Renouveau

Le temps n'est plus aux larmes [L'histoire se déroule en Janvier 2000]
 
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 Famille [3]

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Jean Delacroix
Cramé


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MessageSujet: Famille [3]   Mer 6 Déc - 15:07

13 Octobre 1998


Phalange I : Ascendance maternelle


Citation:
...et c'est ainsi que le jeune comte Delacroix, héritier de la famille qui porte le nom a été hier élu à la majorité à la cours de justice du Magenmagot. Du sang frais nous fera le plus grand bien assure le ministre Scriemrgeour qui a soutenu le comte récemment de retour en Angleterre après son voyage en Allemagne.
Il est à noter que le Magenmagot détient les...


Jean jeta la Gazette du Sorcier sur la table basse devant lui en soupirant. Il se massa ensuite le bas de sa mâchoire douloureuse et lança un coup d’œil à la jeune femme assise non loin de lui.
- Je suppose que c’est trop tard pour m’excuser.
Elle avait les lèvres pincées et ne prit même pas la peine de répondre. Elle se resservit un peu de thé et le but à petite gorgée.
Jean l’observa mal à l’aise. Il s’était attendu à un accueil plutôt froid mais pas au mutisme persistant de sa jumelle. Exaspéré il leva les yeux au ciel et se retourna légèrement pour lui montrer son dos.
Hiémain, l’elfe de maison, entra dans le petit salon et sans un mot débarrassa les couverts toujours les yeux baissés pour ne pas regarder en face ses maîtres. Hiémain était vieux, muet et affreusement défiguré. Ils l’avaient « hérité » de leur famille détruite, l’un des derniers vestiges de leur prestige passé. Jean ne l’aimait pas beaucoup. Il puait et sa présence ne le rassurait pas. Pourtant sa sœur avait pris un peu d’affection pour lui et l’avait emmené chez elle comme domestique.
Hiémain se retira aussi prestement qu’il était entré en refermant silencieusement la porte derrière lui.
Le jeune sorcier chassa la créature de son esprit et regarda fixement ses mains crispées sur ses genoux. « Tu sais je… » Il ne pouvait pas reculer. S’il voulait bouché le gouffre qui les séparait lui et sa sœur l’un de l’autre, il devait lui dire la vérité. Du moins en partie.
- Je regrette parfois. Là-bas j’ai fais des choses… Des choses nécessaires pour conserver ma couverture. Il respira profondément en essayant d’oublier le nœud de son estomac. Ma mission consistait simplement à les surveiller, à voir s’ils pouvaient devenir trop dangereux avant que l’on puisse les arrêter.
Il ne regarda pas sa sœur car il tentait d’empêcher ses larmes de couler de ses iris rouge. Il avait besoin de se confier mais il souffrait de ne pas pouvoir totalement lui dire la vérité. Et elle aussi le savait pertinemment. Alors elle se taisait et ils gardaient alors leur douleur commune au fond de leur cœur ce qui les déchirait et les réunissait à la fois.
- Vaan avait raison depuis le début. Toi et moi ne leur devons rien et ce n’était que bêtise de foncer tête baisser à leur rencontre. Je crois que j’en garderais des stigmates toute ma vie…
Il releva son visage ravagé par la peur et regarda sa sœur dans les yeux, horrifié par sa propre terreur.
- Je crois que je ne pourrais plus jamais me libérer de leur influence sur moi.
Jean eut un haut les corps à cette évocation. Sa sœur se leva plus pâle encore que tout à l’heure mais il lui fit un signe de la main l’intiment à rester là où elle était. Le silence retomba, glaçant.

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Joanne Street
Ex Auror


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MessageSujet: Re: Famille [3]   Mar 12 Déc - 16:34

