Phalange I : La marque du père - Prélude
Le phénomène se produisait de plus en plus souvent et à chaque fois le jeune sorcier devait augmenter la dose pour retrouver son état plus ou moins normal. Heureusement le produit faisait rapidement cesser les effets que son état de transe lui infligeait : tremblements, nausées, douleurs musculaires et d’autres…
On lui avait aussi souvent répété que ces "petits" désagréments passeraient avec le temps. Malheureusement, au fil des jours ils n’avaient fait qu’empirer. Récemment les chocs psychiques qu’il subissait le déstabilisait au point qu’il avait l’étrange et horrible impression que son reflet se moquait de lui et le narguait dès l’apparition des premiers symptômes.
Le phénomène était déjà en outre, fort inquiétant pour sa santé mentale mais si cela devait encore s’aggraver, il n’avait nullement l’envie de passer un séjour dans une pièce sans fenêtre avec les murs recouverts de matelas et un camisole de force sur le dos. Il fallait attendre que ça passe. C’était ce qu’on lui avait dit… Il ne pouvait donc pas faire autrement, c’était guérir ou devenir fou.
Il avala donc la poudre – ce n’était guère conseillé mais il n’avait pas d’eau sous la main - et ses maux de tête cessèrent progressivement ne laissant qu’une sensation de vide dans sa poitrine. Cette sensation n’était peut-être pas seulement du à la décoction qu’il était forcé de prendre mais également au fait qu’il venait de définitivement couper les ponts avec sa sœur.
Il se rendit compte qu’il lui avait aussi caché les malaises qui le rongeaient et cela anéantit les derniers espoirs de réconciliation qu’il pouvait encore entretenir tout au fond de lui. Cette prise de conscience encore plus flagrante que la dernière lui permit d’ôter un grand poids sur ses épaules : il n’y aurait jamais d’après.
Quoiqu’il fasse désormais, cela ne concernerait plus jamais sa sœur et il ne pourrait plus jamais lui faire du mal. Il l’avait libéré de lui-même et maintenant il se sentait libéré d’elle.
Il laissa ses larmes tracées de profonds sillons sur ses joues et il se sentait plus léger à mesure que les petites gouttes s’écrasaient à même le sol.
1 Novembre 1998
Le vieux Maugrey ne tarderait plus à les convoquer, il le sentait déjà venir. Le calme plat concernant les nouvelles sur les Mangemorts ne faisaient qu’annoncer le pire. En réalité c’était plutôt le calme avant la tempête.
Mais aujourd’hui il était mis en congé maladie. Il rentrait donc de chez le médecin local – il n’avait aucune envie d’aller à Saint Mangouste après ce qu’il s’était passé. Ses migraines avaient empiré – surtout depuis qu’il s’était battu contre les mangemorts lors de la première mission - de façon à le laisser presque paralyser dans son lit le matin et il en avait assez. Le guérisseur sorcier n’avait rien trouvé d’anormal d’après le diagnostic sommaire qu’il avait pu dressé de son patient.
Il lui avait donc donné rendez-vous plus tard en fin d’après midi pour un diagnostic plus approfondi. Cette consultation lui avait coûté 17 gallions. Mais il n’allait pas y prendre part. Il était hors de question que les médecins examinent son métabolisme et son sang d’un peu trop près.
Les cachets que lui avait donné le médecin ne l’aidaient pas plus à apaiser ses migraines qu’à résoudre son problème et il avait fini par se retrouver à son point de départ, devant la maison de jumelle.
Bien sûr après le coup qu’il lui avait fait, jamais il ne trouverait le courage de se présenter à sa porte. D’ailleurs elle ne devait sûrement pas être là, à l’heure qu’il était, Joanne devait déjà se trouver à son bureau entrain d’éplucher les récentes affaires qui se produisaient un peu partout dans le Royaume-Uni.
Il restait donc là, les bras ballants, les quelques passants accélérant le pas à la vue de cet homme appuyé contre un réverbère, les yeux dans le vague.
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Kkkk… Pathétique. Pathétique.C’était sa manière d’engager la conversation pour signifier à Jean qu’elle était là.
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Tais-toi. Tu n’existes même pas.-
Cesse tes jacasseries et nourris-moi. J’ai faim.-
J’ai déjà pris une double dose se matin. Il faudra que j’aille en reprendre sur l’allée des embrumes demain.-
Non, non, je ne parle pas de cette substance méphitique que tu me donnes, niño. Ce substitut ne fait qu’agrandir la faim en moi et tu te consumeras comme un glaçon au soleil. Jean ne répondit pas. Il n’avait pas envie de discuter avec une ombre. D’ailleurs il n’avait envie de parler à personne. La migraine revenait à grand pas et il sentait déjà ses jambes trembloter sous son poids.
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Je sais à quoi tu penses. Il n’y a qu’un moyen de faire cesser cela. Donne-moi correctement à manger. Ainsi tes problèmes et « moi » disparaîtrons. Enfin je ne me manifesterait plus je veux dire. Il émit son ricanement caractéristique.
La seule façon de me faire vraiment disparaître, se serait que tu disparaisses aussi et nous savons l’un comme l’autre que nous ne souhaitons nullement arriver à ce cas extrême.La voix se tut un moment, laissant Jean prendre conscience qu’il ne pourrait jamais se débarrasser de ses nausées et de cette… chose s’il ne l’écoutait pas.
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Père… pourquoi m’infliger cette épreuve ?-
Kkkkkk… Pathétique. Pathétique. Il veut savoir si tu es digne de vivre. Moi je sais que tu y parviendras. Ta soif de vivre et plus forte que ta volonté. Tu plieras même si pour cela je devrais te briser. Kkkkkk… Nourris-moi maintenant.La voix s’éteignit lentement jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’un murmure dans les oreilles du sorcier. Il lui fallait une dose… Une grosse dose. Et vite.