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Joanne Street Ex Auror

Nombre de messages: 104 Age: 33 Localisation: Dans le noir. Date d'inscription: 12/12/2006
 | Sujet: Plafond Inconnu [7] Sam 24 Mar - 18:52 | |
| Phalange II : Celle que je ne serais pas... 19/01/1999 Le plafond. Sujet aussi intéressant qu’une revue de presse people mais qu’on aime tellement lire. C’est exactement ce qu’il se passait en ce moment même. J’étais totalement absorbée par ce majestueux plafond blanc au-dessus de moi. Quelle joie de pouvoir s’y perdre aussi profondément rien qu’en le contemplant, allongée dans mon lit, nue comme un ver entre les draps froissés. Je n’avais plus besoin de penser, plus besoin d’être. Ma seule préoccupation était le plafond immaculé de ma chambre. Lui et lui seul. Cet état de béatitude et de tranquillité parfaite depuis combien de temps ne l’avais-je pas ressentie ? Dix ans ? Quinze ? Non plus. Je ne me rappelais plus très bien. C’était en cinquième année… Ce jour où ma vie n’avait plus jamais été la même. Mai 1981- Tu es certain que le professeur Slughorn t’a donné la permission pour faire ça, Jean ? demanda Joanne en lui lançant un œil critique. Son frère se contenta d’hausser les épaules ce qui signifiait que quoiqu’elle dise il ne l’écouterait pas. Il avait ses manches retroussés et sa cravate aux couleurs de Serpentard pendouillait négligemment sur son épaule gauche. La jeune fille soupira. Qu’il aille au diable lui et ses expériences. Comme s’il ne lui avait pas attirée suffisamment de problème comme ça au cours de l’année. Tout ça parce que monsieur avait sauté deux classes, il se croyait tout permis. Et alors ? Elle aussi avait bien passé sa troisième et sa quatrième année pour atterrir directement en cinquième, elle n’en faisait pas qu’à sa tête pour autant ! - Si tu fais encore tout explosé, tu risques de ne pas devenir préfet l’année prochaine… - M’en fout, d’être préfet. Ca t’irais mieux qu’à moi soeurette. Papa m’a montré une nouvelle potion pendant les vacances. Je veux essayer.Avec une grimace Joanne se pencha sur les récipients. - Ca ? C’est Père qui te l’a montré ? Tu pourrais arrêter de mentir au moins pour moi ?- Mouais… Tu sais bien que 'pa n’était pas là encore une fois. J'ai choppé la potion dans un grimoire de magie de son bureau.Devant le garçon s’étalait deux cuvettes pleines d’un liquide bouillonnant qui contenait Joanne ne savait quoi. D’ailleurs elle préférait l’ignorer. Jean avait toujours eu des goûts bizarres. Il prit une éprouvette et un doseur et commença à verser un peu de jus de tripe de gobelin dans le récipient. Puis, il hacha des poils de dragon de glace en trois petits tas de cent poils chacun. La jeune fille le regardait faire, sceptique. Suivre les recettes de Père n’avait jamais été une bonne idée. Elle le savait plus que quiconque ayant été elle-même témoin des mille et une catastrophes que Jean avait pu causé et savoir que son frère avait allègrement pioché dans les dangereux bouquins de son père ne la mettait nullement en joie. - Heu… Tu sais au moins ce que tu es en train de préparer, j'espère ?- A peu près, ouais. C'était écrit en russe mais je suis sûr que ça parlait d’un truc qui empêche les gnomes de se multiplier dans les jardins ou un truc comme ça. Tu vois, rien de bien méchant. Il se plaqua un sourire sur le visage qui se voulait encourageant. A l'entendre dire ça comme ça et avec son air plein de confiance, l’expérience ne semblait pas si dangereuse… Mais étais-ce réellement le cas ? Joanne en doutait encore. Soudain Jean se frappa le front et maugréa : « Mince ! J’ai oublié de prendre l’écorce de botruc. Reste là Jo, j’en ai pour une minute. Surveille bien que le liquide ne passe pas du gris au vert. Il fit la grimace. Ou sinon je devrais encore décapé la salle des potions… » Et avant que Joanne ait pu dire ouf il s’était éclipsé. Elle renifla les produits installés sur la table. Berk ! Evidemment avec une odeur pareille, les gnomes n’oseraient jamais approcher d’un jardin… mais comme toutes les autres créatures magiques également ! Un bruit de porte se fit entendre derrière elle. Surprise, elle se retourna pensant voir Jean revenir avec l’écorce de botruc. Cependant il s’agissait là d’une toute autre personne. Sa poitrine se serra lorsqu’elle reconnu l’imposante personne à la panse rebondie qui lui faisait face. « Bon… bonjour professeur Slughorn. » Bredouilla-t-elle comme s’il l’avait prise en faute. Le gros bonhomme la toisa un instant avant de sourire amicalement : « Et bien Joanne, quelle surprise voyez-vous ? » Il porta son regard derrière elle. « Qu’est-ce que cela ? - Heu… » Horace Slughorn s’avança, faisant remuer sa bedaine à chacun de ses pas. Il haussa les sourcils en regardant les curieux mélanges qui bouillonnaient dans les récipients. « Ma foi, vous vous livrez à de drôles d’expérience ma petite.- Ce n’est pas moi professeur c’est Jean qui…Mais déjà le professeur Slughorn s’était emparé d’une louche et commençait à remuer la substance nauséabonde en marmonnant : « Jamais vu un truc pareil… » Presque aussitôt le liquide changea de couleur. La mixture grisâtre s’était transformée en une mixture verdâtre. - Professeur vous feriez mieux de ne pas y…La jeune fille n’eut pas le temps de finir sa phrase qu’une détonation sourde retentit et elle se sentit violemment propulsée en arrière, renversa une table avant de finir sa course contre un mur. Hoquetant, elle cracha la mixture qui lui était entrée dans la bouche. Il y avait quelque chose de bizarre avec ce quelle recrachait. Il y avait aussi… une espèce de tâche rouge. Lentement elle baissa les yeux sur son corps à demi étendu au sol. Il y avait quelque chose qui pointait de son vêtement au niveau du bas ventre sur la gauche. Quelque chose de pointu. Une… corne ? Et c’est alors qu’elle sentit une prodigieuse douleur s’infiltrer dans chacun des pores de sa peau et la brûler de l’intérieur. Convulsée par la douleur elle voulut crier à l’aide mais aucun son ne sortit de sa bouche empoissée de sang. Parmi le voile de larmes qui lui brouillaient la vue elle parvint à distinguer le professeur Slughorn, indemne se relever couvert de la tête au pied de la potion verte. Elle voulut tendre une main dans sa direction mais elle ne parvint même pas à faire bouger le haut de son épaule. La douleur était maintenant si intense qu’elle ne parvenait plus à respirer, elle étouffait, sentant ses organes bouillirent à l’intérieur d’elle. Dans la semi-conscience qui la submergea rapidement elle vit Slughorn se précipiter vers elle en criant son nom… à moins que cela ne soit la voix de Jean. _________________ Que les lumières s'éteignent et qu'arrive la nuit. |
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 | Sujet: Re: Plafond Inconnu [7] Dim 25 Mar - 0:09 | |
| « Elle a eu de la chance… » « …griffe de harpie… » « … poison … » « … chance… » « …ment morte… » « De la chance… » « Chance. »
Le plafond. Un sujet fort intéressant pour quiconque n’a que ça à regarder. D’ailleurs elle n’avait pas vraiment le choix. Elle ne savait ni depuis combien de temps elle s’était réveillé – le plafond restait toujours pareil, sans changer, immobile – ni pendant combien de temps elle ne pourrait pas bouger le moindre petit muscle. Elle avait essayé de se redresser mais rien n’y faisait. A peine si elle parvenait à cligner des yeux ou à entrouvrir les lèvres. Alors pour passer le temps elle avait regardé ce plafond inconnu. Pendant un moment interminable elle avait senti la peur l’envelopper de ses grandes ailes noires et froides mais maintenant elle était apaisée. Presque béate devant la contemplation de plafond si blanc, plus blanc encore que la neige. Il n’existait plus rien autour d’elle mise à part ce plafond, seul ce plafond la rattachait encore à ce monde, ce monde du vivant et de la vie, rien d’autre ne pouvait la gêner. Elle baignait dans une tranquillité parfaite. Elle ne su jamais combien de temps elle resta là à se perdre dans la contemplation de ce qui se trouvait juste en face des ses yeux, juste au-dessus d’elle. Peut-être une heure ? Un jour ? Un an ? Ou une seconde ? Elle n’aurait pu le dire. Toujours est-il que quelque chose remua à côté d’elle. Un visage se pencha au-dessus d’elle. Ce visage elle le connaissait. Elle tenta de rassembler ses souvenirs. Elle s’appelait Joanne-Alucard Delacroix. Elle avait un frère, Jean et étudiait à Poudlard en cinquième année malgré ses treize ans. Alors où avait-elle donc déjà vu cette figure ? Les yeux… Les yeux surtout lui rappelaient vaguement quelque chose. Des yeux si étincelant… Si brillant qu’ils vous transperçaient comme une lame et vous mettaient à nu. - Pè… Père ? Parvint-elle enfin à lâcher dans un souffle entrouvrant ses lèvres. La tête de l’homme sourit et ses yeux se firent plus étincelant encore comme s’ils s’humidifiaient. Sur sa main paralysée elle sentit quelque chose de chaud et de réconfortant se poser dessus. La main de Père… Elle tenta de sourire et me ne parvint qu’à se faire mal aux muscles de la bouche pour rien. - Lilith, ma Lilith, ne t’inquiète plus tout est fini maintenant. Tout est fini.Lilith… Oui… Elle se rappelait. Il l’appelait comme ça avant quand elle était petite. Princesse Lilith… C’était tellement loin tout ça… Malgré tous ses efforts ses souvenirs lui revenaient flous. Elle voyait mais ne voyait pas comme si une partie avait été effacée. Depuis combien de temps reposait-elle ici, dans ce lit à contempler ce plafond inconnu ? - 'suis où ? coassa-t-elle à son père. Celui-ci la regarda avec tendresse et passa une main douce et chaude sur son front. « N’aie crainte. Tu es à Saint Mangouste. Tu as eu un petit accident et tu es restée un petit moment dans le coma. Ne t’en fais plus… c’est terminé. » Il disait cela avec tellement d’amertume. Jamais elle ne l’avait vu dans un état de faiblesse aussi flagrant. Lui qui était toujours si calme et posé avec son sourire éclatant. Cela faisait si bizarre de le voir pleurer à présent. Elle comprenait à présent qu’il n’était pas le père invincible et inébranlable que tous les enfants croient voir en leur géniteur mais seulement et seulement après tout un simple humain, si facile à briser. *** Ce qu’elle ne vit cependant pas fut la discussion dans le couloir de l’hôpital qui s’ensuivit entre son père et une personne qu’elle ne connaissait pas, qu’elle n’avait jamais vu et dont elle ignorait tout. - Ainsi la rumeur était vraie. Vous avez réussi à créer une fille avec votre propre sang et votre propre chair. - Que fais-tu en ces lieux Remiel ? Pourquoi n’es-tu donc point avec tes frères ?L’être ricana. Il portait une paire de lunettes noires sur les yeux. Brun, grand et athlétique il arborait un sourire moqueur. « Oh ! Vous êtes si rude avec votre propre sang ! Dit-il dans une parodie d’air chagriné. Qu’est-ce que cela change qu’elle soit aussi de votre chair ? Qu’a-t-elle de plus que nous n’avons pas ?- Un cœur. » D’un revers de main Vaan essuya les sillons qu’avaient creusés les larmes sur ses joues. Il toisa Remiel d’un air de défi. « Elle est ma fille de chair et de sang, il falloit que je lui rende plus douce sa convalescence en la gratifiant de ma présence. Elle est forte et en ressortira grandit mais malheureusement tous mes espoirs tombent à néant. » Ses épaules s’affaissèrent et les coins de sa bouche retombèrent. Pendant une seconde il sembla accuser le poids des années mais déjà il avait relevé la tête, sa volonté raffermie. - Que lui est-il donc arrivé ?