Mon frère, Jean-Osten s’apitoyait rarement devant moi. Certes, je comprenais que certains paramètres de sa disparition ne m’apparaissaient pas encore clairement mais mon sang se glaça lorsqu’il me révéla à demi mots en quoi consistait sa soi disante mission qui l’avait tenu éloigné loin de moi et de tout pendant près de cinq années.
Pourtant une pointe de fierté encore cachée au fond de moi m’empêchait de l’enserrer dans mes bras pour le rassurer. Pour lui dire qu’il n’était désormais plus seul et que je le défendrais contre les démons qui hantaient ses nuits. N’était-ce pas là l’utilité d’une sœur ?
Et pourtant non, je me contentais simplement de le regarder. Cet homme qui se trouvait être mon frère est désormais comme un pauvre enfant cherchant à retrouver ses repères après un long, très long cauchemar. Ce n’est pas sa faute. Je le sais pertinemment. Le bureau des Aurors a des ordres et ses employés doivent les accomplir sans trop poser de questions.
Mais il y avait toujours cette boule au fond de mon ventre et qui essayait de remonter jusque dans ma gorge. Comment malgré tout a-t-il pu m’abandonner du jour au lendemain sans un mot, sans un adieu, sans rien ? Cette douleur ne cesse de grandir en moi. Savoir que Jean avait fait passé son travail avant sa famille, avant moi était une dure révélation pour une femme qui n’a que son frère pour toute famille depuis l’âge de dix ans.
Mère étant restée en Allemagne et père toujours aussi peu présent à la maison, lorsque nous nous étions retrouvé à l’école, les liens que nous avions déjà en tant que frère et sœur s’était renforcés à tel point que parfois cela me donnait parfois des vertiges. J’ai peur à l’avouer mais je considérais mon frère comme partie intégrante de moi-même, comme s’il était une moitié de moi qui se mouvait, pensait et m’aimait autant que moi-même je le lui rendais.
Comment expliquer autrement le vide qui m’avait pris lorsqu’il avait disparu ? Je me sentais trahie par lui car je pensais qu’il ne pouvait rien me cacher et par moi car au fond je savais que moi aussi j’en étais capable. Nous nous ressemblions trop et j’avais peur de ce qui pouvait lui arriver. Il penserait d’abord à son boulot et puis après et seulement après à lui. Pourtant un vague soulagement m’avait pris lorsque je le détaillais et l’examinais pendant qu’il me déballait le peu d’informations qu’il pouvait – ou voulait – me révéler.
Cette conclusion m’avait remplie de joie et d’horreur : il avait changé, j’avais changé, et nous ne serions plus jamais aussi proche que dans notre prime jeunesse. Ces années passées loin de l’autre nous avaient forgé un nouveau caractère, de nouvelles défenses et de nouvelles peurs.
Je voyais désormais en lui un autre homme qui malgré son masque de calme et son sourire affable n’était plus du tout sur de rien. Toujours sur ses gardes il usait de ses expressions de gaieté comme des murailles pour cacher ses faiblesses. Il avait peur. Constamment peur. Pourquoi ? Je ne le savais point encore mais en mon for intérieur je me promis de trouver.
Cela ne serait ni facile ni plaisant. Fricoter avec la racaille qu’il avait dû supporter pendant cinq ans ne me plaisait en rien. Mais peut-être devrais-je en passer par là si jamais je n’avais pas le choix pour découvrir ce qu’ils lui avaient fait. Et peut-être un jour, nos cœurs se remettraient à battre à l’unisson.
Faible espoir d’une sœur brisée… Plus jamais nos cœurs ne devraient battre à nouveau ensemble.

Quand enfin il se décida à se retourner enfin vers moi, son faciès était parfaitement maîtrisé et n’exprimais plus rien de naturel. Je soupirais. Non, rien ne serait plus jamais pareil…
Je souris timidement. Il fallait dès maintenant rafistoler les pots cassés pour sauver ce qui pouvait l’être encore. Si jamais il y avait encore quelque chose à sauver…
- Veux-tu encore un peu de thé, grand frère ?
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Jean Delacroix
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MessageSujet: Re: Famille [3]   Sam 30 Déc - 22:53

- Oui, s’il te plait, lui répondit Jean.
Sa sœur se leva et versa dans la tasse le liquide chaud que l’elfe de maison avait apporté un peu plus tôt. Il regrettait d’être venu. S’il ne devait pas devenir si connu au sein du ministère, jamais il ne se serait présenté face à elle. Il en souffrait de devoir l’admettre mais il en était ainsi. La honte et le regret suivraient ses pas et lui colleraient à la peau jusqu’à l’étouffer.
Il porta la tasse à ses lèvres et but à petites gorgées. Il n’avait plus rien à faire ici. Vraiment rien. Il allait jusqu’à se demander s’il n’aurait pas été préférable de l’éviter encore pendant un moment. Il savait désormais que lui et sa sœur ne pourraient plus se comprendre, il avait trop de secrets qui ne devraient jamais lui être révélés. Le dernier d’entre eux était cette mascarade à laquelle il allait participer avec ce fou de Maugrey, son ex-supérieur.
Il ne voulait pas l’inquiéter pour ça. Encore une fois il préférait se fermer plutôt que de partager sa joie et sa douleur.

