L’état de Joanne empirait, il fallait qu’il agisse et vite. Il pensait cependant qu’elle tiendrait jusqu’au départ du Vénitien, à qui il avait tant de questions à poser. Il l’avait reconnu au premier coup d’œil, il fallait avouer que le masque ne cachait pas vraiment l’identité du sorcier pour qui l’avait déjà vu. Il était plus grand que lui, d’une dizaine de centimètres, et lorsqu’il s’avança le pas léger, il put sentir que l’autre ne le tenait pas dans son cœur.
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Vous pourriez enlever ce masque monsieur Sawyer, cela nous éviterait le ridicule, dit-il en souriant au journaliste.
Le sorcier le dévisagea quelques instants de ses deux yeux noirs et perçants, puis ricana gaiement. Il porta sa main gantée de cuir sur son second visage, et l’arracha dans un doux bruit, pour mettre à jour le joyeux et coloré faciès de Cuthbert Sawyer. Ce dernier le regardait avec amusement.
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Me voilà bien, ze-ha-ha ! Je lui avais que ce masque était inutile, mais il a tellement insisté que j’ai fini par céder, expliqua-t-il en faisant disparaître la pièce de plâtre d’un geste circulaire de sa baguette.
Seth le regardait faire en souriant, de ce même sourire qui couvrait ses lèvres depuis tant d’années. Il tenta de diriger son esprit vers son vis-à-vis, mais sans succès.
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Vous êtes plein de qualité monsieur Sawyer, doué au combat, occlument… je suppose que vous ne me direz pas qui est ce « il » qui tyrannise ainsi votre apparence ? -
Vous supposez bien monsieur le Directeur. Seth resta là, à contempler cette homme qu’il considérait comme une énigme. Il avait fait faire des recherches sur lui, et y avait trouvé tellement de pistes différentes, une telles ramifications de mystères, qu’il avait acquis la certitude que cet homme n’était pas n’importe qui, malgré son apparence burlesque.
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Qui êtes vous vraiment, Vénitiens ? Quel vous plus particulièrement, quel est votre rôle là dedans ? Oui, s’il y avait une question à poser, c’était bien celle là. Celle que tout Londres se posait depuis six mois, celle dont personne n’avait la réponse. Quelle était la nature et les ambitions de ces hommes que l’opinion public surnommait « Vénitiens ».
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Qui nous sommes ? interrogea-il en guise d’introduction, la mine enjouée.
Nous sommes le substitut essentiel du Ministère. Nous sommes la troisième force qui fait ce que devrait faire le gouvernement. Quant à moi, je suis vous, mais en mieux, tout simplement. Seth eut une mimique amusé.
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Je pourrais vous arrêter, et vous forcer à parler à l’aide du véritaserum, dit Seth le ton dépourvu de menaces.
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Vous avez mieux à faire, lui répondit le journaliste en désignant Joanne.
N’importe quel transport magique pourrait lui être fatal, je ne comprends pas que vous ne l’ayez pas encore amené en voiture jusqu’à Ste-Mangouste. -
Je vais le faire de ce pas, nous n’avons plus rien à faire ici. Avez-vous vu Flint Dread, le jeune Auror qui nous accompagnait ? -
Comme il s’était fait briser les deux poignets, je lui ai donné sa baguette et il est sûrement parti à Ste-Mangouste. Je vais aussi vous quitter, j’ai deux équipières à récupérer et un rapport à lui faire. Occupez vous de la Comtesse pour moi. Seth acquiesça doucement, et Sawyer tourna sur lui-même et disparut dans un bruit sonore.
Seth se tourna vers Joanne, qui gémissait langoureusement. Il écarta les mèches de cheveux qui recouvrait son front humide, et lui sourit avec douceur.
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Tout ira bien, expliqua-t-il.
Il ouvrit sa tunique d’Auror et releva sa chemise, pour laisser apparaître la plaie béante. Il posa le bout de sa baguette sur son abdomen, et longea la profonde blessure tout en chantonnant une longue formule. Au fur et à mesure que la baguette suivait le sanglant chemin que formait l’entaille, elle laissait derrière elle une nouvelle peau blanche en guise de cicatrice. Lorsque toute la coupure fut soignée, il nettoya le sang séché d’un nouveau coup de baguette, pour ne laisser sur son ventre qu’une fine traînée blanchâtre là où auparavant se trouvait une blessure quasi mortelle. Seth sourit de la même façon qu’il l’avait fait lorsque Cuthbert Sawyer lui avait dit que ce sort était hors de sa portée. Peu de choses l’étaient en réalité.
Joanne battit plusieurs fois des paupières, réalisant lentement ce qui venait de se passer. Elle se releva et regarda avec attention la plaie guérie, le souffle encore court, héberlué. Seth eut pour elle un sourire compatissant et rempli d’humilité, comme si le miracle, digne du plus grand des médicomages, qu’il venait d’accomplir n’avait rien d’exceptionnel.
Il passa une mèche de ses longs cheveux d’ébènes derrière son oreilles et pivota sur lui-même.
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Joanne… murmura-t-il.
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Oui ?-
Tu m’aimes ? lui demanda Seth alors qu’il lui tournait le dos et qu’il remontait sa manche.
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Je... Heu... Oui, bien sûr ! s’exclama-t-elle, encore éberluée par sa guérison mirculeuse.
Il se tourna vers elle, et lui tendis sa main gauche. Sur son bras se reflétait la marque des Ténèbres.
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Alors vient avec moi.Son regard était dur et sombre, comme si l'éternel voile de bienveillance qui le recouvrait avait fini par s’envoler.
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Et la pluie tomba sur les visages, les purgeant de leurs masques d'argile.