué, à ma sœur et à moi, le sens du mot justice, famille et patrie. J’attache donc beaucoup d’importance à ces notions car j’ai grandi avec. C’est pour ça qu’à ma sortie de Poudlard j’ai passé les concours qui me permettraient de réaliser mes rêves et devenir auror.

Jean fit une pause et regarda distraitement la plume qui bougeait toute seule comme si elle était animée de vie. Il donnait l’air de chercher ses mots mais en réalité il cherchait comment arranger le tissu de mensonge qu’il allait débiter pour qu’il tienne à peu près la route.
Mentir était une de ses spécialités. Les journalistes gobaient tout ce qui était mélodramatique. Ce petit pararazzis de bas niveau ne devait pas y faire exception. Mieux il arrangerait tout ça lui-même avec d'autres fioritures pour que son histoire ait l’air encore plus vraie.

- Malheureusement, lorsque je suis rentré en service il y a une dizaine d’année maintenant, j’ai eu du mal à me faire à l’autorité de mon supérieur. Alastor Maugrey. Scrimegeour qui était encore à la tête des aurors me proposa plusieurs fois d’entrée dans la politique. Selon lui j’avais toutes les qualifications pour faire une brillante carrière. Les tensions que j’ai eut avec Maugrey m’ont poussé à quitter ce domaine de la justice et je suis parti pour… hum… réfléchir. Avec le recul je pris conscience que la voie des aurors n’était vraiment pas faite pour moi. Je ne suis pas comme ma sœur. Moi je préfère rester assis dans mon fauteuil à juger les crimes. Le feu de l’action, le danger... tout ça, je préfère m’en passer.
La vérité c’est que je préfère rester en arrière. J’appréciais les efforts que faisaient Maugery. Vraiment beaucoup. Mais même si j’approuve ce qu’il a pu faire pour la nation, certaines de ses techniques d’approches ne me plaisaient pas beaucoup. Alors quand je suis revenu, j’ai décidé de suivre les conseils de Scrimegeour qui était devenu ministre entre temps et de débuter ma carrière au sein du Magenmagot.

Le sorcier sourit à son invité. La plume écrivait toujours, griffonnant des mots sur le parchemin qui se remplissait à vue d’œil.
- Une autre question ?

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MessageSujet: Re: Sentinelle consciencieuse à l'affût.   Dim 4 Fév - 18:22

Impassible sur sa chaise, un air d'intérêt poli accroché au visage, Morgan ne put cependant empêcher un sourire goguenard de jouer un instant sur ses lèvres. Quelle histoire émouvante et tragique. Et tellement patriote. Le journaliste en aurait presque essuyé une petite larme, si le jeu d'acteur du politicien n'avait pas été aussi désolant. Certes, rien ou presque dans son attitude n'aurait pu révéler que le discours proféré par Delacroix n'était qu'un tissus d'inventions. Mais si Morgan était persuadé du contraire, c'était autant à cause des différentes failles que présentait le récit que d'un sentiment d'assurance personnelle. Cet homme si sérieux et austère au premier abord, se laissait aller ainsi à déballer le drame de sa vie au premier journaliste venu ? Bien peu crédible.

"Je vous trouves bien bavard pour un politicien aussi discret..." susurra-t-il avec un gentil sourire. "Et bien courageux d'avouer ainsi votre lâcheté et votre envie de rester en arrière."

En effet, bien peu d'homme du ministère de la Magie n'aurait laisser échapper volontairement de telles informations qui leur auraient invariablement attiré le blâme de toutes la populations sorcières - qui ne rêvait que de dirigeants chevaleresques et capables de s'opposer au Lord Noir - et qui aurait sali de façon bien déplaisante leur image de marque. Aussi, cela ne pouvait être que le fruit d'une effarante maladresse, ou une pierre de plus à la vraisemblance d'une histoire bien lacunaire. Et Morgan se trouvait bien plus de goût pour la seconde hypothèse.

Certainement parce que, pour avoir discuté avec Fol Oeil bien plus qu'il ne l'aurait souhaité, il doutait que ce dernier révèle autant de détails à un de ces anciens subordonnés, qui avait par ailleurs refusé de le rejoindre dans son entreprise et qui n'avait donc plus aucune raison d'être en contact avec lui. Il lui paraissait bien peu probable que dans une telle situation, Delacroix soit au courant de son identité, lui qui n'avait rejoins les vénitiens que quelques semaines auparavant, et qui n'avait même pas encore eu l'occasion de les rencontrer. Et puis, il y avait quelque chose dans la façade à l'apparence si lisse et si parfaite de l'ancien auror qui ennuyait Morgan. Bien trop irréprochable pour être honnête. Sans compter ce malaise diffus qui semblait accompagner l'homme en noir partout où il allait.

"Vous n'avez pas vraiment répondu à ma question Mr Delacroix. Si vous avez refusé toute alliance avec Alastor Maugrey et que vous condamnez ces procédés, comment pouvez-vous connaître mon nom ?"


La voix doucereuse et le regard aussi curieux que scrutateur, Morgan jugea que la conversation devenait, enfin, relativement distrayante. Il avait décidé de jouer le jeux, un temps du moins, et de ne pas mettre en pièce l'histoire du politicien, tant que celui-ci ne se déroberait pas à ses questions indiscrètes. Et puis, plus le journaliste observait Delacroix, apparemment nerveux sous son aspect si sympathique, plus il se sentait l'envie de découvrir ce que le sorcier s'entêtait à dissimuler. Et, bien que cela paraisse peu reluisant et prenne même des allures inquiétantes dans la vive imagination du jeune homme, il s'y obstinait, comme un papillon à la lumière, sans pouvoir penser un instant qu'il risquait de s'y brûler les ailes.

Après tout, que pouvait bien receler le passé de cet homme, banal politicien, qui puisse se révéler alarmant ?

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