Il soupira. La vie était ainsi, le vent souffle et emporte les feuilles, les séparant de l’arbre d’où elle était rattachée. Il resta un moment à réfléchir les yeux fixés sur Joanne. Le silence était retombé entre eux comme un épais rideau les séparant.
- Je devrais partir. Je ne voulais pas te déranger. Je suis désolé, je sais que tu as beaucoup de travail.
Le sorcier se leva et esquissa trois pas vers la porte.
- Arrête !
La femme se jeta hors de son fauteuil et se précipita pour lui enserrer le corps de sa peau douce. Un instant Jean-Osten entrevit l’ombre de son passé, lui et sa sœur courant en se tenant par la main puis l’image s’estompa. Disparue, envolée comme tout le passé qui s’y rattachait.
- S’il te plait, lâche moi.
- Je t’en prie ne pars pas… Ne me laisse pas encore. Nous pouvons encore tout reprendre à zéro.
Jean baissa la tête. Il sentait sa tête appuyée contre son dos et ses épaules s’agiter de soubresauts dans un silencieux sanglot. Il sentit ses yeux le piquer.
Il défit lentement l’éteinte de sa sœur et se tourna vers elle. Du bout des doigts il lui effleura le menton pour qu’elle lève les yeux vers lui. Il affichait un sourire enjôleur mais la petite lueur dans ses iris rouge le trahissait.
- Ne marche plus dans mon ombre et suis ton propre chemin. La voie dans laquelle je me suis lancé, tu ne peux t’y engager.
- S’il te plait… S’il te plait… Tu n’es plus qu’un point dans l’horizon pour moi. Attends-moi. Laisse moi te rejoindre. S’il te plait…
- Je suis… désolé.
Elle tomba à genoux en sanglotant. « Il n’est pas trop tard. » Jean se détourna d’elle pour la seconde fois.
- Ca l’est maintenant.
Et tel un verre qui se brise en percutant le sol, le dernier lien qui unissait le frère et la sœur se rompit.

Jean passa dans le corridor. Hiémain, l’elfe de maison l’attendait avec son manteau dans les mains. Jean le lui prit et ouvrit la porte. « Prends soin de ma petite sœur. » Sans regarder l’elfe qui s’inclina gravement, la mine sombre, l’ancien auror, frère de Joanne-Alucard Delacroix prit la fuite dans la nuit.
Il marcha à pas rapides sans s’arrêter. S’il s’arrêtait son corps serait pris de tremblements. Il ne devait pas. C’était « ça » la vie. Il s’était promis de venger sa famille et pour ce faire il devait se détourner de celle-ci.
- Pathétique. Pathétique.
Il s’arrêta devant la vitre d’un magasin. Son reflet semblait le narguer.
- Qu’est ce que tu as toi ?
- J’ai faim.

Phalange I : La marque du père - Prélude

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Dernière édition par le Dim 31 Déc - 12:43, édité 1 fois
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Jean Delacroix
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MessageSujet: Re: Famille [3]   Dim 31 Déc - 12:41

Phalange I : La marque du père - Prélude


Le phénomène se produisait de plus en plus souvent et à chaque fois le jeune sorcier devait augmenter la dose pour retrouver son état plus ou moins normal. Heureusement le produit faisait rapidement cesser les effets que son état de transe lui infligeait : tremblements, nausées, douleurs musculaires et d’autres…
On lui avait aussi souvent répété que ces "petits" désagréments passeraient avec le temps. Malheureusement, au fil des jours ils n’avaient fait qu’empirer. Récemment les chocs psychiques qu’il subissait le déstabilisait au point qu’il avait l’étrange et horrible impression que son reflet se moquait de lui et le narguait dès l’apparition des premiers symptômes.
Le phénomène était déjà en outre, fort inquiétant pour sa santé mentale mais si cela devait encore s’aggraver, il n’avait nullement l’envie de passer un séjour dans une pièce sans fenêtre avec les murs recouverts de matelas et un camisole de force sur le dos. Il fallait attendre que ça passe. C’était ce qu’on lui avait dit… Il ne pouvait donc pas faire autrement, c’était guérir ou devenir fou.