- Son organisme a été infecté par le poison d’une griffe de harpie.L’autre ouvrit la bouche en forme de « O » comprenant soudain tout ce que cela impliquait. « Ca veux dire qu’il ne reste plus que le garçon… C’est fâcheux pour vous.- Toute l’expérience est à refaire avec ce stupide accident. Elle ne m’est plus d’aucune utilité en cet instant et désormais. Je lui ai donné sa dernière image de moi en tant que père… Elle reste humaine malgré tout, je lui devais bien ça mais maintenant c’est terminé. Rentrons. Je suis las.Et les deux hommes s’éloignèrent. Dans l’ombre un petit garçon de treize, les jointures blanchis à force de crisper les poings se mordait la langue pour se retenir de pleurer pour avoir entendu ce qu'il n'aurait jamais du entendre. - Vaan...*** En se réveillant à nouveau Joanne eut la surprise de voir les têtes de son frère et de sa mère penchées cette fois au-dessus d’elle. Cette fois-ci elle parvint à faire un grand sourire en les reconnaissant. Elle arrivait maintenant à bouger la tête et à parler à peu près correctement pour se faire comprendre malgré une voix encore pâteuse et mal assurée. - Père n’est pas avec vous ?Un moment elle crut percevoir un éclair de colère dans le regard de Jean mais il le camoufla tellement vite derrière un sourire radieux qu’elle crut que sa vue lui jouait encore des tours. Sa mère lui plaqua un gros bisou sur le front avant de répondre. « Hélas non. Il a du partir hier pour l’Allemagne. Il a dit que sa secrétaire l’avait appelé à cause d’un problème dans son laboratoire… Une anomalie bio-je-ne-sais-quoi. » Elle n’avait jamais compris ce que faisait son mari et ses enfants n’étaient pas plus avancé qu’elle. Ils savaient juste qu’il était chercheur en génétique dans une entreprise qu’il avait lui-même monté dans le monde moldu et donc de temps en temps il disparaissait plusieurs semaines voire des mois sans laisser le moindre signe de vie. - Qu’est-ce qu’il m’ai arrivée alors ?Sa mère eut l’air soudainement embarrassée mais après un long silence fini par lui répondre… Après plus de treize mois dans le coma je m’étais enfin réveillée de ce long sommeil. Les griffes de harpies contiennent un poison très nocif pour l’humain qui détruit les organes un à un et entraîne la mort en cas de non traitement immédiat. Ma vie ne tint donc qu’à un fil pendant les mois qui suivirent l’incident mais par miracle je survécue et peu à peu me rétablie jusqu’à mon réveil. Il me fallut près de six mois pour une rééducation complète et je réintégrai Poudlard à la rentrée de 1983-1984. Finalement cette histoire ne laissa qu’une marque blanchâtre dans le bas du dos et du ventre vu de l’extérieur. Mais à l’intérieure, l’histoire est tout autre. J’appris que mes organes ovariens avaient été totalement détruits. En effet, le système de caste des harpies qui ne donne qu’une seule femelle dominante par nichée fit développer à cette espèce si particulière le poison dans leur griffe entraînant en cas d’écorchure l’atrophie des organes génitaux des prétendues rivales. Le système génital de l’humain étant à peu près identique, le produit suivit donc le même schéma de déploiement, s’attaquant d’abord aux trompes puis en ligaturant l’oviducte et enfin en détruisant tous les ovocytes primaires des follicules. La différence est qu’à dose prolongée, le poison devient mortel pour l’être humain. C’est ainsi que s’acheva ma convalescence. Jamais, je ne devais porter d’enfants en moi, après ce jour où celle que j’aurais pu être cessa d’exister. _________________ Que les lumières s'éteignent et qu'arrive la nuit. |
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 | Sujet: Re: Plafond Inconnu [7] Ven 30 Mar - 17:01 | |
| Ainsi, d’après les médecins j’aurais selon toutes les probabilités due mourir le 18 mai 1981. Cela ne fut pas le cas. Je survécue à cette épreuve qui m’était imposée et continuait à vivre. 18 ans plus tard, à nouveau ma vie n’avait plus tenu qu’à un seul petit fil et par miracle – mais aussi par chance – j’avais une nouvelle fois surmonté l’épreuve. Se battre ou mourir. Je préférais encore me battre. Me redressant de mon lit, je jetais les couvertures et les draps par devers moi et me levai. Il faisait nuit noire et le réveil indiquait pas loin des 3 heures du matin. A force de passer de courtes nuits sur de longues journées de travail mon organisme avait finalement du s’habituer à ne dormir que quelques heures par-ci, par-là dus-je être blessée. Il n’y aurait pas moyen de se rendormir de sitôt. Quittant le confort douillé et la chaleur que me procuraient mes couvertures je frissonnai dans les ténèbres. Je me dirigeai vers la salle de bain et pris une bonne douche froide pour me dégourdir les membres et me délasser. Mon cou était roide et mon épaule blessée avait quelque peu de mal à bouger. Normal, après qu’on vous ait arraché un morceau de chair avec les dents. Maintenant la blessure ne formait plus qu’une espèce de tâche rosâtre à peu près en forme de cercle, entre la clavicule et la gorge. Il fallait bien avouer une chose. Le médoc qui m’avait rafistolée à Saint Mangouste était très fort. Arrivée en urgence hier après-midi, il n’avait pas fallut plus de cinq heures pour les potions fassent effets et commencent à remplacer la chair disparue et à reconstruire les tissus arrachés. Le soir vers onze heures j’étais donc de retour chez moi et presque en pleine forme mis à part cette légère roideur au niveau de la blessure. Après la douche, je m’habillai. J’hésitai une seconde à me mettre en civile avant d’enfiler mon uniforme d’auror. J’étais en pleine forme, des tas de papiers s’entassaient sur mon bureau et j’avais un long rapport à rendre au chef avant demain sur cette fichue affaire de vampire ou de je-ne-savais-trop-quelle-créature, alors pourquoi attendre ? Je déjeunais ensuite rapidement, un peu de lait, deux biscottes, un verre