Il avala donc la poudre – ce n’était guère conseillé mais il n’avait pas d’eau sous la main - et ses maux de tête cessèrent progressivement ne laissant qu’une sensation de vide dans sa poitrine. Cette sensation n’était peut-être pas seulement du à la décoction qu’il était forcé de prendre mais également au fait qu’il venait de définitivement couper les ponts avec sa sœur.
Il se rendit compte qu’il lui avait aussi caché les malaises qui le rongeaient et cela anéantit les derniers espoirs de réconciliation qu’il pouvait encore entretenir tout au fond de lui. Cette prise de conscience encore plus flagrante que la dernière lui permit d’ôter un grand poids sur ses épaules : il n’y aurait jamais d’après.
Quoiqu’il fasse désormais, cela ne concernerait plus jamais sa sœur et il ne pourrait plus jamais lui faire du mal. Il l’avait libéré de lui-même et maintenant il se sentait libéré d’elle.
Il laissa ses larmes tracées de profonds sillons sur ses joues et il se sentait plus léger à mesure que les petites gouttes s’écrasaient à même le sol.

1 Novembre 1998


Le vieux Maugrey ne tarderait plus à les convoquer, il le sentait déjà venir. Le calme plat concernant les nouvelles sur les Mangemorts ne faisaient qu’annoncer le pire. En réalité c’était plutôt le calme avant la tempête.
Mais aujourd’hui il était mis en congé maladie. Il rentrait donc de chez le médecin local – il n’avait aucune envie d’aller à Saint Mangouste après ce qu’il s’était passé. Ses migraines avaient empiré – surtout depuis qu’il s’était battu contre les mangemorts lors de la première mission - de façon à le laisser presque paralyser dans son lit le matin et il en avait assez. Le guérisseur sorcier n’avait rien trouvé d’anormal d’après le diagnostic sommaire qu’il avait pu dressé de son patient.
Il lui avait donc donné rendez-vous plus tard en fin d’après midi pour un diagnostic plus approfondi. Cette consultation lui avait coûté 17 gallions. Mais il n’allait pas y prendre part. Il était hors de question que les médecins examinent son métabolisme et son sang d’un peu trop près.
Les cachets que lui avait donné le médecin ne l’aidaient pas plus à apaiser ses migraines qu’à résoudre son problème et il avait fini par se retrouver à son point de départ, devant la maison de jumelle.
Bien sûr après le coup qu’il lui avait fait, jamais il ne trouverait le courage de se présenter à sa porte. D’ailleurs elle ne devait sûrement pas être là, à l’heure qu’il était, Joanne devait déjà se trouver à son bureau entrain d’éplucher les récentes affaires qui se produisaient un peu partout dans le Royaume-Uni.

Il restait donc là, les bras ballants, les quelques passants accélérant le pas à la vue de cet homme appuyé contre un réverbère, les yeux dans le vague.
- Kkkk… Pathétique. Pathétique.
C’était sa manière d’engager la conversation pour signifier à Jean qu’elle était là.
- Tais-toi. Tu n’existes même pas.
- Cesse tes jacasseries et nourris-moi. J’ai faim.
- J’ai déjà pris une double dose se matin. Il faudra que j’aille en reprendre sur l’allée des embrumes demain.
- Non, non, je ne parle pas de cette substance méphitique que tu me donnes, niño. Ce substitut ne fait qu’agrandir la faim en moi et tu te consumeras comme un glaçon au soleil.
Jean ne répondit pas. Il n’avait pas envie de discuter avec une ombre. D’ailleurs il n’avait envie de parler à personne. La migraine revenait à grand pas et il sentait déjà ses jambes trembloter sous son poids.
- Je sais à quoi tu penses. Il n’y a qu’un moyen de faire cesser cela. Donne-moi correctement à manger. Ainsi tes problèmes et « moi » disparaîtrons. Enfin je ne me manifesterait plus je veux dire. Il émit son ricanement caractéristique. La seule façon de me faire vraiment disparaître, se serait que tu disparaisses aussi et nous savons l’un comme l’autre que nous ne souhaitons nullement arriver à ce cas extrême.
La voix se tut un moment, laissant Jean prendre conscience qu’il ne pourrait jamais se débarrasser de ses nausées et de cette… chose s’il ne l’écoutait pas.
- Père… pourquoi m’infliger cette épreuve ?
- Kkkkkk… Pathétique. Pathétique. Il veut savoir si tu es digne de vivre. Moi je sais que tu y parviendras. Ta soif de vivre et plus forte que ta volonté. Tu plieras même si pour cela je devrais te briser. Kkkkkk… Nourris-moi maintenant.
La voix s’éteignit lentement jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’un murmure dans les oreilles du sorcier. Il lui fallait une dose… Une grosse dose. Et vite.

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