de jus et hop, bonne pour le service ! Il ne me restait plus qu’à attendre une heure un peu plus convenable pour me pointer au bureau. Vers six ou sept heures probablement… Il me restait donc encore environ trois heures. Autant ne pas perdre de temps à flemmarder. Cette aventure me donnait des ailes, brisant le plafond de travail que j’aurais cru possible pouvoir assumer. Ah non, pour sûr ! Ces enfoirés n’emporteraient pas un bout de ma personne au paradis. Je cherchais un moment dans la bibliothèque du salon un gros volume sur les créatures magiques avant de m’installer confortablement dans un des fauteuils. Hiémain, l’elfe de maison vint m’apporter en silence – puisqu’il lui était impossible de prononcer un mot – un peu de café noir et chaud qui me délivra complètement des dernières brumes du sommeil. Puis le petit être alluma un feu dans la cheminée pour que mes yeux puissent déchiffrer les lignes du vieux grimoire miteux et émietté. Je feuilletais le bouquin à la recherche d’un passage qui m’éclairerait sur l’origine de ces monstres qui nous avaient attaqués Kayle, Sawyer le journaliste de la Gazette et moi. Il était clair que malgré quelques points communs mes agresseurs n’avaient rien à voir avec les loups-garous ou les vampires. Etant exclusivement noctambule, les vampires ne pouvaient se déplacer le jour sous peine de mourir brûlé par les rayons du soleil. Les loups-garous quant à eux étaient avaient tous une certaine manière de se comporter et de marcher et surtout aucun d’eux ne pouvaient faire des bonds de plus de vingt mètres de haut. Pas même le grand Greyback. Qu’étaient ils alors ? Je passais plusieurs minutes à lire un article sur les hommes tigres d’Asie et autres monstres à mi chemin entre l’homme et l’animal mais nul d’entre eux ne correspondait précisément à la description. Des yeux rouges… Mon front se barra d’une ride. J’en connaissais deux dans ma propre famille. Père d’abord, puis Jean qui à son retour présentait les mêmes yeux sanglants et les mêmes penchants de plus en plus vif que Père. Etais-ce encore une simple coïncidence ou leur disparition avait quelque chose à voire là-dedans ? Mais comment Jean pourrait-il être mêlé à un groupe du Seigneur des Ténèbres alors qu’il avait toute sa vie durant servi à protéger l’existence du ministère et du monde de la magie ? Décidemment pendant les cinq ans où il s’était absenté il avait dû se passer beaucoup plus de chance que je ne l’avais imaginé. Quelque chose de plus profond encore que le… le meurtre qu’il avait perpétré sur sa propre femme. Cette envie de sang et de violence, toujours… Pas pour survivre comme les vampires, non simplement par pur plaisir. Il n’y avait rien de magique là-dedans. Cela relevait plutôt de la démence, du diable en personne. Je ne sais combien de temps je restais prostré sur mon fauteuil à éplucher minutieusement les pages du livre ancien lorsqu’un bruit derrière moi me fit sursauter. Je me retournais et instinctivement portais ma main à ma hanche là où aurait dû se trouver ma baguette magique. Mais ce n’était qu’une petite fille de trois pommes qui se tenait derrière moi, en me dévisageant l’œil hagard. Elléanna. La fille que Jean avait héritée de sa femme par un homme dont j’ignorais tout jusqu’au nom. - Qu’est-ce que tu fais debout à une heure si tardive ?La petite continua à me dévisager sans vergogne. Comme si elle essayait de lire sur mes traits ce que je pouvais bien penser. Puis, son œil s’alluma d’une petite lueur et, comme si elle revenait brusquement à la réalité, son visage repris vie. « Je n’arrive pas à dormir tante Joanne. J’étais descendue prendre un verre d’eau quand j’ai vu la lumière. Elle se rapprocha d’un pas. Qu’est-ce que tu fais toi ? » J’hésitai un moment à répondre. Je n’avais rien dit aux filles à propos de mon petit accident de la veille. Pas la peine de les effrayer pour rien. Surtout les deux plus petites qui gobaient tout ce que je disais sur mes enquêtes passées avec de gros yeux ronds, les rares fois où je rentrais assez tôt à la maison pour qu’elles ne soient pas couchées. Finalement je préférais dire la vérité mais à mots couverts. « Je travaille sur une enquête. Je cherche des indices sur les Mangemorts qui maltraitent la population.Elle haussa un sourcil, dubitative. - Dans un grimoire concernant les créatures magiques ?- Heu… Ouais. Que n’avais-je point le sens de la répartie de Jean et son talent pour le mensonge ! En seulement deux secondes une gamine de dix ans venait de me prendre de cours. Que répondre d’intelligent ? - Oui, en fait c’est à cause de ces yeux…Quelque chose d’intelligent j’avais dis, triple idiote ! Mais déjà la bouche de l’enfant s’ouvrait toute grande avec un air de compréhension. - Oh, tu veux parler des SangDragons comme papa ! Une partie de ma mémoire tilta et pendant un instant je me revis allongée et couverte de sang pendant que Raguel gueulait au-dessus moi : « C’est le sang des Dragons ! Le sang des Dragons ! C’est sa fille de chair et de sang ! » Bordel ! Qu’est-ce que…_________________ Que les lumières s'éteignent et qu'arrive la nuit. |
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 | Sujet: Re: Plafond Inconnu [7] Dim 1 Avr - 19:25 | |
| Je restai un bon moment interloquée, ne sachant que dire. Comment ? Comment savait-elle cela ? « Tu peux répéter ce que tu viens de dire ?- Les SangDragons. Elle haussa les épaules. Je croyais que tu connaissais parce que le monsieur aux yeux rouges de l’enterrement en était un. » Le monsieur de… Père ? Qu’est-ce que c’était encore que cette histoire ? Devoir m’instruire ainsi par une fillette d’une dizaine d’année pas plus haute que ça, me donnait presque la nausée. Etais-je la seule dans cette famille de fou à qui l’on ne disait jamais rien et qu’on laissait toujours à l’écart ? - Excuse-moi, mais qu’est-ce que c’est un « SangDragon » ?La jeune fille soupira comme si elle devait formuler des évidences, ce qui, bien sûr, m’irrita au plus haut point. Fallait pas non plus se croire tout permis parce que mademoiselle connaissait le nom de cette foutue espèce dégénérée de bouffeur de chair ! - Je sais pas très bien ce que c’est moi non plus. En fait moi aussi j’ai commencé à chercher dans les vieux livres comme ça parce que je pensais que c’était un vampire. Mais comme il arrivait à se déplacer le jour sans brûler, j’ai compris que ce n’en était pas un. Hum… Après que papa soit parti, j’ai cherché dans la bibliothèque du château un autre livre pour voir si je pouvais pas trouver quelque chose d’intéressant. Elle s’arrêta et rougit. Ensuite, le monsieur au yeux rouges et venu dans la pièce pour récupérer des affaires et il m’a demandée ce que je cherchais. Et puis c’était bizarre… J’ai pas répondu mais… Il savait. Ses yeux s’affolèrent un moment et à la lumière du feu elle sembla pâlir, tremblante de la tête aux pieds comme la dernière feuille d’automne ballottée par le vent. Consciente que Père m’avait à moi aussi toujours un peu donnée cette impression de savoir ce que les autres pouvaient bien penser, je pris la petite par la main et l’installait dans le fauteuil à ma place. La fillette releva les yeux et loucha vers moi un regard de moins en moins assuré. Où était passé la gamine effrontée de toute à l’heure qui me mettait en rogne ? - Il savait ce que je cherchais… Comme s’il était rentré dans ma tête… Il savait… Il a parlé du livre… Du livre des SangDragons celui qui raconte l’histoire de sa famille… Il savait… Ceux qui possèdent les yeux de feus comme papa et qui se nourrissent de la violence… Il savait… Mais… Elle resta muette tellement longtemps que je crus qu’elle avait finit de tout déballer. Mais elle se redressa soudain, et hurla de rage les yeux pleins de larmes : « TU MENTS ! PAPA N’EST PAS COMME EUX ! » Puis elle sortit de la pièce, les joues empourprées, en courant comme s’il elle fuyait la mort elle-même. Trop abasourdie je restais comme une idiote plantée là, devant le fauteuil vide, le vieux grimoire tombé par terre à mes pieds. Hiémain pointa le bout de son museau en entrouvrant la porte, les yeux exorbités comme deux balles de tennis plantés dans son visage couvert de cicatrice. Le vieil elfe secoua tristement la tête et parti sans en bruit au chevet d’Elléanna. Ce n’était quand même pas ma faute si cette fille n’était pas mentalement équilibrée… Qu’est-ce que Père avait bien pu vouloir dire ? Ah ça oui, pour mettre un souc pas possible dans la vie des gens, on pouvait bien dire qu’il était le roi absolu et incontesté ! Le plus inquiétant était que plus j’en apprenais, plus ces choses qui se nommaient Sang du Dragon semblaient liées à lui… et par la même occasion à moi et à Jean semblait-il. D’après son histoire Jean avait commencé à éprouver des malaises de plus en plus fréquents et à se parler tout seul après la mort de sa femme. J’en avais conclu qu’il s’agissait d’un choc post-traumatique. Cependant ceci n’expliquait pas l’apparition de ces prunelles rubis. Une minute ! Si père en était lui aussi un SangDragon et Jean aussi alors cela voudrait dire que… Impossible. Bien qu’un peu d’action me faisait peut-être parfois du bien, je n’avais jamais ressenti les pulsions meurtrières qui semblaient animer les quatre SangDragon. Et puis, ils n’étaient pas tous pareils. Père n’avait peut-être rien à voir avec eux puisqu’il n’avait jamais été violent ni avec moi ni avec quiconque. Pas que je m’en souvienne alors. Ensuite je n’avais jamais vu Père faire des bonds de dix mètres... Comment croire qu’il avait un quelconque rapport avec ces bêtes sanguinaires si ce n’étaient que quelques traits physiques communs ? - C’est le sang du Dragon… Sa fille… La famille SangDragon… Le livre...Il me fallait ce livre ! Il me le fallait absolument pour lever le voile. Mais d’après Elléanna il se trouvait encore en Allemagne au château. Et encore me fallait-il le retrouver dans le fatras de la bibliothèque si jamais il y était. Connaissant Père, il avait pu le mettre n’importe où, aussi bien enfermé à double tour dans un tiroir que servir de pied à une armoire bancale. Ca prendrait peut-être des jours avant que je le retrouve et si jamais je le retrouvais, avais-je vraiment envie de savoir quels secrets il pouvait bien receler ? Comme la révélation que Père était allié au Seigneur des Ténèbres par exemple ? Ou bien qu’il se gargarisait de se baigner dans le sang de personnes qu’il aurait lui-même pelé avec ses dents ? Je frissonnai rien qu’à cette idée. Imaginer Père ainsi m’était chose insupportable. Cependant je ne pouvais nier qu’il y avait là anguille sous roche et que ma seule chance d’éclaircir ce mystère serait probablement la lecture de ce fichu bouquin. Pas question d’interroger Elléanna, je ne savais comment il avait réussi à faire ça mais Père s’était assuré qu’elle ne parlerait pas. Et si Jean l’apprenait, ça irait très mal. Partagée entre mon envie et ma peur de découvrir la vérité je me rendis néanmoins au bureau ce jour là. Rien ne semblait avoir changé : les employés courraient d’un bout à l’autre des coursives, il fallait se serrer pour prendre l’ascenseur. Les langues de plomb et les vigiles patrouillaient comme à leur habitude dans les couloirs du ministère en faisant claquer leurs bottes sur le sol lessivé. Pourtant tout paraissait si différent tout à coup. La lumière était plus forte, les couleurs plus vives, les sons plus précis. Etait-ce le plaisir d’être encore en vie ? Mais vivre dans quoi ? Ce monde pourri où la peur régnait en maître ? Où l’on ne pouvait sortir le nez de chez soi sans craindre pour sa peau ? Pourquoi se raccrocher au plaisir d’être en vie si celle-ci n’est que souffrance et désolation ? Comme d’habitude, seul l’étage réservé aux aurors était désert. Tous en mission, ou presque. En rentrant dans mon bureau une tonne de paperasse m’attendait. En une journée la pile avait doublé de volume et deux gros dossiers reliés dans des classeurs avaient été posés sur mon fauteuil. Tant de travail… Je m’attelais immédiatement à ma tâche. Tout y était. Du simple témoignage en passant par celui de Sawyer jusqu’aux portraits robots des quatre larrons qui sans nul doute étaient des affiliés du Seigneur des Ténèbres. Je me retrouvais bientôt tellement plongée dans le lecture du dossier que j’en perdis presque la notion du temps. Cependant des bruits de pas dans le couloir me tirèrent de ma transe. L’odeur qui précéda l’entrée de la femme me rappela vaguement quelque chose mais je ne parvins à mettre enfin le doigt dessus que lorsqu'elle entra dans la pièce. C'était Glady, la secrétaire de Seth Street. - Bonjour comtesse Delacroix. Le directeur voudrait vous voire pour votre rapport.- Dîtes-lui que j’arrive dans un instant Glady. Merci de m'avoir prévenue. » Elle me décocha un coup d’œil bizarre avant de refermer la porte. Vraiment bizarre sa secrétaire aujourd'hui... Je sortis de mon sac un petit miroir de poche. Oh, juste histoire de voir si je étais présentable lorsque je me présenterai au bureau de monsieur Street ! Rien de plus. J’ouvris le couvercle et jetais un œil à mon visage. Mes poumons se crispèrent et je me sentis suffoquer par manque d’air. J’aurais crié si la respiration ne m’avait pas fait défaut. Laissant tomber le petit miroir qui alla se briser sur le sol, j’attrapai les accoudoirs de mon fauteuil et y plantais mes ongles jusqu’à les enfoncer profondément dans la mousse. Impossible… Et pourtant dans un morceau du miroir brisé, Elle continuait toujours m’observée un petit sourire ironique en coin. Mais ce qui me glaçait et me tétanisait par-dessus tout c’était, oh oui c’était ces deux yeux si rouges qui flamboyaient. « J’ai faim. » Encore une fois, à cause de cet incident, je ne deviendrai jamais celle que j’aurais pu être. _________________ Que les lumières s'éteignent et qu'arrive la nuit.
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Nombre de messages: 104 Age: 33 Localisation: Dans le noir. Date d'inscription: 12/12/2006
 | Sujet: Re: Plafond Inconnu [7] Mar 10 Avr - 17:52 | |
| J’avais prétexté un malaise pour sortir au plus vite du ministère. Pantelante, je suivis à pied le chemin de la maison, sachant pertinemment que je devais me calmer avant de rentrer. Qu’est-ce que Jean avait-il fait lorsqu’il s’était retrouvé avec deux rubis à la place des yeux ? Question stupide. Il avait tué sa femme sous le coup de cette faim dévorante qui maintenant me tordait les boyaux. A présente je pouvais véritablement comprendre le calvaire dans lequel il s’était retrouvé, lorsque une fois votre envie de manger est devenue telle que vous sauteriez à la gorge du premier venu, qu’il soit une bonne connaissance ou un parfait inconnu. La véritable question maintenant était de savoir comment il s’était débarrassé de son addiction à la chair humaine. Il m’avait plus ou moins parlé d’une substance qu’il ingurgitait pour calmer son envie mais je n’avais aucune idée d’où m’en procurer, ni même de quoi elle était constituée. Ma seule et unique solution était de m’éloigner le plus possible de toute présence humaine et d’attendre que cette insidieuse et non moins persistante petite voix dans ma tête ce taise. Elle ne cessait de me chuchoter tout bas comme à une confidente ces mots : « J’ai faim. J’ai faim. J’ai faim. J’ai faim. J’ai faim. J’ai faim. J’ai faim. J’ai faim. J’ai faim. » Encore et encore, toujours et toujours. Je m’éloignai donc des rues les plus fréquentées pour m’immiscer dans les ruelles de la grande ville et enfin m’éloigner vers les docs et les entrepôts désaffectés de Londres. Chaque pas était une torture et j’arrivai à peine à retenir mes sanglots. Un énorme étau m’enserrait la poitrine et me contractait les poumons de telle sorte qu’ils étaient sur le point d’exploser. Encore un pas. Je n’avais qu’une seule envie, c’était de me jeter à terre, de me rouler en boule et de hurler. Un autre pas. Mais je savais que si je m’arrêtai, si mes jambes cessaient de me porter, je me réveillerai plus tard la bouche pleine de sang. Un pas. Il fallait que je m’éloigne plus. Que j’aille dans un endroit où aucune âme ne s’aventure jamais. Là où règne les ténèbres et l’obscurité. Un pas, et encore un autre. Maintenant de chaudes larmes coulaient le long de mes joues mais je continuais d’avancer inexorablement, toujours tout droit, vers les entrepôts. Je n’avais croisé personne depuis cinq bonnes minutes et ma volonté s’amenuisait à mesure que j’avançais, se consumant telle une bougie dont la flemme tremblotante au gré du vent. Un pas. Je l’entendais toujours, cette petite voix à mon oreille. Elle était ma seule compagnie et sa litanie ma seule conversation. Chaque pas se faisait plus lourd que le précédent. Chaque pas m’arrachait un peu plus les entrailles que le précédent. Chaque était une nouvelle plaie qui s’ouvrait sur une autre pas encore refermée. Et pourtant je continuais d’avancer. Non pas parce que je le voulais, mais parce que je le devais. En effet, j’avais toujours fait mon devoir, aussi bien lorsque je n’étais encore qu’une simple préfette à Poudlard que lorsque j’étais rentrée en fonction au bureau des aurors. Je n’avais jamais fait ce que je voulais, mais ce que les autres attendaient de moi. Les professeurs, les instructeurs, les collègues, Maugrey avant sa retraite, Seth Street, Jean et même Père. Tous. Je n’avais fait qu’écouter et exécuter. En ce moment, si je m’étais écoutée, je serai en train de chialer dans un coin, quelque part dans l’attente que je commette l’irréparable. Au lieu de cela je marchai pour mon salut et celui des autres. Après ce qui me sembla mille éternités, j’arrivai enfin en vue de la rivière. L’eau s’écoulait à torrent dans un impressionnant glougloutement. Il n’y avait âme qui vive. Avec mes dernières forces je me traînai alors dans un des grands bâtiments carrés qui servaient autrefois à entreposer les marchandises et qui désormais n’entreposaient plus que poussière, toiles d’araignée et chauves-souris. Il me fallut toute l’énergie du désespoir pour pousser la porte rouillée et la refermer derrière moi, me plongeant dans une nuit impénétrable. A l’intérieur, nulle lumière ne venait contrebalancer les ténèbres environnantes. Pourtant au bout de cinq minutes d’agonie et de douleur, mes yeux commencèrent à me renvoyer certaines images floues de la pièce dans laquelle je me trouvais. Etait-ce vraiment la réalité ou un simple tour de mon imagination déjà mise à mal par la douleur ? Pourtant cette masse qui se formait devant moi n’était-elle pas bien un empilement de boîtes de bois ? Et cette espèce d’hameçon un peu plus avant, suspendu à deux mètres du sol, ne représentait-il pas le crochet d’une poulie ? Je me recroquevillais dans un coin, le menton sur les genoux, les bras autours des jambes et les ongles plantés dans ma chair. Je fermai les yeux le plus fort possible pour effacer cette impression de vision fantomatique mais à la place se fut un déluge d’images colorées qui se déversa dans mon esprit : j’étais allongée sur le dos sur quelque chose de dur et mou à la fois. Mes yeux regardaient le ciel sans nuage d’un bleu azur pénétrant. Je tournai la tête sur la droite et vit un être allongé au-dessus de moi qui avait planté sa mâchoire dans la jointure de mon épaule et de mon cou. Et puis quelque chose céda en moi. Une irrépressible envie de faire subir à ce vampire du jour ce qu’il me faisait subir. Ramassant ma tête vers l’arrière je me lançai de toute mes forces vers le tendre cou qui s’offrait à moi et je mordis dedans. L’homme hurla en relâchant son étreinte sur moi et je ne le mordis que de plus belle, enfonçant mes crocs plus avant dans ses chairs, sectionnant les tissus. Il se redressa subitement toujours en hurlant comme s’il souffrait mille morts et me regarda ses mains pleines du sang qui s’écoulait de sa plaie et mélangé au mien. C’est alors que les yeux exorbités comme s’il ne croyait pas ce que je venais de lui faire subir il se mit à gueuler ces mots, toujours ces mêmes mots troublant : « C’est le sang des Dragons ! C’est sa fille de chair et de sang ! J’ai réveillé une fille de SangDragon ! C’est une Sœur de notre sang ! » Je rouvris subitement les yeux. Couverte de sueur, je regardai autour de moi. J’avais dû m’endormir probablement. Il n’y avait aucun moyen de le savoir car rien ne filtrait de l’extérieur. Pourtant j’étais quasiment certaine que plus d’une dizaine heures s’étaient écoulées. D’où me venait encore cette certitude, je ne pouvais point le dire. Seulement encore cette impression bizarre de savoir. Savoir sans savoir pourquoi. La faim et la voix avaient disparu. Envolées comme si elles n’avaient jamais existé. Je me relevai sur mes jambes ankylosées par la longue et inconfortable immobilisation de mon corps et tendit l’oreille. Rien. Pas un bruit que se soit dans ma tête ou dans l’entrepôt. Juste un océan de silence. Et de solitude. Je passai ma langue sur mes lèvres sèches et, à mon grand soulagement, n’y sentit pas le goût du sang. Cela montrait donc que cette irrépressible envie était partie toute seule. Mais pour combien de temps ? Hésitante, je cherchais la porte qui me permettrait de me retrouver à l’air libre. Alors que je tentais de l’ouvrir en tirant la poignée de toutes mes forces, j’entendis un bruit de succion derrière moi. Aussitôt je plongeai ma main vers mon holster et en tirait la baguette qui m’avait sauvée la vie tant de fois. Le bruit résonna quelques secondes dans le vide de la pièce avant que toute ne redevienne calme et silencieux. Je scrutait avec mon acuité visuelle réduite les lieux mais ne distinguait rien de plus que ce que j’avais vu en entrant. « Lumos ! » Perçant les ténèbres la lumière illumina la salle dans un diamètre d’une dizaine de mètres. Deux points sanglants m’observaient dans la pénombre, se détachant sur la silhouette noire d’une forme vaguement humaine. _________________ Que les lumières s'éteignent et qu'arrive la nuit. |
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 | Sujet: Re: Plafond Inconnu [7] Jeu 12 Avr - 21:43 | |
| Il s’agissait d’une femme. Ses traits étaient cachés par la capuche de sa bure rabattue mais sa voix trahissait son sexe. Seuls les yeux aussi brillant que des rubis étaient parfaitement visible. « Que suis-je ?- Tu es Joanne-Alucard Delacroix, porteuse du nom Dragon. Tu es celle qu’on appelle parmi nous Lilith D. Bélial. Tu es la descendante directe de Dragon, celle dont la lignée est la plus pure qui soit. Et enfin tu es celle qui aurait pu sauver ton sang en donnant naissance à l’héritier ultime, le plus pur parmi les purs, ainsi tu aurais pu empêcher la prophétie de se réaliser. Chaleur. Ses yeux. Non pas à cause de leur couleur mais par ce qui émanaient d’eux. Des yeux qui ne mentent pas, qui protègent et veillent. - Quelle prophétie ?- Celle que l’on fit à ton père. Celle qui le hante et qui le pousse plus avant dans cette spirale qui le consume et le ronge. Car tels en sont les termes :Lorsque viendra le jour où le dernier Dragon contre sa raison à la folie succombera, de la main même de sa propre chair et de son propre sang il périra. Ainsi les familles ennemies du Dragon et de la Croix cesseront leur combat car plus d’héritier il n’y aura.
- Je ne comprends pas.- Il n’y a rien à comprendre. Tu es l’un des derniers véritables Dragons et des Delacroix. L’heure où la prophétie se réalisera approche. Fleur. Le parfum enivrant de la rose. Un parfum qui attire mais qui blesse lorsqu’on s’y frotte sans précaution. - Qui êtes vous ?- Un Sang du Dragon. Je viens d’une branche parallèle à la tienne mais moins pure, moins légitime, mais je reste ta Sœur de sang car le même sang coule dans nos veines. Je suis aussi la messagère de ton père, et j’apporte sa parole. Enfin, sache que m’appelle Gabrielle. Cajoleur. Le son de sa voix. La suavité d’un chant sans fausse note, un chant tranquille comme les vaguelettes du majestueux cygne sur son lac. - Êtes-vous comme eux ? Comme ces monstres qui m’ont agressée ?- Les Frères de sang qui t’ont attaqué sont désormais à la botte du Dark Lord et l’influence qu’il exerce sur eux est énorme. Prend garde à toi, Joanne. Car plus tu te rapprocheras d’eux, plus tu sombreras comme a sombré ton frère, jadis. - Jean ? Qu’a-t-il fait ? C’est à cause de sa femme ?- Non. Sa mort n’est qu’une conséquence. Tu ne le sais pas mais ton frère est dangereux pour toi et ton monde de sorcellerie. Tout remonte à cinq ans, lorsqu’il a disparu sans laisser de trace, abandonnant son travail, sa famille et ses devoirs. Mais ce qui est resté secret c’est qu’il l’a fait à la demande spéciale d’Alastor Maugrey pour une mission d’infiltration. Il voulait qu’il s’infiltre au sein des Frères de sang qui ont décidé de se tourner vers les ténèbres. Mais plus il se rapprochait d’eux, plus son jugement était affaibli et sa volonté vacillante. Ces Frères de Sang trouvaient leur plaisir dans le meurtre et la complaisance dans le sang. Or il s’agit du plus grand tabou des SangDragons. Pour espérer la clémence il ne faut pas succomber à la folie du désir que procure le goût du sang, cette envie de violence, ce désir de faire souffrir.- Je ne comprends pas.- Oh si tu comprends, Joanne. Tu es Lilith et ton frère Adam, vous avez tous les deux été créés à son image. Il est notre Dieu, notre modèle et notre maître. Cette voix que nous entendons nous autres les SangDragons, c’est notre mise à l’épreuve. Cette voix qui nous encourage à tuer sert à prouver notre force. Tu es forte Joanne. Au moins autant que Jean l’était. Mais il a côtoyé des personnes qui se sont abandonnées à leur désir et qui y ont perdu leur âme et tel des anges déchus sont devenus les démons qui ont précipité ton frère dans l’abîme et la déchéance.- Où est-il ? Que lui avez-vous fait ?- Je ne puis répondre à ces questions. Seul mon seigneur et maître, ton père, le sait.
Douceur. Une peau de bébé comme une goutte de rosée au matin. Une envie de l’étreindre et de la serrer, comme une mère protectrice allaitant son enfant. - Je ne comprends toujours pas ce que vous attendez de moi.- Ne cherche pas à te rapprocher des quatre. Ne les traque pas. N’y pense même pas. Oublie-les et prie pour qu’ils t’oublient. Car il est certain qu’ils viendront te chercher pour te convertir à leurs désirs. Soie forte, Joanne. Plus forte que ton frère. » Elle disparue aussi soudainement qu’elle était apparue. Un instant elle était là, et une seconde plus tard elle s’était évaporée sans laisser plus de trace qu’une vague odeur musquée flottant dans l’air. Je n’avais pas compris la moitié de ce que cette étrange femme m’avait dit, mais j’avais par contre très bien saisi le message : ne pas toucher aux Frères de sang. Elle avait revendiqué son allégeance à Père, mais comment en être sûre ? Je n’avais aucune preuve que se ne fut une autre ruse de ces mystérieux personnages pour me conduire en erreur. Si seulement Père avait été là. Ou même Jean. Mais qui sait ce qu’il était advenu de lui. A entendre Gabrielle il était désormais sur le point de céder à la petite voix intérieure qui ne cessait de murmurer : « J’ai faim, j’ai faim, j’ai faim… » Combien de temps avait-il lutté pour la réduire au silence ? Combien de temps résisterai-je moi ? Forte ? Oh oui, peut-être un peu, mais à cette allure j’allais rapidement devenir folle et peu importerait ma force à ce moment là. Trop de questions étaient restées en suspens. En plus de celle que je me posais déjà avant – et même si quelques unes avaient trouvé un début de réponse avec cet entretien – beaucoup d’autres étaient venues s’ajouter aux précédentes. Que signifiait cette prophétie bancale ? Il y avait plus toujours plus. Bientôt il y en aurait trop. Alors, à bout de nerf, je tombai à genoux, la tête dans les mains et je me mis à hurler pour faire fuir toutes ces interrogations, pour fuir la réalité, et fuir cette vie qui devenait de plus en plus chaque jour, hors de contrôle. Il me fallait quelqu’un pour me calmer. Une présence pour me rassurer. Un homme que j’admirerais. La première pensée qui me vint à l’esprit fut que cet homme là m’attendait encore dans son bureau. Il me fallait Seth Street. _________________ Que les lumières s'éteignent et qu'arrive la nuit. |
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